‹ Les Saints et l'Organisation chrétienne primitive dans l'Armorique bretonneChapitre 117 sur 188 · CHAPITRE VIII — LE CULTE DES SAINTS · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII — LE CULTE DES SAINTS

On est obligé de répéter ce qui a été déjà dit en parlant de la petite fontaine Saint-Kiria en Locquémeau ”, ces établissements sont en des points absolument désertiques ; Locquirec et Perros-Guirec sont devenus des ports *, mais les autres emplacements ne sont ni des ports, ni même des havres ; ces chapelles sont complètement isolées, sur une côte pauvre et aride : aucune maison ne se trouve à côté ; rien ne pouvait y attirer ni le navigateur, ni le paysan ; rien ne désignait cet endroit pour être un lieu du culte, ni de la part des terriens ni de la part des marins“ ; ce n’est même pas le lieu où des émigrants ignorant le pays auraient cherché à prendre terre. Rien, dans l'emplacement de ces chapelles, ne permet une comparaison avec les nombreux établissements du culte de plusieurs saints disposés en chapelet le long de la côte du Vannetais ou de la Cornouaille, et qui sont dus à l'extension de grandes abbayes ; ces abbayes ont constitué des prieurés tout le long du rivage facile de l'Océan, aux points d’échouage ; ce sont autant de petites pêcheries et de petites exploitations agricoles “ ; ici rien de semblable ; les chapelles sont sur la côte sauvage de Domnonée, dans les parages que les navigateurs ne visitent pas; on est tenté d’y voir le lieu d'atterrissage d’une barque abandonnée à la mer sans voile ni rame, Ja barque d’un saint, qui, selon le thème de bien des légendes celtiques. se laisse conduire au gré des flots et à la volonté de Dieu :

donné naissance à la légende. Ainsi Albert Le Grand, dans la vie de saint Samson, rapporte que saint Samson partit d'Armorique pour l'île de Bretagne, en s'’embarquant à la chapelle Saint-Samson en Plougasnou (F.) ; si Albert Le Grand a fixé en ce point le lieu où le saint s’est embarqué, c'est parce qu'il y avait là une chapelle.

11, Siv saints, pp. 74-75.

12. Et encore l'oratoire de saint Guirec n’est pas au port de Perros. mais loin du port, sur une plage qui était demeurée déserte jusqu'à la venue des touristes:

13. Par conséquent, il ne s'agit pas de transports de culte opérés par une marine régulière, comme cela s’est passé dans la Méditerranée, où l'on retrouve les traces des marines qui se sont succédées et ont implanté les unes après les autres leurs cultes nationaux sur les points intéressants pour la navigation, v. BÉRARD, Les Phéniciens et POdyssée, Paris, 1902, 2 vol. in-8°.

44. Voyez mon article sur La topographie du culte de saint Gildas, supra ci. ;

la chapelle marquerait l'atterrissage et le premier séjour du saint“. Ou bien il faut y voir le lieu où un saint est venu se retirer pour vivre dans la solitude ; la chapelle aurail remplacé l’ermitage. ,

La seconde interprétation n’a rien qui puisse nous surprendre, Des traditions dignes de foi, souvent même des documents authentiques, mentionnent de nombreux exemples de saints qui se réfugièrent dans des grottes de la côte, ou vinrent établir leur peniti sur le rivage même de la mer. La solitude, le spectacle grandiose des marées, leur offraient un lieu remarquable pour la vie contemplative ; les vents et les tempêtes, la dureté du climat réalisaient leur besoin d'ascétisme. La mer leur apportait les coquillages nécessaires à leur nourriture, les sources qui sortent de la falaise leur fournissaient l’eau fraîche “. Longtemps, en Bretagne, on a recherché les lieux isolés de la côte, ou une île déserte pour y vivre en amachorète. Au xv° siècle, il y avait encore un ermite dans l'île de Césembre, près de Saint-Malo ;

Michel Le Nobletz se confina, deux ans durant, dans une

logette, sur la côte sauvage de Plouguerneau, à l'endroit où la piété des fidèles a, pour marquer son souvenir, érigé une chapelle sous le vocable de Saint-Michel": souvent

15. L'on pourrait se demander s'il n'y avait pas un rite faisant suite à la cérémonie de l'embarquement sur la barque désemparée : le saint en touchant terre, là où la volonté divine l'avait envoyé, embrassait cette terre que Dieu lui accordait, rendait grâces, élevait un autel, construisait un orafoire. Ce serait là une explication très ingénieuse, mais rien ne l'autorise. Des vies latines nous disent qu'en débarquant sur le continent, le saint rend grâces à Dieu, pour l'avoir transporté heureusement sur cette terre promise, et c'est tout, et ce peut être une simple floriture d'hagiographe!.

16. En un mot, c'est Ià le désert dont parlent les vies latines. — Sur la mentalité des moines celtiques qui les poussait À chercher des crmilages sur les côtes désertes, v. J. CHEVALIER, La formation de la nalionalité et les réveils religieux au pays de Galles, Lyon, 1993, int8e, pp. 271 et seq. et 356 et seq.

Page 1