‹ Les Saints et l'Organisation chrétienne primitive dans l'Armorique bretonneChapitre 126 sur 188 · CHAPITRE VIII. — LE GQULTE DES SAINTS · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII. — LE GQULTE DES SAINTS

n'autorise à dire que les Bretons auraient monté dans le haut pays, par groupes sociaux, lesquels groupes sociaux auraient ainsi transporté des cultes à l’intérieur “ Ensuite il y à longtemps qu'il est démontré que nos saints n’ont rien de commun avec l’émigration ; ils n'étaient pas originaires des mêmes régions que les émigrants et ils sont vehus après eux®. D'ailleurs, si les culles avaient été apportés par les Bretons, ils auraient conservé un caractère régional, chaque groupe de peuple conservant ses saints régionaux ; au contraire, on l’a vu, la plupart de nos saints sont panarmoricains.

I reste acquis que certains de ces cultes sont dus à des

44. Il n'y à aucun élément qui permette dé dire que l'arrière pays ait été peuplé par des groupements sociaux ayant auparavant résidé sur la côte. Le peuplement de l'arrière pays paraît avoir été fait petit à petit, par des familles qui se sont aventurées vers l’intérieur à la recherche de pàturages et de terres favorables à l’agriculture et qui s'aventuraient d'une facon absolument dispersée. Rapprocher, dans le Cart. de Landévennec, les deux petites exploitations complètement isolées de Glujean en Lopérec {Gulet Ian de la pièce xxvr), et Roudouderc’h, actuellement en Sizun (Rudheder en Brasparts de la pièce xxxIv) : ces deux petits domaines nous montrent les serpes et les houes des défricheurs progressant par Æervel et Dirimeur en Hanvec (C.E.-M.) (pièce xxXvI, Caer mel et Diri muur), s'attaquant aux landes de Brasparts (cf. C. VAL- LAUX, Plaidoyer pour la Chapelle des Bergers, in Soc. arch. Fin., 1920, pp. 194-195) ; mais il n°v a pas là un groupement social; au surplus, nulle part en Bretagne il n'y a un horizon agricole assez vaste pour nourrir une agglomération (C. VALLAUX, La Basse-Brelagne, Géographie humaine, Paris, 14907, in-8°, p. 125). — La chapelle côtière, Saïnt-Conven par exemple, est en un point désertique, elle n'aurait pu être le premier habitat d’un groupement qui devail constituer Plougonven ; dès le début d’ailleurs, les bourgs chefs-lieux de paroisse s'installent à quelques kilomètres de la côte, et par conséquent un groupe social ne se serait pas établi sur le bord de la mer. Par ailleurs, la paroisse bretonne, on le verra plus loin, est une circonscription territoriale créée par le clergé, ce n’est pas un groupement antérieur à la constitution ce cette circonscription. Au surplus, la toponymie ne fournit aucun exemple de nom qui se soit déplacé : on aurait pu trouver des Lansur la côte et des Lok- en arrière dédiés aux mêmes saints, tout au moins des Lan-ncvez, il n'y en a pas. J'ai tout au plus rencontré un Landerne vian (C.E.-M.) en Plouescat (F.), correspondant à Landerneau, qui est semi-terrien ; cet exemple n'a aucun intérêt. — Ce ne sont pas non plus des monastères qui ont monté vers le haut pays ; nous sommes à une époque très ancienne, celle des Plou-, et, à cette époque, j'ai dit qu'il n’y avait pas de monastère en Armorique, ‘et s'il y en avait, ils étaient rares el peu peuplés.

emprunts opérés par les Armoricains à l’île de Bretagne ; les relations continuelles entre l’île et le continent ont apporté sur le continent les cultes de beaucoup de saints insulaires ; mais ces emprunts ne paraissent pas s'être produits dans les débuts de la vie chrétienne en Armorique.

La plupart de nos saints anciens semblent avoir vécu en Armorique ; l'établissement côtier rappelle le point où le saint a pris terre, venant de l’île ; l'établissement dans le haut pays rappelle une résidence postérieure ; une seconde chapelle côtière peut indiquer le point d’atterrissage au cours d'un second voyage, ou bien un second ermitage côtier choisi par le saint ; il rappelle en même temps que ces prêtres ont continuellement utilisé la voie de mer ou suivi la côte, et que tout leur apostolat s’est accompli sur le littoral el les régions avoisinantes. Pour ces saints aussi, le culte a pu se propager après leur mort: des chapelles ont pu être levées en des lieux que le saint n'avait jamais visités.

Il est impossible de conclure pour chaque saint en particulier ; les éléments font défaut ; toutefois, lorsque le saint est éponyme de noms en Plou-, Lan-, Tré-, qu’il à, dans la même région, un établissement côtier en correspondance avec un établissement dans l’arrière pays, il semble que l’on puisse conclure que le culte remonte au saint lui-même : on à là l'itinéraire de la mission suivie par le saint: on retrouve les ermitages qu'il a aimés, les hameaux qui se sont fondés autour de ces ermitages, les paroisses qu'il a créées, La conclusion d'ordre général qui, seule, peut résulter de ces recherches, puisqu'on ne peut espérer connaître chaque saint en particulier, indique que l’apostolat de nos saints s’est borné à la côte et aux résions avoisinantes et que c'est par la côte qu’ils ont voyagé *. La topographie du culte de nos saints indique, en outre, qu'ils ont agi indépendamment de tout groupement ; ce sont des isolés, qui ont travaillé à leur guise, au mieux des intérêts de Ja religion et au hasard de leurs pérégrinations.

45, J, Lorn, NS, p. 141-146, ef in Rev. celt., XL, 1993, D 10;mur

46. Il ne faudrait pas conelure de ces pages que tous nos saints furent de grands voyageurs. Il reste, du chapitre concernant les éponymes de paroisses, que beaucoup de ces saints n'ont laissé leur nom qu'à une paroisse : constituer une paroisse est une œuvre de

longue haleine. T’on reviendra plus loin sur cette question, en parlant des paroisses.

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