ETATE SUA VIXIT
SECOLARES ANNUS XIIII
ET UBI A Do ELECTA EST
IN MONASTERIO SCS CyRICI
SERVIVET ANNUS QUINQUA
GENTA RECESSET SUB DIE
Prid Kal' Octobr' IND SEST
C'est-à-dire : « Ici repose en paix la religieuse Eusébie, grande servante du Seigneur, qui vécut dans le siècle, depuis sa naissance, quatorze ans, et cinquante ans dans le monastère de Saint-Cyr, depuis qu'elle eut été choisie par Djeu ; elle mourut la veille des Calendes d'octobre. Indiction sixième. »
En-dessous est gravé un vase accosté de deux colombes, symbole ordinaire de la fragilité de la vie et de la délivrance de Tàme chrétienne prenant son vol vers
le cîel, ^près la mort. Les colombes, quelquefois, sont l'emblème du martyre, comme on le rencontre pour sainte Agnès.
Ce marbre est, lui aussi, au musée du Château Borély où il porte le n' 126.
L'historien de l'abbaye de Saint-Sauveur n'a pas voulu admettre que l'inscription, que nous venons de donner, ait été gravée pour sainte Eusébie. Il suppose qu'elle concerne une autre religieuse du même nom, et, qu'ayant été découverte à une époque indéterminée, elle fut par erreur attribuée à la victime des Sarrasins, et placée sur son tombeau. Ses motifs sotit qu'il n'y est fait mention ni du martyre, ni du titre d'abbesse.
Ce ne sont pas ces raisons qui ébranlent notre conviction, car on sait combien les épitaphes sont souvent incomplètes. Quoi d'étonnant d'ailleurs qu'Eusébie ne soit pas. honorée ici du titre de martyre? Tant de moines, tant de religieuses périssaient alors sous les coups des Infidèles, que le massacre des Cassianites ne fut sans doute considéré que comme un incident douloureux de ces longues guerres. Mais nous sommes obligés de reconnaître que les hommes les plus compétents croient cette épitaphe fort antérieure à l'époque sarrasine, et, sans toutefois se prononcer catégoriquement, la regardent volontiers comme appartenant aux premières années du VI* siècle.
S'il en est ainsi, il faut avouer que nous n'avons pas l'inscription de sainte Eusébie; à moins qu'abandonnant l'opinion commune qui la dit martyrisée par les Sarrasins, nous ne croyions, avec le P. Guesnay, qu'elle a péri au V* siècle dans une descente de pirates Africains. {Cass. IlL, p. 509). Mais nous n'entrerons pas dans cette voie ; nous n'avons sur sainte Eusébie que la
tradition ; nous devons nous y attacher, et ne pas suivre des hypothèses toutes gratuites.
Nous disions que la mort d'Eusébie et de ses compagnes ne fut pas tout d'abord regardée comme un martyre. En effet, elles n'avaient pas de culte. Les moines de Saint-Victor eux-mêmes, successeurs des enfants de Cassien, ne faisaient pas leur office, et ne mettaient point leurs reliques sur les autels. Ce ne fut qu'avec le temps, que l'on comprit ce qu'il y avait de méritoire dans leur action, et peu à peu on en vint à les honorer comme saintes. Au XVII* siècle, Guesnay les appelle bienheureuses ; mais alors même elles n'avaient pas une fête dans le calendrier. C'est au XVHI* siècle seulement que Mgr de Belsunce, jaloux des gloires de son Eglise, répara les torts du passé, et donna à Eusébie et à ses compagnes une place parmi les saints du diocèse. Leur fête, à ce moment, se célébra le second dimanche d'octobre; elle est fixée maintenant au 1 1 du même mois. De nos jours, une église a été élevée en leur honneur ; c'est la paroisse du quartier rural de Montredon. La première pierre du monument a été posée le 27 novembre i853 par Mgr de Mazenod, et l'inauguration en a été faite le 21 juin iSSj.
SAINT CANNAT
Évéque de Marseille
l5 OCTOBRE
Saint Cannât vivait dans la seconde moitié du V siècle. Dans la série de nos évêques, on le place immédiatement avant ou immédiatement après saint Honorât, qui siégeait vers 490. M. l'abbé Albanés, se basant sur la mention que Gennade fait de saint Cannât^ n'hésite pas à mettre son épiscopat un peu avant cette date (Armoriai et Sigillographie des Évêques de Mar^ seille).
Sa Vie a été écrite longtemps après, 5 00 ans au moins, puisqu'il y est fait mention des comtes de Provence. Même l'auteur, en disant que les comtes ont été autrefois qualifiés rois d'Aix, montre bien que de son temps Aix était la capitale de la Provence et que les comtes y faisaient leur résidence, ce qui n'est pas arrivé avant le règne de la maison de Barcelone. De plus, la peinture qu'il fait de la cour royale rappelle les habitudes de la féodalité provençale, et les spectacles que donnaient les jongleurs du XII* siècle.
Aussi cette Vie, relativement récente, et écrite par un homme qui ne connaissait guère l'époque dont il parle, n'a pas une grande autorité. Nous pouvons cependant
la considérer comme un écho de la tradition ; et, faute de mieux, nous la suivrons, nous tenant en garde contre les erreurs historiques qu'elle contient.
Saint Cannât, dit le vieux auteur, naquit de parents illustres. Son père était roi, sa mère était reine de la ville d'Aix.
Il n'y a jamais eu de royaume d'Aix, et il n'est pas vrai, comme il est dit ici, que jamais gouverneurs ou comtes de Provence aient porté le titre de rois d'Aix. Au V* siècle, quand naquit saint Cannât, la Provence était romaine. Le représentant du pouvoir central, le Préfet du Prétoire, résidait à Arles et non à Aix, et d'ailleurs il ne se fit jamais appeler roi ; le gouverneur particulier d'Aix, quel qu'il tût, n'eut jamais la témérité d'usurper pareille qualité ; et les Barbares mêmes, qui à cette époque envahirent notre pays, ne dénommèrent ainsi aucun officier romain. Les Francs, étrangers à l'organisation de l'Empire, ont bien appelé Siagrius roi des Romains, mais les Bourguignons et les Visigoths ne pouvaient se tromper à ce point. Saint Cannât n'est donc pas fils de roi. Cependant, qu'il soit ainsi qualifié par son historien, ce nous est une preuve qu'il descendait de noble race, et que son père était soit un grand dignitaire de l'Empire, soit peut-être, et plus probablement, le chef d'une de ces riches et puissantes familles gallo-romaines, honorées des charges municipales alors si importantes.
Le nom de Cannât, dit notre auteur, signifie a né avec les cheveux blancs », et le saint enfant justifia ce nom par sa précoce sagesse. Tout jeune encore, il possédait déjà les vertus qui sont l'apanage des vieillards. Il avait en horreur les amusements de son âge, le bruit et
le tumulte des réunions de la Noblesse. Il fuyait la mollesse et l'oisiveté, et s'adonnait avec ardeur à Pétude des sciences humaines et sacrées. Ses paroles et sa conduite étaient un enseignement pour les gens du monde, et même pour les clercs.
Une vertu si rare ne pouvait s'accommoder de la vie désordonnée et licencieuse que menaient les grands à cette époque de relâchement moral et religieux. Trop de flatteurs l'entouraient dans le palais de son père ; trop de serviteurs complaisants, trop de clientis s'empressaient autour de lui. Les pompes, les honneurs le troublaient; les chants des histrions, dans les fêtes, offensaient son innocence. Le vice triomphait effrontément dans cette société corrompue ; Cannât résolut de rompre avec elle, et il s'enfuit dans le désert.
A cinq ou six milles d'Aix était une solitude pro*fonde, qu'on appelait le Sauset. Ce nom indique évidemment un lieu frais, humide, planté de saules. L'auteur nous le dépeint, en effet, comme une contrée agréable^ arrosée par des fontaines et revêtue de vertes prairies. De petits ruisseaux se cachaient sous les saules, tandis que les collines étaient couvertes de grands et antiques chênes. C'était un séjour délicieux, loin du bruit, loin de l'agitation des villes, propre à la prière et à la méditation, où rien ne pouvait distraire des choses de Dieu.
C'est là que le saint se retira.
La retraite de saint Cannât, telle que nous la dépeint l'auteur de sa vie, et telle que la contrée est en effet, n'éveille guère l'idée d'un désert. On ne peut d'ailleurs supposer un lieu inhabité si près d'Aix, ville que les Romains avaient fréquentée à cause de la douceur de son climat, et surtout à cause de ses eaux thermales. Il
semble bien plutôt qu'il y avait là une riche métairie, une villa romaine ; et on se demande si le saint jeune homme ne se retira pas simplement à la campagne, dans une propriété de sa famille,
Mais la vie qu'il y mena fut bien celle d'un anachorète. Le fils du roi se fit ermite. Abandonnant les biens qui devaient un jour lui appartenir, renonçant à l'opulence et aux honneurs de la maison paternelle, il se réjouissait d'avoir tout quitté pour vivre pauvre et inconnu comme Jésus-Christ. Habitué aux mets délicats d'une table abondante, maintenant il buvait l'eau des fontaines et se nourrissait d'herbes et de racines. Lui, qui avait porté la trabée de pourpre, s'habillait de feuillages, malgré l'intempérie des saisons, et marchait pieds nus. Mais que lui importaient les biens de la terre ? Il ne désirait que les biens du ciel.
S'il sortait parfois de sa retraite, c'était pour visiter les docteurs qui illustraient alors l'Eglise de Provence, et s'édifier dans leur conversation. C'est ainsi que Gennade nous le montre dans la société du prêtre Vincent, écoutant les lectures de cet érudit et éloquent écrivain. « Vincent, dit le biographe marseillais, a fait une exposition des psaumes, dont il lut des fragments, en ma présence, à l'homme de Dieu Cannât. (Gennade, ch. 80). if> Mais quand il avait rassasié sa faim de la parole sacrée, le pieux ermite regagnait sa cellule, pour méditer dans le silence les grandes leçons qu'il avait reçues.
Pendant que saint Cannât menait cette vie mortifiée dans la solitude, l'évêque de Marseille vint à mourir. Notre Eglise, veuve de son pasteur, cherchait à le remplacer, et adressait à Dieu les plus ardentes prières, pour qu'il lui accordât un évêque selon son cœur. Une
inspiration divine porta tous les suffrages sur Cannât. Sa grande naissance, sa vertu plus grande encore le rendaient digne de conduire les fidèles de la cité phocéenne.
Aussitôt on choisit des ambassadeurs , et on les envoya à la recherche du saint, avec la mission d'obtenir de lui qu'il acceptât ce fardeau et de l'amener à l'Eglise qui le désirait.
Les envoyés se rendirent au Sauset, et trouvèrent sans peine le saint ermite. Ils se jetèrent à ses pieds, lui demandant d'accueillir favorablement leur prière ; ils lui dirent que Dieu l'appelait visiblement à l'épiscopat, que le clergé était dans la joie, que le peuple l'attendait avec des applaudissements. Mais le bienheureux résistait ; son humilité lui faisait redouter le sacerdoce, comme un honneur dont il se croyait indigne et comme une charge trop lourde pour ses épaules.
Cependant, comme les Marseillais persistaient dans leurs supplications : « N'insistez pas, mes frères, leur dit-il, cessez de me tourmenter. Je vous l'affirme devant Dieu, ce roseau flétri reverdira et poussera des branches et des feuilles, avant que j'accepte l'épiscopat que vous m'offrez. » Et il montrait la canne desséchée qu'il tenait à la main, et sur laquelle il appuyait son corps exténué par le jeûne et les privations.
Mais à peine achevait-il ces mots, voilà que, par un miracle admirable, le bâton reverdit, il bourgeonna et se couvrit de rameaux. Les Marseillais, transportés de joie , se prosternèrent et adorèrent le Seigneur , en disant : a Béni soit Dieu, qui n'a pas voulu tromper nos désirs, et nous a conduits dans le droit chemin I » Quant à Cannât, appelé au sacerdoce comme le fut Aaron, il se soumit en gémissant. « Puisque Dieu a parlé, dit-il, je ne puis m'opposer à sa volonté. »
Il fit sa prière, dit l'auteur anonyme, reçut l'office et la bénédiction de son supérieur, et vint à Marseille.
Quel est ce supérieur? Cannât était-il moine, et dépendait-il d'un abbé? Evidemment non. On a supposé justement que cette phrase , assez inintelligible , signifie seulement l'onction sacerdotale et la juridiction qu'il reçut de l'évêque métropolitain.
Nous lisons dans la Vie de notre saint que le roi d'Aix donna aux évêques de Marseille, à perpétuité, le désert dans lequel Cannât avait habité, et qu'il fit dresser acte authentique de sa donation. Les Bollandistes doutent, avec raison, que jamais personne ait vu cette charte. Mais il est un fait, c'est que, depuis cette époque, la contrée que saint Cannât a sanctifiée par sa pénitence appartenait aux évêques de Marseille ; et il n'est pas besoin pour cela qu'elle ait été octroyée par une concession royale. A la mort de Cannât, les rois de Provence étaient Goths et Ariens, ils ne faisaient aucun don à l'Eglise. Mais si le Sauset était un domaine privé de la famille de Cannât, comme il y a apparence, lui-même put l'apporter à la mense épiscopale, ou les siens, après lui, en firent l'abandon.
Avec le temps, une bourgade se forma autour de la villa ; elle prit le nom du saint; plusieurs autres centres de population se créèrent aux alentours, à Malemort et à Valbonnette. Les évêques de Marseille furent seigneurs du lieu. Leurs droits furent confirmés au mois de février 1 182,* par les comtes Ildefonse et Sanche, en la personne de l'évêque Fouques, qui reçut concession de Saint-Cannat pour en jouir, lui et ses successeurs, comme avaient fait ses précédesseurs sous les premiers comtes.^
Les choses durèrent ainsi jusqu'en 1473. En cette
année et le 20 du mois de février, l'évêque Jean Alardeau consentit à échanger Saint-Cannat, avec le roi René, contre la baronnie d'Aubagne, comprenant les seigneuries d'Aubagne, de Cassis, Roquefort, Saint- Marcel, Julhians, Cuges et le Castelet. Le roi René avait désiré posséder Saint-Cannat, à cause de sa proximité de la ville comtale, à cause du gibier qui abondait dans les environs, et de la salubrité de l'air qu'il estimait favorable à sa santé. [Histoire des Evêques de Marseille, t. m, p. 48).
L'historien de saint Cannât nous a appris peu de choses sur la vie du pieux évêque à Marseille. Il brilla, dit-il, de l'éclat de toutes les vertus, mais surtout par son zèle à maintenir son peuple dans la foi orthodoxe. L'hérésie en effet envahissait alors la Pror vence. Les Goths Ariens persécutaient les évêques ; et si Alaric, par politique, fut moins violent que ne l'avait été Euric, son peuple ne comprenait rien à ces ménagements intéressés, et se montrait hostile aux catholiques. Cannât eut donc à lutter contre l'erreur, et il s'y appliqua sans relâche par ses instructions et par la pratique des enseignements évangéliques. Il donna la paix aux Eglises, assujettit les clercs à une discipline stricte, et rendit tout son peuple agréable à Dieu. A ce zèle pastoral il joignit une charité sans bornes ; les pauvres étaient ses enfants, et il leur partagea son bien. Sur le trône épiscopal il se montra humble, comme autrefois dans la maison de son père; et s'il ne pouvait fuir les honneurs comme alors, il s'abaissait devant Dieu, et s'oubliait lui-même. Aussi reçut-il en récompense de sa vertu le don des miracles.
Parfois, abandonnant un moment sa ville épiscopale, le saint allait au Sauset chercher le calme de la retraite.
C est là que la mort vint le surprendre, et il s'endormit dans le Seigneur le jour des ides d'octobre, c'est-à-dire le 1 5 de ce mois. Nous ignorons en quelle année.
Quand les Marseillais apprirent la mort de leur saint pasteur, leur douleur fut grande. Ils ne purent supporter l'idée qu'un prélat si cher à leur cœur reposât loin de leur ville, et ils disposèrent toutes choses pour aller chercher ses reliques, et les rapporter dans son Eglise. Une députation partit donc pour le Sauset. Mais quand, arrivés sur les lieux, les ambassadeurs eurent pris le saint corps, et se furent remis en route pour le transférer , voilà que l'aspect du ciel changea , des nuages épais obscurcirent l'air, et une pluie diluvienne inonda la terre et détrempa le sol. Les Marseillais s'adressèrent à celui dont ils connaissaient la puissance auprès de Dieu, et lui demandèrent de protéger ses fidèles enfants. Leur confiance ne fut pas trompée. Par une permission divine, tandis que la pluie tombait à droite et à gauche avec une violence inouie, pas une goutte d'eau n'atteignit les saintes reliques ni ceux qui les portaient ; et ils achevèrent leur route sans être mouillés. Le corps de saint Cannât fut donc transporté à Marseille, et déposé dans l'église de la Major. Nous en retrouvons mention dans plusieurs titres du moyen» fige. En l'an 11 22, et au jour de TAssomption de la Sainte Vierge, l'évêque Raymond I*' reconnut les reliques de sa cathédrale, et les enferma toutes dans une môme chfisse. Acte fut dressé de cet inventaire, après la mort de Raymond seulement. Cet acte cite, parmi les reliques alors vérifiées, le corps de saint Cannât évêque de Marseille. (L'abbé Albanés, Armoriai et Sigillographie des Evêques de Marseille^ P« 42)« Plusieurs années après, le ii mai 1277, le chapitre
ouvrit la châsse, et y trouva cet authentique, qu'on y avait déposé avec les saints ossements. Le 20 juin suivant, translation des reliques fut faite dans une châsse nouvelle. Le corps de saint Cannât ne put être distingué de celui de saint Antonin, confesseur, avec lequel il avait été enfermé et confondu. Il fut ordonné que ces reliques mélangées seraient placées dans Péglise de Saint-Cannat. Mais, parce que cette église ne possédait pas d'armoire sûre, où on pût les déposer à l'abri de tout vol, une partie seulement y fut transportée, Tautre moitié fut gardée à la cathédrale. (Histoire des Evêques de Marseille^ t. 11, p. 295-6).
Il y avait donc à Marseille une église en Phonneup de saint Cannât. Elle était située près du palais épiscopal et de la tour Rostagnier, tout contre les murs de la ville. (Ruffi, t. 11, p. 3o2. — Evêques de Marseille^ t. in, p. 126). Ruffi nous apprend qu'elle existait déjà en l'an 1060, (t. 11, p. 100). C'était une paroisse dépendant de la cathédrale. Elle fut brûlée en partie en 1481 ; mais la Ville la fit reconstruire. En 1435, Mgr Nicolas de Brancas, évêque de Marseille, la supprima comme paroisse, et réunit ses biens à la mense capitulaire de la Major.
Lorsque, en 1524, le connétable de Bourbon vint mettre le siège devant Marseille, la toiture de cette église fut démolie, la voûte fut terrassée, et on y établit une batterie de canon. Après le siège, la terre ne fut pas enlevée, la toiture ne fut pas reconstituée, et l'église subsista dans cet état de délabrement, que Mgr de Belsunce constatait encore au XVIII' siècle. (Histoire des Evêques de Marseille j t. m, p. 126).
Le 21 janvier i653, on trouva sous l'autel majeur de la cathédrale le chef de saint Cannât et d'autres osse-
ments. La pierre qui les recouvrait portait une inscrîp" tion ainsi conçue :
a Hic continentur caput B. Cannati et reliquiœ S. Antoninij SS, Innoçentium, et de vestibus B. Marice Virginis. »
A cette occasion, Etienne de Puget, évêque de Marseille, déclara saint Cannât second patron du diocèse.
Il fit placer la précieuse relique dans une magnifique châsse d'argent ; et le i5 octobre suivant, pour la fête du saint, elle fut portée en procession par les rues de la ville. Cette procession se fit toutes les années ; plus tard, elle fut fixée au jour de l'Ascension de Notre- Seigneur, après vêpres. (Rufïi, t. ii, p. i5. — Evêques de Marseille^ 1. 1, p. 206). La châsse était portée par les pénitents de Saint-Lazare. [Calendrier spirituel de 1759). La date du i5 octobre fut abandonnée, dit le Calendrier spirituel^ parce que en cette saison les habitants de Marseille étant à la campagne, la fête n'avait pas assez de solennité.
Cette procession a été en usage jusqu'à la Révolution française.
De nos jours, Marseille possède encore une partie des ossements de saint Cannât.
L'église des Frères Prêcheurs ayant été érigée en paroisse , sous le vocable de notre saint, le curé , M. l'abbé Nicolas, désira avoir de ses reliques. Le 17 octobre 1804, M. Vcrbert, recteur de Saint-Vincent de Paul, commissaire délégué par Mgr de Cicé pour la vérification des reliques du diocèse, lui donna deux parcelles du crâne, qui furent extraites du dépôt général établi en l'église de Saint-Martin, dans la chapelle de Saint-Joseph. Un an après, ces parcelles furent placées sous un buste de bois doré représentant saint Cannât,
De nos jours, le 29 m£frs 1 858, M. le curé Gondran obtint de Mgr de Mazcnod reconnaissance de cette relique, qui fut exposée dans l'église de Saint-Martin, cathédrale provisoire , puis transférée solennellement à Saint-Cannat, le deuxième dimanche après Pâques.
En souvenir de cette translation, Mgr de Mazenod ordonna qu'une procession serait faite dans l'église le 1 8 avril de chaque année, usage qui est conservé, religieusement.