‹ Les Saints et l'Organisation chrétienne primitive dans l'Armorique bretonneChapitre 5 sur 188 · LES NOMS DE LIEU : NOS SOURCES · texte numérisé non relu

LES NOMS DE LIEU : NOS SOURCES

En Bretagne, les noms de lieu offrent pour l’histoire de la vie religieuse une série continuelle d'éléments d’une utilité de premier ordre. Aucun pays ne possède une toponymie qui puisse être comparée à celle de la Bretagne pour éclairer l’histoire des saints locaux et l’histoire des établissements chrétiens du pays. D'une part, la toponymie bretonne fournit un nombre considérable de noms de saints. Comme les saints dont le nom est conservé dans les noms de lieu anciens, sont tous des saints nationaux, bretons’, que, par ailleurs, presqu'aucun document écrit n’a gardé le souvenir de ces personnages, on voit par là les services que peut rendre la toponymie concernant les saints du pays. D’autre part, ces noms de lieu sont des noms composés de deux termes, un nom de saint breton et un nom commun qui indique quel était l’établissement qui existait en ce lieu au moment où le nom de lieu fut constitué. La toponymie religieuse bretonne est précise : tel établissement est une paroisse Plou-, un monastère ou une chapelle Lan-, Lok-, un hameau Tré-?

4. J. LoTu, Ns., pp. 4-5: « L'hagio-onomastique est entièrement nationale, bretonne. En dehors de quelques apôtres, de saint Michel, saint Mathieu, saint Pierre qui a donné son nom à Ploubezre (C.-du-N.), il est inutile de chercher du côté de la Gaule et de l'Eglise romaine : tout est d’origine insulaire ou breton indigène. »

2. Il n'y a rien de semblable en France, où les noms de lieux religieux ne renferment pas un terme indiquant s'ils désignent une paroisse ou un monastère ; on y a fait peu usage de noms composés ; fi c'est un nom commun qui est devenu nom de lieu (Moustier — lat. monasterium, par ex.), il est généralement donné seul, ou précisé par la situation

L'histoire des institutions religieuses et l’histoire des saints, en Bretagne, se trouvent donc inscrites dans les noms de lieu. Comme ces noms de lieu sont d’une époque pour laquelle presqu’aucun document écrit n’a subsisté, — pas plus d’ailleurs en Bretagne que dans une grande partie de la France, — il s’en suit qu’ils sont les documents, documents d’une sincérité indiscutable, qui, seuls, permettent de retracer la vie religieuse d'une époque, qui, Sans eux, serait complètement inconnue. L'on voit par là l'importance considérable qu'a la toponymie pour les études entreprises ici ; cette importance oblige à donner des indications préliminaires sur les sources employées pour les relevés de toponymie *.

Pour chaîue nom de re et formes du même nom, nous donnons toujours les documents qui ont fourni lé nom où les variantes Célte précaution est nécessaire si l’on pénise aux déductions que l’on peut tirer d'un simple nom de lieu, ét si l’on songe à quelles erreurs de transcription ces noms sont exposés. Enfin, en donnant la source, on est fixé sur la forme qui est citée, l’on sait que c'est là une graphie et non pas la représentation de la prononciation réelle".

La soutce la plus sûre est le cadastre, examiné à la mairie dé la commune avec l’aide du secrétaire de mairie, et, si ce

géographique (rivière, bois, région) ; si le nom est constitué par un nom de saint, le saint est rarement indigène, et au nom de saint n’est pas accolé un nom commun désignant l'établissement dont s'agit. En oùûtre beaucoup de paroisses ou de monastères n'ont pas dé nom à eux et ont emprunté un nom au lieu où ils ont été installés. La toponymie française ne pourrait servir de base à une étude d'histoire religieuse.

3. Il faut bien savoir que « les saints de la topographie ne sort pas nécessairement les saints de l'hagiographie » (DUINE, Saints de Domnonée, p. 34) ; mais ceci importe peu, l'hagiographie est toujours de-beaucoup postérieure aux faits qu'elle raconte: nous n'en avons fait, pour ainsi dire, aucun usage dans ce travail ; au surplus, l'hagiographie ne s'est intéressée qu'à un très petit nombre de personnages que d'heureuses circonstances ont rendus célèbres, post mortem, sans que rien n'établisse qu'ils furent, de léur vivant, plus célèbres que les autres.

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