AOUT
Charles de Salerne, fils de Charles I" d'Anjou, comte de Provence et roi de Sicile^ avait épousé Marie, fille d'Etienne V, roi de Hongrie. Il eut de cette princesse un très grand nombre d'enfants, neuf fils et cinq filles. Le second de ces enfants est Louis, l'aimable Saint dont nous nous reprocherions dé ne pas inscrire le nom parmi les gloires de notre Eglise, parce que ses reliques ont reposé dans notre ville, et que pour cette raison il est souvent appelé saint Louis de Marseille.
Le jeune prince était par son père petit-neveu de saint Louis, roi de France, par sa mère arrière petitneveu de sainte Elisabeth de Hongrie. Il naquit en 1 274, quelques-uns disent le 1 9 février, dans le château de Brignoles, que les Comtes de Provence aimaient, et dont le prince de Salerne, son père, faisait souvent sa résidence.
Ses historiens racontent que tout enfant il avait déjà la piété et la charité, qui brillèrent plus tard en lui d'un si vif éclat. Il fuyait le bruit et les jeux, et se cachait pour prier; il donnait aux pauvres tout ce qui lui appartenait, et dérobait même quelques fois, pour faire l'aumône, les approvisionnements de la cuisine pater-
nelle. Le Maître-d'hôtel le somma un jour, en présence de son père, de montrer ce quUl emportait subrepticement sous son manteau. L'enfant obéit; mais la volaille, qu'il avait enlevée, parut aux yeux de tous changée en un bouquet des plus belles fleurs. Le prince de Salerne, ému et émerveillé de ce miracle, lui accorda, de ce moment, tout ce dont il avait besoin pour satisfaire sa charité.
Il avait 5 ans, lorsque son père découvrit à Saint- Maximin le corps de sainte Magdeleine. Plusieurs auteurs assurent que le jeune Louis l'avait accompagné, et fut l'heureux témoin de ce grand événement.
En 1282, les Vêpres Siciliennes enlevèrent à Charles I" la possession de l'île de Sicile, où fut reconnue la souveraineté du roi Pierre d'Aragon. Dans la guerre qui suivit, le prince de Salerne ayant, en juin 1284, lî^^é bataille inconsidérément à la flotte ennemie, fut fait prisonnier, et emmené en Espagne. A la mort de son père , arrivée quelques mois après , il devint roi de Napleset comte de Provence, sous le nom de Charles II; mais il resta captif jusqu'en 1288. A cette époque, il recouvra la liberté par un traité conclu avec Alphonse d'Aragon, successeur de Pierre III, traité dont l'exécution fut garantie par des otages livrés aux Espagnols. Ces otages furent soixante gentilshommes de Provence et vingt de Marseille, avec trois fils du roi : Louis, Robert et Raymond-Béranger.
Saint Louis avait à peine 14 ans, quand il alla ainsi prendre la place île son père. Il subit sa captivité tantôt dans la forteresse de Sura, tantôt dans celle de Montcathan, à Barcelone.
Il accepta avec une admirable patience l'humiliation et les ennuis de la prison. Elle n'altéra pas la douceur
de son caractère, et ne changea rien à ses habitudes pieuses. La prière lui tenait lieu de tous les plaisirs ; il s'y adonnait sans relâche pendant le jour, et la nuit encore il se levait pour reprendre sa méditation. Ses seules distractions étaient le travail et l'exercice de la charité. Les pauvres les plus déshérités avaient ses préférences ; il recherchait les lépreux, les lavait, les pansait de ses mains , et les embrassait avec effusion , sans avoir horreur de leur mal. Dieu récompensa souvent ces actes héroïques par d'éclatants miracles ; et des malheureux , couverts d'ulcères , furent guéris pour avoir seulement revêtu les habits, dont Louis s'était dépouillé pour eux.
Aussi dur envers lui-même que bon envers les autres, il pratiquait la vie la plus austère; et cet enfant, d'un âge encore si tendre, recherchait les mortifications avec l'ardeur d'un cénobite. Il n'aimait que la compagnie des religieux, et s'entourait surtout de Frères Mineurs, pour lesquels il professait une grande vénération et un extrême attachement.
L'étude occupait le temps qu'il ne donnait pas à la dévotion. Sous la conduite des Franciscains, il acquit toutes les connaissances utiles à son rang, et aussi une véritable science théologique. Il disputa en public à Barcelone ; et sa doctrine, comme la grâce de son élocution, lui attirèrent tous les suffrages.
Saint Louis était enfermé dans le château de Sura, lorsque, en 1291, une grave maladie, que les médecins reconnurent être une phthisie pulmonaire, le conduisit aux portes du tombeau. On désespérait de sa vie, quand il fit voeu, s'il guérissait, de se consacrer à Dieu sous la bannière dQ saint François. A peine rétabli, il se rendit dans la chapelle de la forteresse, et là, à genoux
devant l'autel de la Sainte Vierge, il renouvela avec joie sa promesse.
La captivité qu'il subissait ne lui permettant pas d'accomplir immédiatement son vœu, il désira entrer dans les ordres sacrés, et il sollicita du pape Célestin V l'autorisation de recevoir la tonsure et les ordres mineurs, de la main d'un simple prêtre, le frère François d'Apt, son confesseur et chapelain de son père. Cette permission lui fut accordée par un bref du 9 octobre 1294, sur ce motif qu'il était détenu chez les ennemis de l'Eglise, c'est-à-dire dans un royaume que le Saint- Siège avait frappé d'excommunication. Le même jour, le pape le nommait à l'archevêché de Lyon ; mais Célestin V ayant abdiqué deux mois plus tard, son successeur, Boniface VIII, ne donna pas suite à cette nomination, qui resta sans effet.
L'année suivante, 1295, la paix fut signée, et Louis, alors âgé de 21 ans, quitta Barcelone. Tout, à ce moment, semblait lui sourire, selon le monde. Pour cimenter l'alliance entre les deux souverains réconciliés, on offrit au jeune saint la main de Yolande, sœur du roi d'Aragon. En même temps, il était par la mort de son frère aîné qui arriva en août 1295, héritier présomptif des couronnes de Naples et de Provence. Mais tels n'étaient pas ses sentiments, et l'ambition ne put rien changer aux aspirations de son cœur. Passant à Montpellier, avec son père, il denianda à entrer dans la maison que les Frères Mineurs avaient dans cette ville. Il ne put alors obtenir cette faveur, parce que les Franciscains craignirent la colère du roi. Mais lui ne se découragea pas. Si son père lui refusait d'embrasser la pauvreté et l'abjection de saint François, peut-être lui permettrait-il d'entrer dans l'état ecclésiastique, qui
ne fermait pas la voie des honneurs. En effet, arrivé à. Rome avant la fin de 1295, il obtint l'objet de sa demande, et aussitôt renonça, en faveur de son frère Robert, à tous les avantages de son droit d'aînesse.
Louis reçut la prêtrise à Naples, dans le couvent des Frères Mineurs. Il n'avait encore que 22 ans. A partir de ce moment, il vécut loin de la cour, dans un château à quelque distance de Naples. Dans cette retraite, il se nourrissait de pieuses lectures et de longues méditations; il se livrait à la prédication, qui donnait carrière à son zèle pour les âmes, et quelques fois se délassait des travaux de l'esprit par la culture d'un petit jardin. Peu de temps après, il accompagna son père à Rome, et Boniface VIII le nomma à l'évêché de Toulouse, vacant par la mort de Hugues Mascaron. Louis refusa d'abord cette charge; puis, y voyant un moyen d'arriver au but de ses ardents désirs, il accepta l'épiscopat, à la condition expresse qu'il lui serait permis auparavant d'embrasser la règle de saint François. En conséquence il prit l'habit de l'Ordre dans le couvent à' Ara Cœli.
Sacré évêque le 3o décembre 1295, il partit pour Toulouse au commencement de 1296, ne logeant sur sa route que dans les couvents des Frères Mineurs, et refusant tous les honneurs qu'on lui préparait. Il fut reçu à Toulouse avec une joie extrême.
Malgré la dignité dont il était revêtu, il vivait comme un religieux, suivant en tous points la règle à laquelle il s'était assujetti, et augmentant tous les jours ses pénitences et ses pratiques de piété. Il portait envie au dernier des frères mendiants, et ne perdait pas l'espoir d'échanger un jour les honneurs de l'épiscopat contre l'humilité de la vie conventuelle.
Avec une activité merveilleuse, il s'appliqua à tous
les devoirs de sa charge ; il entreprit la visite de son diocèse ; et malgré ces soins multipliés, il trouva le temps d'accompagner à Paris son^père, qui allait rendre visite à son cousin le roi Philippe-le-Bel. Tout le long de sa route, il visitait les pauvres, soignait et administrait les malades, et annonçait au peuple la parole de Dieu. A Paris, il prêcha devant les plus^ doctes assemblées, et mérita l'admiration de tous par son talent et sa science.
£n rentrant de Paris dans sa ville épiscopale, il se retira dans un couvent pour travailler dans la retraite à sa propre sanctification ; puis il partit pour l'Espagne où il voulait visiter sa sœur la reine d'Aragon. Il était à Barcelone le i5 juillet 1297, et il consacra dans cette ville, à cette date, l'église de Saint-Nicolas, appartenant aux Frères Mineurs.
En entreprenant ce voyage, le saint avait sans doute l'intention de faire à sa sœur une visite d'adieu, et déjà il s'était déterminé à aller à Rome abdiquer l'épiscopat, pour s'enfermer définitivement dans le cloître. A son retour, il ne fit que traverser son diocèse ; car à la fin de ce mois de juillet, il était à Tarascon, où il prêchait le panégyrique de sainte Marthe, et le 3 août il arrivait à Brignoles.
Son père, qui était dans cette ville, exigea qu'il vînt habiter le château. A peine arrivé, il tomba malade, et il lui fut révélé que sa dernière heure était venue. Le jour de l'Assomption, il demanda les derniers sacrements. Quand la sainte communion lui fut apportée, se levant malgré son extrême faiblesse, il s'avança jusqu'à l'autel dressé dans sa chambre, et reçut à genoux le saint Viatique. Le peu de temps qu'il vécut encore, il le passa dans la prière, répétant saus cesse VAve
Maria; et comme on s'en étonnait autour de lui : a Je vais mourir, dit-il, et je demande à la Sainte-Vierge de. venir à mon secours. » Il succomba enfin le 19 août 1 297, à Page de 23 ans et demi.
Par son testament, il avait demandé à être enseveli dans le couvent des Frères Mineurs de Marseille. Ce couvent s'élevait hors des murs de la ville, près de la porte Royale, là où est aujourd'hui la place qui, de son nom , s'appelle le Cours Saint-Louis. Son corps fut déposé au milieu duchœur de la chapelle.
Un nombre infini de miracles se produisit au tombeau du bienheureux évêque ; plus de 22 morts furent ressuscites. Aussi quelques années à peine après sa mort, en i3i7, le pape Jean XXII prononça sa canonisation. Son père était mort depuis le mois de mai 1 3o9, mais sa mère vivait encore, et eut la joie de voir son fils honoré sur les autels. Le pape lui écrivit pour la féliciter. « Tressaillez, et faites éclater votre pieuse allégresse , lui disait-il , en songeant que vous avez donné le jour à un ange terrestre, maintenant associé à
la gloire des Anges Nous, en considération de ses
éclatants mérites, et de l'avis unanime de nos frères les prélats de notre Cour, nous venons de le mettre au nombre des saints, le jeudi 7 avril, après la Résurrection du Sauveur; heureux de faire déposera ses pieds par tous les fidèles du monde catholique l'hommage d'une juste vénération Donné à Avignon le 9 avril 1317. »
Le 9 novembre i3i9, en présence de six cardinaux envoyés par le Saint-Siège, du roi Robert, de sa femme, de la reine douairière de France, et d'un grand nombre de personnages importants, les reliques de saint Louis furent exhumées, et renfermées dans une châsse d'argent qu'on plaça sur le maître-autel. Le roi Robert transporta
le chef à Naples. Diverses autres parcelles furent distraites des saints ossements, pour être envoyées au Pape, à l'Eglise de Toulouse, à la ville de Brignoles et aux maisons royales de France et de Sicile.
Le 20 novembre 1423, le roi Alphonse d'Aragon, revenant de Naples avec sa flotte, surprit Marseille, pénétra dans le port, et mit la ville à feu et à sang. Il permit à ses soldats de piller et voler à leur gré pendant trois jours; quant à lui, il se réserva pour sa part du butin les reliques de saint Louis, les enleva et les emporta en Espagne, où il les déposa dans une église de Valence. Le bras du saint, enfermé dans un reliquaire particulier, avait échappé à ses recherches ; les Frères Mineurs de Marseille le gardèrent en leur couvent jusqu'en 1524. En cette année, comme les Impériaux s'apprêtaient à mettre le siège devant Marseille, on démolit ce couvent, qui aurait protégé les avancements de l'ennemi. Les Franciscains confièrent alors la précieuse relique à l'église de la Major, d'où elle fut en 1527 portée à l'Observance.
Par son testament, fait à Brignoles le jour même de sa mort, saint Louis avait distribué ses chapelles entre plusieurs maisons de Franciscains, et avait légué à quelques-uns de ses compagnons ses ornements sacerdotaux. Une de ses chapes est conservée à Brignoles, une autre à Saint-Maximin. Cette dernière, qui peut se voir dans la sacristie de la magnifique église construite par Charles II, est un objet d'art des plus précieux. Les mystères de la Vie de Notre-Seigneur y sont brodés en or, en argent et en soie.
Saint Louis est connu sous le nom de saint Louis de Toulouse, parce qu'il a été évêque de cette Eglise ; sous celui de saint Louis de Brignoles, parce qu'il y
est né et y est mort, et sous celui de saint Louis de Marseille, parce qu'il avait choisi sa sépulture dans notre ville, et que son culte y a attiré longtemps un grand concours de pèlerins. Les événements politiques ont détruit presque son souvenir parmi nous, mais il est encore honoré dans son pays natal, qui conserve beaucoup de ses reliques, et qui Fa choisi pour son patron.
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