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Voy. la note de la pag« 63 et suiv

avarice. Car, quelle que soit la fortune d'un homme, la Vie ne lui vient point des trésors qu'il possède.

Le champ d'un riche avait porté des fruits abondants. Et il songeait en lui-même : « — Que feraije? car je n'ai vraiment pas où serrer ma récolte! ....Ce que je ferai, le voici : je démolirai mes greniers ; j'en construirai de plus grands, et j'y ramasserai tous mes produits et tous mes biens. Et puis, je dirai : « Mon ami, tu as là en réserve « beaucoup de biens pour beaucoup d'années : « repose-toi, mange, bois et fais chère lie*. »

Tout à coup Dieu parla :

— Insensé ! C'est cette nuit même qu'il te faut rendre l'âme. Et les richesses dont tu t'es précautionné, à qui seront-elles ?

Ainsi en sera-t-il de celui qui thésaurise pour soi et qui ne place pas en Dieu sa richesse ! »

« — Voilà pourquoi je vous le répète, disait-il encore à ses Disciples : « Ne vous mettez pas en inquiétude : — pour votre vie, de ce que vous mangerez;— pour votre corps, de quoi vous vous vêtirez ». La vie est plus que la nourriture, le corps est plus que le vêtement'....

1. Le riche en effel accumule folie sur folie; il oublie celui qui lui donne ce qu il appelle « mes fruits, mes biens » , il se réserve tout, <TiSva^(o iràvxa, et s'imagine trouver dans les richesses maté rielles un aliment pour son âme ; il oublie qu'il faut mourir. (L'abbé Fouard.)

2. Donc Celui qui a eu le pouvoir de vous faire présent de la vie aura aussi celui de vous envoyer la nourriture ; Celui qui a créé

SAINT LUC, xn, 24-33. 341

Regardez ces corbeaux. Ils ne sèment, ni ne moissonnent ; ils n'ont ni cellier, ni grenier. Et pourtant Dieu les nourrit. De quel prix n'êtes-vous pas au-dessus de ces oiseaux ?

Qui de vous d'ailleurs, par toutes ses préoccupalions, pourrait allonger, ne fût-ce que d'une coudée, le fil de sa vie?... Si donc les moindres choses dépassent votre pouvoir, pourquoi vous tourmenter des jours à venir?

Regardez encore comment croissent ces lis. Ils ne travaillent, ni ne Aient, et pourtant, je vous le dis, Salomon lui-même dans toute sa gloire n'était pas vêtu comme Tun d'eux.

Eh bien ! si Dieu habille de telle sorte celte herbe qui est aujourd'hui dans les champs et qui demain sera jetée au four, combien, à plus forte raison, pourvoira-t-il à votre vêtement, hommes de foi chétive !

Ne vous inquiétez donc nullement de ce que vous aurez à manger, ou de ce que vous aurez à boire ; et ne vous en troublez point l'esprit.

Oui, sans doute, ce sont là les inquiétudes des gens du monde : mais vous, votre Père ne sait-il pas que vous en avez besoin? Cherchez, cherchez avant tout, le règne de Dieu et sa justice, — et tout cela vous sera accordé par surcroît. Petit troupeau, n'ayez pas peur : c'est un Royaume qu'il a plu à votre Père de vous donner !

Vendez ce que vous possédez et répandez-le en au-

pour vous cette merveille qu'on appelle le corps humain saura bien diriger les circonstances pour faire trouver à ses serviteurs et à ses amis le vôlemenl qui leur est nécessaire.

342 SAINT LUC, xn, 33-<i2.

mônes. Faites-vous dans le ciel des bourses inusables; faites-vous un trésor solide que tes voleurs ne puissent atteindre, que la rouille ne puisse entamer. Car votre âme ira où vous déposez votre trésor-..

« Ayez aux reins la cei&ture et dans vos mains la lampe allumée : semblables à des hommes qui attendent leur Maître revenant des noœs^ et qui se tiennent prêts, dès qu'il arrivera et frappera à la porte, à lui ouvrir tout aussitôt. Bienheureux ces serviteurs que le Maître, à son retour, trouvera veillant de la sorte. Lui-même, — oui, lui-même, — prendra la ceinture ; il les fera asseoir au festin, et, renversant les rôles, il se naettra à les servir. Qu'il rentre à la seconde ou à la troisième veille de la nuit, bienheureux seront ces serviteurs, s'il les trouve veillant aicisi!

Comprenez donc que si le Maître d'une maison était informé de Theure où le voleur doit faire irruption, il se tiendrait très certainement en alerte et ne laisserait pas faire brèche à son logis. Pour le même motif soyez constamment prêts, vous autres, puisque l'heure — cette heure à laquelle paraîtra tout à coup le Fils de l'homme, — vous ne la savez point.

— Est-ce pour nous, lui demanda Pierre, ou éga. lement pour tout le monde, que vous dites cette parabole?

— Quel est, à ton avis, lui répondit Jésus, l'admi-

SuViNT LUC, XII, 42-50. 343

nistrateur fldël« et prudent que le Maître a établi sur ceux de sa Maison, afin de distribuer à chacun, au moment voulu, sa mesure de froment? C'est rheureux serviteur que ce Maître, en rentrant, aura trouvé agissant comme je disais. Celui-là, je vous le dédare en vérité, il l'établira sur toutes ses possessions.

Si le serviteur au contraire arrête son esprit sur cette pensée : « Mon maître est long à venir », et qu'il se mette à battre valets et servantes, à faire festin, à boire, à s'enivrer, voilà que le Maître se présentera inopinément au. jour où on ne l'attend pas ei à l'heure que l'on ignore, il le chassera de devant lui; il le traitera comme ceux qui ont été infidèles dans leur gestion; et ce serviteur, qui connaissait la volonté de son Maître, mais sans s'y conformer et sans se tenir prêt, sera puni sévèrement.

Quant à celui qui, dans l'ignorance de cette volonté, aura commis quelque acte répréhensible, il n'aura à subir qu'une peine légère. A tout homme qui a beaucoup reçu, on demandera beaucoup ; et on lui réclamera d'autant plus qu'on lui aura donné davantage.

« Je suis venu mettre le feu à la Terre, et je ne veux rien moins que l'embraser J...

Il est un Baptême dont je dois être baptisé. Et combien, en moi-même, je me sens pressé de le voir s'aooomplir!...

Est-ce que vous pensez que je sois venu apporter la paix à la Terre ? Non certes, mais la division. Car désormais, cinq personnes étant dans une maison, elles seront partagées, trois contre deux et deux contre trois. Seront divisés : le père contre le fils, et le flls contre le père ; la mère contre la flUe, et la fille contre la mère ; la belle-mère contre sa bru, et la bru contre sa belle-mère. »

S'adressant aux multitudes il ajoutait : a — Lorsque vous voyez, au couchant, les puages apparaître, vous dites aussitôt: «La pluie arrive», et elle arrive en effet. Lorsque c'est le vent du midi qui souffle, vous dites : « Il fera chaud », et ce pronostic se réalise.... Comment donc, ô hypocrites, qui savez si bien discerner Taspect du ciel et de la terre, ne discernez-vous pas aussi le temps où nous sommes, et pourquoi, de vous-mêmes, n'en portez-vous pas un juste jugement?...

Quand tu vas devant un magistrat avec le créancier qui le poursuit, tâche, en chemin, d'obtenir de lui quittance de ta dette, de peur qu'il ne te traîne en présence du juge, que le juge ne te livre à l'exécuteur et que l'exécuteur ne te jette en prison. De cette prison tu ne sortiras point, je te le déclare, avant d'avoir payé jusqu'à la dernière obole. »

SAINT LUC, Xlll, 1-5. 345

Vers cette même époque, quelques-uns vinrent lui annoncer ce qui s'était passé au sujet des Galiléens dont Pilate avait mêlé le sang à celui de leurs sacrifices ^

— Pensez-vous, leur dit-il, parce qu'ils viennent de subir une telle catastrophe, pensez-vous que ces Galiléens fussent de plus grands coupables que leurs compatriotes? Non, ils ne Tétaient point: mais, si vous ne vous convertissez, vous périrez tous pareillement.

Et ces dix-huit hommes sur qui s'écroula la tour de Siloë et qui furent tués, croyez-vous donc que leur dette dépassât celle de tels ou tels des habitants de Jérusalem? Non certes. Mais, si vous ne vous amendez, vous périrez tous pareillement.

1. Il s'agit ici de quelques-unes de ces nombreuses émeutes qui éclatèrent parfois dans les divers quartiers de Jérusalem contre l'autorité romaine et que celle-ci réprimait sévèrement.

Quant aux paroles que va prononcer le Seigneur, il faut se souvenir, en les lisant, que c était chez les Juifs un préjugé enraciné que tout homme frappé par le malheur était un coupable, justement châtié par la Providence. Idée fausse et funeste qui tendait à arrêter toute compassion pour Tôlre souffrant.

Autre parabole :

— Un homme avait un figuier, planté au milieu de sa vigne. Mais quand il voulut y cueillir des fruits, il n'en trouva pas un seul : — « Voilà trois ans, dit-il alors à son vigneron, que je viens chercher du fruit sur ce figuier et que je n'en trouve jamais. Coupe-le donc : ne vois-tu pas qu'il charge la terre inutilement? — Seigneur, lui répondit le vigneron, !aissez-te encore cette année. Je bêcherai tout autour, je mettrai du fumier, et peut-être portera-t-il du fruit : sinon, vous le couperez Fan prochain.

C'était un jour de Sabbat; il enseignait dans une Synagogue.

Une femme était là, possédée par un Esprit qui la tenait infirme depuis dix-huit ans. Elle était toute courbée et dans l'impossibilité absolue de regarder en haut.

L'ayant aperçue, Jésus l'appela auprès de lui et étendant les mains sur elle :

— Femme, lui dit-il, tu es délivrée de ton infirmité.

Et soudain, à ces mots, elle redevint droite.

Cette femme rendait grâce à Dieu lorsqu'arriva le Chef de la Synagogue, lequel fit éclater son indignation de ce que Jésus guérissait pendant le Sabbat :

S.VINT LUC, XlUy 14-21. 347

— Il y a six jours pour le travail; venez donc alors vous faire guérir. Mais le jour du Sabbat, non point.

— 0 hypocrites ! lui répondit le Seigneur, ^st-ce que chacun de vous, le jour du Sabbat, ne délie pas du- râtelier son bœuf et son âne pour les conduire à Tabreuvoir? Et cette fille d'Abraham, que, depuis dix-huit années, Satan tient garrottée, vous voudriez qu'il ne fût pas permis de la délier de sa chaîne?

TeUes furent les parole» par lesquelles il fit rougir ses adversaires.

Quant au peuple, il était tout entier à la joie des choses glorieuses que Jésus accomplissait.

— A quoi est semblable le règne de Dieu, disait-il, et à quoi le comparerai-je ?

Il est semblable à un grain de sénevé qu'un homme a recueilli et semé dans son jardin. Le germe pousse, et grandit en forme d'arbre. Et dans ses rameaux se reposent les oiseaux du ciel....

— A quoi comparerai-je encore, repr^aait-il, le règne de Dieu? Il est semblable à un levain qu'une femme prend et qu'elle enfouit dans trois mesures de farine jusqu'à ce que le tout ait fermenté**^

Ainsi, à travers cités et villages, il allait enseignant. Et il s'avançait vers Jérusalem.

— Seigneur, lui demanda quelqu'un, sera-ce un petit nombre seulement qui sera sauvé?

— Efforcez-vous, répondit-il, — en s'adressant également aux autres auditeurs, — efforcez-vous d'entrer par le passage étroit : car beaucoup, je vous le déclare, chercheront à pénétrer et ne le pourront.

Quand le Père de Famille aura fait son entrée et fermé son seuil, vous commencerez tout d'abord par vous tenir à l'extérieur et par frapper à la porte, en criant au travers : « — Seigneur, ouvrez-nous î » Lui cependant vous répondra : « — Je ne sais d'où vous êtes. »

ce — Mais, essayerez -vous de lui dire, nous avons mangé et bu face à face avec vous; et c'est sur nos places publiques que vous avez enseigné. » Et de nouveau il vous répétera : — « Je ne sais d'où vous êtes: fuyez loin de Moi, ouvriers d'iniquité! »

Loin de Moi!... C'est là que seront les sanglots, c'est là que seront les grincements de dents, alors que vous apercevrez dans le Royaume de Dieu, et Abraham, et Isaac, et Jacob, et tous les Prophètes,

SAINT LUC, xni, 28-33. 3^9

tandis que vous-mêmes, vous vous verrez repoussés au dehors.

De l'Orient, de l'Occident, du Nord, du Midi, on viendra prendre place et s'asseoir dans le Royaume de Dieu. Et voilà que les derniers seront les premiers; et les premiers se trouveront les derniers.

Dans le cours de cette même journée, il fut abordé par certains Pharisiens :

— Partez, lui dirent-ils, et quittez la contrée, parce qu'Hérode a formé le projet de vous faire périr.

— Allez annoncer à ce renard, leur répondit-il, qu'aujourd'hui, que demain, qu'après-demain enfin, j'expulse les Démons et guéris les malades.

Aujourd'hui, demain et le jour suivant, je dois d'ailleurs continuer ma marche : car il ne convient vraiment pas qu'un Prophète soit mis à mort hors de Jérusalem* !...

1. Parole empreinte d'ironie, au dire des commentateurs, et par laquelle Jésus rappelle l'ingratitude de Jérusalem, et sa perpétuelle tendance à mettre à mort ces grands messagers de Dieu. La plupart y avaient été tués. C'était en effet dans cette ville, dit Cornélius à Lapide, que siégeaient les rois, les princes, les prêtres, les puissants du siècle, les sages, les pharisiens, lesquels, s'appuyant sur la populace, ne pouvaient souffrir les avertissements et les reproches des Prophètes et avaient fait de la Maison de Dieu la tuerie [maceUum) des prophètes. De là, la parole du Christ.

Jérusalem! Jérusalem! toi qui tues les Prophètes et qui lapides ceux qui te sont envoyés, combien de fois, ainsi qu'un oiseau rassemble sa couvée sous ses ailes, combien de fois at-je voulu aussi rassembler tes enfants et tu ne l'as point voulu !..,

Voici cependant que vos maisons vont demeurer désertes!... Et je vous annonce que vous ne me verrez plus jusqu'à ce que se lève Theure où vous vous écrierez : « Qu'il soil béni, Celui qui vient au nom du Seigneur ! »

Jésus dînait dans la demeure d'un des principaux Pharisiens f c'était un jour de Sabbat et tous s'appliquaient à épier ce qu'il allait faire, car il y avait là, devant lui, un homme atteint d'hydropisie.

Répondant à leurs pensées, Jésus prit luinnaérne la parole et interpella les Docteurs de la Loi et les Pharisiens :

— Est-il permis de guérir pendant le Sabbat? leur demanda- t-il.

Ceux-ci ne dirent mot.

Touchant de la main Thydropique, Jésus le guérit alors et le congédia.

Puis, s'adressant à eux de nouveau, il leur posa cette autre question :

— Lequel d'entre vous, si son âne ou son bœuf tonabait dans un puits, ne s'empresserait, même en plein Sabbat, de l'en retirer aussitôt?

A cela non plus ils ne surent que répondre.

Ayant remarqué avec quelle ardeur les convives cherchaient à s'asseoir aux places d'honneur, il y fit allusion :

— Quand vous serez prié à des noces, dit-il, gardez-vous bien de vous installer à la première place, de peur que, quelque personnage plus considérable étant convié aussi, celui qui vous a invités l'un et l'autre ne vienne vous dire : « Cédez-lui donc la place », et qu'il ne vous faille, la rougeur au front, aller vous asseoir au dernier rang.

Tout au contraire, quand tu seras convié, va prendre un siège à la dernière place.... Et alors, quand celui qui t'a invité entrera dans la salle, il te dira : « Mon ami, montez donc à une place supérieure. » Et c'est en ce moment que, devant tous les convives, tu seras honoré, — car quiconque s'élève sera humilié, et quiconque s'humilie sera élevé.

— Lorsque tu donneras à dîner ou à souper, disait-il à son hôte, n'appelle à ce repas ni tes amis, ni tes frères, ni tes parents, ni tes riches voisins, de crainte qu'ils ne te réinvitent à leur tour et qu'ils ne te rendent ce qu'ils auront reçu de loi. Tout

au contraire, invites-y des pauvres, des estropiés, des boiteux, des aveugles. Heureux seras-tu si tu fais cela, parce que ceux-ci n'ayant point de quoi te rendre le festin, ce festin te sera rendu à la résurrection des Justes.

Sur ces derniers mots, Tun des convives s'écria :

— Bienheureux qui sera de la fête dans le Royaume de Dieu !

Jésus reprit la parole :

— Un homme, qui avait préparé un grand dîner, y avait convié beaucoup de monde. Lorsque fut venu le moment du banquet, il envoya chercher les invités, leur annonçant que tout était prêt*.

Mais tous, comme de concert, commencent à donner des défaites :

— J'ai acheté une maison de campagne, dit l'un, et il est de toute nécessité que j'aille la visiter. Je vous en prie, excusez-moi.

— J'ai fait acquisition de cinq paires de bœufs, prétend un autre, et je vais les essayer. De grâce, excusez-moi.

— J'ai pris femme, allègue un troisième. Donc je ne puis venir.

Le serviteur transmet à son maître toutes ces réponses.

1. Aujourd'hui encore^ dans les villages et dans les camps arabes^ on entend à l'heure du repas cette même invitation : « Venez, le festin est prêt ! » et s'y refuser est une grave insulte. (Thomson^ The Land and the Bookj I, cliap. ix.)

Le Père de Famille est indigné :

— Tu vas parcourir, lui dit-il, les places publiques et les rues de la ville ; et tu amèneras ici les pauvres, les estropiés, les aveugles, les boiteux.

Quand le serviteur fut de retour :

— Seigneur, dit-il, votre ordre a été exécuté : et il reste encore de la place.

— Va alors battre chemins et buissons, et presse les gens d'entrer, de sorte que ma maison soit toute remplie....

Ainsi, je vous le déclare, aucun de ceux-là qui étaient « les invités » ne prendra part à mon festin.

Des multitudes s'attachaient un jour à ses pas. Il se tourna vers ces foules et leur dit :

— Si quelqu'un, pour venir à Moi, ne sait pas rompre avec son père, ou sa mère, ou sa femme, avec ses frères ou ses sœurs, voire môme avec sa propre vie, il ne peut être mon Disciple. Il ne peut être mon Disciple celui qui refuse de porter sa croix et de marcher à ma suite....

Quel est celui d'entre vous qui, ayant conçu le projet de bâtir une tour, ne tienne tout d'abord conseil en lui-même, afin de supputer la dépense nécessaire et de voir s'il aura de quoi mener l'en-

354 SAINT LUC, xïv, 28-35.

treprise jusqu'au bout? H ne veut pas, en effet, s'exposer à être dans T impuissance d'achever sa construction après en avoir jeté les fondements et à devenir, aux yeux de tous, l'objet de la risée publique. « — En voilà un, dirait-on, qui, dans son édifice, a fait un commencement, sans pouvoir faire une fin. »

Quel est encore le roi qui, sur le point d'aller en guerre contre quelque autre monarque, ne tienne également conseil en lui-même et ne se demande, par exemple, s'il peuJ, avec dix mille hommes, faire face à l'adversaire, qui s'avance sur lui avec vingt mille? Et, dans le cas de la négative, alors que l'ennemi est encore loin, il lui envoie une ambassade, pour lui porter des propositions de paix.

Que chacun de vous fasse de même. — Celui qui ne sait point renoncer à tout ce qu'il possède

ne peut être mon Disciple Le sel est bon. Et

cependant si le sel s'affadit, avec quoi assaisonnera-t-on? Il n'est plus propre à rien, ni pour la terre, ni pour le fumier : il n'y a qu'à le jeter dehors.

Que celui-là qui a des oreilles pour entendre, entende * 1

1. Celle instruction s'applique^ non à la foule, mais aux Disciple», à ceux à qui Jésus a dit : « Vous êtes le sel de la terre! » Ceux-là sont tenus à la rigueur du conseil et à la vie de sacrifice.... Si ce sel s'affadit, il n'est plus bon à rien. Le fcI affadi, c'est le clergé ayant laissé s'évanouir en lui la saveur divine.

SAINT LOC, XV, 1-8, 35f)

Publicains et gens de vie irrégulière se pressaient tous autour de lui, avides d'écouter sa parole.

Cela excita le murmure des Scribes et des Pharisiens :

— Cet homme, dirent-ils, fait accueil aux gens sans conduite et s'attable avec eux.

Il leur répondit par une comparaison :

— Si Tun de vous a cent brebis et qu'il vienne à en perdre une, ne laissera-t-il pas dans le désert les quatre-vingt-dix-neuf autres pour courir à celle qui s'est égarée, jusqu'à ce qu'il l'ait enfin rencontrée ? Et une fois qu'il l'aura trouvée, il la mettra, tout joyeux, sur ses épaules, et, s'en allant en sa maison, il convoquera amis et voisins : « — Félicitezmoi, leur dira-t-il, car j'ai retrouvé ma brebis perdue! »

Telle sera, je vous le déclare, la joie qu'il y aura dans le Ciel, joie plus grande pour un seul pécheur se convertissant, que pour quatre-vingtdix-neuf justes qui n'ont pas besoin de conversion.

Soit encore une femme, en possession de dix drachmes, et à qui il arrive d'en perdre une. Est-ce qu'elle n'allume point sa lampe, est-ce qu'elle ne

balaye point son logis, est-ce qu'elle n'apporte point à la chercher la plus grande diligence jusqu'à ce qu'enfin elle la découvre? Et, quand elle l'a retrouvée, elle appelle ses amies et ses voisines : « — Félicitez-moi! leur dit-elle; car j'ai retrouvé ma drachme perdue ! »

Telle sera, je vous le répète, telle sera l'allégresse parmi les Anges de Dieu, pour un seul pécheur se convertissant !

Puis il ajouta :

— Un homme avait deux fils :

Le plus jeune des deux dit à son Père : « — Mon Père, donnez-moi la part de fortune qui me revient. » Et le Père partagea entre eux l'héritage *.

Peu de jours après, ce jeune fils, ayant rassemblé tout ce qu'il avait, partit pour un pays lointain. Il y mena un train de débauche, et jeta au vent sa fortune.

Déjà il avait tout dévoré, quand survint en cette contrée une très rude famine. Il commença à sentir le besoin, et alla se mettre au service de l'un des habitants de la région, lequel l'envoya à sa ferme comme gardeur de pourceaux. Là, il cherchait à apaiser sa faim avec ces cosses que mangent les porcs, car personne ne lui donnait rien *.

1. Le Prodigue, ayant un frère aîné, devait, selon la loi juive, recevoir la moitié de la part réservée à celui-ci. (L'abbé Fouard.)

2. L'aliment dont il est ici question est désigné dans le grec par le mot Kepaxia, et dans le latin par siiiquas. II s'agit du fruit

Ce fut alors qu'il rentra en lui-même : « — Dans la maison de mon Père, pensa-t-il, combien de gens à gages ont en abondance de quoi se nourrir, tandis que moi, ici, je meurs de faim!... Je me lèverai et j'irai vers mon Père. Et puis, je lui dirai : « Mon Père, j'ai péché contre le Ciel et contre « vous! Je ne suis plus digne d'être appelé votre <c fils! Recevez-moi comme Tun de vos merce- « naires. »

Il se met donc en roule, pour retourner vers son Père.

Comme il était encore loin, le Père Taperçut el fut ému jusqu'au fond des entrailles. Il accourt à la rencontre de son enfant; et, se laissant choir à son cou, il le couvre de ses baisers.

— 0 mon Père, lui dit le fils, j'ai péché contre le Ciel et contre vous, et je ne suis plus digne d'être appelé votre fils....

— Vite! vite î crie le Père à ses serviteurs : apportez le plus beau vêtement! Mettez-le-lui!.. Un anneau à sa main* !... Et des chaussures à ses pieds!,.. Et puis, amenez le veau gras et tuez-le! Faisons festin et réjouissance ! Parce que mon fils

du caroubier, que Linné désigne ainsi : Ceratonia siliqua. Ce sont de longues cosses recourbées en croissant et qui sont remplies de fèves noires d'un goût fade : les animaux s'en nourrissent. Il advient môme que les pauvres, plutôt que de mourir de faim, en mangent aussi; et c'est ce que Ot le Prodigue, dénué de tout et ne recevant nulle aumône.

1. L'anneau était le signe de l'homme libre, noble et riche. Il en était de môme des chaussures, car les esclaves marchaient nupieds, les hommes libres étaient chaussés.

était mort, et qu'il est ressuscité ; il était perdu et il est retrouvé!...

Le banquet de fête était commencé, lorsque revint l'aîné, qui avait été dans la campagne.

En approchant de la maison, il entend des symphonies et des danses.

Il appelle un des serviteurs et lui demande ce que c'est que tout cela.

— Votre frère est de retour, lui répond celui-ci, et voire Père, ayant recouvré son fils sain et sauf, a tué le veau gras.

A cette nouvelle, l'aîné se courrouce : il se refuse à franchir le seuil de la porte.

Le Père sort alors, et le supplie d'entrer :

— Eh quoi, lui réplique Taîné, voilà tant et tant d^années que je vous sers, sans qu'une seule fois j'aie manqué à l'un de vos ordres : et jamais vous ne m'avez donné un chevreau pour faire fête avec mes amis. Mais lorsque revient cet autre fils, qui a mangé son bien avec des courtisanes, voilà que, pour lui, vous tuez le veau gras.

— Mon enfant, lui dit le Père, tu es toujours avec moi. Tout ce qui est à moi est à toi. Mais il fallait bien faire grande fête et réjouissance, parce que ton frère que voici était mort et qu'il est ressuscité; parce qu'il était perdu et qu'il est retrouvé!

11 (lisait encore à ses Disciples :

— Un homme opulent avait un intendant, qui lui fut dénoncé comme dissipant sa propre fortune.

11 le fît venir :

— Qu'est-ce que j'apprends de toi? lui dit-il. Rends-moi compte de ta gestion, car il n'est plus possible que tu administres désormais.

— Que ferai-je? se demanda en lui-même l'intendant; que ferai-je, puisque mon maître me retire la gestion de ses biens? Travailler la terre? je n'en ai point la force! Mendier? j'en aurais honte... Allons ! je vois ce que j'ai à faire afin que, renvoyé de ma charge, il se trouve des gens qui m'accueillent en leurs maisons.

Sur ce, il convoque les débiteurs de son Maître, chacun en particulier. Au premier qui se présente, il dit :

— Combien dois-tu à mon Maître?

— Cent barils d'huile, répond le débiteur.

— Voici ton obligation, reprend l'intendant; assieds-toi vite et écris « cinquante ».

— Et toi, demande-t-il, en s'adressant à un autre, combien dois-tu?

— Cent mesures de froment.

— Reprends ton billet et écris « quatre-vingts ». Et le Maître loua la prévoyance avec laquelle,

en son iniquité, avait agi l'administrateur ; car les enfants de ce siècle sont, — dans leur genre, — plus prévoyants que les enfants de la lumière....

Et moi aussi, je vous dis : « — Avec les richesses de riniquité, faites-vous des amis, afin que, quand vous viendrez à manquer, ils vous reçoivent dans les éternels tabernacles*.... »

Qui est fidèle pourtant dans le moins, Test également dans le plus; qui, dans les choses d'un prix minime, est injuste, le serait aussi dans les choses de la plus haute valeur. Si donc, pour les mauvais biens, vous n'avez pas été fidèles à Tordre du Maître, est-il possible qu'il aille vous mettre en possession de ce qui est « le véritable bien », les véritables richesses? Et si, dans la gestion de ce qui ne vous appartenait point, vous ne vous êtes pas montrés fidèles, est-il possible qu'il vous donne ce bien qui vous est destiné?...

Nul ne peut être à la fois au service de deux Maîtres; ou il aimera celui-ci et haïra celui-là, s'attachant à Tun d'eux et laissant l'autre de côté. Vous

1. Le Sauveur après avoir parlé de la prudence de Tadiiiintstrateur infidèle ne veut pas laisser dans l'esprit de ses Disciples la moindre erreur sur sa réprobation de l'infidélité elle-même. Par ce qui suit, il rappelle que, s'ils ne sont fidèles, ils seront chassés comme ce serviteur, et il les prémunit une fois de plus contre Tamour des richesses temporelles, qui ne leur sont données que pour faire le bien et non pour jouir.

5AINT LUC, xvr, 13-16. 361

ne pouvez être en même temps et le serviteur de DieUy et le serviteur des richesses.

En entendant ces paroles, les Pharisiens, qui étaient grands amis de Targent, tournaient Jésus en dérision.

— Vous êtes des gens, leur dit-il, qui avez pour unique but de paraître justes au regard des hommes. Mais Dieu connaît le fond de vos cœurs : et telle façon d'être qui obtient la haute estime des hommes est une abomination au regard du Seigneur'.

Jusques à Jean, la Loi et les Prophètes. Depuis ce moment est annoncée la bonne nouvelle du Royaume de Dieu contre lequel chacun fait vio-

1. Il est probable que quelqu'un des Scribes ou Pharisiens, entendant ces mots, interrompit le Maître, et que c'est par la bouche d'autrui que dut se faire la transition des idées entre ce qui précède et ce qui va suivre. C'est ce que nous faisons pressentir par les quelques points que nous plaçons dans le texte, dont la suite ne pourrait se comprendre autrement. Une parole de l'interrupteur (peutêtre quelque menace au Sauveur d'avoir à subir le sort de Jean pour la liberté de ses paroles) appela sans doute sur les lèvres de Notre-Seigneur le nom du Baptiste martyr, et provoqua l'allusion qu'il va faire à l'adultère public d'Hérode, que les Pharisiens toléraient par un lâche silence. Sévères et implacables pour des riens pour des questions de forme, ils étaient faciles pour les grandes iniquités, et pour les iniquités des grands.

*P. 571,^. îl

lence. Mais plutôt tomberont cielt et terre que ne soit renversé un seul point de la Loi. Tout homme qui abandonne sa femme pour en épouser une autre, commet un adultère; et en commet un également celui qui épouse la femme renvoyée.

— Il était une fois un riche, vêtu de pourpre et de lin : il faisait chaque jour de splendides banquets K

A sa porte gisait un certain Lazare. C'était un mendiant, tout couvert de plaies purulentes, et qui eût bien voulu rassasier sa faim des débris qui tombaient de la table du riche. Mais nul ne lui en faisait Taumône : les chiens seuls venaient à lui et léchaient ses ulcères....

11 advint cependant que le mendiant mourut, et qu'il fut transporté par les Anges dans le sein d'Abraham.

Le riche mourut aussi et fut enseveli.

1 . a La pourpre » désigne ici les manteaux et les riches couvertures teints de cette couleur précieuse; le lin désigne les vôtements de dessous. Ce dernier tissu était très délicat et d^une éclatante blancheur (Apoc, XIX, 8). a Nec ulla sunt eis candore moUitiaqtie prasferenda ; vestes inde gralissimas ». Pline, Historia naturalis, XIX, 2. Le même auteur ajoute que cette étoffe se payait au poids de l'or et faisait les délices des femmes. (L*abbé Fouard.)

* P. bn, a.

SAINT LUC, xvï, 22-29. 363

Du fond de TEnfer, et en proie à ses tourments, il leva les yeux en haut. Alors il aperçut de loin Abraham, et puis — reposant sur le sein du Patriarche — Lazare I

A cette vue, il pousse un grand cri :

— Père Abraham, ayez pitié de moi ! Et envoyez Lazare tremper dans Teau le bout de son doigt, afin qu'il vienne rafraîchir Tardeur de ma langue, car je suis à la torture au milieu de ces flammes.

— Mon fils, lui répond Abraham, souviens-toi que, en ta vie, tu as eu les biens en partage, tandis que, de son côté, Lazare a eu les maux. Maintenant, c'est lui qui est dans la consolation et toi dans les souffrances. En outre, un prodigieux abîme a été pour jamais établi entre nous et vous; de sorte qu'il serait impossible à qui le voudrait, soit d'aller à vous du lieu où nous sommes, soit de venir à nous du lieu où voua ètes^

— Père, reprit-il, envoyez donc, je vous en conjure, envoyez Lazare dans notre maison paternelle où j'ai laissé cinq frères. Qu'il aille les prévenir, pour qu'ils ne prennent pas, eux aussi, le chemin des supplices I

Mais Abraham lui répondit :

1. « Terrible distinction, funeste partage pour les gens du monde! Et toutefois, ouvrez les yeux: c'est le riche Abraham qui reçoit le pauvre Lazare dans son sein; et il vous montre, ô riches du siècle, à quelle gloire vous pouvez aspirer, si, pauvres en esprit et détachés de vos biens, vous vous tenez aussi prêts à les quitter qu'un voyageur empressé à déloger de la tente où il passe une courte nuit. » (Bossuet, Oraison funèbre de Michel Le TeUier,)

364 SAINT LUC, XVI, 29-31 ; xvil, 1-4.

— Ils ont Moïse et les Prophètes. Qu'ils les écoutent I

L'autre insista :

— Cela ne suffit point, Père Abraham. Mais si, du milieu des morts, quelqu'un se rend vers eux, ils se convertiront.

Et alors Abraham lui dit cette parole :

— S'ils n'écoutent ni Moïse ni les Prophètes, ils ne croiraient pas davantage, môme quand un mort ressusciterait.

— Qu'il ne se produise pas des occasions de chute, la chose est impossible : mais malheur à l'homme par qui ces occasions se produisent I L'eûton jeté à la mer, après lui avoir attaché au cou une meule meunière, cela vaudrait mieux pour lui que d'avoir été, pour un seul de ces petits, l'occasion de la chute....

A ceci soyez attentifs : « Si ton frère a péché contre toi, reprends-le; puis, s'il se repent, pardonne-lui. Et s'il pèche contre toi sept fois en un jour, et que sept fois en un jour il se tourne vers toi et te dise « J'ai regret », pardonne-lui.

— Augmentez en nous la foi, disaient les Apôtres.

— De la foi? reprit Jésus : si vous en aviez gros seulement comme un grain de sénevé, et qu'au mûrier que voilà vous donniez cet ordre : « Arrache-toi, et va te planter dans la mer », il vous obéirait aussitôt.

— Quand, après le labour et le pâturage, votre serviteur rentre des champs, quel est celui d'entre vous qui commencerait par lui dire : «Va donc vite l'asseoir à table? » Et ne lui dites-vous pas, au contraire : « Prépare-moi à dîner, mets ton tablier, et sers-moi jusqu'à ce que j'aie achevé mon repas, après quoi tu iras toi-même manger et boire ». Et quand ce serviteur fait ce qui lui a été commandé, est-ce que le Maître lui en doit des actions de grâce? Je ne le pense point.

Eh bien, vous, pareillement, lorsque vous aurez accompli tous les préceptes que Ton vous a donnés, pensez ceci : « Nous sommes des serviteurs sans mérite ; nous n'avons fait que ce que nous étions obligés de faire ».

366 SAINT LUC, XVIÏ, 11-19.

Dans le cours d'un voyage à Jérusalem, Jésus eut à traverser la Samarie et la Galilée. Et comme il arrivait un jour à l'entrée d'une bourgade, dix lépreux accourent vers Lui. S'arrêtant à une certaine distance S ils élèvent la voix :

— 0 Jésus, ô Maître, ayez pitié de nous ! Son regard se porte alors sur eux :

— Allez vous mojitrer aux prêtres, leur dit-il. Ils s'en vont; et voilà qu'en chemin tous sont

délivrés de leur lèpre.

En se retrouvant ainsi en pleine santé, l'un d'eux revient sur ses pas, célébrant à grands cris la munificence de Dieu. Il se prosterne aux pieds de Jésus, la face contre terre, en lui témoignant toute sa gratitude.

Or, c'était un Samaritain.

— Est-ce que tous les dix n'ont pas été guéris? demande Jésus. Oii sont donc les neuf autres?... .11 ne s'en est rencontré aucun qui soit retourné rendre gloire à Dieu, sinon celui-ci : un homme du dehors!

Puis, s'adressant à ce Samaritain :

— Lève-toi, dit-il, et poursuis ton chemin : ta foi t'a donné le salut.

1. Les lépreux n'osaient s'approcher des personnes saines^ de peur de les souiller. (Voy. Lévit., Xllï, 46.)

A des Pharisiens qui Tinterrogeaient sur le moment où arriverait le règne de Dieu, il fit cette réponse :

— Le règne de Dieu ne se présente pas de manière à frapper le regard, et il n'y a point à dire : « Il est en tel lieu déterminé ou il est en tel autre ». Le règne de Dieu est au dedans de vous..«.

Il poursuivit, s'adressant à ses Disciples :

— Viendra un temps où vous désirerez voir, ne fût-ce qu'un seul jour, le Fils de THomme, et où vous ne le verrez pas. Il y en aura qui s'écrieront : « Le voici! » ou « Le voilà! » Gardez-vous de les croire, et ne les suivez point.... Tel Téclair, sortant de la nue, illumine soudain l'horizon, tel, en son jour, apparaîtra tout à coup le Fils de l'Homme.... Mais il faut auparavant qu'il souffre bien des maux, et qu'il soit traité en réprouvé par celle race de gens.

Aînsi étaient les choses aux jours de Noé, ainsi seront-elles aux jours du Fils de l'Homme. Les hommes mangeaient, buvaient, se mariaient, mariaient leurs enfants; et cela, jusqu'à l'instant où Noé entra dans l'Arche, et où le Déluge survint et les extermina tous*

De même du temps de Loth : ils s'occupaient à manger, à boire, à vendre, à planter, à bâtir. Mais

au moment où Loih sortit de Sodome, la pluie de feu et de soufre tomba du ciel et les extermina tous. Il en sera pareillement lorsque le Fils de l'Homme écartera le voile qui le cache.

Que celui qui sera alors sur la terrasse, et qui aura laissé quelque objet à Tîntérieur, ne descende point le chercher; et que celui qui se trouvera en rase campagne ne retourne pas non plus en arrière. Souvenez-vous de la femme de Lolh I Qui cherchera à sauver sa vie, la perdra; et qui saura la perdre, la rendra au contraire vraiment vivante!

En cette nuit-là, vous dis-je, de deux hommes qui seront dans un lit, l'un sera pris et l'autre laissé; de deux femmes qui moudront ensemble. Tune prise et l'autre laissée; de deux hommes dans un champ, celui-ci pris et celui-là laissé....

— Où sera-ce. Seigneur ? demandèrent les Disciples, Il répondit par cette parole :

— Partout où sera le corps, là aussi les aigles se rassembleront ^

1. C'était leur marquer que la justice divine ne connaît ni temps ni lieu, mais qu'elle atteint le péché partout où il souille la terre. A l'heure où son iniquité étant consommée, il ne reste plus de l'impie qu'un cadavre, les aigles, les vengeurs de la justice divine, fondent sur leur proie. Ils s'assemblent, selon les expressions du Voyant de Patmos, a au grand souper de Dieu, pour manger la chair des rois, la chair des officiers de guerre, la chair des forts, la chair des chevaux et des cavaliers, la chair de tous les hommes, libres et esclaveS; petits et grands..., et tous les oiseaux se soûlent de leurs chairs. » (L'abbé Fouard.)

Voici encore une parabole qu'il leur raconta pour leur montrer qu'il faut prier toujours et sans jamais se lasser :

— En une certaine cité, dit-il) vivait un juge qui n'avait ni crainte de Dieu, ni crainte des hommes.

Dans cette même ville demeurait une veuve, laquelle le poursuivait de ce cri : « Faites-moi justice de mon adversaire».

Durant un grand laps de temps la mauvaise volonté de cet homme résista. Mais, à la longue, il en vint pourtant à se dire : « Bien que je ne craigne ni Dieu ni les hommes, il n'en est pas moins vrai que cette veuve-là m'est fort importune. Je vais donc lui rendre justice, de peur qu'elle ne finisse par se livrer à quelque violence. »

— Vous entendez, ajouta le Seigneur, ce que, en son iniquité, murmure ce Juge !.... Et Dieu ne ferait point justice à ses élus qui crient vers lui nuit et jour, et il tarderait à les secourir? Il leur fera prompte justice, vousdls-je!.... Et cependant le Fils de l'Homme, quand il reviendra, trouvera-t-il encore de la foi sur la terre?

A quelques-uns qui, se considérant en euxmêmes comme des justes, étaient, pour les autres, pleins de mépris, il fît entendre cette parabole :

— Deux hommes, un Pharisien et un Publicain, montèrent au Temple pour prier.

Debout et la tête haute, le Pharisien priait de cette sorte en lui-même : « — Mon Dieu, je vous rends grâces de ce que je ne suis pas comme le reste de l'humanité, gens voleurs, iniques et adultères, — de ce que je ne suis pas, par exemple, comme ce Publicain. Je jeûne deux fois la semaine!... De toute chose que je possède je donne la dixième partie!...» •

En ce même moment, le Publicain, se tenant bien loin en arrière, n'osait pas même lever les yeux vers le ciel. Il se frappait la poitrine et murmurait : « — Seigneur, ayez pitié de moi, qui ne suis qu'un misérable. »

Eh bien, je vous le déclare, celui-là rentra chez lui justifié : mais l'autre point.

Ainsi quiconque s'élève sera abaissé, et quiconque s'abaisse sera élevé.

Comme un jour on lui amenait même de tout petits enfants pour qu'il imposât la main sur eux, les Disciples voulurent repousser ceux qui les conduisaient.

Mais Jésus, au contraire, les fit approcher de lui et s*écria :

— Laissez venir à Moi les enfants, et gardez-vous bien de les empêcher : carde ceux qui leur ressemblent est composé le divin Royaume. En vérité je vous le déclare, quiconque n'admettra pas, comme un enfant, le Royaume de Dieu, n'y entrera point.

Un personnage de haut rang lui posa cette question:

— Que faut-il faire, bon Maître, pour gagner réternelle Vie?

— Pourquoi, lui dit Jésus, m'appelles-tu bon? Nul n'est bon, si ce n'est Dieu seul... Les commandements te sont connus: « Tu ne tueras pas ; tu ne commettras ni adultère, ni vol. Tu ne porteras point de faux témoignage. Honore ton père et ta mère... «

— Tout cela, je l'ai observé dès mon enfance. Sur cette réponse, Jésus reprit :

— Une chose te manque encore. Vends tout ce que tu possèdes : donnes-en le prix aux pauvres et tu auras un trésor au Ciel.... Après quoi, viens et marche à ma suite.

A ces mots, l'autre devint tout triste, car il avait une grande fortune.

Jésus remarqua son abattement.

— Combien difficilement, dit-il alors, combien difiicilement entreront dans le Royaume des Cieux

372 SAINT LUC, xviii, 25-33.

ceux qui possèdent des richesses ! Il est plus aisé à un chameau de passer par le « Trou de TAiguille » qu'à un riche d'entrer dans le Règne de DieuM

— Qui pourra donc être sauvé? s'écria-t-on. Jésus fit cette réponse :

— Ce qui est impossible du côté de Thomme est possible du côté de Dieu.

— Quant à nous, reprit Pierre, nous avons tout quitté et nous vous avons suivi....

, — En vérité je vous le déclare, si quelqu'un — pour le Règne de Dieu, -- sait laisser en arrière de lui, soit sa maison, soit ses parents ou ses frères, soit sa femme ou ses fils, il recevra dès le temps présent bien davantage et, dans le siècle à venir, réternelle Yie.

Jésus, ayant pris à parties Douze, s'exprima ainsi : — Vous savez que nous montons à Jérusalem et que tout ce qu'ont écrit les Prophètes au sujet du Fils de THomme est sur le point de s'accomplir. Il va être livré aux gens de l'étranger, bafoué, fouetté de verges, couvert de crachats. Puis, après l'avoir flagellé, on le mettra à mort ; et le troisième jour il ressuscitera.

' 1 . Voir sur le « Trou de l'Âiguille »; la note de saint Mallliieu, p. 106.

SAINT LUC, XVIIÏ, 34-43. 373

Mais les Disciples ne comprirent rien à ce langage. Pour eux, c'était chose cachée. De ces paroles qui leur étaient dites, ils ne saisissaient pas le sens.

Il approchait de Jéricho.

Assis au bord du chemin, un aveugle mendiait.

Entendant le bruit d'une foule en marche, Taveugle s'informe de ce que c'est. On lui répond que c'est le Nazaréen Jésus qui passe.

Aussitôt cet homme de s'écrier :

— Jésus, fils de David, ayez pitié de moi!

Ceux qui étaient en avant s'efforcent, non sans rudesse, de le faire taire. Mais lui n'en crie que plus fort :

— Jésus, Fils de David, ayez pitié de moi ! Jésus s'arrête et commande qu'on le lui amène.

El dès que l'homme est arrivé près de lui, il l'interroge :

— Que veux-tu que je fasse pour toi?

— Que je voie. Seigneur ! répond l'aveugle. Alors, Jésus prononce cette parole :

— Eh bien, vois !... Ta foi vient de le guérir.

Et soudain les yeux de l'aveugle s'ouvrent. Il se met à suivre Jésus, en proclamant la grandeur de Dieu. Et tout le peuple, à ce spectacle, célèbre aussi les louanges du Très-Haut.

Entré dans Jéricho, Jésus traversait la ville.

Or, un homme du nom de Zachée, collecteur en chef des deniers publics et personnellement fort riche, faisait tous ses efforts pour l'apercevoir, pour distinguer ses traits.... Mais, étant de petite taille, cela lui était absolument impossible, à cause de la foule.

Il court alors et prend les devants pour se trouver sur le chemin de Jésus. Puis il grimpe sur un arbre, un sycomore, afin que, de là, il puisse enfin le cantempler.

Lorsque Jésus parvient en cet endroit, il lève les yeux sur lui :

— Zachée, dit-il, descends au plus vite, car c'est chez toi qu'il faut aujourd'hui que je m'arrête.

Cet homme descend en toute hâte; et, le cœur inondé de joie, il reçoit Jésus comme son hôte.

Parmi les spectateurs de cette scène, il s'éleva comme une rumeur universelle de le voir demander ainsi l'hospitalité à un homme de vie déréglée*.

1. Les murmures furent unanimes, car il y avait à Jéricho, ville sacerdotale, un très grand nombre de prêtres, presque autant qu'à Jérusalem, dit le Talmud, et au lieu de demandera l'un d'eux l'hospitalité^ Jésus établissait sa résidence chez un publicain abhorré, dont la profession était regardée par les Juifs comme un crime insigne. (L'<'\bbé Fillion.)

Mais, tandis que Ton murmurait de la sorte, Zachée se tenait devant le Seigneur et lui disait :

— Voici, Seigneur, que je fais donation aux pauvres de la moitié de mes biens; et si j'ai fait tort à quelqu'un de quoi que ce soit, je lui en restitue quatre fois autant.

Jésus se tourna vers lui et prononça cette parole :

— Le salut a pénétré aujourd'hui dans cette maison, et cet homme devient, lui aussi, un enfant d'Abraham.... Car c'est précisément ce qui avait péri, que le Fils de l'Homme est venu chercher et sauver.

Comme en s'acheminant vers Jérusalem, ses auditeurs s'imaginaient que le Royaume de Dieu allait apparaître soudain, il recourut encore à une parabole.

— Un homme de grande naissance, dit-il, avait à se rendre dans un lointain pays pour recevoir l'investiture d'un Royaume et rentrer ensuite dans ses États. Il appela dix de ses serviteurs, leur remit une mine à chacun et leur donna cet ordre : « — Faites valoir ceci jusqu'à mon retour* ».

Les concitoyens de ce personnage le haïssaient. De sorte que, après son départ, ils envoyèrent des

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