‹ Les Saints et l'Organisation chrétienne primitive dans l'Armorique bretonneChapitre 124 sur 188 · CHAPITRE VIIL — LE CULTE DES SAINTS · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIIL — LE CULTE DES SAINTS

les sens à la fois, sans utiliser ni les voies naturelles, ni les routes *. Ces constatations méritent d'être retenues. D'abord, il n’y à aucun groupement ; des saints qui ont leur chapelle côtière voisine émigrent vers les directions les plus diverses: l’on chercherait en vain trace d'un groupe ayant débarqué ensemble sous la conduite d'un même saint et ayant monté ensemble vers le haut pays ; en second lieu, les voyages se Sont faits sans utiliser les voies naturelles, rivières et ruisseaux, et sans suivre les voies romaines ou les vieux chemins ; en troisième lieu, il n’y a aucun sens de direclion; l’on ne voit pas une progression vers l’est, ou une progression vers l’ouest, la dispersion se produit dans tous les sens à la fois ; si l’on peut remarquer un centre d’attirance marqué par le massif montagneux et boisé des environs de Plougras, il faut constater que c'est un centre d’attirance et rien de plus, car on chercherait en vain dans cette région un point où ait existé un monastère commun *, I] s’agit toujours de saints isolés, d'individus qui ont voyagé séparément et à leur guise. La dispersion est la même sur la côte qu’à l’intérieur du pays, il n'y a aucune trace de groupement *.

L'on remarquera aussi que pour bon nombre des cas étudiés ici, les voyages des saints s'arrêtent aux collines assez hautes qui formaient la limite de la Domnonée et de la Cornouaille, limite qui a été plus tard celle de l'évêché de

32. L'on retiendra ce fait que les chapelles ne sont pas échelonnées le long des routes ; la Bretagne n'avait probablement pas de routes et les rares voies romaines ont dû disparaître très tôt ; on ne peut donc pas dire « Au commencement était la route », comme ce fui le cas pour la France (BÉDIER, Les légendes épiques, 2 édit. Il, 1924, /p: 367).

33. Cette région n'est d'ailleurs pas un aboutissement géographique, ce n’est pas l'endroit où les petits fleuves côtiers prennent leur source, ni le lieu de partage des eaux ; c'est un centre d'attirance pour le voyageur qui aperçoit ces vastes croupes boisées, et rêve de la profondeur des forêts et du calme des montagnes.

34. Ii n'y a pas un point de la côte qui semble avoir servi de port, d'où les missionnaires auraient rayonné, selon: les indications qu'ils auraient pu recevoir en ce point ; leur œuvre est trop personnelle pour qu'on puisse admettre un tel système. Par ailleurs, l'Armorique bretonne a ignoré les ports pendant très longtemps ; tous les chefs-lieux de paroisses se sont établis en arrière de la côte. Je reviendrai plus loin sur cette question.

Tréguier et de l'évêché de Cornouaille. Les points extrême-sud sont dans les limites de l'évêché de Tréguier. Nos saints semblent avoir hésité à dépasser la chaîne de collines qui sépare le bassin des petits fleuves côtiers du Tréguier, du bassin de l’Aune ; c’est là une limite naturelle qui s'impose au voyageur *

Mais du fait que plusieurs cultes paraissent limités vers le sud par les hautes collines qui forment la frontière de l'évêché de Tréguier, il ne faudrait pas en conclure que le Tréguier constitue une zone fermée indépendante. Ces collines ont été une limite pour les quelques saints dont nous avons examiné les chapelles, mais pour d’autres saints elles n’ont pas été des limites : saint Miliau, éponyme de notre Ploumiliau, a fondé la paroisse de Pluméliau dans le Vannetais et l’on a vu bien d’autres saints dont le culte se retrouve dans le Morbihan ; si quelques-uns de nos saints n’ont pas dépassé les hautes collines qui limitent l'évêché de Tréguier au sud, d’autres les ont traversées, quelque soit d’ailleurs le sens de leur marche *. Les exemples qui ont été étudiés ici plus longuement ne doivent nullement laisser supposer que l’on pourrait établir une région indépendante. Nos saints demeurent pour la plupart pan-armoricains *

35. Qu'il s'agisse de culte apporté par les émigrants, ou de voyages de saints, on a là une donnée intéressante concernant la pénétration en Armorique ; et précisément les régions centrales de Bretagne offrent une hagio-toponymie beaucoup moins riche que les régions du littoral. — A noter qu'il y a dans l'emplacement des chapelles des bizarreries fortuites qui n'ont rien de commun avec les faits que nous essayons de déterminer : il existe, par exemple, trois chapelles de la Trinité situées dans la; même zone de plateaux et sur une liste O.-E. l'une en Plounérin, une en le Vieux-Marché, l’autre en Louargat (C.E.-M.) ; de même on a des chapelles terriennes dédiées à Saint- Michel en Louargat et en Plougonven (C.E.-M.), et sur la côte, Saint- Michel-en-Grève.

36. C'est le cas de saint Gonéry, la vie latine utilisée par Albert Le Grand raconte qu'il serait débarqué dans l'évêché de Vannes tt que de là, il serait remonté dans le Tréguier. Cette vie est de très basse époque (DUINE, Memento, p. 89, n° 69 ; l'évêché de Vannes a tenté d'accaparer un Saint qui lui était venu du Tréguier, puisqu'il existe un point côtier en Plougrescant dans le Tréguier.

37. D'autant plus, el je le répète, que nous ignorons certainement de

nombreux noms de lieu qui reproduisent le nom des june que l'on aurait tendance & localiser.

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