‹ Les Saints et l'Organisation chrétienne primitive dans l'Armorique bretonneChapitre 108 sur 188 · CHAPITRE VII — LES SAINTS LOCAUX · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII — LES SAINTS LOCAUX

point comme leurs prédécesseurs qu'ils ne cessèrent d'imiter, Comme eux, ils voyagèrent à pied, évangélisant le peuple autour d’un Calvaire, étonnant par leur activité par leur piété et aussi par leur ascétisme “ C’est d'après l'histoire de ces missionnaires des xvi° et xvrr' siècles qu'il faut se représenter l’œuvre de nos vieux saints bretons, venant reévangéliser nos pères, en fournissant lPexemple dés vertus chrétiennes, en prêéchant sans cesse et en apportant le secours du saint ministère dans un pays qui manquait de prêtres, À cette époque, l'Armorique n'était peuplée que par des émigrés à peine fixés, sans liens, sans organisation religieuse. Nos saints créèrent les communautés chrétiennes, les paroisses qui sont les bases de la vie religieuse des chrétiens. Les ermitages qu'ils avaient habités furent les Lan-, les paroisses qu'ils ont fondées, les Plou-, les hameaux qui se sont établis autour de leurs ermitages sont les T'ré-".

Et à ce sujet il faut ajouter qu’il semble bien que la plupart des établissements en Plou-, Lan-, Tré-, ont été fondés par le saint lui-même dont ils portent le nom”. La grosse objection est qu'il existe une paroisse de Ploubezre, Plebs Petri, et une chapelle de Lamber en Plou-

14. Consciemment ou inconsciemment, ils répétaient la tradition de nos saints anciens : certains détails sont remarquables. Ainsi, quand Michel Le Nobletz vouiut donner en quelque sorte l'investiture de ses missions au P. Maunoir, il lui remit publiquement la clochette dont il s'était servi (BOSCHET, Vie du R. P. Maunoîr, Paris, 1697, II, p. 72). Or, l’on sait le rôle important que jouait la clochette dans les chrétientés celtiques primitives. De même, Michel Le Nobletz pratiqua beaucoup l'ascétisme par le froid : il restait des heures, couché dans la neige, il n'avait pour lit que la terre, une pierre comme chevet. Il vécut deux ans dans une {ogette au bord de la mer. Sa sœur vivait dans une logette voisine. Tous ces détails reproduisent les thèmes constants de l'hagiographie celtique.

15. Et précisément les endroits où les missionnaires des xvIi® ef xvir siècles ont résidé sont devenus des oratoires : pour Michel Le Nobletz, chapelle Saint-Michel en Plouguerneau, chapelle Saint-Michel en Douarnenez ; la chapelle N.-D. de Bon Secours en Lochrist- Le Conquet, est la maison où il mourut le 5 mai 1652 (Soc. arch. Fin., 1909, p. 43). — La chapelle en Plouguerneau est appelée sur la carte de Cassini : Saint-Michel-Noblet.

16. Je reviendrai longuement sur la question des paroisses el établirai, par l'étude de leur origine, que l'éponyme est bien le fondateur.

moguer, et qu’il existe une paroisse de Ploujean, Plebs Johannis. Ces établissements, dit-on, sont placés sous le vocable des apôtres Pierre et Jean ; cette affirmation n’est pas fondée, on l’a vu“, et quand elle le serait, l’objection ne serait pas solide. L’exception ne détruirait pas la règle qui veut que toute l’hagio-onomastique ancienne de la Bretagne soit absolument bretonne ; il faut bien se rappeler en ce qui concerne Ploubezre et Ploujean, que leur éponyme peut très bien être un personnage celtique au même titre que l’éponyme des nombreux Lampaul; d’heureuses circonstances font que saint Paul-Aurélien n’est pas tombé dans l'oubli ; s’il était tombé dans l'oubli, l’on croirait que les Lampaul portent le nom de l’apôtre saint Paul ; l’éponyme celtique de Ploubezre et de Ploujean a pu être oublié, et c’est à tort probablement qu’on y honore l’apôtre saint Pierre et saint Jean-Baptiste *.

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