‹ Les saints ÉvangilesChapitre 64 sur 93 · DEDICACE · texte numérisé non relu

DEDICACE

Excellent Théophile,

Plusieurs autres déjà ont entrepris de coordonner en corps de récit les événements qui font V objet de notre foi et de les raconter, tels que nous les ont transmis cev/x qui, en ayant été dès le principe les témoins directs, ont exercé le ministère de la parole. Toutefois, après m' être soigneusement enquis de toutes ces choses depuis V origine, il rrJa semblé bon de t'en exposer de moi-même Vhistoire suivie, afin que tu puisses te bien rendre compte de la parfaite vérité de tout ce qui t'a été enseigné.

Du temps d'Hérodc, roi de Judée, vivait un prêtre nommé Zacharie. Il était de la famille d'Abia. Elisabeth, sa femme, appartenait à la descendance crAaron.

C'étaient deux justes sous le regard de Dieu : leur conduite sans reproche était conforme à tous les Commandements, à toutes les ordonnances du Seigneur.

Ils n'avaient point d'enfants : car Elisabeth était stérile, et tous deux, d'ailleurs, avançaient en âge.

Or, le tour de sa famille étant venu de remplir devant le Très-Haut les fonctions sacerdotales, il advint que le sort (qui était le mode usité entre les prêtres) désigna Zacharie pour entrer dans le Sanctuaire du Seigneur, afin d'y offrir « le Sacrifice de l'Encens * ».

Pendant cette heure de l'encensement, la foule du peuple demeurait au dehors et priait.

Tout à coup, à la droite de l'autel où brûlait l'encens, un Ange de Dieu apparut à Zacharie et se dressa devant lui.

1. On offrait l'encens tous les jours, matin et soir. (Exod., XXXVl, 6-8.) (Glaire.)

Zacharie, bouleversé, fut glacé d'épouvante.

— Ne tremble point, Zacharie! lui dit l'Ange: car ta prière a été exaucée, et ta femme Elisabeth enfantera un fils, à qui tu donneras le nom de Jean. Il sera ta joie et ton allégresse; et, en mémoire de sa Nativité, les multitudes se réjouiront. Devant Dieu il sera grand!... Il ne boira ni vin, ni liqueurs enivrantes; et, tout rempli de TEsprit- Saint dès le sein de sa mère, il convertira au Seigneur leur Dieu de nombreux enfants dlsraël. Lui-même, dans Tesprit etjla vertu d'Élie, se mettra en marche en avant du Seigneur, afin de faire revivre dans les fils le cœur même des aïeux, de ramener les incroyants à la sagesse des justes et de préparer au Seigneur un peuple parfait.

— Comment voulez-vous que je puisse croire à cela, repartit Zacharie, moi qui ne suis plus qu'un vieillard et dont la femme, elle aussi, est déjà fort âgée?...

L'Ange reprit •

— Je suis Gabriel, qui me tiens devant Dieu*. Et j'ai été envoyé pour te parler et t'annoncer cette bonne nouvelle.... Mais à cause de ton manque de foi en mes paroles, en mes paroles qui s'accompliront en leur temps, voilà que tu seras sourd et

1. Gabriel ^ 7K 'l3Il) ^ l'Homme de Dieu ». Le ministère de ce Prince des Anges semble réservé à l'œuvre divine par excellence, à rincarnation. C'est lui qui est député à Daniel pour lui annoncer l'arrivée prochaine du Saint des saints (Dan., IX, 21-24) ; c'est lui qui, six mois plus tard^ allait être envoyé vers Marie. (L'abbé Fouard.)

muetjusques au jour où ces choses se seront réalisées.

Le peuple cependant attendait Zacharie et s'étonnait de le voir s'attarder si longuement.

Il sortit enfin. Mais il lui fut impossible de leur parler. Tous comprirent qu'il avait eu une Vision dans le Temple, ce que lui-même^^ d'ailleurs, leur fit entendre par signes.

Zacharie resta donc sourd et muet.

La période de ses fonctions liturgiques étant terminée, il retourna en sa maison. Et, dès ce moment, en elTet, sa temme Elisabeth devint enceinte.

Durant les cinq premiers mois, elle vécut dans le secret de sa demeure, se répétant toujours à ellemême : « Voilà donc ce qu'a fait pour moi le Seigneur, en ces jours où il lui a plu de mettre fin à ce qui était ma honte parmi les hommes î »

Six mois s'étaient écoulés.

Ce fut alors que Dieu envoya l'Ange Gabriel dans une ville de Galilée, — à Nazareth, — vers une Vierge, mariée à un homme de la race de David, qui s'appelait Joseph.

Le nom de la Vierge était Marie.

L'Ange entra dans la maison et lui dit :

— Je VOUS salue, vous qui êtes pleine de grâce ! Le Seigneur est avec vous. Entre toutes les femmes vous êtes bénie!

Aces paroles de l'Ange, Marie fut toute troublée. Et elle se demandait en elle-même ce que pouvait être une semblable Salutation.

— N'ayez nulle crainte, Marie, reprit l'Ange. Car vous avez conquis les bonnes grâces de Dieu, Bientôt, vous allez concevoir en votre sein et enfanter un Fils, un Fils que vous appellerez Jésus (c'est-à-dire Sauveur).

Il sera grand et aura pour nom « le Fils du Très- Haut ». C'est Lui que le Seigneur Dieu assoira sur le trône de David son père. Il régnera à jamais sur la Maison de Jacob ; et sa Royauté n'aura point de fin.

— Mais, reprit la Vierge, puisque je n'ai nul rapport avec mon mari, comment cela aura-t-il lieu ?

— L'Esprit-Saint descendra en vous ; la Puissance du Très-Haut vous enveloppera de son ombre: et l'Être saint qui naîtra de vous ne sera autre que « LE Fils de Dieu ».

Sachez également qu'en sa vieillesse votre parente Elisabeth, elle aussi, a conçu un fils, et que celle qui était stérile en est déjà à son sixième mois. Rien n'est impossible à Dieu.

Alors Marie prononça ces mots :

— Voici la Servante du Seigneur. Qu'il me soit fait suivant votre parole I

Et l'Ange la quitta.

Quelques jours après, Marie s'empressait de se mettre en route, se dirigeant vers le pays des Montagnes. Elle allait dans une ville de Juda*.

En entrant dans la maison de Zacharie, elle salua Elisabeth. Mais dès qu'Elisabeth eut entendu ce salut de Marie, l'enfant qu'elle portait tressaillit tout à coup, tandis qu'elle-même se trouva remplie de l'Esprit-Saint.

— Vous êtes bénie, s'écria-t-elle, vous êtes bénie entre les femmes, et le fruit de vos entrailles est béni!...

Qu'est-ce donc qui peut me valoir, à moi, que la Mère de mon Seigneur me vienne visiter? Au moment même où vos paroles de bienvenue ont frappé mon oreille, l'enfant a bondi de joie dans mon sein. Bienheureuse êtes-vous, vous qui avez cru, car tout ce que vous a annoncé le Seigneur s'accomplira.

Et Marie dit alors :

Mon âme glorifie le Seigneur Et mon esprit tressaille d'allégresse

Devant Dieu, mon Sauveur, Parce qu'il a abaissé son regard

Sur Thumilité de sa servante.

Voilà que toutes les générations

Me proclameront Bienheureuse, Parce que Celui qui est tout-puissant

A fait en moi ces grandes choses !

Son nom est saint.

1 Cette ville était Hébron, où demeuraient Zacharie et sa femme et où devait naître Jean-Baptiste.

SAINT LUC, l, 50-59. 267

Sa miséricorde se répandra sur ceux qui le craignent.

De génération en génération ; Il déploiera la force de son bras et il dispersera Les hommes au cœur superbe; Il précipitera les puissants de leurs trônes Et il exaltera les humbles; Il comblera de biens les affamés, Et il renverra les riches dénués de tout.

Il a relevé Israël son enfant, Se souvenant en sa miséricorde, Ainsi qu'il Tavait promis k nos pères, A Abraham et à sa postérité Pour toujours.

Marie séjourna environ trois mois avec Elisabeth, et retourna ensuite en sa demeure.

Parvenue au terme de sa grossesse, Elisabeth enfanta un lils. Tout heureux de voir que Dieu faisait de la sorte éclater en elle sa miséricorde, voisins et parents partagèrent sa joie.

Le huitième jour on procéda à la Circoncision du nouveau-né *. Et on allait rappeler Zacharie,

1. On donnait aux enfants leur nom après les avoir circoncis, en souvenir de ce qui se passa quand ce rite fut institué. En effet, Àbram et Saraï changèrent alors leurs noms en ceux d'Abraham e( de Sara. Gen. XVH. (L'abbé Fouard.)

du nom de son père, lorsque la mère intervint :

— Non, dit-elle ; il se nommera Jean *.

— Mais, lui objectèrent les autres, il n'y a, dans votre famille, personne qui porte ce nom.

Et Ton demanda au père, par signes, comment il voulait le nommer.

Il se fît apporter ses tablettes :

— Jean est son nom, écrivit-il*.

Tout le monde fut stupéfait.

Aussitôt les lèvres de Zacharie s'ouvrirent, sa langue se délia; et il se mit à parler, pour bénir Dieu.

Chacun dans l'assistance fut saisi d'une religieuse terreur.

Bientôt, dans la région des montagnes de Judée, il ne fut bruit que de ces merveilles. Chacun, en les apprenant, les recueillait en son cœur et disait :

— Que pensez-vous que sera cet enfant? Car, en toute évidence, le doigt de Dieu est sur lui.

Quant à Zacharie, son père, il fut rempli de l'Esprit saint et il prophétisa en ces termes :

Béni soit le Seigneur, Le Dieu d'Israël I

1. Le nom de Jean veut dire : a Grâce, miséricorde de Jéhovah », nnîn' dans les Septante, 'Iwavàv (I, Par. YI, 9; XH, 4, etc.); de y'. Jah, forme abrégée de Jéhovah, et nJH, grâce. Les noms de Zacharie et d'Elisabeth sont également mystiques. Zacharie signifie € que Jéhovah se souvient de son peuple »; ÎDÎ, se souvenir; n', Jéhovah. Elisabeth rappelle « le serment de Dieu », hx, Dieu, et MTD, jurer. (L'abbé Fouard.)

Car il est venu visiter son peuple Et opérer sa Rédemption.

Il nous suscite un Sauveur puissant, De la maison de David, son serviteur, Ainsi qu'il Tavait annoncé Par la bouche des Saints Prophètes Qui jadis ont vécu.

Il nous sauvera de nos ennemis, Pour accomplir ses miséricordes envers nos pères Et se souvenir du serment.

Par lui juré à notre père Abraham, De nous délivrer de la main de nos ennemis, De sorte que nous le servions sans crainte, Marchant devant lui dans la sainteté et la justice Durant tous les jours de notre vie.

Et toi, Enfant, tu seras « le Prophète du Très-Haut », Car tu iras en avant du Seigneur Lui préparer les voies, Afin qu'il donne aux hommes de son peuple

La science du salut.

Et qu'ils obtiennent rémission de leurs péchés De ces entrailles de miséricorde de notre Dieu Qui l'ont fait nous visiter, Se levant du haut des Gieux, Pour éclairer ceux qui sont assis dans les ténèbres

Et à l'ombre de la mort, Et pour diriger nos pas dans le chemin de la Paix.

L'Enfant croissait cependant et se fortifiait dans les dons de l'Esprit saint.

Jusques au jour de sa manifestation devant Israël, les Déserts furent sa demeure.

• p. 564, f,rf.

Vers cette époque parut un édit de César-Auguste ayant pour objet d'opérer le dénombrement universel de la population.

Ce dénombrement, qui était le premier, fut exécuté par Cyrinus, gouverneur de Syrie.

Chacun devait aller en son lieu d'origine se faire enregisti'er sur les rôles.

Joseph (qui était de la tribu et de la famille de David) partit donc de Nazareth, ville de la Galilée, pour monter au pays de Judée et se rendre cl Bethléem, la cité de David, afin d'y être inscrit avec Marie, son épouse, qui était enceinte *.

Or, pendant qu'elle était en cet endroit, il advint que le moment d'enfanter arriva; et elle mit au monde son Fils premier-né *.

Elle l'enveloppa de langes et le coucha dans une crèche : car, pour eux, il n'y avait pas eu de place à l'hôtellerie ^

1. Bethléem, qui signifie en hébreu « Maison du pain », est siluée sur la pente d'une montagne qui s'étend de l'est à Pouest, à six ou sept kilomètres de Jérusalem. Les voyageurs en admirent le paysage gracieux et pittoresque.

î. Voir sur cette expression la note 2 de la page 6.

3. La tradition nous apprend que Tétable était une grotte taillée dans le roc, et qu'il s'y trouvait un bœuf et un âne, dont la tiède

Aux environs, dans la campagne, veillaient des bergers qui gardaient leurs troupeaux durant toute la nuit. Un Ange du Seigneur leur apparut, et une lumière divine les environna.

Grande fut leur terreur.

— Ne vous effrayez point, leur dit l'Ange, car je vous apporte, pour tout le Peuple, la bonne nouvelle d'une immense joie. Aujourd'hui, en la cité de David, vient de vous naître un Sauveur : c'est le Christ, c'est le Seigneur.... Et, pour vous, voici quel sera le signe : — Vous trouverez un Enfant, enveloppé de langes et couché dans une crèche.

Soudain s'unirent à l'Ange des multitudes appartenant à la milice du Ciel. Et tous chantaient les louanges du Seigneur :

— Gloire à Dieu dans les hauteurs suprêmes, et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté.

Puis ils s'éloignèrent, remontant dans les Cieux, et les bergers se dirent Tun à l'autre :

— Allons jusqu'à Bethléem, et voyons la réalisation de ce prodige que nous révèle le Seigneur.

Étant partis en toute hâte, ils trouvèrent Marie, Joseph et l'Enfant. Il était couché dans la crèche des animaux. La vue de TEnfant leur fit comprendre

haleine réchauffa les membres de l'Enfant divin. Sur cette grotte s'élève aujourd'hui une ÉgHse. Quant à la crèche, elle a élé, depuis des siècles, transportée à Rome dans la basilique de Sainte* Marie-Majeure, où elle est exposée à la vénération des Fidèles.

ce qui leur avait été révélé de Lui. Chacun, en les écoutant, était émerveillé de ce qu'ils racontaient.

Quanta Marie, elle recueillait en elle-même toutes ces paroles et les repassait en son cœur.

Les Bergers s'en retournèrent, louant et glorifiant Dieu de ce qu'ils avaient entendu et vu, — toutes choses en parfait accord avec la révélation qui leur avait été faite.

Lorsque, huit jours après, TEnfant dut être circoncis, on rappela JÉSUS [le Sauveur]. C'était le nom que l'Ange lui avait donné, avant môme qu'il eût été conçu dans le sein maternel.

Après avoir, d'après le précepte de Moïse, consacré à la Purification le nombre de jours prescrit, on porta l'Enfant à Jérusalem : — d'abord pour le présenter au Seigneur en exécution de ce qui est écrit dans la Loi : « Que tout enfant mâle, premier-né de sa mère, sera consacré au Seigneur; » — et ensuite pour ofi*rir (toujours selon le cérémonial divinement institué) un couple de tourterelles ou deux jeunes colombes.

Or, à Jérusalem, il y avait alors, attendant la consolation d'Israël, un homme juste et tout rempli de la crainte de Dieu. Il se nommait Siméon. L'Esprit- Saint était en son âme et lui avait révélé qu'il ne verrait point la mort avant d'avoir contemplé, de ses yeux, le Christ du Seigneur.

Au moment même où les parents de l'Enfant Jésus l'apportaient au Temple afin de se conformer, en ce qui le concernait, à l'usage légal, Siméon, poussé par l'Esprit, entra également dans le lieu sacré. Prenant l'Enfant dans ses bras, il bénit Dieu et s'écria :

Maintenant, ô Seigneur,

Laissez votre serviteur s'en aller en paix

Suivant votre parole !

Puisque mes yeux ont vu le Sauveur qui vient de vous,

Et que vous avez préparé

Pour être, k la face de tous les peuples,

La lumière qui éclairera les nations

Et la gloire du peuple qui est le vôtre :

Israël.

Le Père et la Mère de l'Enfant étaient dans l'admiration de tout ce que l'on disait de Lui. Siméon les bénit ; et s'adressant à Marie, la Mère de Jésus il lui fit entendre ces mots :

— C'est pour être la ruine et la résurrection de bien des choses en Israël, et pour porter un signe de contradiction, que cet Enfant a été mis au monde; et votre dme, à vous-même, sera percée d'outre en outre, comme par l'acier d'une épée.... Ainsi paraîtront au jour les secrets sentiments d'un grand nombre de cœurs.

11 y avait là, également, une Prophétesse, — Anne, fille de Phanuel, de la tribu d'Aser. Elle était toute chargée d^années. Après avoir, depuis sa virginité, vécu sept ans avec son mari, elle était devenue veuve. Et cette veuve, alors octogénaire, ne quittait point le Temple, servant nuit et jour le Seig:neur dans les jeûnes et dans la prière.

Elle aussi, survenant en cette même heure, rendît grâce à Dieu et parla de l'Enfant à tous ceux qui espéraient « la Rédemption d'Israël ».

Les prescriptions de la Loi du Seigneur avaient été accomplies: et ils étaient rentrés en Galilée dans leur cité de Nazareth.

L'Enfant croissait et se fortifiait. Il était plein de sagesse et la grâce de Dieu était en Lui.

Chaque année, aux solennités de la Pâque, ses parents faisaient le pèlerinage de Jérusalem. Ils s'y rendirent comme de coutume, au moment où il venait d'atteindre l'âge de douze ans.

La période des jours consacrés à la Fêle étant passée, ils prirent le chemin du retour.

Or l'Enfant Jésus était resté dans Jérusalem.

Ni son père ni sa mère ne s'en aperçurent tout

d'abord, supposant qu'il était sans doute avec quelque autre personne de la caravane. Ils marchèrent toute une journée, lé cherchant deçà et delà parmi ceux de leur parenté et parmi leurs connaissances. Mais ne l'ayant point trouvé, ils rebroussèrent chemin et, s'enquérant partout de lui, ils revinrent jusqu'à Jérusalem.

Ce fut seulement après trois jours, qu'ils le découvrirent enfin dans le Temple. Il était assis au milieu des Docteurs, les écoulant et les interrogeant. Tous ceux qui rentendaient étaient confondus de sa sagesse et émerveillés de ses réponses.

Ses parents, le voyant ainsi, furent très étonnés :

— Mon Fils, lui dit sa Mère, pourquoi avez-vous agi de la sorte à notre égard? Voilà que votre père et moi nous étions à votre recherche, dans la plus douloureuse angoisse.

— Pourquoi vous être inquiétés à mon sujet? leur répondit-il. Ne saviez-vous donc pas qu'il faut que je sois aux affaires de Mon Père?

Mais ils ne comprirent point cette parole qu'il leur adressa. — Descendant du Temple avec eux, il retourna à Nazareth. Il leur était soumis.

Sa Mère conservait toutes ces choses en son cœur. Et Jésus progressait en sagesse, en âge et en grâce, devant Dieu et devant les hommes.

276 SAINT LUC, m, 1-7.

En Tan quinze du règne de Tibère César : — Ponce- Pilate étant procurateur de la Judée; — Hérode, tétrarque de la Galilée; — Philippe, son frère, tétrarque de riturie et des terres de la Trachonite ; — Lysanias, tétrarque de TAbilène; — sous le souverain pontificat d'Anne et de Caiphe, — l'ordre de Dieu se fît entendre à Jean, fils de Zacharie, dans le Désert.

Et Jean s'en alla dans toute la contrée qui borde le Jourdain prêcher un baptême de pénitence pour la rémission des péchés, réalisant de la sorte ce qui est écrit au livre des oracles du Prophète Isaïe :

— Une Voix retentira au Désert : « Préparez la « route au Seigneur; redressez les sentiers qu'il « doit parcourir. Toute vallée sera comblée; toute « montagne et toute colline seront abaissées. Les « voies tortueuses seront changées en droit checc min; les sentiers scabreux, en routes unies, el « tout homme verra alors le Salut de Dieu. »

A des groupes qui venaient se faire baptiser par lui il fit entendre ces paroles* :

1. Saint Matthieu (III^ 7) nous apprend que ces groupes élaienl composés de Piiarislens et de Sadducéens. (Voy. la note p. 10.)

SAINT LUC, m, 7-14 277

— 0 race de vipères, qui vous a appris à vous dérober par la fuite à la colère imminente? Faites de dignes fruits de conversion au heu de me répéter : « Nous avons Abraham pour Père! » Car des pierres même que voici, Dieu peut, je vous le déclare, susciter des enfants à Abraham!... A la racine des arbres touche déjà le tranchant de la hache. Sachez que tout arbre qui ne produit pas de bons fruits sera coupé et jeté au feu.

— Qu'avons-nous donc à faire? lui demandaient les multitudes.

— Que celui qui possède deux tuniques, leur répondait-il, en donne une à celui qui n'en a point. Et que celui qui a des aliments pour se nourrir fasse de môme.

Des collecteurs des deniers publics [ceux qu'on nommait publicainsj se présentèrent à son baptême et l'interrogèrent, eux aussi :

— Maître, qu'avons-nous à faire?

— N'exigez rien de plus que ce qui vous a été prescrit.

Des soldats lui posèrent également la même question :

— Et nous, qu'avons-nous à faire?

— Ne brutalisez personne; abstenez-vous de chercher querelle aux gens ; contentez-vous de votre paye.

Tous les esprits étaient préoccupés de la personne

278 SAINT LUC, m, 15-22.

de Jean; et le peuple soupçonnait qu'il pourrait bien être le Christ.

Ce fut pour répondre à tous que Jean s'écria : — Oui, sans doute, je vous baptise, mais dans l'eau. Un autre viendra, plus puissant que moi, un autre, des sandales duquel je ne suis pas digne de dénouer les courroies. Et celui-là, c'est dans l*Esprit-Saint et dans le feu qu'il vous baptisera. Celui-là a le van dans sa main et il nettoiera son aire.... Il rassemblera le froment dans son grenier et brûlera la paille dans une flamme inextinguible.

Nombreuses et variées étaient les exhortations par lesquelles il annonçait au peuple la Bonne Nouvelle.

Le tétrarque Hérode, cependant, ayant été repris par lui, — tant pour avoir épousé Hérodiade, femme de son frère, qu'au sujet des mille crimes qu'il avait commis, — ajouta encore à tous ces forfaits celui de faire jeter Jean en prison.

Or, dans le temps que tout le peuple se pressait autour de Jean pour recevoir son Baptême, il était advenu que Jésus ayant été baptisé, lui aussi, et s'étant mis en prières, les Cieux s'étaient ouverts. Sous la forme sensible d'une colombe, TEsprit-Saint était descendu sur Lui.

Au môme moment on avait entendu une Voix du Ciel:

— Tu es mon Fils bien-aimé. En Toi j'ai mis toute ma tendresse.

Jésus alors avait environ trente ans.

Il passait pour le fils de Joseph, lequel Joseph était fils d'Héli.

Héli provenait de Mathat ; — Mathat, de Lévi ; — Lévi, de Melchi ; — Melchi, de Jeanne ; — Jeanne, de Joseph; — Joseph, de Mathias; — Malhias, d'Amos;

— Amos, de Nahum; — Nahum, d'Hesli; — Hesli, de Naggé; — Naggé, de Mahath; — Mahath, de Malhathias; — Mathathias, de Séméi; — Séméi, de Joseph; — Joseph, de Juda; — Juda, de Joanna ; — Joanna, de Résa; — Résa, de Zorobabel ; — Zorobabel, de Salalhiel ; — Salathiel, de Néri ; — Néri, de Melchi; — Melchi, d'Addi; — Addi, deCosan; — Cosan, d'Elmadan; — Elmadan, de Her ; — Her, de Jésu; — Jésu, d^EIiézer; — Eliézer, de Jorim; — Jorim, de Mathat; — Mathat, de Lévi; — Lévi, de Siméon; — Siméon, de Juda; — Juda, de Joseph;

— Joseph, de Jona; — Jona, d'Eliakim; — Eliakim, de Méléa ; — Méléa, de Menna ; — Menna, de Nathan ;

— Nathan, de David.

David provenait de Jessé ; — Jessé, d'Obed ; — Obed, de Booz; — Booz, de Salomon; — Salomon, de Naasson ; — Naasson, d'Aminadab ; — Aminadab, d*Aram ; — Aram, d'Esron ; — Esron, de Phares; — Phares, de Juda;— Juda, de Jacob; — Jacob, d^Isaac;

IsaaC, d'ABRAHAM.

280 SAINT LUC, m, 33-38; iv, 1-5.

Abraham provenait de Tharé; — Tharé, de Nachor ;

— Nachor, de Sarug; — Sarug, deRagaû: — Ragaû, de Phaleg; — Phaleg, d'Héber; — Héber, de Salé;

— Salé, de Caïnan; — Caïnan, d'Arphaxad; — Arphaxad, de Sem; — Sem, de Noé: — Noé, de Lamcch ;

— Lamech, de Mathusalé; — Mathusalé, d'Henoch;

— Henoch, de Jared; — Jared, de Malaléed; — Malaléed, de Caïnon; — Caïnon, de Selh; — Seth, d'ADAM ; — Adam, de DIEU.

Jésus rentra du Jourdain rempli de TEsprit-Saint, lequel le poussa au Désert. Il y passa quarante jours; et il eut à y subir les tentatives du IJémon.

Durant ces quarante jours, il ne mangea rien. Et comme, après ce temps écoulé, il ressentait la faim, le Démon lui dit :

— Si vous êtes Fils de Dieu, commandez à cette pierre de se changer en pain.

Mais Jésus lui fit cette réponse :

' — Ce n'est point dans le pain seul, mais dans toute parole de Dieu, que Thomme trouve sa vie.

Le Démon le conduisit sur une haute montagne; et, faisant passer en un instant sous son regard tous les Royaumes de la terre :

— Je vous donnerai, lui dit-il, la puissance uni-

verselle et la gloire que ces Royaumes contiennent : car ils m'ont été livrés, et j'en dispose pour qui il me plaît. Donc, prosternez-vous en adoration devant moi, et tout cela est à vous.

— Voici, lui répondit Jésus, la parole de l'Écrilure : « Tu adoreras le Seigneur ton Dieu et tu ne « serviras que Lui seul. »

L'emmenant à Jérusalem, le Démon le plaça sur le faîte du Temple :

— ;^Si vous êtes Fils de Dieu, précipitez-vous en bas du lieu où nous sommes, lui dit-il, car il est écrit: « Dieu a confié à ses Anges le soin de vous garder; « et, de peur que votre pied ne se blesse contre quelce que pierre, ils vous soutiendront en leurs mains. »

Jésus lui répondit par ces mots :

— Il a été dit : « Tu ne tenteras point le Seigneur « ton Dieu. »

L'épreuve tout entière était achevée. Le Dcmon le quitta, jusqu'à une autre occasion.

Sous rimpulsion de TEsprit, Jésus était retourné en Galilée.

Sa renommée ne tarda pas à se répandre dans toute la contrée. II enseignait dans les synagogues du pays, et tous célébraient ses louanges.

Étant allé à Nazareth, où il avait passé son enfance, il entra dans la Synagogue le jour du Sabbat, selon sa coutume, et il se leva pour faire la Lecture. On lui présenta le livre du Prophète Isaïe^ Il rouvrit et tomba sur ce passage :

« L'Esprit de Dieu est sur Moi. Il m'a consacré « par son onction et il m'a envoyé :

« Pour évangéliser les pauvres;

<c Pour guérir ceux qui ont le cœur brisé;

« Pour annoncer publiquement aux captifs la dé- « livrance et aux aveugles la lumière ;

« Pour affranchir les opprimés;

ce Pour prêcher l'An de grâce du Seigneur et pro~ « clamer le jour où le compte de chacun sera réglé « suivant ses mérites. »

Il ferma le livre, le rendit au servant et s'assit.

Tout le monde dans la Synagogue avait les yeux fixés sur Lui.

« — Aujourd'hui, dit-il, s'accomplit cette Prophétie dqnt vous venez d'entendre le texte.... »

Tel fut son début. Bien que lui rendant témoignage sur les paroles de grâce qui sortaient de ses lèvres, tous se montraient fort étonnés : — Est-ce que ce n'est point là, disait-on, le fils de Joseph?...

— Assurément, reprit-il, vous allez m'appliquer un adage connu : « — Médecin, guéris chez toi-

1. C'était l'usage d'engager tous ceux qui comprenaient un point de doctrine^ de quelque tribu ou de quelque condition qu'ils fussent, de prendre la parole sur les Écritures qu'on venait de lire. Les habitants de Nazareth^ ayant entendu parler des miracles que Jésus avait faits à Capharnalim, durent être curieux de l'entendre.

môme ». Tous ces hauts faits, que vous avez accomplis à Capharnaûm et dont nous avons ouï la rumeur, opérez-les donc également, ici même, dans votre propre patrie ».

Puis il ajouta :

— Je vous le dis en vérité, nul prophète n'est accepté dans sa patrie : — oui, je vous le dis en vérité. Il y avait aux jours d'Élie, beaucoup de veuves en Israël, lorsque le ciel fut fermé pendant trois ans et demi et qu'il y eut une grande famine sur toute la terre ; et cependant, Élie ne fut envoyé à aucune d'elles, mais [bien à une veuve de Sarepta, dans le pays de Sidon. Il y avait pareillement, en Israël, beaucoup de lépreux, au temps du prophète Elisée; et cependant, aucun d'eux ne fut guéri. Celui qui fut guéri, ce fut un Syrien : Naaman.

Ces paroles produisirent sur ceux à qui elles s'adressaient et qui remplissaient la Synagogue une violente irritation. Tous ces hommes se levèrent et ils le chassèrent hors de la cité.

Ils le conduisirent même, avec le dessein de le jeter en bas, jusques au sommet de la montagne sur laquelle leur ville est assise. Mais Jésus, passant au milieu d'eux, suivit son cheriiin.

Étant allé habiter à Capharnaûm, ville de Galilée, Jésus y enseignait aux jours de Sabbat. Et la

puissance dont sa parole était investie, frappait d'étonnement les auditeurs de sa doctrine.

Dans la Synagogue se trouvait un homme qui avait en lui un Esprit immonde. Il s'était mis à pousser de grands cris on apercevant Jésus.

— Grâce! Que voulez-vous de nous, Nazaréen Jésus?... Êtes-vous venu consommer notre perte?... Je sais qui vous êtes, vous !... Vous êtes le Saint de Dieu.

La voix de Jésus devint menaçante :

— Silence I dit-il, et sors de cet homme.

Et soudain, renversant par terre le possédé, au milieu de la Synagogue, le Démon sortit de son corps sans lui faire aucun mal.

A ce spectacle, tous avaient été terrifiés et ils s'interrogeaient les uns les autres :

— Qu'est-ce donc que cette parole qui commande avec autorité et puissance aux Esprits immondes, et devant laquelle ils s'enfuient aussitôt?

Dans tout le pays environnant il n'était bruit que de Lui.

En quittant la Synagogue, Jésus était entré dans la maison de Simon.

La belle-mère de ce dernier était retenue au lit par de fortes fièvres. On implora Jésus en sa faveur.

Debout à son côté, il se pencha vers elle, commanda à la fièvre, et la fièvre disparut.

SAiXT LUC, IV, 39-4'4. 285

Cette femme se leva aussitôt et s'occupa de servir ses hôtes.

Après le coucher du soleil, tous ceux qui avaient chez eux des malades, quelle que fût la nature de leurs souffrances, les lui conduisirent. Imposant les mains sur chacun d'eux, Jésus les guérit.

Nombre de Démons s'échappaient du corps des possédés, en s'écriant : « — Vous êtes le Fils de Dieu. » Mais, le prenant avec eux sur le ton de la menace, il leur interdisait de parler ainsi*.

Ces Démons savaient en effet qu'il était le Christ.

Dès qu'il fit jour, cependant, il sortit de la maison pour s'isoler en quelque lieu désert. Mais les multitudes cherchèrent à découvrir sa retraite; et, étant enfin parvenues à le rejoindre, elles s'efforçaient de le retenir, ne voulant point qu'il les quittât encore :

— Il faut, leur dit-il, que je me rende aussi en d'autres villes, afin d'annoncer la bonne nouvelle du Royaume de Dieu. Car c'est pour cela que j'ai été envoyé.

Donc il allait prêchant dans les Synagogues de la Galilée.

1. Pourquoi Noire-Seigneur a-t-il constamment fait laire les Démons le reconnaissant et le déclarant a Fils de Dieu»? — Il ne voulait pas que la vérité fût proclamée par le Père du mensonge ; il ne voulait pas s*appuyer sur un tel témoignage. II y a des alliances qu^'l faut savoir repousser, alors même qu'elles paraissent apporter une utilité momentanée.

Sur le rivage du lac de Génésarelh, voilà que les foules firent en quelque sorte irruption sur lui pour entendre la Parole de Dieu.

Il aperçut en ce moment deux barques qui stationnaient au bord de Teau. Les pêcheurs, descendus sur la rive, étaient en train de laver leurs filets.

Se réfugiant dans Tune de ces nefs, il pria Simon, à qui elle appartenait, de Téloigner un peu de terre. Puis il s'assit; et, de là, dans la barque, il instruisit la multitude.

Lorsqu'il eut achevé de parler, il dit à Simon :

— Pousse au large, maintenant, — et vous lancerez vos filets pour la pêche.

— Maître, répondit Simon, nous avons travaillé toute la nuit sans rien prendre. Toutefois, sur votre parole, je jetterai le filet.

Ce qu'ils firent. Mais la quantité de poissons quHis ramenèrent alors fut telle que les mailles se rompaient, et qu'ils durent appeler à leur aide ceux de leurs camarades qui étaient dans l'autre barque et qui se hâtèrent d'arriver. Les deux barques furent toutes remplies de poisson, au point qu'il s'en fallut de très peu qu'elles ne fussent submergées.

saiKt LUC, V, 8-15. 287

A cette vue, Simon Pierre tombe aux genoux de Jésus.

— Seigneur, éloignez -vous de moi, s'écrie-t-il, car je ne suis qu'un homme de péché!

Un sentiment d'effroi Tavait en effet saisi, ainsi (ïue ses compagnons, en présence de tous ces poissons qu'ils venaient de capturer : les deux fils de Zébédée, Jacques et Jean, qui étaient les camarades de Simon, n'étaient pas moins émus.

— N'aie point peur, dit Jésus à Pierre. Désormais ce sont des hommes que tu prendras.

Là-dessus, ramenant les barques à terre, ils quittèrent tout pour le suivre.

Une autre fois, dans une ville de ce pays, un homme, couvert de lèpre, l'ayant aperçu, se prosterna, tout suppliant, la face contre terre :

— Seigneur! si vous le voulez, vous pouvez me guérir.

Jésus étendit la main et le toucha :

— Je le veux, dit-il, sois guéri.

Et soudain, la lèpre disparut de cet homme.

— N'en parle à personne ! lui recommanda Jésus. Mais va te montrer à l'un des Prêtres el fais pour ta guérison, et comme témoignage vis-à-vis d'eux, l'offrande prescrite par Moïse.

Sa renommée s'étendait de plus en plus. D'immenses multitudes accouraient pour l'entendre et

pour être guéries de leurs maux. Quant à Lui, il cherchait la retraite et allait prier dans les lieux solitaires.

Jésus donnait un jour ses enseignements. Venus de la Galilée, de la Judée, et de la ville de Jérusalem, des Pharisiens et des Docteurs de la Loi avaient pris place parmi Tauditoire.

La puissance du Seigneur était là pour guérir.

Voilà que, sur ces entrefaites, arrivent des hommes, qui portaient un paralytique étendu sur un lit. Ils cherchent à le faire entrer et à le placer devant Jésus. Mais à cause de toutes ces foules, il leur est impossible de parvenir jusqu'à Lui. Ils montent alors sur la terrasse de Thabitation, et, descendant TinArme avec son lit par la toiture, ils le déposent au milieu de la salle, aux pieds de Jésus.

Celui-ci, voyant leur foi, dit au malade :

— Mon ami, absolution t'est donnée de tes fautes. Là-dessus les Scribes et les Pharisiens font euxmêmes cette réflexion :

— Qui donc est celui-ci pour proférer de tels blasphèmes ? Est-il quelqu'un, sinon Dieu seul, qui puisse remettre les péchés?

Connaissant ce qui se passait en eux, Jésus leur dit:

— Pourquoi penser ainsi dans le fond de vos cœurs? Est-ce qu'il y a plus de difficulté à prononcer efficacement cet arrêt : « Tes péchés te sont remis », qu'à prononcer celui-ci : « Lève-toi et marche?... »

Eh bien, — afin que vous sachiez que le Fils de THomme a le pouvoir de remettre les péchés icibas : ce — Je te l'ordonne! dit-il à l'infirme : lèvetoi, emporte ton lit et retourne en ta maison. »

Aussitôt, se dressant sur ses pieds en présence de tous ceux qui étaient là, le paralytique emporte le lit sur lequel il était gisant et rentre chez lui, en célébrant la grandeur de Dieu. .

Enthousiasmés et tremblants d'émotion, les témoins de cette scène glorifient le Seigneur.

— Quelle merveilleuse chose, s'écrient-ils, s'est accomplie aujourd'hui sous notre regard !

Comme Jésus s'éloignait, après ce que nous venons de raconter, il aperçut, assis au bureau des contributions, un employé du fisc, nommé Lévi. Il lui dit ce seul mot :

— Suis-moi.

Là-dessus l'homme se lève; et, abandonnant tout, il s'attache à ses pas.

Ce Lévi lui donna un grand banquet en sa maison. Assistaient au dîner, entre autres convives, beau-

coup d'employés du fisc [sorte de gens décriés et délestés que Ton nommait Publicains].

Cela lit murmurer les Pharisiens et les Scribes, et ils interpellèrent les Disciples :

— Comment! vous allez ainsi manger et boire avec des Publicains et des gens sans conduite?

Jésus prit lui-môme la parole :

— Ce ne sont point ceux qui se portent bien, dit-il, qui ont besoin de Médecin. Ce sont ceux qui sont malades.... Je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs.

— Pourquoi en oulre, ajoulèrent-ils, tandis que les Disciples de Jean, de même du reste que ceux des Pharisiens, se livrent habituellement au jeûne et aux prières, les vôtres, à vous, ne font ils que festoyer et boire?

— Voudriez-vous donc, leur repartit-il, astreindre au jeûne les garçons d'honneur deTÉpoux, tant que rÉpoux est avec eux? Des jours viendront cependant où rÉpoux leur sera enlevé. Ce sera alors pour eux le moment de jeûner.

Il se servit encore de cette comparaison :

— Nui ne va, dans un vêtement neuf, prendre un morceau pour le coudre à un vêtement vieux : car ce serait à la fois, et déchirer le vêtement neuf, et ajuster au vieux vêtement un morceau neuf qui ne lui convient pas. Personne non plus ne s'avise de mettre le vin nouveau dans de vieilles outres, sans quoi le vin ferait éclater les outres; de sorte que, d'un côté, le vin se répandrait par terre, et que, de l'autre, les outres seraient perdues. Mais on met.

SAINT LUC, V, 37-39; vi, 1-4. 291

au contraire, le vin nouveau dans des outres neuves, et l'un et Tautre se conservent.

Quiconque est imbu de ce qui est ancien n'est guère prompt à accepter ce qui est nouveau, et son langage en effet est toujours celui-ci : « La chose ancienne est bien mieux ».

Un jour de Sabbat (celui qui est dit : « le Second- Premier * »), Jésus cheminait le long des champs de blé mur. Cueillant çà et là et froissant des épis dans leurs mains, ses Disciples se sustentaient avec quelques grains de froment.

Des Pharisiens étaient là :

-^ Pourquoi vous permettez-vous ce qui n'est point licite le jour du Sabbat?

— N'avez-vous donc pas lu, leur repartit Jésus, ce que fît David lorsqu'il eut faim, et ce que firent aussi ceux qui étaient avec lui? Et comment, entrant dans la Maison de Dieu, il prit pour se nourrir et distribua à ses compagnons les pains de Proposition, que les prêtres seuls avaient le droit de manger?...

1. C'était le Sabbat qui suivait celui du jour pascal : il formait la grande octave de la Pâquc juive et était presque aussi solennel que le jour môme de la Fête.

— Du Sabbat môme, ajouta-t-il, le Fils derHomme est le Maître.

Il était, un autre jour de Sabbat, entré dans une Synagogue, et il y exposait sa doctrine. En ce moment s'y trouvait un homme, qui avait la main droite paralysée.

Des Scribes et des Pharisiens étaient à Taffût pour voir s'il le guérirait, et tirer de là quelque prétexte à accusation.

Quant à lui, pénétrant leur dessein, il appelle l'homme à la main paralysée.

— Lève-toi, dit-il, et tiens-toi debout, au milieu de l'assemblée.

L'homme se lève et se tient debout.

Jésus se tourne alors vers eux :

— Je vous le demande, leur dit-il, esWl permis d'opérer le bien le jour du Sabbat, ou faut-il mal faire?... Est-il licite de sauver une existence ou doit-on la laisser périr?

Ayant sur eux tous promené son regard, il dit à l'homme :

— Étends ta main.

A ces mots, le paralytique étendit la main et elle redevint saine.

Quant à eux, ils en perdaient la tête; et ils se livraient à maints conciliabules pour savoir comment ils pourraient atteindre Jésus.

Vers cette époque, il alla prier sur la Montagne et passa la nuit à implorer Dieu....

Au lever du jour, il convoqua ses Disciples. Parmi eux, il fit élection de Douze, à qui, en les choisissant, il donna le titre d' Apôtres,

Ce furent :

Simon, qu'il surnomma Pierre, et André, son frère ; — Jacques et Jean ;

Philippe et Barthélémy; — Matthieu et Thomas;

Jacques, fils d'Alphée, et Simon, surnommé le Zélé ; — Jude, frère de Jacques, et enfin Judas Iscariote, qui fut un traître cependant!

Descendant de la Montagne avec eux , il s'arrêta dans un lieu champêtre.

Autour de lui se tenaient, et le groupe de ses Disciples, et une multitude immense de peuple.

Pour entendre sa parole et être guéries de leurs maux, ces foules étaient accourues de tous les côtés, — et de la Judée, et de Jérusalem, et des bords de la mer, et deTyr, et de Sidon. Ceux mêmes qui étaient tourmentés par des Esprits impurs en étaient délivrés. Chacun cherchait à le toucher, parce qu'une vertu puissante sortait de Lui et guérissait tout le monde.

Le regard de Jésus se leva alors vers ses Disciples :

« — Bienheureux ôtes-vous, ô Pauvres, s'écriat-il, parce qu'à vous appartient le Royaume de Dieu ! Bienheureux, vous qui maintenant avez faim, parce que vous serez rassasiés! Bienheureux, vous qui pleurez maintenant, parce que vous serez tout éclatants de joie! Bienheureux serez-vous lorsque les hommes vous haïront, vous réprouveront, proscriront votre nom comme maudit, à cause du Fils de THomme! En ce jour-là, réjouissez-vous et soyez ravis d^allégresse! car pour vous se prépare alors dans le Ciel la grande récompense. Réjouissezvous I car c'est de cette môme façon que ceux dont ils descendent traitaient les Prophètes.

Malheur à vous, cependant. Riches, parce que vous possédez maintenant votre consolation ! Malheur à vous qui avez toutes choses à satiété, parce que vous subirez les tourments de la faim ! Malheur à vous, qui êtes maintenant dans les éclats de rire, parce que vous tomberez dans le deuil et les larmes. Malheur! lorsque les hommes vous acclameront : car, c'est de môme façon que ceux dont ils descendent accueillaient les faux Prophètes. »

« Quant à vous, qui m'écoutez, voici ce que je vous dis :

Aimez vos ennemis. Comblez de bienfaits ceux qui vous haïssent ; parlez bien de ceux qui parlent mal devons, et priez pour ceux qui vous calomnient.

Si quelqu'un te frappe sur une joue, présente-lui encore Tautre. Et, contre celui qui t'enlève ton manteau, ne défends pas même ta tunique.

Donne à qui te demande; et, à qui s'empare de ce qui est à toi, ne fais entendre aucune réclamation.

Comme vous voulez que les hommes agissent envers vous, agissez vous-mêmes pareillement envers eux.

Quelle grâce avez-vous, à aimer ceux qui vous aiment? Les hommes de péché, eux aussi, chérissent ceux dont ils sont aimés.

Quelle grâce avez-vous, à faire du bien à ceux qui vous en font à vous-mêmes ? Les hommes de péché n'agissent pas autrement.

Quelle grâce avez-vous à prêter à ceux dont vous espérez recevoir quelque chose? Les hommes de péché, également, se font entre eux des prêts de même sorte, afin d'en retirer un profit.

Vous, cependant, aimez vos ennemis. Faites du bien et prêtez à autrui, sans en attendre quoi que ce soit. Et alors votre récompense sera grande et vous serez les enfants du Très-Haut, lequel fait planer sa bonté sur les ingrats et les méchants.

Soyez donc miséricordieux, comme est miséricordieux votre Père.

Gardez-vous de juger : et vous ne serez point jugés. Gardez-vous de condamner : et vous ne serez

point condamnés. Pardonnez : et le pardon vous sera accordé. Donnez : et il vous sera donné, et Ton versera dans votre propre trésor une bonne mesure, pressée, tassée, et s'épandant par-dessus bords, — car c'est de la mesure même dont vous vous serez servis envers autrui que Ton se servira envers vous. »

Il leur disait aussi, par forme de comparaison : « — Un aveugle peut- il conduire un aveugle?... Ne tomberont-ils pas tous deux dans un fossé?.... 5>

<c Le Disciple n'est pas au-dessus du Maître. Mais le terme de sa perfection, c'est d'être pareil à son Maître.... »

ce Pourquoi ton regard recherche-t-il un brin de paille dans l'œil de tonfrère, etne t'inquiètes-tu point de la poutre qui est dans ton œil à toi? Et comment peux-tu aller dire à ton frère: « — Mon frère, permettez donc que j'enlève ce fétu que vous avez dans votre œil? » alors que tu ne fais toi-même nulle attention àlapoutre qui obstrue ta prunelle?... Comédien! commence d'abord par enlever de ton œil le madrier qui s'y trouve, et tu t'occuperas ensuite d'ôter de l'œil de ton frère le fétu de paille.

« L'arbre qui produit de mauvais fruits n'est pas bon : Tarbre qui porte de bons fruits n'est pas mauvais. Car c'est précisément par son fruit que l'arbre se fait connaître. Sur des épines on ne cueille point de figues : sur des ronces on ne vendange point de raisin.

Du bon trésor de son cœur, l'homme bon tire le bien et déverse le bien; de son mauvais trésor l'homme mauvais tire le mal et déverse le mal. Car la bouche qui parle, c'est le fond du cœur qui surabonde au dehors. »

, a Pourquoi donc m'appelez-vous « Seigneur ! Seigneur! » et ne mettez- vous pas en pratique ce que je dis?

Quiconque vient à moi, écoutant mes paroles et les mettant en pratique, je vais vous montrer à quoi il ressemble.

Il ressemble à un homme, à un constructeur de maison, qui a creusé le sol très avant, afin d'établir ses fondations sur le roc. L'inondation est survenue; mais vainement les flots du fleuve se sont-ils jetés contre cet édifice : rien ne Ta ébranlé, parce qu'il était fondé sur le roc.

Quant à celui-là qui écoute mes paroles, mais sans les pratiquer, il est semblable à un homme qui bâtit sa demeure à fleur de terre, sans nulles

298 SAINT LUC, VI, 49; vu, 1-7.

fondations. Assaillie par le fleuve, elle s'est écroulée soudain : et grande a été sa ruine. »

Après avoir ainsi parlé au peuple, Jésus entra dans Capharnaûm.

L'esclave du Centurion de cette ville était malade et à Tagonie. Son maître lui était fort attaché : de sorte que, dès qu'il eut appris par la rumeur publique l'arrivée de Jésus, il lui députa quelques anciens d'entre les Juifs pour le supplier de venir, et de guérir son serviteur.

Ceux-ci, ayant abordé Jésus, le prièrent avec grandes instances.

— Il mérite vraiment, lui dirent-ils, que vous fassiez cela pour lui. Car il est très dévoué à notre nation, et il nous a même bâti une Synagogue.

Jésus était donc parti avec eux, lorsque, à une petite distance de la maison, ils rencontrèrent d'autres amis du Centurion que ce dernier avait chargés de lui transmettre ces quelques mots :

« — Seigneur, ne prenez point tant de peine, car « je ne suis pas digne que vous entriez sous mon « toit. Et, pour la même raison, je ne me suis pas « jugé digne non plus d'aller en personne me

SAINT LUC, VU, ''\t. '299

« présenter devant Vous. Prononcez seulement une « parole, et mon serviteur sera aussitôt guéri, « Moi-même en effet (qui ne suis pourtant qu'un « subalterne), je n'ai qu'à dire : « Va-t'en » à tel « des soldats qui sont sous mes ordres, pour qu'il « s'en aille : « Viens », dis-je à un autre, et il arrive ce au commandement. De même à mon esclave : « Fais ceci », et il le fait.... »

Jésus fut dans l'admiration d'un pareil langage, et, se retournant vers les multitudes qui se pressaient sur ses pas :

— En vérité, je vous le déclare, s'écria-t-il, dans Israël même, je n'ai pas trouvé une si grande foi !

Les envoyés du Centurion étant repartis, trouvèrent en pleine santé l'esclave qui avait été malade.

Jésus se dirigea ensuite vers une ville appelée Naïm*. Ses Disciples, et une foule considérable, marchaient à sa suite.

Au moment où il arrivait aux portes de la cité, il se trouva que l'on portait en terre un mort. C'était un fils unique, dont la mère était veuve. Un grand nombre d'habitants lui faisaient cortège.

1. Naïm était une petite ville, à deux lieues et demie de Nazareth, auprès des sources du Gison qui coule au pied du mont Thabor. Le Sauveur, en entrant à Naïm, eut à traverser cette rivière.

Il est bon de rappeler, pour l'intelligence du fait qui va être raconté, que chez les Hébreux les morts étaient transportés en terre à visage découvert, dans un cercueil non fermé.

En voyant cette mère, le Seigneur fut touché de compassion :

— Ne pleurez point, lui dit-il.

Puis il s'approche et touche le cercueil. Les porteurs s'arrêtent, et il dit :

— Jeune homme, je te l'ordonne : lève-toi!

Et celui qui était mort se dresse sur son séant et se met à parler.... Jésus le rend à sa mère.

La crainte les avait tous saisis, et ils glorifiaient Dieu :

— Un grand Prophète, disaient-ils, a surgi parmi nous, et Dieu a visité son peuple.

Le bruit de cet événement se répandit partout en Judée et dans le pays environnant.

Les disciples de Jean ayant rapporté tout cela à leur maître, celui-ci en choisit deux, qu'il députa à Jésus pour lui poser cette question :

« — Êtes-vous Celui qui doit venir, ou nous faut-il en attendre un autre? 5>

Ils se présentèrent donc à Jésus.

— Jean-Baptiste nous adresse à vous pour vous demander si vous êtes Celui qui doit venir ou s'il faut que nous en attendions un autre ?

Ainsi parlèrent-ils. Or, en cet instant môme, Jésus

SAINT LUC, vn, 21-26. 301

guérissait de nombreux malades : il fermait des plaies; il délivrait des possédés; à beaucoup d'aveugles, il faisait don de la vue....

Il répondit aux disciples de Jean :

— Retournez annoncer à Jean ce dont vos yeux et vos oreilles ont été les témoins : « Les aveugles « voient; les boiteux marchent; les lépreux rede- « viennent sains; les sourds entendent; les morts « ressuscitent; les pauvres sont évangélisés M...5> Bienheureux cependant qui ne se scandalisera pas de Moi !

Les Disciples que Jean avait envoyés se retirèrent, et Jésus alors parla de Jean à la multitude :

« — Au désert, leur dit-il, qu'êtes-vous allés voir? Est-ce un roseau agité par le vent?...

Qu'êtes-vous allés voir ?

Serait-ce un homme aux moelleux vêtements? — Mais ceux qui se parent de riches habits et qui vivent au milieu des délices font leur demeure dans le palais des rois....

Qu'êtes-vous donc allés voir?

Un Prophète? — Oui, certes, vous dis-je, et plus

1. C'est un texte prophétique d'Isaïe^ indiquant ces signes de la venue du Messie. Le Sauveur y ajoute les mots : « Les morts ressuscitent î, non point qu'il ait ressuscité des morts devant les Disciples de Jean. Mais la résurrection du fils de la veuve de Naïm venait d'avoir lieu la veille ou l'avanl-veille aux portes mêmes de la cité. Et tout le monde attestait ce miracle aux Disciples de Jean. Voilà pourquoi le Seigneur leur dit de rapporter à Jean, non seulement ce qu'ils ont vu, mais ce qu'ils ont entendu : Quod audisiis et vidistû»

qu'un Prophète. C'est celui-là même au sujet duquel il a été écrit : « Voici que, pour te précéder, « j'envoie mon Ange, mon Ange qui, marchant au- <c devant de toi, te préparera le chemin ». Aussi, je vous le déclare, parmi tous ceux que les femmes ont enfantés, nul n'a été un prophète plus grand que Jean le Baptiseur.... Et pourtant le plus petit, dans le Royaume de Dieu, est encore plus grand que lui ! En se faisant baptiser du baptême de Jean, toutes ces foules qui l'écoutaient et jusques aux publicains ont rendu témoignage à la justice de Dieu. Et, en refusant ce môme baptême, les Pharisiens et les Doctes de la Loi ont au contraire traité avec mépris les desseins que le Seigneur avait sur euxmêmes. »

« — A quoi comparerai-je vraiment ce genre d'hommes, reprit alors le Seigneur, et à qui ressemblentils? Ils ressemblent à ces enfants, assis et dialoguant sur la place publique. Les uns disent aux autres :

Lorsque la flûte en main, nous avons chanté,

Vous n'avez point dansé.

Quand, sur des airs plaintifs, nous avons entonné,

Vous n'avez point pleuré*.

1. II est facile d'imaginer la scène décrite ici par le Sauveur. Qui ne sait qu'un des jeux des enfants est d'imiter ce qu'ils ont vu faire? Jésus met sous nos yeux deux groupes d'enfants, assis l'un en face de l'autre sur la place publique, les uns reproduisant tour à tour les concerts des Noces et les pleurs des Funérailles, les autres se tenant à l'écart et refusant de prendre part aux divertissements de leurs compagnons.

Ces paroles du Maître causèrent aux Pharisiens et aux Scribes une juste confusion, car c'est devant tout le peuple qu'il leur reproche

SAINT LUC, Vil, 33-37. 303

Et, en effet, voilà que Jean-Baptiste est venu, s'abstenant de manger du pain et de boire du vin. Et vous avez aussitôt tenu ce langage : « Il est possédé du Démon ».

Voici maintenant que le Fils de THomme arrive, mangeant et buvant [comme tout le monde], et soudain vous vous écriez : « — C'est un homme de grande chère, un buveur de vin, un ami des publicains et des gens sans conduite ».

Telle est la justice rendue à la Sagesse par les enfants de celte race. »

Un Pharisien le pria de vouloir bien accepter à dîner chez lui K

Jésus étant donc entré dans la maison du Pharisien, avait pris place à sa table.

Or, une femme, — une pécheresse de cette ville,

d'avoir les caprices de l'enfance et de prétendre que tout pliât à leur humeur, se plaignant tantôt de Jean qu'ils trouvaient trop austère dans leurs heures joyeuses, tantôt de Jésus^ dont la condescendance et la charité leur étaient à scandale. (L'abbé Fouard.)

1. La curiosité; le plaisir de recevoir un homme extraordinaire) peut-être aussi une secrète estime du grand Prophète^ l'engagèrent à ces avances : toutefois par orgueil ou par crainte de sa secte, il affecta de leur donner un air de froideur. Les devoirs ordinaires furent omis, on ne baigna pas les pieds de l'étranger; ni baiser sur sa joue, ni parfum pour ses cheveux. [Id.)

— ayant appris qu'il était à dîner chez ce Pharisiea, entra dans la salle. Dans ses mains elle portait un vase d'albâtre, tout rempli d'une huile parfumée. Elle se plaça en arrière de Lui, et se tint à ses pieds, qu'elle arrosa d'abord de ses larmes, qu'elle essuya ensuite de ses cheveux, qu'elle baisa de ses lèvres, qu'elle baigna de son huile odoriférante.

Voyant cela, le Pharisien qui avait invité Jésus à dîner pensait en lui-même :

— Il est hors de doute que si cet homme était prophète, il saurait, au sujet de la femme qui le touche^ et qui elle est, et ce qu'elle est : une pécheresse.

Jésus, alors, s'adressant à lui :

— Simon, j'ai quelque chose à te dire.

— Parlez, Maître !

— 11 était une fois un créancier qui avait deux débiteurs. Le premier lui devait cinq cents deniers, et le second cinquante. Ni l'un ni l'autre n'ayant de quoi le payer, il fît à chacun d'eux remise de sa dette.... Lequel des deux, à ton avis, aura pour lui le plus de gratitude?

— Je suppose, répondit Simon, que c'est celui à qui il a fait le plus grand don.

— Tu viens de juger en toute droiture, repartit Jésus.

Puis, se tournant vers la femme, et parlant toujours à Simon :

— Tu vois cette femme? continua-t-il. Eh bien ! au moment où j'ai franchi ton seuil, toi, Simon, tu ne m'as point apporté d'eau pour me laver les

pieds : mais elle, c'est avec ses larmes qu'elle les a arrosés, c'est avec ses cheveux qu'elle les a essuyés.

Toi, tu ne m'as point au visage donné un seul baiser : mais elle, depuis l'instant où elle est entrée, ce sont mes pieds qu'elle n'a cessé d'embrasser.

Toi, sur ma tête, tu n'as point versé de parfums: mais elle, sur mes pieds mêmes, elle a répandu son huile embaumée.

La grandeur de son amour lui fait pardonner la grandeur de ses fautes. Quant à celui à qui l'on a moins à pardonner, il aime moins.

Se tournant alors vers la pécheresse, il lui adressa cette parole :

— Tes péchés te sont remis.

— Qui donc est celui-ci, qui va jusqu'à prononcer la rémission des péchés? se demandaient entre eux les convives, assis à table avec Jésus.

Le Seigneur cependant dit à la femme :

— Ta foi t'a donné le salut. Va en paix !

306 SAINT LUC, Vlll, 1-8.

Allant de ville en ville et de village en village, Jésus annonçait en ses discours la Bonne Nouvelle du Règne de Dieu. Avec lui étaient les Douze et plusieurs femmes qu'il avait délivrées des mauvais Esprits ou guéries de leurs infirmités : — Marie, surnommée la Magdeleine, de laquelle étaient sortis sept démons; Jeanne, qui était réponse de Chuza, ititendant d'Hérode; Suzanne, beaucoup d'autres encore, qui l'assistaient de leurs biens..-

Les foules affluaient : et, de toutes les cités, elles accouraient à Lui. 11 leur dit cette parabole :

— Le Semeur est sorti pour semer sa semence.

Et tandis qu'il s'en va semant, une partie de la semence tombe sur le chemin. Là, le grain est foulé sous les pieds : puis, surviennent les oiseaux de l'air, qui le dévorent.

Une autre partie tombe sur un sol pierreux. Le grain germe et meurt : l'humidité lui manque.

Une autre partie tombe parmi les épines. En même temps que le grain, croissent les épines : et elles rétoufl*enL

Une dernière partie enfin tombe dans la bonne

terre : et les graines poussant hors du sol,, produisent leur fruit au centuple.

Cela disant, il s'écriait :

— Qu'il entende, celui qui a des oreilles afin d'entendre !

Ses Disciples lui demandèrent ce que signifiait cette parabole :

— A vous, leur répondit-il, il est donné de pénétrer les mystères du Royaume de Dieu. Mais les autres s'arrêtent à l'extérieur de la parabole, de sorte qu'ils voient sans voir et entendent sans comprendre.

De cette parabole voici le sens :

La semence, c'est la Parole de Dieu.

Le grand chemin où le gram est tombé, ce sont ceux qui prêtent l'oreille à la Parole de Dieu, mais dans le cœur desquels le Démon la vient enlever, de peur qu'ils ne croient et ne soient sauvés.

Le sol pierreux où le grain est tombé, ce sont ceux qui prêtent l'oreille à la divine Parole, qui l'accueillent même avec joie, mais chez lesquels elle ne prend point racine. Ils ont la foi, momentanément : mais quand arrive l'heure de la tentation, ils succombent.

Les buissons épineux où le grain est tombé, ce sont ceux qui ont écouté cette Parole, mais chez lesquels elle demeure stérile, entièrement étouffée, à mesure qu'ils avancent dans la vie, par les sollicitudes, par les richesses, par les plaisirs.

La bonne terre enfin où le grain est tombé, ce sont ceux qui retiennent, dans un cœur bon et excellent, la Parole par eux entendue, et chez lesquels^ grâce à leur persévérance, elle fructifie.

Personne, quand il allume une lampe, ne la recouvre d'un vase ou ne la dépose sous un lit. Tout au contraire, on la place sur un candélabre, afin que tous ceux qui entrent voient la lumière. Car, rien de caché dans Tombre qui ne doive être rendu visible, rien d'enseveli dans Tobscurité qui ne doive être connu, et venir au grand jour.

Soyez bien attentifs à tout ce que vous entendez : car à celui qui a déjà, on donnera encore. Et quant à celui qui n'a point, on lui enlèvera même ce qu'il s'imagine avoir.

Sa Mère et plusieurs de ses parents étant venus le trouver, ne pouvaient, à cause de la foule, pénétrer jusqu'à lui.

On l'en prévint.

— Votre Mère et des personnes de votre parenté sont là, dehors, qui voudraient vous voir.

SAINT LUC, VllI, 21-25. 309

— Ma mère et mes frères, répondit il, ce sont ceux-là qui écoutent la parole de Dieu et qui la mettent en pratique!

Il monta un jour dans une barque avec ses Disciples :

— Faisons la traversée du Lac, dit-il.

Ils partirent; et, tandis qu'ils naviguaient, Jésus s'endormit.

Voilà cependant qu'un ouragan éclate sur le Lac et que les barques s'emplissent d'eau. Le danger devient imminent.

Les Disciples courent à Jésus et l'éveillent :

— Maître, s'écrient-ils, nous périssons !

11 se lève aussitôt, et, d'une voix impérieuse, commande au vent et aux fiots irrités. L'orage cesse soudain et le calme se fait.

— Où donc est votre foi? leur dit-il.

Mais eux, dans leur admiration mêlée de terreur, se posaient les uns et les autres cette question :

— Que pensez-vous donc que puisse être cet liomme, qui commande aux vents et aux flots, et à qui ils obéissent?

310 ?AIXT LUC, VIII, 26-32.

Cotait vers le pays des Géraséniens, situé en face de la Galilée qu'ils s'étaient dirigés.

A ^cine venaient-îls de descendre à terre qu'un Iiomme, depuis fort longtemps déjà possédé du Démon, accourut à lui. Il était sans vêtements. Il viviiil en dehors de tout domicile et prenait son gîte ilajis des cimetières.

Des qu'il aperçut Jésus, il tomba prosterné, en poussant un grand cri :

— Que demandez-vous de moi? ô Jésus, Fils du Dieu Très-Haut?... Je vous en conjure, ne me torturez pas.

Ainsi parlait-il, car Jésus intimait à l'Esprit immonde l'ordre de sortir de cet homme.

De très vieille date celui-ci était sous la puissance diabolique; et à tel point, qu'on tentait vainement de le tenir garrotté, les cordes aux mains et les chaînes aux pieds : le Démon rompait tous ces liens et le poussait vers les lieux déserts.

Jésus interrogea TEsprit immonde :

— Quel est ton nom ?

— Légion.

Une multitude de Démons étaient en effet entrés dans ce possédé. Ils conjuraient Jésus de ne pas ordonner qu'ils allassent à l'Abîme, mais bien de leur permettre d'entrer dans un nombreux troupeau de porcs qui étaient là, paissant sur la Montagne.

Il leur en laissa la faculté.

Tout aussitôt, sortant de Thomme, les Démons entrèrent dans les pourceaux. Et soudain le troupeau, comme entraîné par un choc impétueux, courut se précipiter dans le Lac et s'y noya.

A cette vue, les gardeurs qui les faisaient paître prirent la fuite, répandant la nouvelle dans la cité et dans les faubourgs.

Les habitants sortirent alors pour se rendre compte de ce qui s'était passé. Arrivés à Tendroit où était Jésus, ils trouvèrent,, assis à ses pieds, vêtu et sain d'esprit, l'homme de qui les Démons étaient expulsés. Cela leur fit peur. En outre, les témoins oculaires leur racontèrent de quelle façon avait eu lieu la délivrance du possédé.... Là-dessus, tout ce peuple du pays de Gérasa supplia Jésus de s'éloigner d'eux, tant était violente la frayeur dont ils étaient saisis.

Il était déjà remonté dans la barque lorsque l'homme de qui les Démons étaient sortis lui demanda instamment la permission de rester avec lui. Mais Jésus le congédia et lui dit :

— Reviens en ta maison, et publie les grandes choses que Dieu a accomplies en ta faveur.

Cet homme s'en alla donc par toute la ville célébrer ce que Jésus avait fait pour lui.

Jésus, à son retour, fut reçu par toute une foule, qui était à l'attendre.

En ce moment un personnage nommé Jaïre, qui était le chef de la Synagogue, vint se jeter à ses pieds, le conjurant de vouloir bien se rendre dans sa maison, où se mourait sa fille unique, à peine âgée de douze ans.

Jésus part immédiatement, et tous le suivent.

Or, il y avait là une femme, affligée d'une perte de sang depuis une douzaine d'années, et qui avait dépensé en médecins toute sa fortune, sans qu'aucun d'eux eût pu la guérir.

Elle s'approche par derrière et touche de la main la frange du vêtement de Jésus.

Sa perte de sang s'arrête aussitôt.

— Qui est-ce qui m'a touché? demanda Jésus Tous s'en défendent.

— Eh quoi! Maître, répondent Pierre et ceux qui sont avec lui, la multitude vous presse à vous étouffer et vous demandez : « Qui m'a touché? »

— Quelqu'un m'a touché I reprend Jésus : car j'ai senti qu'une force est sortie de moi.

Se voyant découverte, la femme se présente toute tremblante, et se jetant à ses genoux, elle confesse publiquement, devant tout le monde, pourquoi elle l'a touché et comment elle a été guérie surle-champ.

— Ma fille, ta foi t'a sauvée. Va en paix.

Comme Jésus prononçait ces mots, quelqu'un vint dire au Chef de la Synagogue :

— Votre enfant a rendu le dernier soupir!... Ne fatiguez pas davantage le Maître.

Jésus , entendant ces paroles, s'adresse au père :

— Rassure-toi! lui dit-il. Crois seulement, et elle sera sauvée.

Arrivé à la maison, il ne permit à personne d'entrer avec lui, sinon à Pierre, à Jacques et à Jean, ainsi qu'au père et à la mère de la jeune fille.

Nombre de gens étaient là, qui pleuraient et se lamentaient sur elle.

— Ne pleurez point! leur dit-il. Elle n'est point morte, elle n'est qu'endormie.

Mais comme on savait bien qu'elle était morte, on se riait de lui.

Jésus, cependant, prit la main de cette enfant, et dit :

— Jeune fille, lève-toi!...

Et son àme revint à elle.

Elle se leva aussitôt; et Jésus commanda qu'on lui servît à manger. Quant aux parents, qui étaient tout hors d'eux-mêmes et frappés de stupeur, il leur intima l'ordre de se taire absolument sur ce qui venait d'avoir lieu.

3U SAINT tue, IX, 1-8.

Ayant réuni les Douze Apôtres, il leur communiqua force et puissance pour chasser tous les Démons et pour guérir les maladies. Puis il leur donna mission d'aller annoncer publiquement le Règne de Dieu, et de rendre la santé aux infirmes.

— N'emportez rien pour la route, leur dit-il : ni bâton de défense, ni sac de voyage, ni provisions, ni argent; — pas même un vêtement de rechange.

Quelle que soit la maison où vous aurez pris domicile, restez-y, et ne la quittez point. Quant à ceux qui auront refusé de vous recevoir, secouez, comme un témoignage contre eux, en sortant de leur ville, la poussière même de vos pieds.

Ils partirent donc et allèrent partout, de village en village, évangéliser et guérir.

Le tétrarque Hérode, cependant, avait appris tout ce que faisait Jésus ; et il était fort perplexe à son sujet. Les uns prétendaient en effet que c'était Jean, qui aurait surgi d'entre les morts; d'autres, que c'était Élie se manifestant; ceux-ci, que c'était quelqu'un des anciens Prophètes qui ressuscitait.

— J'ai fait couper la tête à Jean, disait Hérode.... Qui donc peut être cet homme, dont j'entends raconter de tels prodiges?...

Il était très désireux de le voir.

Les Apôtres, quand ils furent de retour, rendirent compte à Jésus de tout ce qu'ils avaient accompli. Il les prit avec Lui; et cherchant la solitude, il se relira dans le désert qui dépend de la ville de Bethsaïde.

Dès que les multitudes en eurent connaissance, elles coururent à sa suite. II les accueillit en leur parlant du Royaume de Dieu et en rendant la santé à ceux qui avaient besoin d'être guéris....

Le jour cependant commençait à baisser. Les Apôtres vinrent à Lui :

— Nous sommes ici dans un désert, lui direntils : congédiez les foules, afin qu'elles se dispersent et aillent chercher de quoi se nourrir dans les hameaux d'alentour et dans les maisons de la campagne.

— Donnez-leur vous-mêmes à manger, répondit Jésus.

— A moins que nous n'allions acheter de quoi nourrir tout ce peuple, nous n'avons ici que cinq pains et deux poissons, répliquèrent les Apôtres.

. Or, il se trouvait là à peu près cinq mille hommes.

Jésus dit alors à ses Disciples :

— Faites-les asseoir par groupes de cinquante convives.

Ainsi firent-ils : et tout le monde s'assit.

Jésus, prenant les pains et les deux poissons, éleva son regard vers le Ciel. Puis il les bénit, les rompit, et en fit la distribution aux Disciples, pour que ceux-ci les servissent à la multitude.

Tous mangèrent : tous furent rassasiés.

Et, des restes qui demeurèrent, on emporta douze corbeilles toutes pleines.

Etant allé un jour, avec ses Disciples, prier dans un lieu solitaire, il les interrogea :

— Parmi ces foules, demanda-t-il, qui dit-on que je sois?

— Jean-Baptiste, selon les uns ; Élie , selon les autres. Il en est enfin qui supposent que vous êtes Tun des anciens Prophètes, ressuscité.

— Et vous, qui dites-vous que je suis?

Ce fut Simon-Pierre qui prit la parole, et il répondit :

— Le Christ de Dieu.

Il leur fit la recommandation rigoureuse de ne s'exprimer ainsi devant personne.

— Car il faut [auparavant], ajouta-t-il, que le Fils de l'Homme traverse bien des souffrances, qu'il soit voué à la réprobation, et par les Anciens, et par les Grands-Prêtres, et par les Scribes; il faut qu'il soit mis à mort et que, le troisième jour, il ressuscite.

A tous il disait :

— Si quelqu'un veut venir à ma suite, qu'il fasse abnégation de lui-même, que chaque jour il porte sa croix et qu'il marche sur mes pas. Car quiconque aura voulu sauver sa vie la perdra : et celui-là Taura conquise au contraire qui l'aura sacrifiée à cause de Moi. Or, de quel profit serait à un homme le gain même du monde entier, si, du même coup, il se perd lui-même et périt, consommant ainsi de ses mains son propre désastre?

Sachez-le, en effet : de celui qui aura rougi de Moi et de mes paroles, le Fils de l'Homme rougira à son tour quand il viendra dans sa gloire, dans la gloire du Père et des saints Anges.

Du reste, je vous déclare que quelques-uns qui sont ici debout ne goûteront point la mort avant d'avoir vu de leurs yeux la Royauté du Dieu....

Environ huit jours après, Jésus, ayant pris avec lui Pierre, Jacques et Jean, était veuu prier sur la Montagne.

Or, tandis qu'il priait, l'aspect de son visage changea, et ses vêtements devinrent d'une blancheur resplendissante. Deux hommes étaient là qui s'entretenaient avec lui. C'étaient Moïse et Élie, apparaissant en grande majesté. Ils parlaient de sa sortie du monde, qui se devait accomplir à Jérusalem*.

Pierre et ses compagnons avaient cependant succombé au sommeil. Ils se réveillent et l'aperçoivent dans sa glorieuse splendeur, avec les deux personnages qui se tenaient à ses côtés. Et, comme ces derniers allaient se séparer de Jésus :

— Maître, s'écria Pierre, qu'il fait bon être ici!... Dressons-y trois tentes : une pour Vous, une pour Moïse, une pour ÉUe....

il ne savait ce qu'il disait. A l'instant môme où il prononçait ces mots, l'ombre d'une nuée qui se forma tout à coup déroba à leurs yeux Jésus, Moïse et Élie. En les voyant ainsi disparaître

1. De sa sortie du monde! Grave parole^ dit Bengel, et qui comprenait la Passion, la Croix la Mort, la Résurrection, rAscension. {Gnomon j in locoj

dans la nuée, les Disciples furent frappés de terreur.

Du fond de la nue se fit entendre une Voix, et cette Voix disait :

— Celui-ci est mon Fils bien-aimé : écoutez-le.

La Voix se tut : et devant eux ils n'aperçurent plus que Jésus seul.

Les Disciples gardèrent lé silence sur ce qu'ils -avaient vu, et, pour le moment, n'en révélèrent rien à personne.

Lorsque le lendemain ils descendirent de la Montagne, une grande multitude accourut à leur rencontre, et, du sein de la foule, un homme s'écria :

— Maître, je vous en supplie, jetez un regard sur mon fils, mon unique fils!... Il y a un Démon qui s'empare de lui : et tout aussitôt l'enfant pousse des cris; il est renversé contre terre, il s'agite en écumant, et le Démon ne le quitte habituellement qu'après l'avoir tout contusionné. J'ai prié vos Disciples de le chasser, mais cela leur a été impossible.

— 0 race infidèle et perverse, s'écria Jésus en lui répondant, jusques à quand serai-je au milieu de vous et me ferez-vous souffrir?... Amène ici ton fils.

Au moment où Tenfant approchait, le Démon le jeta à terre et l'agita violemment.

Mais Jésus, menaçant TEsprit immonde, guérit l'enfant et le rendit à son père.

Tous furent dans l'admiration de la grandeur de Dieu. Et comme ils étaient unanimes à s'émerveiller de ce que Jésus accomplissait, il dit à ses Disciples :

— Pour vous, mettez bien en vos cœurs la pensée que voici : « Il doit arriver qu'aux mains des hommes sera livré le Fils de l'Homme ».

Les Disciples ne comprirent point cette parole. Elle était pour eux recouverte d'un voile, en sorte qu'ils n'en saisissaient pas la portée. Toutefois, c'était là un sujet sur lequel ils n'osaient l'interroger.

Il leur vint en idée de se demander lequel d'entre eux pourrait bien être le plus grand.

Or Jésus, qui pénétrait dans les pensées de leur cœur, appela un enfant et le plaça à c<)té de Lui :

— Quiconque, en mon nom, aura fait accueil à cet enfant, m'accueille moi-même. Et quiconque m'accueille a pour hôte Celui-là même qui m'a envoyé....

Celui qui se fait le plus petit, parmi vous, c'est celui-là qui est le plus grand !

— Maître, dit alors Jean, un individu que nous avons vu chassait les Démons, en votre nom. Mais, comme il n'est pas de notre compagnie, nous l'en avons empêché.

— N'empêchez point! répondit Jésus. Qui n'est pas contre vous est pour vous *.

Cependant le temps où il devait être enlevé de ce monde approchait. 11 prit donc, d*un visage ferme, la direction de Jérusalem, envoyant en avant ^de lui quelques-uns de ses Disciples.

Ceux-ci étant entrés dans un bourg de la Samarie, afin de lui préparer un logement, on se refusa à lui accorder l'hospitalité, sous prétexte que c'était vers Jérusalem que Jésus tournait ses pas *.

1. Celte parole du Christ paraît contredire celle que rapporte saint Matthieu: « Celui qui n'est pas avec moi est contre moi ». Mais qui n'a appris, dans le cours d'une vie active, que, selon les circonstances et les personnes, celui qui s'abstient de concourir et se tient à l'écart tantôt donne appui et force, tantôt au contraire nuit et entrave? (Guizot.)

2. Les Samaritains croyaient que Dieu devait être adoré sur une montagne de leur pays, et considéraient comme une injure de voir des Juifs traverser leur contrée pour aller accomplir leurs devoirs religieux à Jérusalem. Josèphe parle de cette habitude des

En présence d'un tel refus, ses disciples Jacques et Jean s'écrièrent :

— Voulez-vous, Seigneur, que, comme Élie, nous commandions au feu du Ciel de descendre, et de réduire en cendre ces gens-là?

Jésus se tourna vers eux et sa voix devint sévère :

— Ne savez-vous pas encore, leur dit-il, de quel esprit vous procédez? Le Fils de l'Homme n'est pas venu pour donner la mort aux hommes, mais, tout au contraire, pour les empêcher de périr.

Ils s'en allèrent donc dans une autre bourgade, et tandis qu'ils étaient en chemin, quelqu'un lui dit :

— Partout où vous irez, je vous suivrai.

— Les renards ont des tanières, lui repartit Jésus; les oiseaux du ciel ont des nids : mais le Fils de THomme n'a pas où reposer sa tête.

Ayant dit à un autre : « Suis-moi », celui-ci lui fit cette réponse :

Juifs qui contrariait fort les Samaritains. Il raconte même à ce sujet que des Galiléens qui se dirigeaient vers la ville sainte étant entrés dans un bourg de Samarie appelé Nais, et s'étant pris de querelle avec les habitants, une rixe survint, à la suite de laquelle beaucoup de Galiléens perdirent la vie. Dans une autre circonstance, les Samaritains avaient tué, dans le bourg de Gema, un Galiléen qui allait à la féto en compagnie de plusieurs Juifs. (Père Lamy.)

* P. 567, rf, c. /*.

— Seigneur, permettez que j'aie, auparavant, enseveli mon père.

— Laisse les morts ensevelir leurs morts, reprit Jésus. Pour toi va annoncer le Règne de Dieu.

Un troisième prononça ces paroles :

— Maître, je vous suivrai.... Mais donnez-moi le temps de régler les affaires de ma maison.

— Quiconque, lui répondit Jésus, quiconque, en posant la main sur la charrue, regarde en arrière, n'a point d'aptitude pour le Royaume de Dieu.

Le Seigneur, après cela, faisant un nouveau choix, désigna soixante- douze Disciples et leur donna mission de le précéder, deux par deux, dans toute ville, dans tout endroit, où lui -môme devait se rendre.

— Assurément, leur disait-il, la moisson est vaste, mais qu'ils sont rares les ouvriers moissonneurs ! Priez donc le Maître de la moisson de faire surgir des ouvriers pour cette moisson qui est la sienne.

Allez!... Voici que je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups....

N'emportez avec vous ni bourse, ni sac de voyage, ni chaussures. En chemin ne vous attardez pas à faire des salutations à l'un et à l'çiutre.

Partout où vous entrerez, que votre première parole soit : « Paix à cette demeuré 1 » Et s'il s'y trouve quelque enfant de la paix, sur lui votre paix

descendra. Au cas contraire, elle reviendra vers vous.

Quand vous serez chez quelqu'un, restez-y, buvant et mangeant l'ordinaire de la famille, car Touvrier mérite son entretien. Et ne pérégrinez point de maison en maison*.

Dans toute cité où vous irez et où Ton vous accueillera, mangez ce qui vous sera offert. Guérissez les malades qui sont dans la ville et apportez aux habitants cette nouvelle : « Le règne de « Dieu s'est approché de vous ».

Dans toute cité, au contraire, où, quand vous arriverez, on refusera de vous recevoir, transportez- vous sur la place publique et prononcez ces mots : « La ce poussière même de votre ville, qui s'est attachée à ce nous, nous la secouons contre vous.... Mais sachez ce cependant que le règne de Dieu approche! Et je «vous déclare qu'en ce jour-là il y aura plus de récc mission pour Sodome que pour cette ville!.. »

A toi, Gorozaïm, malheur! A toi, Bethsaïde, malheur! Parce que si dans Tyr et Sidon avaient eu lieu les miracles qui se sont opérés dans vos murs.

1. Pour qui connaît les formes cérémonieuses de TOrient, ces préceptes n'ont rien de surprenant ; aujourd'hui encore, qu'un étranger entre dans un village arabe, des invitations lui sont faites de toute part et l'obligent de passer de festins en festins. Jésus défendait de consumer un temps précieux dans ces démonstrations; ses Évangélistes n'étaient pas envoyés pour prendre part aux fêtes de la terre, mais pour appeler les hommes à la pénitence, guérir les infirmes, préparer les voies du Seigneur, et annoncer le règne de Dieu. L'abbé Fouard.)

elles eussent jadis fait pénitence, se revêtant d'un sac et se couchant sur la cendre. Mais aussi, à l'heure du Jugement, il y aura pour Tyr et pour Sidon plus de pardon que pour vous.

Et toi Capharnaûm, qui as été élevée jusqu'au niveau du Ciel, tu seras rabaissée jusques à TEnfer*....

Qui vous écoute m'écoute, qui vous dédaigne me dédaigne. Or qui me dédaigne, dédaigne Celui-là même qui m'a envoyé.

A leur retour, les Soixante-Douze étaient pleins d'allégresse :

1. a Qui as été élevée jusqu'au niveau du ciel : » parce qu'elle a été la demeure du Fils de Dieu.

Trente ans plus tard, les Légions romaines envahissaient la Galilée et portaient de ville en ville la dévastation et le massacre. Quinze mille Juirs furent égorgés à Japha, quarante mille à Jotàpata, les femmes vendues ou passées par le fer. Chorozaïn, Bethsaïde, Capharnaiim, Tibériade^ ne furent plus que des ruines silencieuses.... Il ne resta aux vaincus d'autre asile que leurs barques de poche et les eaux du lac. Ils y furent poursuivis par les galères de Rome, et succombèrent par centaines, percés de traits au milieu des flots, assommés quand leurs mains se cramponnaient aux vaisseaux ennemis; les plus vigoureux n'atteignaient la rive que pour tomber sous Tépée des légionnaires. Réunissant les misérables débris du carnage, Vespasien en envoya six mille à Néron pour percer l'isthme de Gorinthe, trente mille furent vendus; douze cents vieillards, n'étant propres à rien^ furent égorgés dans 1* stade de Tibériade. Voyez Josèphe, Bellum Judaicum, ib. III. (L'abbé Fouard.)

— Seigneur! Seigneur! s'écriaienfc-ils, les Démons mômes, à votre Nom, se prosternent devant nouS;!

— J*ai vu moi-même Satan succomber, aussi vite que la foudre qui tombe du Ciel, leur réponditrilM...

Sans doute, je vous ai donné la puissance de fouler aux pieds, sans en recevoir de mal, et les serpents, et les scorpions, et toute force ennemiie. Toutefois, que votre joie ne provienne pas de ce que les Démons vous sont soumis : qu'elle, soit tout entière dans cette pensée que vos noms sont écrits dans les Cieux *.

Et, en ce moment même, dans un transport venu de l'Esprit-Saint, il s'écria :

— Je vous glorifie, ô Père, Seigneur du Ciel et de la terre, d'avoir caché ces choses aux sages et aux prudents et de les avoir révélées aux petits. Oui, Père, je vous glorifie d'avoir voulu que cela s'accomplît ainsi devant vous. ...

Tout m'a été confié par mon Père. Et nul ne sait qui est le Fils si ce n'est le Père; et nul ne sait qui est le Père, si ce n'est le Fils, et celui à qui le Fils aura voulu le révéler.

11 se tourna alors vers ses Disciples :

1. Dès rheure de la révolte, l'Ange coupable s'est trouvé devant le Fils élemel du Père; il ir'a pu soutenir son regard, et est tombé du ciel œmme Véelair.

3. Être écrit dans les Cieux, c'est appartenir à Dieu efc asz cfaosas du ciel.. Être écrit suv la terre, c'est devenir terrestre à» poaeée «( de sentiments.

— Bienheureux, leur dit-il, les yeux qui voient ce que vous voyez!... Nombre de Prophètes, nombre de Rois, je vous le déclare, ont désiré voir ce que vous voyez et ne Font point vu, entendre ce que vous entendez et ne l'ont point entendu !

Cherchant à l'embarrasser, un Docteur de la Loi r:e leva :

— Maître^ que dois-je faire pour acquérir Téternelle Vie?

— Qu'y a-t-il d'écrit dans la Loi? lui demanda Jésus. Qu'est-ce que tu y lis?

— J'y lis : « Tu aimeras de tout ton cœur, de « toute ton âmCy de toutes tes forces, de tout ton ce esprit, le Seigneur ton Dieu, et comme toi-même « celui qui t'est proche. »

— Parfaitement répondu! reprit Jésus. Eh bien ! fais cela : et tu posséderas la Vie.

Le Docteur de la Loi cependant voulait justifier sa question :

— Qui donc est « celui qui m'est proche? » demanda-t-il.

— Un homme, reprit alors Jésus, descendait de Jérusalem à Jéricho. Il tomba entre les mains des voleurs, lesquels le dépouillèrent et s'enfuirent ensuite, le laissant couvert de blessures et à demi mort.

Or un Prêtre suivait le même chemin. Ayant

aperçu le blessé, il se détourne aussitôt de l'autre côté de la route et continue sa marche.

Survient après lui un Lévite : dès qu'il est en cet endroit, celui-ci, tout pareillement, regarde. Puis il passe outre.

Un certain Samaritain, cependant, qui s'en allait en voyage, étant arrivé près de cet homme, fut, en le voyant, tout ému de pitié. Il s'approche de lui; il bande ses plaies, après les avoir pansées avec un mélange d'huile et de vin. Plaçant ensuite le blessé sur son cheval, il l'amène dans une hôtellerie et s'applique à le soigner encore. Le lendemain, il tire de sa bourse deux deniers, les remet à l'hôtelier et lui dit : « Vous prendrez soin de cet homme. Et tout ce que vous dépenserez de plus, moi-môme, à mon retour, je vous le rembourserai ^ »

Lequel de ces trois te semble s'être montré comme le proche parent de celui qui était tombé entre les mains des voleurs?

— C'est celui qui a été compatissant envers lui, répondit le Docteur.

— Va, et agis de môme, toi aussi.

1. Le denier équivalait à environ un franc de notre monnaie, et représentait, d'après Tacite (i4nna/es 1, 17), la solde journalière du soldat romaÏQ; et, d'après saint Matthieu (XX, 2.)} le salaire habituel de Touvrier. Donc le Samaritain remet seulement la valeur de deux francs, promettant le surplus quand il reviendra. Notre-Seigneur nous laisse par là la joie de deviner que ce charitable passant était pauvre* S'il eûi. été riche, il aurait versé évidemment une plus forte somme à l'hôtelier et n'eût pas, en quelque sorte, demandé crédit jusqu'à son retour. Il a donné tout ce dont il pouvait disposer pour le moment, gardant seulement l'indispensable pour continuer et achever son voyage. Beali pauperes !

SAINT LUC, X, 38-42; xi, 1-2. 329

Dans un village où ils entrèrent, ce fut une femme nommée Marthe qui donna Fhospitalité à Jésus.

Elle avait une sœur appelée Marie. Et cette dernière, assise aux pieds du Seigneur, ne s'occupait qu'à écouter sa parole.

Marthe cependant (qui s'agitait beaucoup, faisant mille préparatifs), s'arrêta devant Jésus, et lui dit :

— Seigneur, ne trouvez-vous pas mauvais de voir ma sœur me laisser ainsi, à moi seule, toute la besogne? Commandez-lui donc de m'aider!

— Marthe! Marthe! répondit le Seigneur, tu t'inquiètes, tu le troubles pour une multitude de mets : il suffit d'un seul... Marie a pris le meilleur parti : et elle n'en sera point détournée.

Comme Jésus était en prière, l'un de ses Disciples, quand il eut fini, lui adressa ces mots :

— Seigneur, apprenez-nous aussi à prier, de même que Jean l'a enseigné à ses Disciples.

— Lorsque vous prierez, répondit-il, que ce soit en cette manière :

« Père! que votre nom soit sanctifié, que votre « Règne arrive...

« Donnez-nous aujourd'hui notre pain quoli- « dien....

ce Faites-nous remise de nos fautes comme nous- « mêmes nous faisons remise à quiconque nous « doit : et ne nous mettez point à Tépreuve K »

Il ajoutait :

— Supposons que Tun de vous ait un ami et qu'au milieu de la nuit il aille le trouver pour lui dire: « Mon cher ami, prête-moi donc trois pains, car voilà qu'un de mes amis qui était en voyage m'arrive à l'instant, et je n'ai absolument rien à lui offrir. » De Tintérieur du logis, l'autre lui répond : « Ne m'importune pas! La maison est fermée; mes enfants sont au lit avec moi : il m'est impossible de me lever et de te donner quoique ce soit. »

Eh bien! si le premier persiste à frapper à la porte, je vous déclare que le second, — quand même il ne se lèverait ni ne lui accorderait rien, en tant qu'ami, — se lèvera du moins à cause de son importunité et mettra à sa disposition tout ce dont il a besoin.

1. Cette seconde forme de l'oraison du Seigneur, plua brève dans saint Luc qu'en saint Matthieu, est précieuse à recueillir; elle nous montre que Jésus, tout en prescrivant certaines formules, laissait à V esprit de prière son libre essor. Ce qui importe à ses yeux, c'est d'invoquer Dieu comme un Père, de souhaiter sur toutes choses les biens spirituels, et de les demander pour les autres aussi bien que pour soi, la charité dans le cœur, le pardon à la bouche. (L'abbé Fouard.)

Aussi, je vous dis : « Demandez, et vous recevrez, a Cherchez, et vous trouverez. Frappez, et il vous ce sera ouvert. Car, quiconque demande, obtient; « quiconque cherche, trouve; et, à qui frappe, la « porte s'ouvre. »

Est-il un père parmi vous, quand son fils implore dti pain, qui lui présente un caillou, ou qui lui apporte un serpent, en place du poisson qu'il réclame? Est-ce que, quand Tenfant veut un œuf, le iPère lui met un scorpion dans la main?...

Si donc, tout mauvais cpae vous êtes, vous ne manquez point de donner à vos enfants des choses bonnes, combien, à plus forte raison, votre Père céleste donnera-t-il le bon Esprit à ceux qui le lui demandent 1

Un jour il chassait un Démon, un Démon muet. Et lorsqu'il Feut expulsé, Thomme muet parla et les multitudes étaient dans l'admiration.

Parmi ceux qui étaient là, il s'en trouva cependant quelques-uns pour dire: « — C'est par Béelzébub. Chef des Démons, qu'il chasse les Démons. »

D'autres, à leur tour, voulaient lui imposer une épreuve, et exigeaient de lui qu'il opérât un prodige dans le ciel.

Mais Lui, connaissant leurs pensées, leur dit ceci :

— Tout Royaume divisé contre lui-même se dépeuplera et les maisons en tomberont Tune sur l'autre. Si donc Satan est divisé contre lui-môme, comment son Royaume va-t-il subsister?...

Vous prétendez que j'expulse les Démons par Béelzébub. Mais si c'est par Béelzébub, que je chasse les Démons, par qui donc les chassent vos propres enfants * ? Là-dessus qu'ils soient eux-mêmes vos juges.

Cependant, si c'est au nom de Dieu que je chasse les Démons, il en faut tirer cette conséquence que la royale puissance de Dieu a pénétré parmi vous....

Lorsque, armes en main, l'homme robuste el fort garde l'entrée de sa maison, ce qu'il possède est en sûreté. Mais si un plus fort que lui survient et le terrasse, ce dernier, lui arrachant les armes dans lesquelles il se confiait, jette çà et là ses dépouilles.

Qui n'est pas pour moi est contre Moi *. Et qui ne recueille pas avec Moi, dissipe.

1. En qualité d'exorcistes, certains Juifs chassaient les Démons par l'invocation du nom de Dieu. (Glaire.)

2. On dit encore: « Qui n*est pas contre moi est avec moi ». Ces deux proverbes juifs paraissent se prendre dans deux acceptions différentes. Le premier s'applique à ceux qui, témoins des miracles de Jésus, doutaient de la vérité de ses paroles ou restaient indifférents à son égard ; le second à ceux qui, comme Nicodème, dans les

— Quand TEsprit immonde est sorti d'un homme il erre par les lieux desséchés, cherchant le repos. Mais, ne le trouvant point : « Je reviendrai, dit-il, dans ma demeure, d'où je suis sorti ». Retournant donc sur ses pas, il voit qu'elle est purifiée de toute souillure, qu'elle est toute parée. Et alors, il s'en va prendre avec lui sept autres Esprits, plus pervers encore que lui-même, et, faisant irruption, ils établissent là leur séjour. De sorte que le dernier état de cet homme devient pire que le premier.

Du milieu de la foule, une femme éleva la voix :

— Bienheureuses, s'écria-t-elle, les entrailles qui vous portèrent, bienheureux le sein qui vous allaita !

— Dites plutôt : « Bienheureux ceux qui écoutent la Parole de Dieu, — et qui l'observent M »

temps orageux sont faibles^ mais non pas infidèles. Ayons pour la faiblesse de ces derniers les ménagements dont Jésus Christ nous a donné l'exemple. (De Ligny.)

1. L'exclamation de cette femme n'a point rapport aux paroles que Jésus vient de prononcer, mais bien à une autre circonstance, omise par saint Luc, et rapportée par saint Matthieu (XII, 46 et suiv.) et par saint Marc (III, 31 et suiv.).... Au moment où Notre- Seigneur parlait encore, — adhuc eo loquente — dit saint Matthieu, sa Mère et d'autres personnes de sa parenté le firent demander Et c'est évidemment en apercevant Marie que la femme fit entendre cette exclamation qui dut retentir au cœur de la divine Mère : « Bienheureuses les entrailles qui vous ont porté et le sein qui vous allaita! » — Quant

Le peuple s'amassait en foule. Et Jésus fit entendre ces mots :

« — Cette engeance-lâ* est une mauvaise engeance. Elle demande un signe : mais nul signe ne lui sera donné, sinon le signe de Jonas le Prophète. De même, en effet, que Jonas. fut un signe pour les Ninivites, de même, pour ceux-ci, en sera t-il du Fils de l'Homme.

Au Jugement, la Reine du Midi, ressuscitant avec cette race de gens, prononcera leur condamnation. Car cette Reine accourut des extrémités de la terre afin de venir écouter la Sagesse de Salomon : et voici sous vos yeux bien plus que Salomon.

à la réponse du Christ, elle signifie : « Au lieu d'arrêter vatre esprit à la conleiuplation stérile de la destinée d'autrui et de l'envier comme un hasard heureux et une chance du sort, tournez plutôt votre regard et votre volonté vers ce qui dépend de vov^-même; cela seul est fécond. Ce qui dépend de vous-même, c'est d'écouter et de pratiquer la Parole de Vie et par là de réaliser en vous ce que vous admirez hors de vous. Ainsi, à mon image, vous deviendrez les Fils du Père céleste; ainsi, à l'image de ma Mère, vous enfanterez Dieu dans le Monde.... »

Si nous interprétons de la sorte la pensée et le sentiment du Sauveur, c'est que, en ce même moment, au rapport de saint Mattliieu, il les exprima lui-même aux multitudes avec cette concision orientale dont Tesprit chrétien n'a pas de peiae à pénétrer le mystère < Voici ma Mère et mes frères, ditHil en montrant ses Disciples ». Faire la volonté de mon Père qui est aux Gieux, c'est être mon frère, c'est être ma sœur, c'est être ma mère. (Voir Matthieu Xlt, 46.)

1. L'engeance pharisaïque, la race sans cesse renaissante des hommes de la lettre morte, des éternels ennemis de l'Esprit et de la Vie, des orgueilleux, des hypocrites, que Notre-Seigneur va tout à l'heure (à la page suivante) flétrir en termes teiribtes.

SAiXT LUC, XI, 32-39. 335

Au Jugement, les habitants de Ninive, ressoscitant^n même temps, pponanceront aussi la condamnation de cette race. €ar, eux, ils firent pénitence à la prédication de Jonas : — et voici sous v^s yeux bien plus que Jonas....

« Personne n'allume une lampe pour la cacher et la mettre sous un boisseau, mais pour la dresser sur un candélabre, afin que ceux qui entrent soient éclairés.

La lampe de ton corps, c'est ton œil. Si ton œil est net, toute ta personne sera éclairée; si au contraire ton œil est mauvais, toute ta personne sera dans les ténèbres.

-Veille en conséquence à ce que la lumière qui -est en toi ne soit point ténèbres. Et si toi-même lu es éclairé, sans rien d'obscur, tout sera éclairé pour toi comme par une lampe allumée. »

Pendant qu'il parlait encore, un Pharisien vint le prier d'accepter à déjeuner chez lui.

H entra donc et prit place à la table.

Or, le Pharisien fit en lui-môme celte remarque, que Jésus, avant le repas, n'avait pratiqué aucune ablution.

Le Seigneur lui adressa alors ces paroles :

« — Au temps où nous sommes, vous autres, Pha-

risiens, vous nettoyez le dehors de la coupe et du plat tandis que le dedans intime de vous-mêmes déborde de rapines et d'iniquités... Insensés! Est-ce que Celui qui a fait le dehors n'a pas fait aussi le dedans?... Donnez toutefois, donnez en aumônes tout ce que vous pourrez, et chez vous tout sera purifié*.

Malheur, malheur à vous. Pharisiens qui payez la dîme, et de la menthe, et de la rue, et de toute espèce de légumes, et qui laissez de côté la justice et Tamour de Dieu! Le devoir était, tout en faisant ces choses, de ne pas omettre les autres.

Malheur à vous, Pharisiens, parce que, dans les synagogues, vous aimez les premiers sièges et, sur la place publique, les hommages et les révérences!

Malheur à vous! parce que vous êtes comme des sépulcres, dissimulés aux regards, et sur lesquels, sans le savoir, les hommes promènent leurs pas*.

Là-dessus, un Docteur de la Loi voulut protester: — Maître, en disant cela, vous nous faites injure, à nous aussi.

1. Celui qui fail consister toute la religion dans des pratiques et des observances, n'a que les semblants de la vie. Il parait vivre mais il est mort, et les œuvres de la charité peuvent seules le ressusciter.

2. « Leur parler de la sorte, dit Tabbé Fouard, c*était leur dire qu'on se souillait à leur contact comme en passant sur un tombeau. Plus tard^ dans Jérusalem (Mat. XXIII, 27), à la vue des Pharisiens étalant leur faste, Jésus les comparera encore à des sépulcres, non plus cachés, mais reblanchis et montrant de beaux dehors, tandis que rintérieur est plein de corruption. »

— Et à vous aussi, Docteurs de la Loi, et à vous aussi, malheur! reprit Jésus, parce que vous imposez aux hommes des fardeaux insupportables, alors que vous-mêmes vous n'y touchez pas du bout du doigt.

Malheur à vous qui érigez des monuments aux Prophètes, aux Prophètes que vos ancêtres ont tués, — à vous, qui vous faites ainsi les continuateurs de l'œuvre de vos aïeux ! Vos Pères ont commis les meurtres : et vous, ensuite, vous construisez le tombeau.

C'est ce que la Sagesse de Dieu a annoncé en ces termes : « Je leur enverrai des Prophètes et « des Apôtres ; mais ils tueront les uns et persécute- « ront les autres >>. Aussi à cette race-là sera-t-il demandé compte du sang de tous les Prophètes qui a été répandu depuis Torigine du monde, à partir du sang d'Abel jusques au sang de Zacharie qui fut immolé entre TAutel et le Temple. Oui, je vous le déclare, c'est à cette race d'hommes qu'il en sera demandé compte.

Malheur à vous. Docteurs de la Loi, qui avez mis la main sur la clé de la Science. Vous n'entrez point, et, ceux qui sont à môme d'entrer, vous les empêchez !»

Du moment où il leur eut parlé ainsi, à euxmêmes, les Pharisiens et les Docteurs de la Loi entreprirent de le harceler de toutes leurs forces, de le pourchasser de questions captieuses, afin d'arracher à ses lèvres quelque parole qui leur pût servir de prétexte pour le décréter d'accusation.

Des multitudes de peuple se pressaient autour de la maison, tellement qu'on se foulait les uns les autres.

« — Avant tout, leur recommanda-t-il, avant tout gardez-vous du levain des Pharisiens, qui est l'hypocrisie.

Sachez qu'il n'est rien de secret qui ne soit appelé à être révélé, rien de caché qui ne doive être connu. Eh bien, puisque ce que vous avez énoncé dans les ténèbres est destiné à être répété en pleine lumière; puisque ce que vous avez murmuré à l'oreille, dans une chambre close, est destiné à être crié sur les toits, je vous dis ceci, mes amis : « N'ayez ce nulle terreur de ceux qui tuent le corps et dont la « puissance ne va pas au delà». Qui faut-il craindre? Il faut craindre Celui qui, après avoir envoyé la mort, a le pouvoir de précipiter dans la Géhenne. Oui, oui, je vous le répète, craignez Celui-là !

Qu'est-ce que le prix d'un passereau? N'en donne-t-on pas cinq pour deux deniers?,.. Eh bien, parmi ces petits oiseaux, il n'en est pas un seul qui soit en oubli devant Dieu. Les cheveux même de votre tête sont comptés. N'allez donc pas être pris d'effroi: vous êtes de plus haute valeur qu'une multitude de passereaux !

« Quiconque, je tous le déclare, m'aura proclamé devant les hommes, le Fils de THomme, à son tour, le proclamera devant les Anges de Dieu; et qui m'aura renié devant les hommes sera renié par moi devant les Anges de Dieu.... Que quelqu'un cependant ait proféré un mot contre le Fils de l'Homme, il lui sera encore pardonné. Mais point de pardon pour qui aura blasphémé l'esprit de Dieu*.

Lorsque Ton vous traînera dans les Synago^es, devant les Magistrats et devant les Puissances, ne vous inquiétez nullement ni du fond ni de la forme de ce que vous aurez à répondre. L'Esprit-Saint vous inspirera, à l'heure même, ce qu'il faudra que vous fassiez entendre. »

« — Maître, lui dit quelqu'un de la foule, veuillez ordonner à mon frère de procéder avec moi au partage de notre patrimoine.

— Mon ami, lui répondit Jésus, qui m'a constitué juge entre vous ou faiseur de partages? »

Puis, s'adressant aux autres, il ajouta :

« — Soyez bien attentifs à vous garder de toute

Page 1