CHAPITRE IV. — LES SAINTS ÉPONYMES DES LAN- Al
n'indique pas un lieu du culte ; l'éponyme ne peut être un Saint, à moins que d’autres considérations, la présence d'une chapelle à proximité, ne viennent en apporter la preuve. L'absence de documents anciens empêche de distinguer les anciens Nant qui sont devenus des Lan ; toutefois, on peui remarquer que linitiale de l’éponyme, quand c'est une consonne sujette à mutation, n’est pas traitée de la même façon après Lan- qu'après Nant. Lan n'exerce aucune influence sur un nom commençant par D, au contraire Nant détermine le passage de D à T ; on aurait Landivy avec Lan tandis qu’on a Lantivy avec Nant. Lan détermine la mutation de C en G, alors que Nani laisse subsister le C : on a Lan:carré avec Nant, on aurait eu Langarré avec Lan. La dernière règle n’est pas des plus absolues ; si l’'éponyme est connu par un nom de lieu voisin, il se peut très bien que l’on ait continué à écrire le nom qui suit Lan-, Sans la mutation : en Plouigneau, il y a un hameau de Cazin, et uen loin de là un autre hameau de Lancazin, quelques rares fois écrit Langazin ; la mutation n’a pas été inscrite parce que l’on savait que le second terme était Cazin ; ce nom sera étudié plus loin.
En outre, beaucoup de Lan- sont suivies d’un adjectif, coz, névez, meur, bihan, bras, gwen, parfois d’un nom commun, coat, illis, quern, ros, bruc, aber, goas, quic, parfois même d'un nom propre de lieu comme Landreguer, qui est la lan de Tréguier, Lanleff (C.-du-N.), qui est la lan de la rivière de la Leff, Lancolvett, ancien nom de Locquénolé (F.), dans le Cartulaire de Landévennec (xxxvrt), qui est la lan du fleuve Covlut, actuellement le Queffleut, rivière de Morlaix. Parmi ces lan, plusieurs sont des lan religieuses ; les Lanbruc, Lan-ros, Lan-voas, au contraire, ont des chances d’être des terres froides, des landes.
Il faut ajouter enfin que la catégorie des Lan- suivies du nom de la paroisse sont les terres vagues, immenses landes autrefois de vaine pâture, et qui portent le nom de la paroisse sur le territoire de laquelle elles sont situées *,
Ces considérations montrent avec quelle prudence ii faut choisir les Lan- qui représentent des établissements religieux : les recherches permettent d'en éliminer beaucoup à
à. V. Six saints, p. 25, n. 3, el supra l'article Plufur.
coup sûr; deux exemples de Lan-, qui ont été ainsi éliminés, sont curieux.
11 y a en Plouézoc’h, non loin de la côte un ancien manoir de Lanovert, et dans l’arrière-pays, en Plounévez-Moëdec, un hameau du même nom. Ces deux lieux-dits étaient intéressants au point de vue onomastique, et la répétition du même nom sur la côte et dans le haut pays ajoutait de l'importance à cet exemple ; il fallait être sûr de la prononciation bretonne. Or le nom de Lanovert n'est pas utilisé par le peuple, qui appelle ces deux manoirs, — car ce sont tous deux d'anciens manoirs — Goas glas, cette coïncidence était révélatrice, ce sont deux La Noé Verte, traduction très exacte du breton goas glas*.
Il existe en Lanmeur une garenne appelée Goarem Lan Donan, cadastrée À 522 ; ce nom aurait pu comporter le nom de saint Donan ; or, cette garenne se trouve près de la limite de Saint-Jean-du-Doigt, ancienne trêve de Plougasnou, et en ce point de l’ancien territoire de Plougasnou il ÿ avait un village appelé Le Donnant, qui est encore une section au cadastre de Saint-Jean-du-Doigt (section C, Penty-Donant, Goarem-Donant, lande de Landonant, etc.) ; tel est aussi le nom de la rivière qui arrose ce village et d’une ancienne frérie indiquée sous la forme Dounant dans la réformation de 1543°, c’est la profonde vallée.
I] faudrait une connaissance historique profonde de la région, pour être certain de chacun des noms de lieu ;
5. Pour Plouézoc’h, OGéE écrit La Noé Verte ; cf. Soc. arch. Fin., 1906, pp. 13, 24 et seq., [LE GUENNEC], La rivière et la rade de Morlaix, Morlaix [1912], pp. 33-34. — En Plounévez, le cadastre donne Lanoeverte, Lanneauverte, La Noe verte ; les Arch. dép. C.-du-N., E, 2371, 2311, 2386, donnent Lannovert, Lanoevert, Lanovert, Lannouerte, aux xXvI® et XvII° siècles. — Il a existé dans le Léon une famille de Lanouerte en 1610 (Soc. arch. Fin;, 1923, pp. 30 et 33). — QuiLaars signale deux La Noë-Verte dans la Loire-Inférieure, Ros. en signale deux dans le Morbihan ; dans les C.-du-N., le château de La Noé-Verte, près Kérity-Paimpol, se prononçait Lanoverte (FRÉMINVILLE, Antiquités de la Bret. C.-du-N., pp. 121 et 131).
6. Louis LE GUENNEC, Soc. arch. Fin., 1906, p. 273, n. 4. — Cf. un autre Donant à la sortie de Taulé, vers Saint-Pol-de-Léon : « combe encaissée et sauvage », [Ip.] La rivière et la rade de Morlaix, pp. 50 et 42. — Noter en outre que Lan Donan est une parcelle de terre el non pas un lieu habité, il s'agit bien d'une garenne.