CHAPITRE VI. — REMARQUES GÉNÉRALES SUR LES SAINTS
dire que la Bretagne n’est pas le pays des saints RDABNP RE Nos Bretons n'inyentent pas de saints ; en particulier, il
ne créent pas des personnages en décomposant les, noms de lieu. Dans ces conditions, |’ on peut dire que tout saint donné comme tel par la tradition ou par les noms de lieu, doit être considéré comme étant réellement un saint. Le doute ne peut exister que pour les saints que nous Supposons, nous, après avoir extrait leurs noms de nom de lieu
où leur qualité de saint n'est pas suffisamment établie ‘
Les ss. bret. d'après la trad, pop. in Ann: de Brel. XI, p. 173). CT. HABASQUE, Notions sur les (.-du-N., I, p. 409, les mères étendaient les enfants chétifs sur la pierre lombale d’un abbé, dans les ruines «de l’abbaye de Beauport. Cf. Duine, Jnvent., p. 279, n° 11, et FRÉMIN VILLE, Antig. du Fin. pp. 15-76 : les slatutes romaines que l'on trouve à Corseul (G.-du-N.), et que ies paysans savent être païennes, sont appelées par lui des saints méchants, SÉBILLOT, Le folklore de France, Paris, 1904-1907, in-8°, II, p.214. — Le fait n'est pas spécial à la Bretagne, Bulliot raconte qu'une statue romaine découverte en pays éduen, fut prise pour gelle d'un ancien évêque où d'un saint, et qu'un pèlerinage s'or ganisa, La mission de saint Martin, in Mém. Soc. Eduenne, XIX, p. 129.
3. Cf. supra Saint-Logot, Saint-Junay, et dans Six saints, p. 43, Saint-Carré ; les paysans ne se rendent même pas compte que le nom de lieu comporte le nom d'un saint. — Les Grecs, en particulier, avaient l'habitude de créer des héros pour expliquer les noms de lieu ; ils avaient la manie des étymologies et des légendes de héros éponymes ; rien de semblable en Bretagne.
4. Les seules erreurs que commet le peuple consistent à transformer un saint en sainte ; plusieurs exemples ont été relevés par M. J. Lorn, NS. passim. Ii faut loutefois remarquer que ce soni généralement des erreurs de graphie, et que la forme parlée Au nom n'a pas varié ; les erreurs n'ont pas été faites par le peuple : ainsi en Plestin, la carte de Cassini et la première carte d'Etat-Major donnent Saint-Honoré, nom d'une chapelle ruinée dédiée à sainte Ilénora ; le premier plan cadastral levé en 1814 donnait Sainte-Honoré. forme française du nom de la sainte (sainte Honorée) ; si la sainte m'avait pas eu des stalues et une tradition solide, la graphie donnée par les cartes aurait pu s'imposer. — Dans quelques rares cas, il semble que le peuple ait créé des saints avec le nom de lieu : sainte Noyale par ail avoir été primitivement la sainte de Noyale (NS., p. 99). —. Ajouter, je l'ai déjà dit, que nous considérons assez souvent commé «les saints celtiques, des saints romains dont le nom n'est plus reconnaissable, ceci pour des personnages qui ne sont pas éponymes de Plou-, Lan-, Tré-, Lok-, puisqu’'à l'époque de 66e noms de lieu, l’hagioonomastique est entiérement” bretonne.
Il n’est pas utile de revenir ici sur la question des groupements de personnages autour d’un saint plus important que l’on considère comme ayant été le maître des autres. Ce sont là des légendes topographiques ou des essais de classification tentés par les historiens, et qui n’ont aucune valeur”. À ce sujet, l’on remarquera que ces divers groupements ne tiennent pas compte de la chronologie qui doit être établie entre les différents personnages du fait que les uns, éponymes de Plou-, Lan-, Tré-, sont anciens, et les autres, éponymes de Lok-, sont de dates plus récentes.
Peu de personnages ont été étudiés ici ; le choix qui a été fait, après bien des recherches, à permis d'éliminer un grand nombre de saints armoricains dont l'étude prouvait qu'ils n'étaient’ pas de la première époque. Ceux qui ont été conservés, parce qu'ils sont des premiers siècles de l’organisation chrétienne en Armorique, ont tous des noms brittoniques ; il n’y à pas parmi eux de saints dont le nom révèle une origine irlandaise.
Les saints à noms irlandais, ou que des documents dignes de foi nous disent irlandais, sont en général d’une époque assez tardive : ils sont éponymes de Lok-, tels saint Renan, qui donne son nom à un Locrénan en Plestin et à plusieurs Locronan (Saint-Renan, chef-lieu de canton dans le Finistère, est en breton Locronan) ; ce saint est connu aussi en Irlande, où il a une vie latine, absolument différente de la vie armoricaine ; il n’y a pas lieu d'insister sur saint Brandan, éponyme de Loc Brévalaire, sur sainte Brigitte, éponyme de nombreux Loperhet, sur saint Senan, saint Ténenan et saint Tinidor, lesquels n’ont ni chapelle, ni nom de lieu ; tous ces cultes sont de très basse époque". A côté
5. V. Sir saints, pp. 87 et seq.; d'ailleurs, certains groupements réunissent des saints bretons et des saints romains. À
6. Sur saint Brandan, voyez mon &rticle Saint Brevara, Brévalaire ou Brandan, in B.C.D., 1924, p. 271 et seqg. — Saint Ténénan est patron du Guerlespin ; v. supra l'article sur saint Ener. — Saint Tinidor n'a jamais eu de Lan-Tinidor ; la vie latine de saint Ténénan (LA BORDERIE, ist. de Bret., TI, p. 496), a inventé ce nom, qui selon elle aurait été l’ancien nom de Landerneau. De la même façon, Albert-Le Grand nous raconte dans la vie de saint Guirec, que Locquirec se serait d'abord appelé Land-Guévroc. — Ajouter qu'il n'est pas établi que Ténénan et Tinidor soient des Irlandais. J. Lorna, Ns., pp. 118 et 120, explique leurs noms par le gallois.