LES SAINTS LOCAUX
Quelques-uns des saints étudiés dans les longs chapitres qui ont précédé, ne sont connus que dans le Bas-Tréguier. La plupart des saints éponymes de paroisses n’ont laissé aucune autre trace que leur nom dans le nom de la paroisse; saint Tuder n’est connu qu’à Tréduder; saint Kémo est ignoré en dehors de Locquémeau. Voici donc des personnages inconnus au dehors du Bas-Tréguier, et qui, là, ne sont connus que par le lieu qui a gardé leur nom. D’autres personnages ont plusieurs établissements dans le Bas-Tréguier saint Kirio a une fontaine en Trédrez, une chapelle en Plounérin et une autre en Ploujean; saint Didy a une chapelle en Plouïgneau et un Lannidy en Lannéanou ; saint Lavan a une chapelle en Ploulec'h et une chapelle en Plounévez- Moëdec ; voici done une autre catégorie de saints qui ont plusieurs établissements du culte, mais tous dans la même région ; en dehors de cette région, ces saints sont absolument inconnus. Les saints de ces deux premières catégories sont des saints locaux; on peut, pour eux du moins, supposer, jusqu’à plus ample informé, qu'ils ont vécu dans la région; leur culte ne paraît pas résulter d’une importation, puisqu'on ne le retrouve pas au dehors.
Mais pour les autres, et ce sont les plus nombreux, on a vu qu'ils ont des chapelles dans d’autres régions de l’'Armorique, ou qu’à défaut de chapelle, leur nom de saint entre en composition dans des noms de lieu répandus au dehors de notre région, parfois même dans l’île de Bretagne. Il demeure bien entendu que plusieurs saints ont pu porter les mêmes noms. surtout les noms fort communs comme Maec, Mellec par exemple, que souvent on a identifié des
noms qui primitivement étaient différents’ et que la présence de deux noms identiques n'implique pas nécessairement l'identité du personnage. Toutefois, lorsque le nom est rare dans l’onomastique bretonne, il est probable qu'il s’agit du même personnage dont le culte et le souvenir à subsisté en plusieurs localités. Il ne faut pas oublier non plus, que si tel saint ne possède plus qu'une chapelle, ou n’a son nom conservé que dans un seul lieu-dit, il se peut que d’autres chapelles ou lieux-dits aient disparu au cours des siècles, ou aient échappé à nos recherches. Il résulte de cela que peu de nos saints ont leur culte localisé, peu sont des saints locaux ; au contraire, la plupart de nos saints bretons prêtent leur nom à des lieux-dits, ou ont des chapelles éparses à travers toute l’Armorique. Nos saints :ne sont pas en général attachés à une région ; il est même souvent difficile de décider quelle est la région d’Armorique où leur culte paraît plus ancien, où ils sembleraient avoir vécu, où leur influence se serait exercée. Autrement dit, beaucoup de nos saints sont pan-armoricains. Un certain nombre parmi eux ont laissé des traces dans l’île de Bretagne, ceux-là sont pan-brittoniques.
Le culte de nos saints, au lieu d’être enfermé dans les limites restreintes d’un petit pays, s'étend à l’universalité du monde brittonique. Cette constatation soulève une grave question : quel est le pays où a vécu chacun de ces saints ? Cette question est grave pour l’Armorique : elle a reçu toute sa population de lîle de “Bretagne, or l’on peut supposer que ces saints lui ont été apportés dans leur culte par les immigrants bretons ; c’est de l’île de Bretagne qu’elle a longtemps reçu la lumière, l’on. peut supposer aussi que tous ses saints ont été empruntés à l’île de Bretagne par les prêtres et les hagiographes armoricains ; en un mot, l'on peut supposer que ces saints n’ont pas vécu sur la terre armoricaine, que ce sont des cultes importés. |
Or, si pour quelques rares saints armoricains, l’on a la certitude qu'ils ont véeu en Armorique, pour d’autres on
1. C'est ainsi que M. J. Loth à prouvé que l'éponyme de Ploerdut (M.), qu'on avait identifié avec saint Ildut, n'a rien de commun avec ce dernier, “ponyme «le Lanildut (KF.), Rev. celt. XL, 1993,
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