SAINT LAZARE
Premier Evêque de Marseille.
3l AOUT
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Pendant les années de son passage sur la terre, N.-S. Jésus-Christ n'a rencontré nulle part autant d'amour et de dévouement qu'à Béthanie, dans la maison de Lazare, de Marthe et de Magdeleine. Lui, qui n'avait pas où reposer sa tête, il trouvait là l'hospitalité la plus empressée, la plus tendre. Non-*seulement il s'y reposait quand Béthanie se trouvait sur sa route ; mais il y venait tout exprès pour voir ses amis, il y séjournait, il en faisait le point de départ de ses courses évangéliques, et, le soir, il venait s'y reposer de ses travaux dans Jérusalem. Cette maison était la sienne, celle de ses apôtres ; les maîtres, les domestiques, tout le monde lui appartenait corps et âme; et Lazare était du nombre de ses disciples.
La troisième année de sa vie publique, Notre-Seigneur était venu prendre part à la fête de la Dédicace ; il avait affirmé devant le peuple sa filiation divine, et les Juifs irrités avaient voulu le lapider. Mais, parce que son heure n'était pas encore venue, il quitta la ville et se retira sur les bords du Jourdain. Il y resta quelques semaines, allant du fleuve à Jéricho, recevant la conversion de Zachée, guérissant l'aveugle Bartimée,
et bénissant la foule des petits enfants qui se pressaient autour de lui.
Pendant quUl se livrait à ce doux ministère, il reçut un message de Marthe et de Marie, qui lui faisaient dire ; « Seigneur, celui que vous aimez est malade. » Cette maladie de Lazare était mortelle, et Notre-Seigneur le savait bien ; cependant il dit à ses disciples : « Cette maladie n'est pas pour la mort, mais pour la gloire de Dieu, et afin que le Fils de Dieu soit glorifié en elle ». Il attendit deux jours encore, puis il partit pour Béthanie, en disant aux apôtres : « Lazare, notre ami, dort, mais je vais pour le réveiller ». Et comme ils n'avaient pas compris le sens de ses paroles, il ajouta : « Lazare est mort ; et je me réjouis à cause de vous de n'avoir pas été là, afin que vous croyiez ».
Arrivé en face de Béthanie, il s'arrêta entre ce village et le hameau voisin, sur un rocher que Ton montre encore aujourd'hui, et il se reposait, quand Marthe avertie de son approche, vint à sa rencontre, et lui dit tout en larmes : « Seigneur, si vous aviez été ici, mon frère ne serait pas mort ». Bientôt accourut aussi Marie, appelée par sa sœur, et avec elle la foule des Juifs, amis de la famille, qui étaient venus compatir à sa douleur. Jésus demanda à être conduit où l'on avait déposé Lazare, et en voyant le sépulcre, il frémit et- pleura. Les Juifs disaient : a Voyez combien il l'aimait ».
Le tombeau de Lazare se montre encore à Béthanie. Selon la coutume juive, c'est une grotte taillée dans le roc ; elle est obscure et humide ; on y descend par quelques marches difficiles. Le corps entouré de bandelettes était placé sur une table creusée dans la paroi.
Jésus-Christ commanda d'enlever la pierre qui fermait la grotte, et Marthe lui répondit : « Seigneur, il a
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déjà de l'odeur, car il est là depuis quatre jours ». Mais le divin Sauveur cria à haute voix : « Lazare, sors » ; et aussitôt on vit apparaître Lazare couvert de son suaire, mais plein de vie.
Ce grand miracle convertit à Notre-Seigneur beaucoup de Juifs. Les Princes des Prêtres, irrités du retentissement qu'avait eu ce fait merveilleux, complotèrent de faire périr Lazare ; mais voyant bien qu'ils n'infirmeraient pas ainsi le témoignage de ceux qui avaient été présents à sa résurrection, ils tinrent conseil et se décidèrent à faire périr Jésus-Christ lui-même.
La fête de Pâques approchait. Jésus, qui avait quitté Béthanie pour quelques jours, y revint ; et c'est de là qu'il partit pour faire son entrée solennelle à Jérusalem, et se livrer à ses bourreaux.
A partir de ce moment, les livres saints ne nous apprennent plus rien de saint Lazare ; mais il est hors de doute qu'il participa aux grands événements de la Semaine-Sainte, et qu'après la Passion et l'Ascension de Notre-Seigneur, il fut un de ses principaux témoins, dans la petite société chrétienne qui se forma à la voix des apôtres. Là tout était en commun ; les fidèles vendaient leurs biens, et les partageaient aux indigents. Lazare, lui aussi, disent de vieux manuscrits, se déchargea de ses richesses ; la maison seule de Béthanie fut conservée, parce qu'elle avait été consacrée par le séjour de l'Homme-Dieu. Elle fut, d'après les mêmes récits, convertie en église ; Lazare fut sacré évêque de Béthanie, et y siégea quelque temps.
Mais bientôt la persécution commença. Saint Etienne fut martyrisé. Lazare dut fuir son pays.
Les Actes des apôtres nous apprennent qu'à ce moment plusieurs disciples, dispersés par les poursuites
des Juifs, pénétrèrent en diverses contrées de l'Asie, et jusqu'en l'île de Chypre, annonçant partout la parole de Jésus-Christ. Lazare ne fut-il pas un de ces ardents missionnaires ? L'Eglise grecque affirme qu'il a été le premier évêque de Chypre ; et de plus une relation antique, due aux moines qui au Moyen- Age gardaient la maison de Béthanie, raconte qu'il prêcha la foi dans cette île, et y gouverna pendant plus de dix ans le petit troupeau qu'il avait appelé au bercail du bon pasteur.
Mais la Providence réservait un autre champ au zèle de saint Lazare.
Les Provençaux gardent fidèlement la croyance que les Princes des prêtres et les pharisiens, voulant se débarrasser de la famille de Béthanie, et n'osant pas cependant tremper leurs mains dans son sang, à cause du rang qu'elle occupait dans la société juive, jetèrent dans une barque toute désemparée, sans voiles, sans mâts et sans gouvernail , Lazare , ses sœurs , saint Maximin, saint Trophime et d'autres encore, et les abandonnèrent ainsi à la fureur de la mer. Mais le navire, poussé par un souffle divin, traversa heureusement la Méditerranée, et vint aborder sur les plages de la Camargue, là où s'élève aujourd'hui l'église des Saintes- Mariés. Nos apôtres, après avoir remercié Dieu de leur miraculeuse délivrance, dressèrent en ce lieu un autel à la glorieuse Vierge Marie, Mère de Dieu ; puis laissant à sa garde Jacobé et Salomé, se partagèrent l'évangélisation de la Provence. Lazare eut Marseille pour sa part de conquête, et s'y rendit aussitôt.
Que la persécution des Juifs soit l'occasion de l'arrivée de Lazare en Provence, ou qu'il y soit venu de son plein gré et directement de Chypre, comme le disent d'anciennes relations, le fait est qu'il était évêque de
Marseille dès l'an 49 de Jésus-Christ. En effet, à ce^e date, qui est la 9* année du règne de l'empereur Néro©, saint Alexandre de Brescia, venant à Marseille, y visii^a Lazare.
L'ami de Jésus, celui dont il avait pleuré la mort, et qu'il avait tiré du tombeau après quatre jours, venajt donc dépenser sa seconde vie au service de son Maître, dans la colonie Phocéenne. Il annonça la foi à la population de la grande ville, popula'tion faite de Grecs, de Romains et de Gaulois, instruite, curieuse, célèbre par son académie et son immense commerce.
Les prédications de saint Lazare portèrent leur fruit, et bientôt naquit dans Marseille une Eglise florissante. Mais l'administration romaine, troublée par l'apparition de la doctrine nouvelle , persécutait les fidèles ; les chrétiens et leur évêque devaient se cacher pour la célébration des saints mystères ; et Marseille, comme Rome, eut ses catacombes. Au sud de la ville, et séparés de ses murailles par le bras de mer qui lui servait de port, étaient d'antiques cimetières, où dormaient depuis des siècles les Grecs venus de Phocée. Derrière ces cimetières, dans le flanc de la montagne, s'ouvraient de vastes carrières. C'est là que se réfugiait Lazare aux mauvais jours. Les fidèles avaient creusé sous terre un asile pour leur évêque ; ils s'y réunissaient autour de lui ; et cet antique sanctuaire , sur lequel s'est élevée depuis l'abbaye de Saint- Victor, conserve encore, taillé dans le roc, le siège sur lequel s'asseyait Lazare pour l'administration des sacrements. Les âges suivants ont sculpté au-dessus de ce siège, dans la pierre de la grotte, une figure de saint Lazare, avec la crosse et la palme du martyre.
Pendant 3o années, saint Lazare continua parmi nous
son ministère de dévouement; mais enfin, sous le règne de l'empereur Domitien, il tomba entre les mains de ses persécuteurs, et fut conduit devant les proconsuls romains.
Avons-nous les Actes du martyre de saint Lazare ? M. l'abbé Paillon a cru les retrouver dans de vieux bréviaires d'Autun. Nous analysons ici, d'après lui, les leçons de cet office, sans leur accorder toutefois beaucoup de créance.
Au Préfet, qui le pressait de sacrifier aux idoles, il répondit : «J'ai pour amile Christ, fils de Dieu. Délivré une fois par lui des liens de la mort, je ne peux l'abandonner et immoler aux démons. Lui seul est Dieu, lui seul a tout créé, lui seul par sa mort a tout vivifié ».
Alors on le frappa cruellement de verges, et on le traîna par la ville ; son sang baignait le pavé des rues. Enfin on le jeta à demi-mort dans la prison romaine, prison souterraine et humide.
Ce cachot existait encore, il y a quelques années; et aujourd'hui même on pourrait en voir quelques vestiges. Il était situé au sud de la place actuelle de Lenche; là où s'éleva plus tard le monastère de Saint-Sauveur.
Mais dans cette prison , Lazare eut une suprême visite. Jésus, qu'il avait déclaré son ami devant les ennemis du nom chrétien, lui apparut. Il le consola ; il le combla de ses caresses, comme autrefois dans la maison de Béthanie ; et il lui promit une place dans ce beau Paradis où il règne avec ses saints. Le troisième jour, le saint évêque est rappelé devant les proconsuls. On lui montre la statue du dieu Mars, et on lui présente l'encens du sacrifice. Mais Lazare n'avait garde de repousser la couronne déjà suspendue sur sa tête ; il rejette avec horreur les promesses et les séductions de
ses bourreaux, et il est condamné à avoir la tête tranchée. On croit qu'il fut exécuté dans la prison, ou sur le forum, c'est-à-dire sur ce que nous appelons la place de Lenche. (Faillon,t. 2, p. 58 1.)
Tel est le récit du bréviaire d'Autun. Ce qui ne nous permet pas d'accorder confiance à ces Leçons, c'est qu'elles présentent un étrange similitude avec les Actes de saint Victor. Après un premier interrogatoire, l'un comme l'autre est flagellé, traîné par la ville, puis jeté dans une prison, où Notre-Seigneur lui apparaît et le console. Il reste trois jours dans son cachot, puis il est conduit devant l'autel du dieu, et il est sollicité de sacrifier. En présence de détails aussi identiques, on ne peut s'empêcher de croire à une contusion.
Le Propre du diocèse de Marseille raconte plus brièvement le martyre de saint Lazare. Il énumère seulement divers supplices, qui ne sont pas ceux décrits par le bréviaire d'Autun. Il dit que les juges, ne pouvant vaincre sa constance, firent déchirer son corps avec des peignes de fer, lui enfermèrent la poitrine dans une cuirasse rougie au feu, le brûlèrent sur un gril, le percèrent de flèches, et enfin lui tranchèrent la tête. Il met sa passion à l'an 80 environ de Jésus-Christ, et au 17 décembre.
Les fidèles recueillirent les restes de leur pasteur, et l'ensevelirent dans la catacombe,. qu'il avait si longtemps sanctifiée par ses prédications, et qui prit le nom de confession de saint Lazare. Saint Lazare devint le patron du diocèse, et on dit même que la cathédrale de Marseille fut construite en son honneur, et garda ce titre jusqu'au V* siècle, où la propagation du culte de la sainte Vierge, et l'institution de la fête de l'Assomption lui valurent le nom de Notre-Dame 1 la Maior
Marseille gardait donc les dépouilles sacrées de son premier évêque. Plusieurs fois la ville fut prise et pillée par les Barbares, qui ravagèrent si souvent nos contrées; mais les reliques furent toujours soustraites à l'impiété des envahisseurs. Avec les invasions Sarrasines le danger devînt de tous les instants, si fréquentes étaient les apparitions de l'ennemi. La Provence était alors gouvernée, au nom du fils de Lothaire, par Gérard de Roussillon. Il demanda aux Marseillais les saints ossements, pour les mettre en lieu sûr et à l'abri de toute insulte. Ceux-ci, qui tremblaient pour la conservation de ces restes précieux, et qui d'ailleurs ne pouvaient rien refuser à un homme tout puissant, qui avait rendu de grands services à leur pays, accédèrent à sa demande; et le corps saint fut transporté à Autun , où il est encore vénéré aujourd'hui. On attribue à cette translation la date de 870.
Cependant les Marseillais ne restèrent pas privés de toute relique de saint Lazare ; la mâchoire inférieure demeura dans l'aL>baye de Saint-Victor. De plus, la tradition raconte que deux prêtres de Marseille, désolés de perdre ce trésor, et pensant bien qu'il ne reviendrait jamais du pays lointain où on le transportait, enlevèrent le chef de saint Lazare, et le remplacèrent par la tête d'un autre saint. Cette précieuse relique resta cachée pendant les longs bouleversements de cette époque; mais enfin quand la tranquillité eut été rendue à la Provence, elle reparut au jour, et reçut de nouveau la vénération des fidèles. C'est la même que l'Eglise de Marseille possède encore aujourd'hui.
Le Propre de notre diocèse fait trois fois mémoire de saint Lazare.
f Sa résurrection est honorée le vendredi, après le qua-
trîème dimanche de carême. Ce jour-là, les saintes reliques sont exposées dans l'église cathédrale ; et par un Induit du Pape Clément VIT, d'Avignon, confirmé par Martin V, après le rétablissement du Saint-Siège, à Rome, tous les fidèles qui, véritablement contrits et s'étant confessés, viennent prier dans la cathédrale et y faire quelque aumône, peuvent gagner les indulgences attachées à la visite de la basilique de Saint-Pierre de Rome, pour la fête de saint Pierre et saint Paul. Le même jour, est rappelée la translation d'une relique insigne, obtenue en 1824 par M«' Ch. Fortuné de Mazenod.
Le 17 décembre, comme nous l'avons déjà vu, est consacré au souvenir du glorieux martyre de saint Lazare.
Enfin le 3 1 août, nous fêtons son patronage sur le diocèse dont il fut le premier évêque, et dont il sera toujours le puissant protecteur.
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