GÉOGRAPHIE ECCLÉSIASTIQUE ANCIENNE
les reliques de saint Mélar auraient été portées au bourg de Guimaëc, in vico Muiïoci. En ce qui concerné Locquénolé, nous sommes mieux renseignés; les moines de Landévennec en constituant leur cartulaire vers le milieu du xt siècle, y ont mis une pièce qui établirait leurs droits sur cet établissement et laisserait entendre qu'ils en étaient encore propriétaires ; la pièce xxxvir indique que ce liéu aurait été donné à saint Guennolé lui-même ; le territoire concédé, chose curieuse, ne correspond pas au territoire de Locquénolé, enclave de Dol et commune actuelle, divisio istius possessiunculæ esl a mare usque ad mare, sicut nobiles heredes diviserunt ; le territoire allait donc de l'estuaire du Penzé à la rivière de Morlaix, alors qu'aujourd'hui Locquénolé ne comporte qu’un tout petit enclos, qui regarde uniquement la rivière de Morlaix “ ; l'on se demande si au moment où cet établissement passa au pouvoir de Dol, certaines parties des territoires qui relevaient dé Locquénolé et ‘lui donnaient des vues sur le Penzé, ne furent pas retenues sous le pouvoir diocésain local. Jei nous sommes dans
24. Le titre de cette pièce porte de Villa Lancolvett ; ce n'était donc pas une paroisse, le texte dit d’ailleurs que c'était une possessiuncula. —— Lan-Colvett signifie le monastère de Queffleut, nom actuel de:la rivière de Morlaix que la charte elle-même appelle flumen Covlut (il y a eu métathèse Colvet-Covlett). — À mare usque ad mare est formel, on pe saurait proposer l'explication sans valeur usque ad mare — jusqu'à ce jour, proposé par les édit. du Cartul. de Quimperlé, pour la ch. LXXXVIN de ce cartulaire, pp. 20 et 242 ; on retrouve d'ailleurs la même expression pour Argol dans la pièce vi du Cart. de Landévenneée. — Il semble que l’on peut affirmer qu'en 1163, Locquénolé appartenait à Dol, car là bulle de 1163 pour l’abbaye de Saint-Jacut, signale parmi les possessions de cette abbaye, la chapelle Saint-Jacut en Plestin, Lanméur, quelques biens en Plougasnou, ecclesiam Sancti Guingaloëei, une villa en Pleyher- Christ, et Locquenvel (Anc. év. de Bret., IV, DH) ;SerTelenCrois, par suite d'une série de présomptions graves, qu'il existe un lien entre les enclaves de Dol et les possessions de Saïint-Jacut, soit que, cefle abbaye ait retiré aux évêchés locaux l'administration de ses possessions, pour en faire remise à l'évêché de Dol, soit que Dol ait favorisé le développement des moines de Saint-Jacut dans ses enclaves ; or en 1163, l’ecclesia sancti Guingaloei, qui est notre Locquénolé, relevait de Saint-Jacut, comme Lanmeur, | MR ENGS Es
le diocèse de Léon, et il se peut très bien que l’évêque léonard ait pu mieux se défendre vis-à-vis des prétentions doioises, que l’évêque de Tréguier *.
Les faits qui ont été exposés ci-dessus prouvent que les enclaves ne sont pas les dernières traces d’une situation primitive, où toute la Domnonée aurait relevé de l’évêché de Dol. S'il en avait été ainsi, Dol aurait pu garder autre chose que des petits prieurés, il aurait conservé des paroisses primitives. Au contraire, ces petits prieurés, qui ont constitué les enclaves doloises, ont été enlevés aux paroisses primitives et soustraits au pouvoir ecclésiastique local ; la configuration des prieurés plus riches, Lanmeur et Lanvellec, établit que Dol s’est agrandi par prélèvements successifs, par morceaux arrachés aux vieilles paroisses ; c’est le résultat d’une extension de l’évêché de Dol, qui s’est produite postérieurement à l’organisation ecclésiastique primitive du pays.
L'abbé du monastère de Dol a réussi, d'autant plus facilement qu’il était évêque, dans la tendance continuelle des monastères celtiques qui ont toujours cherché à s'affranchir, eux et leurs possessions, du pouvoir spirituel local*. Il a assuré l'indépendance de ses établissements vis-à-vis de l'autorité paroissiale des recteurs, et, si les autres évêchés existaient déjà, vis-à-vis de l’autorité diocésaine locale. Il est probable d'ailleurs, qu’en ce qui concerne les évêchés de Tréguier et de Saint-Brieuc, qui étaient, en tant que diocèses, de fondation assez récente, la résistance fut moindre. A la sécularisation de ces prieurés, Dol garda le spirituel et le
25. Le rattachement de Locquénolé à Dol a-t-il été complet ? On peut se le demander ; un compte de 1330 cite parmi les paroisses du Léon, Locus Guennolay, qui est notre Locquénolé (LONGNON, Pouillés de Tours, P. 334) ; les autres enclaves ne sont jamais comprises parmi les paroisses des diocèses locaux.
26. Je n'insiste pas sur cette tendance bien connue, que les moines celtiques ont manifestée partout. Cf. Dom Goucaup, Les chrétientés celtiques, pp. 219-220. — Locquénolé est à onze kilomètres en ligne droite du siège de l'évêché de Léon : Magoar était en Cornouaille, mais était trêve de Coadout dans le Tréguier ; c'est ainsi que le recteur de Lanmeur, grand vicaire de Dol, prenait le titre de « grand vicaire pour les enclaves de Dol, aux trois évêchés de Basse-Bretagne ». Yves Arrel, auteur d'une vie de saint Mélar, source d'Albert Le Grand, s’affuble de ce titre.
CHAPITRE IX. -— GÉOGRAPHIE ECCLÉSIASTIQUE ANCIENNE 189 temporel de ces territoires, qui subsistèrent sous le nom d’enclaves doloises *.
Il résulte de cet exposé que les enclaves doloises ont été créées assez lard, par prélèvement sur les paroisses primitives, et par conséquent, qu’elles n’intéressent pas l’histoire des débuts de l’organisation chrétienne dans l’Armorique bretonne *
27. Les enclaves étaient primitivement des prieurés, mais elles ont pris du même coup le titre de paroisse, alors qu'elles auraient pu garder le simple titre de prieuré-cure. — J'ai dit que Locquirec, trêve de Lanmeur, mais complètement séparée de Lanmeur, est une exception; cela n’est vrai que comparé à ce qui se passe pour les trêves des paroisses relevant de l'évêché du lieu ; au contraire, on en retrouve plusieurs exemples pour les enclaves doloises : Lanleff, trêve de Lanloup (C.-du-N.), séparée par Pléhédel ; Magoar, trêve de Coadout séparée par l'immense territoire de Bourbriac (C.-du-N.) (en notant que Coadout était dans l'évêché de Tréguier et Magoar en Cornouaille ; le territoire de Coadout, prélevé sur Bourbriac, est très curieux à examiner sur la carte). Contrairement à ce qui s’est passé pour Lanmeur- Locquirec, démembrements de Guimaëc, Lanleff-Lanloup et Magoar-Coadout ne sont pas des territoires prélevés sur une même paroisse primitive ; Lanleff et Magoar sont des établissements moins importants qu'on n’a pas voulu laisser isolés et qu’on a rattachés à une église-mère ; Dol voulait avoir une hiérarchie dans le clergé de ces établissements lointains. — A noter un cas assez semblable à celui de Guimaëc : la vieille paroisse de Ploubazlanec (CG.-du-N.) s'était vu arracher deux territoires passés aux enclaves de Dol, Lannévez et Perros-Hamon. Ces deux petites paroisses artificielles n'ont pas subsisté ; Ploubazlanec a récupéré tout son territoire par l'ordonnance royale du 15 avril 1824. Au contraire, non loin de là, l'antique paroisse de Plounez, sur qui avait été prélevé l'enclave de Lanvignec, ne l’a pas récupérée, Lanvignec ayant été rattaché à Paimpol (ordonnance royale du 19 juin 1824). — Il y a eu une anomalie semblable à celle de Locquirec, trêve complètement séparée de sa paroisse, pour Ja petite commune de Botmeur (F.) ; cette commune, qui n'avait jamais été érigée en trêve, continua à relever de la paroisse de Berrien, dont elle était absolument séparée par toute l'étendue du territoire de la Feuillée ; la Feuillée, ancienne commanderie de Malte, érigée en paroisse par les Chevaliers, avait été prélevée sur Berrien qu'elle avait coupée en deux tronçons (voyez B.C.D., 1903, p. 302) ; cet exemple curieux montre que Dol a travaillé comme les Chevaliers de Malte, s'implantant au-dessus de l'autorité ecclésiastique locale, constituant des paroisses artificielles et ruinant l’organisation primitive du pays.
28. Les enclaves que Dol possédait dans l'archevêché de Rouen ont une toute autre origine ; elles remontent directement à saint Samson
lui-même.
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