CHAPITRE IX. -— GÉOGRAPHIE ECCLÉSIASTIQUE ANCIENNE
l'évêché de Léon, une autre enclave de Dol : Locquénolé, sur la rivière de Morlaix. Elle ressemble de tout point à Loguivylez-Lannion ; c’est un lok, comme Loguivy, et son territoire carré, sans limites naturelles, est très petit ; il mesure un kilomètre environ sur chacun de ses côtés ; sa superficie esl de quatre-vingt-sept hectares *. Le chef-lieu est sur la mer. et au centre de ce petit territoire qui donne, comme Loguivy, l'impression d'une exploitation agricole autour d'un prieuré.
Sur ces cinq enclaves, trois sont des Lok-, deux sont des Lan-. Ici, comme dans les autres évêchés, aucune enclave doloise n’a un nom commençant par Plou- ; ce ne sont donc pas d’anciennes paroisses. Au surplus, on a vu que leur territoire avait été prélevé sur d'anciennes paroisses ; ce sont donc des paroisses de date récente, des monastères jadis rattachés à Dol, autour desquels s'étaient constitués des villages ; ces villages ont pris de l’extension, l'établissement religieux a été sécularisé, mais il est demeuré rattaché à l'évêché de Dol.
Lorsqu'on étudie sur la carte la situation des différentes enclaves doloises, on voit qu’elles sont généralement constituées par des bourgades côtières. Le point extrême à l’ouest est la petite paroisse de Loquénolé, dans le Haut-Léon. Ces enclaves, surtout celles de l’ouest, sont maritimes. I1 semble donc que le lien qui les unit à la métropole soit la mer. Les enclaves terriennes paraissent isolées et on chercherait en vain un établissement côtier dont elles pourraient être la succursale.
On ne rencontre pas d'exemples de plusieurs enclaves portant le nom d'un même saint? ; et les saints qui donnent leurs noms aux diverses enclaves n'apparaissent pas comme des saints dolois ; bien au contraire, on retrouve leurs noms dans des établissements situés un peu partout : l’on a vu saint Guennolé éponyme d’une enclave. Il n’y à donc aucun
21. Locquénolé aurait été en outre agrandi au cours du xix° siècle, au détriment de Taulé, B.C.D., 1924, p. 260.
22. Le seul exemple serait Perros-Guirec et Loquirec, je n'insiste pas ; saint Guirec est honoré à Saint-Pol-de-Léon et en Plévenon, qui n'étaient pas des enclaves doloises. — Je ne parle pas de Loguivylez-Lannion et de Loguivy près Ploubazlanec ; ce dernier a été parfois, par confusion avec le premier, considéré à tort comme une enclave (cependant Perros-Hamon, qui est à côté, était une enclave).
rapport soit des enclaves entre elles, soit des enclaves avec Dol, concernant leurs saints éponymes ; il n’y a pas eu transport d'un culte dolois et voyage de moines dolois à l'origine de la fondation des établissements qui, plus tard, sont connus comme des enclaves de Dol. |
Il-semble bien que l’on peut conclure que ces monastères n’ont pas été fondés par Dol. Si Dol les avait fondés par l'envoi de colonies de moines, l’on aurait eu un transport dé culte dolois ; les monastères fondés auraient pris le nom de saint Samson où d’un autre saint dolois. Au contraire, ces établissements portent le nom de saints très divers ; ils sont comme les autres Plou-, Lan-, Tré-, Lok-, de la région, des établissements locaux, et c’est à une époque postérieure à leur fondation, qu'ils ont été rattachés à Dol.
Il est difficile de dire à quelle époque ces établissements ont été rattachés à Dol. Le fait que plusieurs sont des Lok-, que l’un d'eux comporte le nom d’un saint dont le culte s’est développé très tard en Bretagne, saint Yvi, indique que certains de ces établissements ne sont pas antérieurs aux Normands. Les documents écrits ne fournissent pas grande indication. Une charte du Cartulaire de Redon, qui porte la date de 931, laisserait entendre que Lanmeur était déjà une paroisse au x° siècle ; elle relate un fait qui se serait passé in plebe que vocatur Lanmur meler* : par contre, la vie latine de saint Mélar, qui est certainement très ancienne, ne parle pas un seul instant de Lanmeur, qui n'existe pas pour elle, puisqu'il y est di que
23. Cette charte est fixée à 931 par de Courson, p. 257; Dom. Morice, Pr. 1, 344, la donnait sous la date de 936, date qu'il disait fausse ainsi que la partie où est deux fois cité le nom de ZLanmurmeler ; La Borderie n'a pas examiné celle charte dans sa Chronoloqie du Cartul. de Redon, Rennes, 1901, in-8° (extrait des Ann. de Bret.), qu'il a arrêtée à 925 ; on s'accorde pour considérer qu'elle a été fabriquée au moment où l'on a rédigé le cartulaire LATOUCHE, Mél. d’hist. de Corn., p. 60-61 x A. Oneix, Soc. arch. Fin... 1912, p. 18, dit qu'elle est « vraisemblablement fausse » ; l'abbé DuINE, La métropole de Bret. p. 94, n. 1, l'appelle une « pseudo charte ». Elle raconte un miracle et le nom de Lanmurmeler a probablement été appelé par le nom de l'Enesmur, qui fait l'objet de la donation. Fait curieux, l'Ze Grande, dont il semble être question, ne paraît pas avoir appartenu à Redon : elle releva plus tard de Bégard, elle est d'allleurs loin de Lanmeur, puisqu'elle se trouve en Pleumeur- Bodou, canton de Perros-Guirec (C.-du-N.), :