‹ Les Saints et l'Organisation chrétienne primitive dans l'Armorique bretonneChapitre 107 sur 188 · CHAPITRE VII. — LES SAINTS LOCAUX · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII. — LES SAINTS LOCAUX

pour universaliser la thèse du transport des cultes et rebrer à l’Armorique tous ses saints. Au contraire, cette unité nous autorise à dire : nos saints nous sont venus de l’île de Bretagne, mais ils ont pu vivre aussi sur notre terre. Les chapelles qui existent des deux côtés de la mer rappellent peut-être que le saint était déjà connu dans l’île avant de venir en Armorique, ou que lors d’un de ses voyages en Grande-Bretagne, le peuple aura marqué le souvenir de son passage par un monument; le saint a même pu être canonisé à la fois et par les Bretons insulaires et par ceux d’Armorique ; ces saints étaient pan-celtiques. Il faut le répéter, l’unité du monde celtique était telle, on l’a dit, que l’on s’entendait causer d’une rive à l’autre ; il n’y avait pas de régions séparées, l’on passait la Manche comme l’on prend le passeur pour traverser la rivière”. Saint Samson est retourné plusieurs fois dans l’île, et les chapelles qu’il y possède rappellent les séjours qu'il y a faits ®. Si le culte de beaucoup de nos saints est pan-brittonique, c’est parce que ces saints ont été eux-mêmes, pendant leur vie, panbrittoniques, qu'ils ont partagé leur apostolat entre les Bretons de l'île et leurs frères du continent.

Des exemples empruntés à des époques, pour lesquelles nous possédons des documents contemporains certains, prouvent que des saints ont étendu leur apostolat à des

419. Lora, 0p. cil,, p. 2783 ; Ns., p. 112, s. v. Samson ; saint Samson a même voyagé en Irlande, Vita Samsonis, édit. Fawtier, I, 37-38. —- Beaucoup des auteurs de nos vies latines connaissent fort bien l'Ile de Bretagne ; tout semble indiquer qu'eux aussi y étaient allés.

12. Je dis qu'ici le peuple a marqué le souvenir du passage des saints, comme en pays Eduen on a marqué le souvenir du passage de saint Martin ; voyez les débuts du lravail de BULLIOT, La mission et le cuite de saint Martin dans le pays Eduen, in Mém. Soc. Eduenne, XVI, 1888, pp. 66 et seg., avec cette différence que saint Martin n’a pas stationné en ces endroits aussi longtemps que nos saints bretons aux endroits qui portent leur nom ; saint Martin passait rapidement ; mais il était réputé avant d'arriver ; nos saints bretons se sont attachés aux lieux, s’y sont fait connaître et y ont été canonisés par le peuple. — Je n'insiste pas sur cette habitude qu'a le peuple de fixer le souvenir des grands personnages. Si on ne le fait pas aussitôt, on ne tarde pas à le faire dès que la célébrité du personnage est devenue définitive. A Trédrez, l'on voit près de l’eschalier de l'église, une pierre sur laquelle on a gravé S + Y, en souvenir de saint Yves,

nations très éloignées : saint Vincent-Ferrier à évangélisé l'Espagne, l'Italie, la Suisse, l'Auvergne, la Bretagne, l’Angleterre, l'Ecosse, l'Irlande et les Pays-Bas. En de nombreux points où il a prêché, on a gardé précieusement des souvenirs de sa mission, chaire à prêcher, ou autres choses. Il est mort à Vannes, en pays breton, où l’on vénère toujours ses reliques “, Pourquoi déciderait-on que plusieurs de nos saints, qu'une foi au moins aussi puissante animait, n’ont pu de la même façon étendre l’heureux bienfait de leur apostolat à l’ensemble des nations celtiques, ou seulement au petit mondé brittonique.

La remarque qui vient d’être faite pour ceux de nos saints qui sont pan-brittoniques peut être répétée pour nos saints pan-armoricains. Leur culte est répandu à travers toute l'Armorique parce que eux-mêmes ont étendu leur apostolat à toute l’Armorique. Ils ont visité successivement les cantons les plus éloignés de notre Bretagne et laissé partout le souvenir de leur apostolat : les paroisses, chapelles, hameaux, qui portent leur nom, sont les témoins de leur passage. Et à ce sujet, on ne peut pas ne pas être frappé de la ressemblance qui existe entre eux qui furent de grands voyageurs et nos missionnaires des xvr° et xvrr siècles, qui, à la suite de Michel Le Nobletz et du Père Maunoir, refirent l’évangélisation de la Bretagne. Ces missionnaires firent de tout

qui aimait à se reposer en cet endroit et appuyait sa tête sur cette pierre. L'on sait combien le souvenir de la duchesse Anne et de son pèlerinage à Saint-Jean-du-Doigt est demeuré vivant [Louis LE GUENNEC], Guide du pays de Lanmeur, Morlaix, 1912, in-12, pp. 7-8. On sait aussi que Roscoff à gardé le souvenir de Marie Stuart, qui y débarqua en 1548 (Furet. brel., VI, 93-94, VII, 84, 120, VIII, 159). Cf. et. VizLor, Mœurs, coutumes et institutions de l'Algérie, 3° édit. Alger, 1888, p. 473. « Aujourd'hui encore, les indigènes environnent d'un mur en pierres sèches l'espace étroit où un marabout de haute lignée, dans une circonstance importante, a fait une prière, il devient un lieu de prières » et cet endroit garde le nom du marabout.

13. Ge saint est passé à Plestin, disaient des notes manuscrites sur la vieille couverture en parchemin du registre de comptes de Plestin, 1651-1656, Cette couverture à disparu à la reliure, mais les notes ont été résumées par l'abbé Joncourt (Archives paroissiales de Plestin). — A Morlaix, un oratoire fut bâti à l'endroit où saint Vincent précha (Albert Le Grand), — L'on trouverait encore des exemples semblables à l'époque contemporaine, en Europe, ou dans les pays de mission.

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