LES NOMS EN SAINT-X
Il reste à examiner les noms comme Saint-Renan, Saint-Urbain, etc. Il faut d’abord remarquer que ces formes ne sont pas toujours la forme réelle du nom : la paroisse de Saint-Renan (F.) s'appelle en breton Lokronan-Léon, de la même façon que Locronan de Cornouaille s'appelle Lokronan-Kerne (on prononce Lokournan*). Saint-Urbain (F) est
64. M. J. LoTH, Ns., p. 55, s. v. Guidel, admet que le mot Plou-, longtemps resté en usage dans le sens de paroisse, est tombé par abréviation. En Galles, le mot correspondant plwyf ne s'est pas incorporé dans les noms des paroisses, pour d’autres raisons, parce qu’en Galles le nom de la paroisse n'est pas, comme en Bretagne, le nom de la circonscription paroissiale ; je reviendrai, en traitant de la formation des paroisses bretonnes, sur ce sens très spécial qu'a le nom de la paroisse en Bretagne. — Noter qu'il existe des paroisses dont le nom n’est pas en Plou- et dont un hameau reproduit cependant l’éponyme : Saint-Guen en Guénin (M.) (Ros.), Saint-Hern en Saint-Hernin (F.) (Ns., p. 134) ; en ce cas, un des noms est une forme à suffixe (sur ces suffixes et ces doublets, cf. Primel et Primelin, Convel £t Convelin, etc.).
65. Puisque saint Gueltas n’est éponyme que de Lok-; en 1270, la commune de Gueltas (M.) est villam que dicitur Sant Gueltas (Cart. du Morbihan, p. 274) ; donc à cette époque on n’employait pas encore l'éponyme seul pour désigner cette localité.
66. Voir à ce sujet l'erreur de LATOUCHE, Mél. dhist. de Corn, p. 94, n. 2, qui, ignorant le nom breton de saint Renan, déclare que Île eulte du saint à Saint-Renan est bien plus récent qu’à Locronan-Kerne.
Locronan Léon s'appelait aussi Locronan ar Fancq — Locronan du
en breton Lan-Urban ; Saint-Laurent (C.-du-N.) a été longtemps Lanlauron“ ; Saint-Michel-en-Grève (C.-du-N.) est en breton Lomikel-an-trez “. Dans d’autres cas, le nom français est Saint-X.…., et en breton c’est l’'éponyme seul: Saint- Michel en Plougonven (F.) est une forme française, l’on dit en breton Mikael, Saint-Kirio en Plounérin et en Trédrez (G.-du-N.) s'appellent Kirio en breton ; les exemples en sont excessivement fréquents. Dans d’autres cas enfin, le lieu dit Saint-X.. ‘en français, est en breton Créc’h-X.…., Toull-X... : Crec’h-Maudez = Saint-Maudez en Lanvellec, Toul- Efflam — Saint-Efflam en Plestin, Run ar Bélar = Saint- Mélar en Plouzélambre (C.-du-N.), etc., ete. Il est fort probable qu'un examen très sérieux des noms en Saint-X.…., situés en zone bretonnante, en laisserait subsister fort peu.
Certains personnages ne sont éponymes d'aucun Plou-, Lan-, Tré-, Lok- ; tous les lieux qui comportent leur nom sont désignés au cadastre sous la forme Saint-X... ; dans la langue parlée, on dit de même Sant-X.… ou X.… tout court. Plusieurs exemples sont significatifs et le cas de saint Herbot plus que les autres.
Le centre du culte de ce saint semble être la jolie chapelle Saint-Herbot, en Plounévez-du-Faou, près de la limite de Collorec (F.) (C.E.-M.) ; des chapelles très nombreuses sont dédiées à ce saint à travers la Bretagne : chapelles Saint- Derbot en Saint-Thonan (F.) (CE.-M\, Saint-Erbot en Taulé (F.) (C.E.-M.), (Cassini donne Saint-Elbault), Saint- Derbot en Le Trévoux (F.) (Ns.), Saint-Herbot en Cavan (C.-du-N.)®, Saint-Herbot en Ploulec’h (C.-du-N.) (C.E.-M.),
Marais ; en 1275, une charte citée par LA BORDERIE, Recueil d'actes inédits, Paris, 1889, in-8°, p. 260, écrit Saint Renan dou Tay. — C'est un hasard qui à fait que Locronan Kerne à gardé son nom breton. Les chartes l’appellent souvent Saint-Ronan, on a même francisé le nom en Saint-René-des-Bois, v. Abbé Tomas, Saint Ronan et la Troménie, Quimper, 1887, in-8ô, p. 30.