PREFACE. XIX
butinent les bourdonnantes abeilles? Au-dessus de votre tête le ciel infini, autour de vous le grand silence et les ombres épaisses, en vous le sentiment de la présence de Dieu. Comme ce voyage au sein de la Nature vous repose! Comme tout votre être se complaît en la calmante fraîcheur de cette solitude tranquille et goûte délicieusement et sans trouble la vie universelle qui le pénètre de toutes parts !...
Eh bien! supposez maintenant qu'un ingénieur, afin de bien établir pour lui-même et pour les autres la situation de chaque détail du terrain, s'avise de faire creuser, tous les quatre ou cinq mètres, des fossés indicateurs en travers de la route. N'est-il pas évident qu'en vous condamnant désormais à franchir à toute minute ces démarcations incessantes, il aura mis fin à vos courses dans la forêt, et, sans toucher à une branche ni à une feuille, fait disparaître l'attrait indéfinissable qui, tantôt le matin, tantôt le soir, tantôt aux heures du plein midi, dirigeait vos pas vers ces ombreuses allées?
Tout semblable est l'effet que produit cette coupure des versets dans les diverses traductions. On trouble le lecteur, on le fatigue, on l'irrite presque : on le détourne de la forêt sacrée.