‹ Les Saints et l'Organisation chrétienne primitive dans l'Armorique bretonneChapitre 77 sur 188 · CHAPITRE V. — SAINTS DIVERS · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. — SAINTS DIVERS

gneau, Plouzélambre en particulier‘. Les substitutions ont été fort fréquentes ; souvent nous sommes condamnés à les ignorer, parce qu'aucun indice n’a subsisté qui permette de les apercevoir. On aurait tort de croire qu’elles aient toujours été faites en choisissant, pour remplacer le saint local primitif, un saint romain d’un nom quelque peu semblable ; on aurait tort de croire aussi qu’elles ont toujours été faites pour évincer des saints peu connus : la chapelle Saint-Laurent-du-Pouldour en Plouégat-Moysan est en un lieu-dit Kerpabu et était primitivement dédiée à saint Tudual ; la chapelle Saint-Laurent-du-Cloître en Plouégat- Guerrand était primitivement dédiée à saint Gildas ; il s’agit donc là de saints parfaitement reconnus qui ont été victimes d’une substitution.

À côté de ces substitutions où le saint national a été évincé par un saint romain, il y a aussi des exemples où c’est un saint breton qui a évincé son prédécesseur. C’est le cas de saint Gonéry qui, dans les actes du moins, a remplacé saint Connay en Lanvellec, de saint Maudez qui a remplacé l’'éponyme de Langonaval en Plouïgneau.

Il fallait donc examiner, sans exception, tous les saints honorés dans le pays, ou ayant fourni des noms de lieu, pour être fixé sur l'identité des personnages et découvrir au besoin des personnages qui auraient disparu ; ce travail exécuté, il s’est agi d'éliminer ceux des personnages qui n'intéressaient pas. les débuts de l’histoire du christianisme dans la région. Les saints romains, dont le culte a été introduit très tard dans nos pays, pouvaient être éliminés dès l’abord”® ; pour les saints bretons, la question était plus délicate ; pour certains, on sait qu’ils ont vécu à une très basse époque ; c’est le cas de saint Herbot, qui n’a certai-

4. Voyez dans Sir saints, p. 32 el seq., la substitution de saint Chéron à saint Garan, comme patron de Cavan, et celle de saint Théodore à saint Tuder, comme patron de Tréduder.

5. Bien que certains auteurs arriérés aient toujours la prétention de retrouver dans les chapelles dédiées à des saints romains, la preuve de l'existence de voies ou d'établissements gallo-romains, ces chapelles ont été élevées très tard dans le moyen âge, au moment des contagions en particulier (saint Sébastien, saint Laurent, par exemple). Ces saints ne sont jamais éponymes de localités en Plou-, Lan-, Tré-, ni même de Lok-.

nement pas vécu avant le xu° siècle‘; pour d’autres; lon sait l’origine de la chapelle, c’est ainsi que la chapelle Saint-Jacut en Plestin doit son origine à une possession qu'avaient en ce lieu les moines de l’abbaye de Saint-Jacutde-Ja-Mer”. Pour d’autres enfin, le grand nombre de leurs chapelles, dispersées partout à travers la Bretagne, la grande extension qu'a prise leur culte, laissent présumer que les chapelles dédiées à ces saints dans notre région sont, elles aussi, dues à l'extension de ces cultes : c’est le vas des nombreuses chapelles dédiées à saint Maudez”, à saint Tudual, patron de l'évêché de Tréguier ; la chapelle Saint-Cado en Ploumiliau devait être classée aussi dans cette catégorie”. Il en est de même de saint Gonéri, saint dont le culte s’est étendu d’une façon considérable, à une époque que nous ignorons, probablement à la suite de l'invention de ses reliques, et culte que les évêques de Tréguier ont particulièrement protégé. Saint Gonéry à une chapelle en Plougras, une autre à la limite de Louargat et Pédernec, qui est devenue une chapelle Sainte-Anne, et on à vu qu'il avait été substitué à saint Connay en Lanvellec, ce qui indique suffisamment combien son culte fut répandu *. Saint Gildas, qui avait une chapelle en Plouégat- Guerrand, et qui en a une autre en Tonquédec, au lieu-dit Rubudas, a été laissé de côté pour les mêmes raisons ”. Beaucoup d’autres saints ont été éliminés. On n’a gardé

Page 1