REMARQUES GENERALES SUR LES SAINTS
L'on a vu ies difficultés que l’on rencontre continuellement lorsque l’on veut tenter de rétablir la forme primitive d’un nom de saint, ou lorsque l’on veut dégager le nom de saint qui entre en composition dans un nom de lieu. Les mêmes difficultés surgissent quand il s’agit de dire si c’est le même nom que présentent divers noms de lieu semblables. Les difficultés sont encore plus grandes lorsque passant des noms aux personnages, l’on veut rechercher si c’est le même personnage que désignent des noms identiques :.
Autrement dit, il y a d’abord un problème philologique qui consiste à dégager le nom primitif d’un saint, ou léponyme d’un lieu, et à dire si c'est le même nom que comportent tels autres lieux. Si l’on a l’heureuse chance de posséder des formes anciennes, ce qui est rare, le problème en ce cas peut être résolu. Le second problème est plus délicat, c’est le problème historique, il s’agit de décider si ces noms semblables ont été le nom d’un même personnage; on n’a jamais, pour les époques anciennes, d'éléments suffisants pour fournir la solution certaine de ce second problème ; pour la plupart des cas, l’on peut tout au plus dégager des probabilités.
De fait, il n’est pas sorti beaucoup de lumière de ces longues recherches sur chacun des personnages. Les monographies ne font ressortir que les difficultés continuelles qui hérissent le moindre des problèmes. La nuit presque complète règne sur chacun de ces individus, des noms ont subsisté, presque rien autre.
#0Cf. J-ILOTH: NS. p. 141
On est loin d’avoir vérifié les systèmes établis par tant d’auteurs qui ont raconté le rôle de ces personnages, les ont groupés autour de saints qu'ils considéraient comme plus importants, et ont ainsi écrit une histoire des premiers siècles du christianisme en Bretagne. Un seul point subsiste: ces saints oubliés ont donné leur nom à des lieux du culte, à des chapelles, à des paroisses. Ils ont donc, eux ou leur culle, eu une imporlance dans la vie religieuse du pays. En dehors de ce fait, aucun élément dans la monographie isolée n’a permis de dire ce qu'a été chacun de ces peérsonnages ; on est très certainement condamné à ne jamais pouvoir connaître chacun d’eux en particulier. La monographie ne peut aboutir ; mais si, passant au général, l’on extrait de ces études spéciales à chaque saint, quelques détails qui sont communs à plusieurs, si l'on étudie l’ensemble de ces saints, en profitant des éléments que fournissent les monographies isolées, en s’aidant des indicaüons qu'offre la situation respective des lieux du culte et la géographie ecclésiastique ancienne, l’on pourra faire un pas que l'on ne pouvait espérer faire avec la monographie. Ce sera le but des chapitres qui vont suivre.
Parmi les saints qui ont été étudiés ici, quelques-uns, tirés par nous des noms de lieu, demeurent tant soit peu hypothétiques. Mais l’on aurait tort de croire que parmi les autres, ceux qui possèdent un culte, il existerait des saints créés faussement par le peuple. Autant le peuple breton est enclin à canoniser des personnages, soit à cause des vertus qu'il a connues de ces personnages, soit à cause de miracles posthumes, et là il s’agit d’une canonisation populaire, autant il est éloigné de créer des saints là où il n’y en a pas. Quand ïl le fait, c'est qu'il veut désigner une statue nouvellement trouvée, parce que dans son esprit une statue ne peut être que d’un saint? : en dehors de ce cas, l’on peut
2. Pour le paysan, statue = saint, car il ne connait de statue que de saints. Dans l'ancien manoir de Kerbourdon en Plestin, le tenant d'un écusson sculpté sur une cheminée passe pour être le saint de Kerbourdon ; de même l'on raconte que, lorsqu'on érigea la statue dé Corbière à Morlaix, les vieilles paysannes croyaient que c'était un saint et se signaient en passant devant. Dans la plupart des églises, les statues gisantes d'aicions chevaliers sont considérées comme des saints : dans la chapelle Saini-Eutrope en Plougonven (F.) (LE BRaz,