SAINTS DIVERS
Le nombre des saints qui ont des chapelles ou des hameaux sous leur seul nom de Saint-X.…, ou X.…., est considérable dans le Bas-Tréguier, comme d’ailleurs dans toute la Bretagne. Tous ces personnages et leur culte devaient être étudiés, quels que soient les éléments qui auraient pu permettre de les classer dès l'abord comme des personnages ou des cultes d'époque tardive ; il fallait même étudier les saints romains : c’est qu’en effet souvent le saint romain, ou le saint celtique plus connu, à été substitué à un saint local, dont on peut parfois reconnaître le nom. Souvent aussi le nom populaire du saint est assez différent du nom officiel, sans que l’on aäit la preuve d’une substitution ; il faui cependant se, demander si les deux noms sont bien ceux d’un même personnage, et il importe d’en être certain avant de dire qu’il s’agit bien d’un saint romain.
Dans de nombreux cas, la solution est facile : c’est le cas de san Egoutan, nom populaire de saint Nicodème ; on le retrouve un peu partout, traduisant toujours le nom de saint Nicodème ; mais si l’on n'avait pas cette correspondance continuelle, si l’on ne connaissait qu’une seule fontaine dédiée à san Egoulan, et dont le nom dans les actes serait saint Nicodème, l’on pourrait douter de l'identité des deux noms. Il est fort probable que bien des noms de saints soni interprétés comme des noms de saints bretons, parce que . l’on ignore le saint romain primitif et que l’on ne reconnail plus son nom dans les déformations que les Bretons lu ont fait subir.
Il y a dans la région une série de personnages, pour lesquels il n’y a aucun doute, ce sont des saints romains : Sant-Alar en Louargat, dont le nom officiel est Saint-Eloi, la chapelle Sant-Fiec en Lanmeur, en français
chapelle Saint-Fiacre, l'ancienne chapelle ruinée de Sant- Viel en Plouïigneau, en français Saint-Vilal, la chapelle Sant-Andréo en Plouézoc’h, en français Saint-André, la chapelle Sant-Drian en Lanvellec, en français Saint-Adrien, et enfin les nombreuses statues à sant Iverzin ou Everzin, en français saint Avertin’, qui sont bien dédiées au sant dont le nom est concurremment donné sous la forme française.,
Le même phénomène se retrouve pour des saints bretons. La forme locale du nom est parfois assez différente du nom officiel, et là encore il faut s'assurer que ces deux formes ne cachent pas des personnages différents ; il importe, en effet, de ne pas oublier que souvent des saints bretons bien connus ont été substitués à des saints locaux, et que par conséquent la question de la substitution possible pourrait être posée ici. Parmi ces saints dont le nom local est assez différent du nom officiel, il y a, par exemple, Saint-Truffer en Plouégat-Moysan et, sous une forme voisine, en Guerlesquin et en Cavan, c’est Saint-Trémeur; Sant-Brévara ou Brévala en Botsorhel et Lanvellec est pour Brévalaire, autre nom de saint Brandan”*. Saint-Talbot en Le Vieux- Marché est pour Saint-Herbot ; la chapelle Sant-Dourven en Lanvellec est dédiée à saint Goulven dont c’est le nom officiel *. \
Il s’agit, dans ces exemples, de déformations du nom officiel ; dans d’autres cas il y a eu remplacement d’un saint par un autre ; plusieurs de ces substitutions seront étudiées dans ce chapitre, d’autres l’ont été à l’occasion des paroisses, pour Plouaret, Plufur, Ploui-
1. Sur ce saint, voir mon article Saint Avertin, sant Everzin, in B.C.D., 1924, pp. 199 et seq.
2. Voir mon article Brévara, Brévalaire, Brandan, in B.C.D:, 1924, pp. 271 et seq.
3. Le plan cadastral de Plouaret, section H, dénomme un chemin qui conduit à cette chapelle « chemin de la chapelle Saint-Urbain ». — En Servel (C.-du-N.), une chapelle dédiée au même saint est portée à la C.E.-M. sous le nom de Saint-Dourien et à la Géogr: dép. des C.-du-N., p. 597, Saint Urien. — En Plounévez-Moédec, la C.E.-M. indique une chapelle Saint-Idual, au village de Kerpalu, chapelle qui est dédiée à saint Tugdual. Beaucoup de ces déformations sont dues aux scribes. |