CAMILLE VALLAUX, La Basse-Bretagne, n
riales, sans se douter qu’ils créaient ainsi la paroisse, telle qu'elle devait être organisée plus tard par toute la chrétienté. En Galles, il n’y avait pas de paroisses organisées. Autour de chaque église, autour de chaque monastère existait bien un groupement de fidèles, la plebs ; mais cette plebs, simple clientèle de l’église ou de la chapelle abbatiale n’était pas encore la paroisse territoriale : c'était le peuple du voisinage, qui venait assister aux offices de cet établissement religieux; on vivait, comme en Gaule, sous un régime qui s'était institué peu à peu, à mesure des conversions et de l’extension prise par les abbayes ; on ignorait le système paroissial, l'organisation d’un pays en circonscriptions religieuses bien limitées, chaque circonscription constituant une paroisse. C'est beaucoup plus tard que le pays a été organisé par paroisses, lorsque le clergé de chaque église affirma une puissance territoriale sur la circonscription où résidait sa clientèle, |
Les prêtres arrivés en Armorique ignoraient donc l’institution de la paroisse, Ils n'étaient pas venus avec l’idée de fonder des paroisses. Les nécessités de l’apostolat, le fait que tout le culte était à organiser chez cette population déjà chrétienne, a conduit chacun d’eux à délimiter un territoire dont les habitants formeraient un troupeau, et seraient la clientèle d’une église ; ils ont été amenés à constituer la paroisse territoriale, alors même qu'ils ignoraient cette institution.
Ces origines de la paroisse bretonne expliquent son caractère si nettement marqué de circonscription ecclésiastique, correspondant presque toujours à une petite unité géographique bien déterminée ; l’on n’est pas en présence d'une circonscription mal limitée, qui s’est constituée au hasard d'événements divers, autour d'un établissement religieux, d’un château, d’une villa, ou d’un vicus, et qui lui à emprunté son nom ; l’on est devant un territoire choisi spécialement pour être la base d’une communauté de fidèles qui aurait son église, et qu'un clergé pourrait facilement administrer.
Parmi les moines ou prêtres insulaires passés en Armorique, il y avait un nombre considérable d’évêques " ; ces évêques ne paraissent pas avoir joué un rôle spécial dans
17. I n'y a aucun doute à ce sujet, v. DoM GOUGAUD, Les abbayesévêchés bret., art. cité, p. 93, et Les chrétientés cell, p. 219.