‹ Les Saints et l'Organisation chrétienne primitive dans l'Armorique bretonneChapitre 40 sur 188 · CHAPITRE III. — LES SAINTS ÉPONYMES DES PAROISSES · texte numérisé non relu

CHAPITRE III. — LES SAINTS ÉPONYMES DES PAROISSES

Dans le Bas-Tréguier, Ploumiliau n’est pas isolé pour représenter le culte du saint. Ploumiliau constitue ce que l’on peut appeler un établissement terrien, car bien que le territoire de la paroisse vienne jusqu’à la mer, le bourg n'es! pas Sur la mer, il est fort à l’intérieur du pays ; il existe par contre, à quelque vingt kilomètres de là, l'Ile Miliau en Trébeurden ; ce n’est là qu'un simple nom de lieu, il semble n’y avoir aucun souvenir d’une chapelle en ce point"; mais ce nom doit très certainement rappeler un culte à saint Miliau, comme tant d’autres îles bretonnes bien connues, Ile Maudez, Ile Cado, Ile Tudy, qui portent un nom de saint ; cette île est l'établissement côtier du culte de saint Miliau, qui correspond à l'établissement terrien de Ploumiliau. Ce détail indique qu'il s'agit d’un culte ancien ; la présence du nom en Plou- l’indiquait déjà. Et l'on est obligé de conclure : le saint Miliau, éponyme de l'Ile Miliau, de Ploumiliau et, aussi, des autres établissements anciens qui portent son nom, n’a aucun rapport avec le roi martyr Miliau. Il s’est établi plus tard une confusion entre ces deux personnages et la légende tragique du prince a facilement remplacé les souvenirs, peut-être bien effacés déjà, du vieux missionnaire celtique qui fondait les paroisses. On a la preuve qu’il s’agit d’un tout autre personnage, d’abord par le fait que la constitution des paroisses est bien antérieure à l’époque où a vécu le roi Miliau, vrrr° siècle, et au développement de sa légende ; ensuite, on ne voit pas pourquoi ce roi aurait donné son nom à une paroisse ; saint Mélar, son fils et saint Salomon, autres princes martyrs, n’ont donné leur nom à aucune paroisse"; c’eût été contraire aux règles admises. Enfin, l’on notera le détail de l’établissement côtier de l'Ile Miliau : si le saint était le roi armoricain, le

AT pu Morray, loc. cit. cite une chapelle dans cette île, ce doit être une erreur de sa part.

48. Le roi Salomon en parliculier avail voulu donner son nom à un monastère qu'il fonda vers 863 : quemque etiam locum monasterium Salomonis vocare voluimus, dit-il dans la charte 261 du Cart. de’ Redon. En 866, le monastère s'appelle Saint-Sauveur, comme l'abbaye de Redon, dont il relevait (eh. 49) ; en 876, il s'appelle monasterium sancti Maxentü (ch. 237), à cause des reliques qu'il détenait ; c'est actuellement la commuñe de Maærent (I.-et-V.) : le roi, qui était un laïc, ne parvint pas à être l’'éponyme du monastère par lui fondé.

culte se trouverait être complètement terrien, conime c’est le cas pour le culte de saint Mélar ; la présence de cet établissement côtier indique qu’il s’agit d’un de ces missionnaires venus de l'Ile de Bretagne, soit que l'établissement côtier rappelle le premier séjour du saint à son arrivée sur le continent, soit qu'il rappelle l'itinéraire maritime que ces missionnaires employèrent pour exercer leur apostolat en Armorique.

Le vieux saint Miliau à laissé son nom à trois paroisses primitives : Ploumiliau, Guimiliau et Pluméliau, assez éloignées les unes des autres ; il apparaît comme un gfand travailleur parmi les missionnaires des v° et vr‘ siècles.

PLOULECH

L'éponyme de cette paroisse est comme l’'éponyme de béaucoup d’autres paroisses, un personnage complètement inconnu. Le nom latin de Ploulec’h est Plebs loci en 1330 et à la fin du xiv° siècle ; en 1461, on trouve la forme bretonne Ploclach ”. Les transcriptions latines ne permettent pas de supposer que le nom de Ploulec’h puisse représenter un ancien * Plou-goulec’h : quant à la transcription Plebs loci, c’est une ineptie ; locus, lieu, a donné en breton Lok, et nôn pas lec’h avec une aspirée finale, et le mot breton Zec’h ne pouvait pas constituer le second terme d’un nom de paroisse *. 5

On a, par ailleurs, supposé que le mot lec’h serait le mot breton qui signifie la pierre, et qui est entré en composition dans des dénominations de monuments mégalithiques ; ona émis l'hypothèse que Ploulec’h serait composé avec le nom de la rivière du Léguer, qui borde cette paroisse et arrose Lannion, et que ce nom lui-même aurait facilité la création

Page 1