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Ces jours vinrent trente-huit ans après la prédiction

Josèphe raconte que Titus et les Romains ont, en trois jours seulement, environné Jérusalem de trois chaussées et d'un mur. Le développement de ce mur était de trente-neuf stades, et ne présentait aucune issue. Personne ne pouvair sortir. La famine & laquelle les habitants furent réduits était telle que des mères mangèrent leurs propres enfants.

Le même auteur décrit ce qui arriva après la prise de la ville, et un incroyable massacre de tous ses habitants. L'armée n'ayant plus personne à tuer, ni rien à prendre, et sa colère n'ayant plus sujet de s'exercer, César lui ordonna de renverser de fond en comble la ville et le Temple, en réservant les tours les plus élevées, telles que celles de Phasaël, Hippicus et Marianne, et le reste du mur qui fermait la ville au couchant, pour en faire un camp destiné à la garde. Les tours restèrent comme un monument pour montrer à la postérité quelle était la ville, la forteresse, dont le courage des Romains s'était emparé. Quant au reste de l'enceinte, ils le détruisirent tellement, qu'un voyageur, passant sur ces ruines, eût pu douter qu'elles eussent jamais été habitées. (P. Lamy.)

380 SAINT LUC, XIX, 45-*48; xx, 1-3.

Il entra dans le Temple, et la première chose qu'il lit, ce fut d'expulser tous ceux qui vendaient ou achetaient dans l'enceinte sacrée.

— Il est écrit, leur dit-il, que « ma Maison est une Maison de prière ». Et vous, vous en avez fait « une caverne de voleurs ».

Chaque jour, dans le Temple, il exposait sa doctrine.

Les Grands-Prêtres, les Scribes, les principaux personnages de la nation, cherchaient quelque moyen de le perdre. Mais ils ne savaient trop que faire contre lui, à cause du peuple, lequel, en l'écoutant, était suspendu à ses lèvres.

Il arriva cependant, comme il instruisait la multitude dans le Temple et lui annonçait la Bonne Nouvelle, que les Grands- Prêtres et les Scribes> réunis aux Anciens, finirent par Tinterpeller :

— Dites-nous, demandèrent-ils, en vertu de quelle autorité vous faites cela et qui vous a investi de ce pouvoir?

— Eh bien, leur repartit Jésus, je vous poserai,

moi aussi, une question, une seule : — Le baptême de Jean était-il d'origine céleste ou de provenance humaine? Répondez-moi.

Ils firent intérieurement cette réflexion : — Si nous disons « D'origine céleste », il nous répliquera « Pourquoi donc n'y avez-vous pas cru? » Et si nous disons « De provenance humaine », le peuple nous lapidera, car ces gens-là se tiennent pour sûrs que Jean était un Prophète.

Ils répondirent donc qu'ils ne savaient d'où procédait ce Baptême.

— Eh bien alors, leur repartit Jésus, je ne vous dirai point non plus en vertu de quelle autorité je fais ceci.

Après quoi, s'adressant au peuple, il raconta cette Parabole :

— Un homme, ayant planté une Vigne, l'avait louée à des colons, et était ensuite parti en voyage pour un temps très long.

La saison étant venue, il chargea un de ses serviteurs de se rendre auprès des vignerons pour qu'ils eussent à lui remettre sa part du produit de la vigne. Mais ceux-ci le rouèrent de coups et le renvoyèrent les mains vides.

Il leur dépêche encore un autre serviteur. Ils le maltraitent également, l'accablent d'invectives et le chassent sans lui rien donner.

Il leur en expédie un troisième. Ils le meurtrissent de blessures et le jettent à la porte.

« — Comment m'y prendre cependant? se deman-

dait le Maître de la Vigne.... Je vais leur envoyer mon Fils bien-aimé. En le voyant, ils rentreront sans doute en eux-mêmes. »

Mais, dès que les colons l'eurent aperçu, ils se dirent entre eux : « — Celui-ci, c'est Théritier ! Mettons-le donc à mort pour que l'héritage soit à nous. »

Donc, ils l'expulsent hors de la Vigne et l'assassinent.

Que fera à de telles gens le Maitre de la Vigne? Il viendra, il exterminera ces colons, et confiera à d'autres sa Vigne. »

A ce récit, certains auditeurs répondirent :

— Tout cela n'a rien de réel !

Il arrêta sur eux son regard :

— Qu'est-ce donc que ce texte de l'Écriture : « La c< pierre qu'ont rejetée les Architectes, c'est celle- « là précisément qui est devenue le sommet de a l'angle?» Quiconque tombera sur cette pierre s'y brisera^ et elle écrasera tout homme sur qui elle viendra à tomber.

Les Grands-Prêtres et les Scribes, qui s'étaient parfaitement rendu compte que c'était à leur adresse qu'il avait raconté cette Parabole, furent tentés de porter immédiatement la main sur lui, mais ils ne l'osèrent, — à cause du peuple.

SAINT LUC, XX, 20-26. 38a

A l'aflfût d'un prétexte, ils eurent recours à certains émissaires insidieux, lesquels, faisant semblant d'être des justes scrupuleux, devaient chercher à le surprendre dans ses discours, de façon à ce qu'on pût le déférer à l'Autorité civile et le livrer au bras du Gouverneur romain.

Ceux-ci l'abordèrent ainsi :

— Maître, nous savons que vous êtes rigoureusement droit dans vos paroles et dans votre doctrine, et que vous enseignez, en toute vérité et sans souci de personne, la voie du Seigneur.... Est-ce que, pour nous, il est licite, oui ou non, de payer le tribut à un César?

Il démêla leur fourberie et leur artifice.

— Pourquoi me tendez-vous un piège? leur demanda-t-il. Montrez-moi un denier....

De qui porte-t-il l'effigie et la suscription?

— De César, dirent-ils.

— Eh bien ! reprit Jésus, rendez donc à César ce qui appartient à César, — et à Dieu, ce qui appartient à Dieu.

A cette parole, — le peuple en fut témoin, — ils ne purent trouver rien à reprendre. Tout stupéfaits de sa réponse, ils se turent.

Survinrent ensuite des Sadducéens. Ce sont ceuxlà qui prétendent qu'il n'y a point de Résurrection.

— Maître, dirent-ils. Moïse nous a fait cette prescription : « Si, après s'être marié, un homme cf ayant un frère, vient à mourir sans enfants, ce « frère épousera la veuve et reconstituera la race, « à la place du défunt ».

Or, il était une fois sept frères.

Le premier se maria et mourut sans enfants. Le second épouse la veuve et meurt également sans postérité. Le troisième Tépouse à son tour; — et pareillement tous les sept. Tous sont morts sans laisser de descendance. En dernier lieu, après eux tous, la femme est passée de vie à trépas,

Duquel sera-t-elle l'épouse à la Résurrection? Tous, en effet, l'ont eue pour femme.

— Les enfants de ce siècle, repartit Jésus, prennent des femmes, et les femmes se donnent à un époux. Mais quant à ceux qui seront jugés dignes de faire partie du siècle à venir et de ressusciter d'entre les morts, ils ne se marieront point et n'auront point d'épouse. Enfants de la Résurrection, ils seront, en effet, immortels, semblables aux Anges, et fils de Dieu.

Que les morts ressuscitent cependant. Moïse le fait bien voir au chapitre du « Buisson »... Quand il désigne le Seigneur par ce nom : « Le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac, le Dieu de Jacob », il montre

SAINT LUC^ XX, 37r47. 385

bien par là, — puisque Dieu n'est pas le Dieu des êtres morts, mais des êtres vivants, — que tous sont vivants devant Lui.

— Maître, vous avez très bien répondu, dirent quelques Scribes, en intervenant.

Ses interlocuteurs n'osaient plus se hasarder à lui poser des questions. Mais ce fut lui alors qui prit la parole ;

— Comment, leur demanda-t-il, enseigne-t-on que le Christ est fils de David, tandis que David lui-même s'en exprime ainsi au Livre des Psaumes : « — Le Seigneur a dit à mon Seigneur « Siège à ma droite, ce jusqu'à ce que j'aie fait, de tes ennemis, l'esca- <c beau detes pieds?... » Si David l'appelle son Seigneur, de quelle manière est-il son Fils?

Au milieu du peuple qui écoutait, il fit cette recommandation à ses Disciples :

— Méfiez-vous des Scribes qui se complaisent à se promener en robes solennelles, qui aiment à recueillir des saints sur la place publique, à s'installer aux premiers sièges dans les synagogues et dans les festins, et qui, sous couleur de longues oraisons, dévorent le patrimoine des veuves... Leur damnation n'en sera que plus grande.

Jésus, regardait autour de lui. Il vit des riches qui jetaient leurs offrandes dans le tronc. Et, en même temps, il aperçut une malheureuse petite veuve qui y déposait deux piécettes de cuivre.

— En vérité, je vous le déclare, dit-il, cette pauvre veuve a donné plus que tout le monde. Tous, en effet, pour faire une offrande à Dieu, n'ont pris que sur leur superflu : mais elle, c'est sur son indigence qu'elle a pris; et c'est ce qu'elle avait pour vivre elle-même qu'elle a consacré à l'aumône.

Quelques-uns faisaient remarquer, et les blocs solides qui avaient servi à bâtir le Temple, et les dons opulents dont il était orné. Il prononça ces mots :

« — Viendront des jours où il ne restera pas pierre sur pierre de tout ce que vous voyez là : tout sera renversé.

— Maître, quand 4onc ces choses arriveront-elles, et à quel signe reconnaîtra-t-on qu'elles sont sur le point de s'accomplir?

— Ayez l'œil ouvert pour ne pas vous laisser séduire, répondit-il, car beaucoup se présenteront

SAfNT LUC, XXI, 8-16. 387

sous le masque de mon Nom et vous diront : « C'est Moi, et le temps est proche ». Ne les suivez pas.

Quand vous entendrez cependant parler de guerres et de révolutions, ne vous abandonnez point à la terreur. Il faut que cela ait lieu : toutefois ce ne sera pas encore la fin »

Il poursuivit en ces termes :

« — Race contre race, peuple contre peuple se soulèveront. Gà et là éclateront de vastes tremblements de terre, des pestes, des famines. Il y aura dans le ciel de grands signes effrayants....

Mais, auparavant, on mettra la main sur vous, et Ton vous persécutera. On vous fera comparaître dans les Synagogues; on vous jettera dans les prisons ; on vous traînera devant les Rois et les Gouverneurs à cause de mon Nom. Et ceci vous adviendra pour que me soit rendu le témoignage du martyre.

Gravez dès maintenant en vos cœurs la résolution de ne point méditer à Tavance comment vous répondrez. Car je vous donnerai moi-même une éloquence et une sagesse auxquelles vos ennemis ne pourront ni résister, ni répliquer.

Vous serez traîtreusement livrés par vos pères et vos mères, par vos frères, par votre parenté, par vos amis. On mettra à mort nombre d'entre vous.

388 SAINT LUC, xxr, 17-25.

A cause de mon Nom, vous serez en butte à la haine universelle.... Et cependant, pas un cheveu de votre tête n'est destiné à périr : c'est votre Vie même dont vous ferez la conquête par votre courage à souffrir!

Quand vous verrez Jérusalem investie par une armée, sachez qu'approche l'heure de sa désolation. Que ceux qui, en ce moment, seront dans la Judée, s'enfuient vers les montagnes ; que ceux qui seront au milieu du pays s'empressent d'en sortir; que ceux qui seront au dehors, dans les contrées voisines, ne repassent point la frontière : car ces jourslà seront des jours vengeurs, durant lesquels doit s'accomplir tout ce qui est écrit.

Malheur aux femmes qui seront enceintes ou qui auront un nourrisson, car une immense calamité s'étendra sur tout le territoire et les fureurs seront déchaînées contre ce peuple, dont les citoyens tomberont sous le tranchant du glaive, ou seront emmenés captifs dans toutes les nations. Jérusalem sera foulée aux pieds par les étrangers, jusques au jour où la mission de ces derniers sera entièrement achevée.

U se produira des phénomènes extraordinaires dans le Soleil, dans la Lune, dans les Étoiles. Il s'en produira sur la Terre. Terrible angoisse parmi les peuples, à cause des bruits inaccoutumés de la

mer et des flots. Les hommes sécheront de terreur, dans Tattente de ce qui va advenir à tout Tunivers. La dynamique des cieux sera elle-même ébranlée.

Et c'est alors que Ton verra, dans une nuée, le Fils de THomme arriver avec grande puissance et majesté....

Donc, quand aura lieu le commencement de ces choses, reprenez courage et relevez la tête : vous toucherez à votre délivrance. »

Puis il leur fit cette comparaison :

« — Considérez le figuier, et de même tous les autres arbres. Lorsque, sur leurs rameaux, déjà se montrent des fruits, vous en concluez que Tété est proche. Pareillement, quand vous verrez cela s'accomplir, sachez que le Règne de Dieu est imminent....

Je vous le dis en vérité, la race que voici* ne disparaîtra pas avant que toutes ces choses ne se soient réalisées. Ciel et Terre passeront, mais mes paroles ne passeront point.

Veillez cependant sur vous-mêmes, de peur que vos cœurs ne s'appesantissent dans la bonne chère, dans les fumées du vin, dans les tracas de cette vie, et qu'il ne fonde sur vous inopinément, ce jour qui, comme un filet, saisira brusquement tous

1 . La race que voici : — la race Juive qui, devant subsister jusqu'à l'avènement des temps, ne disparaîtra, ni ne s'éteindra, ni ne se fondra avec les autres races jusqu'à la venue de Jésus-Christ. En d'autres passages, cette môme expression paraît signiGer la race humaine.

390 SAINT LUC, XXI, 36-38; xxii, 1-6.

ceux qui habitent la surface de la terre. Veillez donc et priez sans relâche, afin que vous soyez trouvés dignes d'échapper à tous ces maux futurs et de vous tenir le front haut en présence du Fils de THomme. >

C'était dans le cours de la journée que Jésus enseignait dans le Temple. Quand venait la nuit, ilsortait de la ville, et se retirait sur la montagne dite « des Oliviers »....

Tout le peuple, afin de Tentendre, accourait au Temple dès le matin.

La fête des Azymes, que Ton appelle la Pâque, approchait cependant.

Les Grands-Prêtres et les Scribes se demandaient comment ils parviendraient à faire périr Jésus : les masses populaires les effrayaient.

Ce fut alors que Satan entra dans Tun des Douze, Judas, surnommé Iscariote; — de sorte que cet homme vint s'aboucher avec les Grands-Prêtres et les Magistrats, sur les moyens de le remettre entre leurs mains par trahison.

Grande fut leur joie. Us convinrent avec lui d'une somme d'argent qu'ils lui donneraient. Il s'engagea de son côté; et, dès ce moment, il épia l'occasion de le leur livrer, à l'insu de la multitude.

Arriva le jour des Azymes, où Ton devait procéder à rimmolation de la Pâque.

Choisissant Pierre et Jean pour messagers, Jésus leur dit :

— Allez nous préparer ce qui est nécessaire pour que nous célébrions le rçpas pascal.

— Où voulez-vous que nous fassions ces préparatifs? demandèrent-ils.

— A rentrée de la ville, reprit Jésus, vous rencontrerez un homme portant une cruche d'eau. Suivez-le : et, parvenu à la maison, dites au propriétaire de ce logis : « — Le Maître vous fait adresser cette question : « Où se trouve la salle ce dans laquelle je dois célébrer, avec mes Disciples, « le festin de la Pàque? » Lui-môme alors vous montrera un grand cénacle, tendu de tapisseries. Vous y ferez les préparatifs K

Ils partirent donc, trouvèrent toutes choses telles que Jésus les leur avait marquées et préparèrent le festin de la Pâque.

1. Le Cénacle, qui a été mesuré par Tobler {Topographie von Jérusalem^ Zweites Buch, 99 ff.); a cinquante pieds de long sur trente de large.

39â SAINT LUC, XXII, 14-20.

A rheure voulue, il se mit à table, et les Douze Disciples avec lui :

— J'ai désiré — d'un grand désir, — manger cette Pâque avtic vous avant d'endurer ma Passion, leur dit-il. Je vous l'annonce, en effet : je ne vais plus désormais manger semblable Pâque, jusqu'à ce qu'elle s'accomplisse en sa plénitude dans le Royaume de Dieu*!

Tenant la coupe en sa main', il rendit grâces et s'exprima en ces termes :

— Recevez-la, dit-il, et partagez entre vous.... Car désormais, vous dis-je, je ne boirai plus du produit de la vigne jusqu'à ce qu'advienne le Royaume de Dieu.

Ayant ensuite pris le pain et rendu grâces, il le rompit; et, le leur distribuant, il prononça ces mots :

— Ceci est mon corps, qui est livré pour vous.... Faites ceci en mémoire de Moi.

Et, après le souper, il prit de même le Calice, en disant les paroles suivantes :

1. Par delà la Pâque de la nouvelle alliance, Jésus contemplait la grande Pâque du Ciel, car, comme nous allons le voir, il en parla aussitôt après. (L'abbé Fouard.)

2. Il s'agit ici de la coupe que le maître du repas bénissait en cérémonie, dont il buvait, et qu'il passait ensuite à tous ceux qui étaient à table. Il faut donc bien le distinguer du Calice contenant le sang du Sauveur, et dont il va être question dans un instant. (Glaire.)

— Ce Calice est un Testament nouveau, en mon Sang, lequel sang va être versé pour vous*....

Et voilà cependant, avec moi, à la môme table, la main du traître qui me livre !

Quant au Fils de l'Homme, il poursuit son chemin conformément à ce qui a été décrété.... Mais malheur à celui par qui il sera trahi !

Ils se demandèrent de Tun à Tautre, lequel de ceux qui étaient présents pourrait commettre un pareil acte. Et il s'ensuivit un débat sur celui d'entre eux qui devait être estimé le plus grand.

Jésus leur parla alors en ces termes :

— Les Rois des nations exercent sur elles un pouvoir dominateur. Et ceux qui ont autorité sur le peuple s'arrogent le nom de Bienfaiteurs*.

1. Jésus ne voyait que mort autour de lui et ne trouvait pour consacrer le vin du sacriûce que les paroles de Moïse, scellant aussi dans le sang l'antique alliance.

a Moïse, dit saint Paul, ayant récité devant le peuple les Ordonnances de la Loi, prit du sang des victimes avec de Teau et en jeta sur le Livre et sur tout le peuple, disant : « Ceci est le sang du Tesa tament que Dieu a fait pour vous i>. (Hébr., 9-20; Exod., XXIV, 8). Le Sauveur n'ajoutait que deux mots aux paroles de Moïse : a Ce sang est mien..,, ce Testament, nouveau. » (L'abbé Fouard.)

2. « Bienfaiteurs i>, Ejepyéxat. Ce titre était aux yeux des anciens une des plus flatteuses distinctions qui pussent ôlre accordées. (Voir Hérodote, VHI, 85, Thucydide, I, 129, etc.) Ptolémée HI porta ce nom de Bienfaiteur : Évergète, EuepyéxT];.

394 SAINT LUC, xxii, 26-34.

Pour vous, n'agissez point ainsi.

Tout au contraire : que celui qui parmi vous est le plus grand se fasse comme le plus petit ; et que celui qui est le Chef se considère comme un serviteur.

Lequel passe pour le plus grand, d'un Maître assis à table ou de celui qui sert? N'est-ce pas le premier? Et pourtant, au milieu de vous, j'ai été, Moi, comme le serviteur...

Quant à vous, vous m'êtes demeurés fidèles dans mes épreuves. Aussi, de même que mon Père m'a préparé un Royaume, je vous en prépare un aussi : vous y mangerez et boirez à ma table, et vous y siégerez sur des trônes pour juger les Douze Tribus d'Israël....

— Simon, Simon, dit encore le Seigneur, voilà que Satan a demandé à vous passer tous au crible comme du froment. J'ai prié pour toi cependant, afin que ta foi ne défaille pas. A toi, à ton tour, de confirmer tes frères.

— Avec vous. Seigneur, s'écria Pierre, je suis prêt à aller en prison, à courir à la mort!...

— Pierre, Pierre, dit alors Jésus, je te déclare qu'aujourd'hui même, le coq n'aura pas achevé de chanter que tu auras déclaré trois fois que tu ne méconnais point!...

Jésus reprit : I

— Lorsque je vous ai envoyés, — sans sac de voyage, sans bourse, sans chaussures, — quoi que ce soit vous a-t-il fait défaut?

— Nullement, Seigneur, répondirent-ils.

— Mais à présent, poursuivit Jésus, que celui qui a un sac ou une bourse les prenne, et que celui qui n'en a pas vende sa tunique pour acheter une épée. Car, je vous Tannonce, il faut encore qu'elle se réalise à mon sujet cette parole de l'Écriture : « Il a été mis au rang des scélérats ». Ce qui est écrit de Moi touche à son accomplissement.

— Voici deux épées, dirent-ils.

— Cela suffit, répondit Jésus.

Il sortit. Et, d'après sa coutume, il se dirigea vers le mont des Oliviers. A sa suite marchaient ses Disciples.

Dès qu'on fut arrivé, il leur dit :

— Priez, afin de ne pas succomber à l'épreuve. Il s'éloigna d'eux, à la distance d'environ un jet

de pierre. Puis il se mit à genoux et pria ainsi :

— 0 mon Père, si tel pouvait être votre bon vouloir, écartez de moi ce Calice.... Toutefois, que ce ne soit pas ma volonté qui se fasse, mais la vôtre!...

Alors un Ange, venu du Ciel, lui apparut et le fortifia.

Tout son être était tombé en agonie : et sa prière n'en était que plus ardente. Ruisselant jusqu'à terre, sa sueur prit Taspect de gouttes de sang.

Après avoir ainsi prié, il se leva, et retourna vers ses Disciples. Il les trouva qui s'étaient endormis sous le poids de leur accablement.

— Pourquoi dormez- vous? leur dit-il. Debout donc, et priez ! afin de ne point entrer en tentation.

Il parlait encore lorsque survint une cohorte, en avant de laquelle marchait l'un des Douze : Judas.

Et Judas s'approcha de Jésus pour lui donner un baiser.

— Eh quoi ! Judas, lui dit Jésus, c'est donc par un baiser que tu trahis le Fils de l'Homme!

Voyant ce qui allait advenir, ceux qui entouraient Jésus s'écrièrent :

— Seigneur, si nous frappions de l'épée?

Et l'un d'eux, abattant son glaive sur le serviteur du Grand-Pontife, lui coupe l'oreille droite. Mais la voix de Jésus se fait entendre :

— Restez-en là, dit-il.

Et, toucliantl'oreille de l'homme blessé, il leguérit.

Des Grands-Prêtres, des Officiers du Temple, des. Anciens avaient suivi la cohorte envoyée contre lui Il s'adresse à ceux-là :

— Vous vous êtes mis en campagne comme pour

courir sus à un voleur, avec des épées et des bâtons. Et lorsque, chaque jour, dans le Temple, je me trouvais au milieu de vous, vous n'avez pas môme étendu la main de mon côté. Mais cette heure-ci est la vôtre, cette heure où les ténèbres régnent.

Ils s'emparèrent de sa personne et le conduisirent au Palais du Grand-Ponlife.

Pierre pourtant le suivait, — de loin.

Dans le parvis du Pontife, le feu était allumé et Ton se tenait tout autour.

Pierre s'était mêlé à ce groupe, lorsqu'une servante l'ayant aperçu, assis et éclairé par la lumière du foyer, le regarda attentivement :

— En voici un, dit-elle, qui était avec lui. Et Pierre aussitôt de le nier à cette femme :

— Je ne le connais même pas.

Un instant après, parmi ceux qui étaient là, un autre le remarque également et l'interpelle :

— Toi aussi, tu es de la bande?

— Oh! non certes, mon ami : je n'en suis nullement! répond encore Pierre.

Une heure environ s'écoule. Arrive un troisième mterlocuteur qui devient tout à fait affirmatif :

398 SAINT LUC, xxii, 59-68.

— Il est parfaitement certain que celui-ci était son compagnon, car c'est également un Galiléen.

— Mon ami, s'écrie Pierre, je ne comprends rien du tout à ce que vous dites là.

Il n'avait pas achevé de parler que le coq chanta. Et en même temps le Seigneur se retourna et leva son regard sur Pierre.

Alors Pierre se ressouvint de la prédiction que lui avait faite Jésus : « — Avant que le coq ait fini de chanter, trois fois tu me renieras. »

Il sortit et pleura amèrement.

Ceux qui avaient la garde de Jésus s'étaient fait un jeu de le meurtrir de coups.

Ils lui bandèrent les yeux et, le frappant au visage, ils lui criaient :

— Prophète, devine donc celui qui Va frappé!

ils lui firent subir mille autres outrages.

A la naissance de l'aube, les Anciens du Peuple, les Grands-Prêtres et les Scribes, s'étant rassemblés, mandèrent Jésus par-devant leur Conseil, et lui dirent :

— Déclare-nous si tu es le Christ.

— Si je vous l'affirme, vous ne croirez pas en moi, leur repartit Jésus. Et si, à mon tour, je vous interroge, vous ne me répondrez point et ne me

rendrez pas la liberté. Désormais cependant le Fils de r homme siégera à la droite de la Toute-Puissance divine.

Ils poussèrent un cri unanime :

— Tu es donc le Fils de Dieu?

— Comme vous le dites, je le suis!

Telle fut sa réponse.

— Qu'avons-nous désormais besoin de témoignage? s'écrièrent-ils. Le témoignage, nous venons nous-mêmes de l'entendre de sa propre bouche !

Tous alors se lèvent en foule et le conduisent à Pilate, devant lequel ils formulent, avant toute autre, cette accusation :

— Nous avons pris cet homme en flagrant délit d'exciter noire Nation à la révolte, empêchant de payer le tribut à César, et prétendant que c'est lui qui est le Christ-Roi.

Procédant à son interrogatoire, Pilate lui pose cette question :

— Es-tu le Roi des Juifs?

— Comme vous le dites, lui répond Jésus. . .

Pilale se tourne vers les Grands-Prêtres et vers la multitude :

— Dans cet homme, dit-il, je ne trouve aucun crime.

Eux insistent pourtant :

— Il agite le peuple par les enseignements qu'il répand à travers toute la Judée, depuis la Galiléo jusques ici.

En entendant ce nom de « Galilée », Pilate s'informe si cet homme estGaliléen. Et, apprenant qu'il relève de la juridiction d'Hérode, il le renvoie à ce dernier, lequel, précisément en ce moment, se troi\vait à Jérusalem.

Ce fut pour Hérode une très vive satisfaction que de voir Jésus. A cause de tout ce qu'il avait ouï dire sur son compte, il était, en effet, depuis longtemps fort désireux de connaître sa personne ; et il eut l'espérance que, sous ses yeux, Jésus accomplirait quelque miracle. Aussi lui adressa-t-il de nombreuses questions.

Mais Jésus ne lui répondit rien.

Quant aux Grands-Prêtres et aux Scribes, ils se tenaient debout et proféraient sans relâche leurs accusations.

Hérode, de môme que sa Maison militaire, ne vit en Jésus qu'un homme dont il n'y avait à faire aucun cas. Il s'amusa à le faire revêtir d'une robe blanche et le renvoya ensuite à Pilate.

SAhNT LUC, XXHI, 12- '22. (àÛl

Brouillés précédemment, Hérode et Pilate devinrent amis dèl ce jour-là.

Réunissant les Grands-Prètres, les Magistrats et la foule, Pilate leur tint ce langage :

— Vous m'avez présenté cet homme comme soulevant le Peuple. Voilà cependant que je l'ai interrogé devant vous-mêmes , sans découvrir en lui aucun des crimes dont vous Taccusez : Hérode, à qui je vous ai adressés, n'en a pas trouvé non plus. De sorte que rien n'est établi à sa charge qui ait mérité la mort. Je vais donc, après lui avoir fait infliger une peine correctionnelle, lé renvoyer absous.

Comme il était d'usage qu'il leur octroyât la délivrance d'un prisonnier, à l'occasion de la fête, la populace se mit à crier :

— Débarrassez-nous de celui-là, et acccordeznous la liberté de Barabbas.

Ce Barabbas était incarcéré pour crime de meurtre, à la suite d'un mouvement séditieux qui avait eu lieu dans la ville.

Pilate, qui aurait voulu délivrer Jésus, leur parla de nouveau.... Ils lui répondirent par une grande clameur :

-7- Crucifiez-le ! crucifiez-le !

Pour la troisième fois, Pilate fit encore une tentative :

— Quel mal a fait cet homme? leur demanda-t-il. Je ne le trouve coupable d'aucun fait qui puisse

402 SAINT LUC, xxiii, 22-30.

motiver une condamnation à mort. Je n'ai qu'à lui faire subir quelque correction et à le renvoyer libre....

Mais ils devenaient plus pressants, exigeant qu'on le crucifiât. Leurs vociférations et celles des Grands- Prêtres avaient pris un caractère menaçant.... Pilate, alors, par sa sentence, prononça la mise à exécution de ce qu'ils voulaient.

Donc il délivra, à leur requête, le prisonnier rebelle et assassin, qu'ils réclamaient, — et il abandonna Jésus à leur merci.

Comme on le conduisait au supplice, ils rencontrèrent un Cyrénéen, du nom de Simon, qui revenait des champs. Ils le contraignirent, par violence, à porter la Croix derrière Jésus.

Une immense multitude de peuple suivait, ainsi que des femmes, lesquelles pleuraient et gémissaient sur son sort.

Jésus se retourna vers elles :

— Filles de Jérusalem, dit-il, ne pleurez pas sur Moi. Mais pleurez plutôt sur vous-mêmes et sur vos enfants. Voici en effet que viennent des jours où l'on dira : « Heureuses les stériles ! Heureuses les ce entrailles qui n'ont point engendré, et les ma- « melles qui n'ont point nourri! ».... On criera aux montagnes : « Tombez sur nous ! » On criera aux

collines : « Ensevelissez-nous ! » Car si le rameau vivant est ainsi traité, qu'adviendra-t-il donc au bois desséché !

On emmenait avec Lui, pour être également mis à mort, deux scélérats.

LU

Le cortège arriva à Tendroit qui porte le nom de Calvaire [place du Crâne], Là on le crucifia.

On crucifia aussi les "deux voleurs, l'un à sa droite, l'autre à sa gauche.

La voix de Jésus se fit entendre :

— Père, pardonnez-leur, car ils ne savent ce qu'ils font M

Les exécuteurs tirèrent au sort ses vêtements et se les partagèrent,

La populace se tenait tout autour et regardait.

1. Ce mot semble ne faire allusion qu'aux soldats romains, agents misérables, qui obéissaient à leurs chefs et qui ne voyaient dans Jésus qu'un criminel, condamné, comme les autres, par l'Autorité. Et il leur fut pardonné en effet, car la tradition nous rapporte qu'ils devinrent chrétiens. Caïphe et les* autres savaient davantage sans doute ce qu'ils faisaient, non point totalement, peut-être, mais certainement assez pour porter une responsabilité terrible.

404 SAINT LUC, XXIU, 35-42.

Et, en même temps que la foule, ceux qui étaient les chefs de la nation accablaient Jésus de sarcasmes :

— 11 opérait le salut des autres, disaient-ils : qu'il opère donc maintenant son propre salut, puisqu'il est le Christ, TÉlu de Dieu !

Les hommes de la soldatesque se livraient également, envers Lui, à leurs plaisanteries. Ils s'approchaient, ils lui offraient du vinaigre, ils lui disaient : — Si lu es le Roi des Juifs, s^uve-loi !

Au-dessus de sa tête, on avait placé une inscription. Elle était en trois langues, — grec, latin el hébreu, — et elle portait ces mots :

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