SAINT VINCENT DE PAUL
Et ses Œuvres à Marseille
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Saint Vincent de Paul naquit à Pouy, près de Dax, au pied des Pyrénées, le 24 avril 1576. Il fut ordonné prêtre le i3 septembre 1600.
En Tannée i6o5,iI vint à Marseille; il y était appelé par une affaire concernant son petit avoir, affaire qu'il régla avec désintéressement. Ce voyage fut l'occasion d'une des plus grandes épreuves de sa vie ; nous en avons le récit dans une lettre qu'il écrivit deux ans après à M. de Commet, avocat à la cour présidiale de Dax, dont il avait élevé les enfants.
Comme il allait se mettre en route pour retourner chez lui, un gentilhomme languedocien, son compagnon d'hôtel, l'engagea à prendre avec lui la voie de mer jusqu'à Narbonne. Le saint y consentit volontiers, par mesure d'économie. Mais il ne fut pas longtemps à se féliciter de sa détermination. Trois brigantins turcs, qui guettaient dans le golfe du Lion les navires venant de la foire de Beaucaire, attaquèrent celui qui le portait ; trois hommes furent tués, le reste de l'équipage fut blessé, Vincent lui-même reçut une flèche dans le corps, et finalement tous furent faits prisonniers. Les pirates continuèrent pendant sept à huit jours à courir la mer, pillant les navires marchands qu'ils rencon-
traient; puis ils firent voile vers Tunis, où ils vendirent leurs esclaves.
Vincent fut acheté par un pécheur ; mais, comme il craignait beaucoup la mer, il ne put lui être utile, et fut revendu à un médecin alchimiste. Il passa dans la maison de cet homme un an entier, de septembre i6o5 à août 1606; et il y fut traité humainement. Enfin, il tomba entre les mains d'un renégat, qui le mena à la campagne, et l'occupa aux travaux des champs.
Tout en remplissant sa tâche, Vincent ne cessait de prier, et il aimait à répéter les chants de l'Eglise. La femme de son maître, l'ayant entendu chanter le Salve Regina^ fut si charmée, qu'elle se prit à aimer une religion dont les prières sont si belles, et qu'elle reprocha vivement à son mari son apostasie. Celui-ci éprouva des remords, et, faisant venir son esclave, lui promit de fuir avec lui et de retourner à la vraie foi. Il resta dix mois hésitant à remplir sa promesse; mais enfin il se détermina. Vincent et lui montèrent dans une barque, et s'abandonnèrent aux soins de la Providence, qui les conduisit à Aigues-Mortes, où ils arrivèrent le 28 juin 1607. Le vice-légat les reçut à Avignon, et les mena à Rome, où Vincent de Paul se plut a compléter ses études.
A Rome, il fut connu des ambassadeurs qu'y av^it envoyés Henri IV. Ceux-ci lui confièrent une mission pour le roi, et le firent partir pour Paris où il arriva au commencement de 1609.
Devenu précepteur des enfants de M. de Gondi, général des galères, Vincent de Paul commença à prêcher des missions, dans les villages appartenant à ce seigneur, et à s'occuper d'œuvres de charité. Touché de l'état lamentable dans lequel étaient abandonnés les
forçats, que l'on entassait à la Conciergerie avant de les diriger sur les ports, il chercha à leur procurer les secours corporels et religieux dont ils avaient besoin. Par ses soins les prisons changèrent de face, et les condamnés, subissant son influence, devinrent meilleurs. Le roi Louis XIII, instruit de ce qui se passait, le nomma Aumônier général de toutes les galères de France.
Investi de cette charge, Vincent voulut visiter les malheureux qui lui étaient confiés, et, vers juillet 1622, il vint à Marseille.
Ce second voyage dans notre ville est marqué dans la vie du saint par un trait de la plus héroïque charité.
Pour mieux se rendre compte de l'état des bagnes, et aussi pour éviter les honneurs dûs à son rang, il n'avait pas divulgué sa qualité d'Aumônier général, et visitait les galères en simple particulier. Le spectacle de tant de souffrances et d'une si misérable abjection plongea son âme dans la tristesse ; mais, sans se laisser décourager, il travailla aussitôt à soulager les maux des condamnés, à calmer leur irritation, et à leur inspirer des sentiments chrétiens.
Dans une de ces visites, où il se mêlait aux forçats, cherchant à gagner leur confiance, il en vit un, jeune encore, qu'on venait de conduire au bagne, et qui se désolait moins de son propre malheur que de l'ignominie infligée à sa famille par sa condamnation, et de la misère dans laquelle allaient tomber sa femme et ses enfants. Vincent l'interrogea, et il comprit bien vite que cet homme était plus malheureux que coupable. Pressé par son ardente charité, il va trouver l'officier qui surveillait la chiourme ; il le prie et le supplie de laisser évader ce prisonnier, s'offrant à prendre sa place
et à porter ses fers. L'échange fut accepté ; le condamné s'enfuit ; mais le nombre des forçats resta complet, et nul ne manqua à l'appel, car Vincent de Paul était là, enchaîné sur son banc, et confondu avec les derniers scélérats.
Quand la fraude pieuse fut reconnue, on ne put qu'admirer le coupable, et faire grâce à son protégé.
Cette histoire ne fut jamais bien connue ; le saint était trop humble pour la raconter, et l'officier qui s'était prêté au troc n'avait pas intérêt à divulger si faute. Cependant on en parlait à Marseille et ailleurs, tellement que quatre ans à peine après la mort de Vio< cent de Paul, Abély, évêque de Rodez, son ami et soi collaborateur, l'a publiée sur la foi des récits publicsi
Il se commettait bien d^autres abus dans ces prison) militaires. Souvent des malheureux étaient amenés aui galères, sans y avoir été condamnés ; souvent des forçat! étaient gardés dans les fers, leur peine expirée ; d'autre^ au contraire, étaient relâchés avant le temps. (Arch.dei B.-du- Rhône, Amirauté, Insinuations], A la date di 20 mai 1626, le Parlement dénonçait au roi ces déni de justice, et le roi défendait aux gouverneurs et ami raux soit défaire prendre des hommes par leurs soldat! pour les jeter sur les galères sans jugement, (^miraufi Ins,y 2* reg.) soit de les relâcher avant qu'ils n'eusseï purgé leur condamnation. Il fallut même empêcha que les capitaines ne vendissent leurs forçats, frança: ou étrangers, aux autres puissances, ce qu'ils faisaiei quelquefois par bandes de dix à douze prisonnier (i*' reg., f* 95). En présence de pareils faits, on ne pei refuser de croire à la substitution opérée par saint Vii cent de Paul; tout ce qui était arbitraire était possibl< Rendu à ses fonctions d'aumônier^ saint Vincei
s'appliqua plus que jamais à améliorer le sort des
forçats. Sa charité lui gagna tous les cœurs, et il réussit I à rendre ces hommes capables de sentiments honnêtes.
Le bagne devint un lieu d'édification.
Dans les années qui suivirent, et dès 1624, Monsieur :j Vincent, comme on l'appelait, fonda, avec l'aide de
Madame de Gondi, l'Œuvre des Missionnaires des cam- >^f pagnes, sous le titre de Pères de la Mission de France.
Quand il eut établi leur couvent dans l'ancienne léproi: . série de Saint-Lazare, on leur donna le nom de Lazar ristes.
V En 1634, il insti):ua, sous la direction de M^^** Le >;; Gras, une congrégation de femmes destinées à soigner A les malades à domicile. A l'origine, on les désignait ^};t sous le nom de Sœurs grises ; aujourd'hui ce sont les i^i, Sœurs de Saint-Vincent de Paul.
Enfin, à côté des Sœurs grises, il réunit, sous le titre ^.;: de Dames de Charité, les personnes du plus grand ij ;. monde, qui soignèrent les pauvres, visitèrent les hôpi- ^^> taux, et recueillirent les sommes nécessaires à toutes jji les œuvres fondées par le saint.
3;» En 1643, les Pères de la Mission vinrent à Marseille |j ^ aider Mgr J.-B. Gault dans son ministère charitable ^., auprès des forçats. Ils furent chargés du service reli- ^.^jl gieux dans l'hôpital, que le chevalier de LaCoste,Gas- • I pardde Simiane, fonda pour les condamnés, entreprise , j dans laquelle il fut aidé par l'influence du saint à la .-•j cour. La Communauté de Marseille les admit officiel- ^; lement en 1648, et, en cette année, ils achetèrent, de *<^ Marc-Antoine de Vento, un terrain situé entre la rue ^V Tapis-Vert et la rue Thubaneau d'aujourd'hui, pour y .;p, construire la Mission de France. La première pierre de j.^^ l'église ne fut posée qu'en 1667. (Aug. Fabre. Les Rues
de Marseille j t. m et v). En 1673, l'évêque de Marseille, Mgr de Forbin-Janson, leur donna la direction de son séminaire. (RufH, 1. 11, p. 79].
Les Œuvres de Vincent de Paul jetèrent donc à Marseille de profondes racines, et elles y sont encore florissantes.
Le saint mourut à Paris, dans sa maison de Saint- Lazare, le 27 septembre 1660. Il a été canonisé par Clément XII, le 11 avril 1736. Sa fête se célèbre le 19 juillet.
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