‹ Les Saints et l'Organisation chrétienne primitive dans l'Armorique bretonneChapitre 156 sur 188 · L'ÉPONYME · texte numérisé non relu

L'ÉPONYME

Il a été dit, à plusieurs reprises, au cours des chapitres précédents, que les établissements anciens du culte de nos saints devaient leur origine à un séjour du saint lui-même en ce lieu ; les saints ont donné leur nom aux établissements qu'ils ont fondés, ou qu'on a établis après leur mort pour

18. Le Riagail Padraic (règle de saint Patrice, document qui n'est pas de ce saint, mais qui, cependant, est très ancien), indique que chaque tribu doit avoir un primescop, pour ordonner son clergé, pour consacrer ses églises, etc. ; il semblerait donc qu'en Irlande, seul avait le droit de consacrer des églises l’évêque territorial chef de tribu (Dom Goucaup, Les chrét. celt., p. 216). Les lois galloises font allusion au pouvoir du roi, qui peut, d’une chapelle de trêve servile, faire une trêve libre (Ancient Law of Wales, London, 1841, in-8°, I, pp. 444 et 542) ; mais aucune de ces institutions n'avaient pu traverser la mer avec les émigrants bretons, et en Armorique on a, comme on dirait vulgairement, « couru au plus pressé ».

19. L'on peut comparer la facon dont nos aumôniers militaires procédaient pendant la guerre ; ils élaient les prêtres de groupements étrangers au pays où ils se trouvaient ; dans la zone dévastée, ils réglaient le service religieux au mieux des intérêts de leur troupe, sans se préoccuper des autorités locales qu'ils ignoraient. Ajoutez que nos aumôniers détenaient un autel portatif, tout comme nos missionnaires bretons, et célébraient la messe partout où ils le jugeaient nécessaire, sans rechercher les églises régulièrement consacrées ; mais la comparaison n'est qu'apparente, car le ministère des aumôniers était réglé minutieusement par le Pape, et ce fut en vertu d’autorisations très régulières qu'ils purent posséder des autels portatifs.

rappeler leur passage ”. En ce qui concerne les paroisses, des considérations, empruntées aux recherches qui viennent d'être exposées, confirment absolument cette théorie ; les saints éponymes des paroisses sont bien les missionnaires qui les ont fondées ; la paroisse se confond avec eux, ils l’incarnent parce qu'ils l’ont constituée.

L'on a vu que le saint éponyme n'avait pas toujours son culte à l’église paroissiale, que son nom se retrouvait dans d'autres noms de lieux situés à l’intérieur de la paroisse, et il a été tiré de cette constatation un fait excessivement précis, à savoir que le saint éponyme n’était pas un saint quelconque sous le vocable de qui on avait dédié une église devenue église paroissiale, mais qu’il était patron de l’ensemble de la circonscription territoriale, de la communauté de chrétiens qui résidait dans cette circonscription. Comme son nom se retrouve dans la paroisse sous des variantes très anciennes, on en a conclu que ce caractère paroissial du saint éponyme est excessivement ancien, et que la paroisse apparaît dès le début comme un groupe social solidement établi, se réclamant du même saint éponyme *. :

Le rôle du saint éponyme est exclusivement paroissial ; il peut avoir son culte en dehors de l’église, peu

20. Voyez supra au chapitre vit. — Je n'insiste pas sur le fait que les éponymes de paroisses ne peuvent pas être des laïcs ; le roi Salomon lui-même ne parvint pas à donner son nom à un monastère qu'il fonda en 863 : quemque eliam locum monasterium Salomonis vocare voluimus, dit-il dans la charte 261 du Cart. de Redon. En 866, le monastère s'appelle Saint-Sauveur, comme l'abbaye de’ Redon dont il relevail (ch. 49) ; en 876, il s'appelle monasterium Sancti Maxentü (ch. 237) à cause des reliques qu'il détenait ; c’est actuellement la commune de Maxent (L.-et-V.).

21. La différence est bien marquée entre les éponymes de Plou-, et les éponymes des Lan-, Tré-, Lok- : ces derniers donnent leur nom à une chapelle, à une fontaine, parfois à un hameau, et c'est tout : il n’y a pas d'écart-qui reproduise le nom du saint: le nom ne désigne pas une circonscription géographique, ni une communauté d'habitants: c'est rarement une frérie, el j'ai dit que les fréries ne sont pas d'origine ancienne. Si des circons'ances heureuses ont donné à ce hameau un développement suffisant, il a pu devenir le chef-lieu d'une trêve, plus tard même cette trêve a pu devenir une paroisse, mais le caractère du saint n'a pas changé, il est resté le saint d'une chapelle.

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