FIN DE L EVANGILE SELON SAINT LUC
Dans le principe le Verbe était.,..
Le Verbe était en Dieu ; le Verbe était Dieu....
De toute éternité, il était en Dieu. Par Lui tout a été créé, et rien de ce qui a été fait ne Ta été sans Lui . En lui-même il était toute Vie : et la Vie a été la Lumière des hommes....
La Lumière luit dans les ténèbres, mais les ténèbres ne s'en sont point pénétrées.
Envoyé par Dieu, un homme naquit dont le nom était Jean. • Il vint avec une fonction de témoin : il vint, pour
rendre témoignage à la Lumière, afin que, par lui, tous eussent la foi. Lui-môme n'était pas la Lumière, mais il avait mission de rendre témoignage à la Lumière .
La Lumière véritable, c'était celle-là même qui éclaire tout homme entrant en ce monde : le Verbe était dans le monde (le monde qui a été fait par Lui!) et le monde ne Tapas reconnu....
II est venu dans son propre domaine : mais les siens ont refusé de le recevoir. A tous ceux cependant qui Font accueilli, il a donné la puissance de devenir Enfants de Dieu ; — à tous ceux-là qui ont foi en son Nom, et qui ne sont point nés du sang, ni des instincts de la chair, ni de la volonté d'un époux, mais de Dieu même.
Oui, le Verbe s'est fait chair et il a dressé sa tente au milieu de nous, tout surabondant de grâce et de vérité. Et nous, nous avons contemplé sa gloire, sa gloire de Fils unique du Père.
Jean lui a rendu témoignage; Jean a fait entendre ce cri : « — C'est de Celui-là que je disais : « Il en est un qui vient après moi, antérieur à « moi cependant, et supérieur à moi. »
Et nous tous, en effet, de cette plénitude qui débordait en Lui, nous avons recueilli grâce sur grâce. Car ce qui fut donné par Moïse, c'est la Loi : mais la grâce et la vérité sont l'œuvre de Jésus- Christ.
Nul n'a jamais vu Dieu; mais le Fils, le Fils uni-
quement engendré, le Fils qui est dans le sein du Père, nous a lui-même, en personne, expliqué Dieu*..
Voici qu'elle fut la déclaration do Jean, lorsque les Juifs de Jérusalem, lui ayant envoyé des Prêtres et des Lévites, ceux-ci lui posèrent cette question formelle : « Qui êtes-vous? »
Jean s'expliqua ouvertement, Jean ne se refusa pas à répondre, et il dit tout d'abord : — Je ne suis point le Christ.
— Qui donc êtes-vous? reprirent-ils. Êtes-vous Élie?
— Je ne le suis point.
— Êtes-vous « Le Prophète? »
— Non.
Us insistèrent :
— Mais enfin qui êtes-vous cependant? 11 faut que nous portions une réponse à ceux qui nous ont envoyés. Que dites-vous de vous-même?
— Moi? répondit-il, je suis la voix dont a parlé le prophète Isaïe, « la Voix qui crie dans le Désert : a Aplanissez le chemin du Seigneur! »
Les membres de cette députation faisaient partie
] . DieU; c'est le mot de l'énigme du monde : Jésus-Christ, c'e^t le mot de l'énigme de Dieu.
Raymond Bruçker.
(le la secte des Pharisiens. Ils continuèrent leur interrogatoire :
— Mais pourquoi donc baptisez-vous, si vous n'ÔLes ni le Christ, ni Élie, ni le Prophète?
Lit réponse de Jean fut celle-ci :
— Pour moi, je baptise dans Feau. Mais, au milieu (le vous, il en est un que vous ignorez, il en est un qui doit venir après moi et qui existe avant moi. Et Celui-là est tel que je ne suis pas même digne de délier la courroie de ses sandales.
Ceci se passait à Béthanie, la Béthanie qui est audelà du Jourdain, où Jean baptisait.
Li' lendemain, Jean aperçut Jésus, qui s'avançait vers lui. Alors il s'écria :
— Yoici l'Agneau de Dieu ! voici Celui qui prend sur Lui les péchés du monde. C'est de Lui que j'ai dit ; « Après moi un Homme est en marche, qui « préexistait à moi et qui a sur moi la primauté». Je ne le connaissais point : mais c'était pour qu'il fût manifesté en Israël que j'étais venu conférer le baptcine de l'eau.
Jean attesta encore ceci :
— J'ai vu l'Esprit'Saint, pareil à une colombe, descendre du Ciel et se reposer sur Lui* Aupara-
vant il m'était inconnu ; mais Celui qui m'a donné mission de conférer le baptême de Teau m'a fait cette révélation :
ce C'est rhomme sur qui tu verras l'Esprit des- « cendre et demeurer, qui baptise dans VEsprit- « Saint. »
Or je l'ai vu, et je porte le témoignage que c'est bien là le Fils de Dieu.
Le jour suivant, Jean était encore en ce même endroit, avec deux de ses Disciples. Voyant passer Jésus, il s'écria de nouveau :
— Voici l'Agneau de Dieu !
En l'entendant parler de la sorte, les deux Disciples s'attachent aux pas de Jésus.
Celui-ci, s'étant retourné, les aperçoit qui marchent ainsi derrière lui :
— Que cherchez-vous? leur demande-t-il.
— Rabbi (ce mot veut dire Maître), Rabbi, où habitez-vous?
— Venez le voir vous-mêmes, répond Jésus.
Ils l'accompagnèrent donc, connurent sa demeure et restèrent ce jour-là en sa compagnie. Il était environ quatre heures de l'après-midi.
André, frère de Simon-Pierre, était Tun de ces deux, qui, sur le mot de Jean, s'étaient mis à suivre Jésus.
La première personne qu'il rencontre après cela, c'est son frère Simon. Il lui dit aussitôt :
— Nous avons trouvé Le Messie (ou en d'autres termes Le Christ), TOint du Seigneur.
Et, en lui annonçant cette nouvelle, il le conduit à Jésus.
Jésus arrête sur lui son regard :
— Tu es Simon, fils de Jonas, lui dit-il. Désormais tu te nommeras Géphas.
Ce nom de « Géphas » se traduit par le mot « Pierre » dans notre langue >.
Le lendemain, Jésus, qui avait décidé son retour enGalilée, rencontre Philippe et lui dit : — Suis-moi»
Ge Philippe était de la môme ville qu'André et Pierre : — de Bethsaïde.
Philippe, à son tour, rencontre Nathanaël :
— Nous l'avons trouvé! s'écrie-t-il, nous l'avons trouvé, Gelui dont parle Moïse dans la Loi, Celui qu'ont annoncé les Prophètes : Jésus, le fils de Joseph, de Nazareth.
— De Nazareth? répond Nathanaël : il peut y avoir du bon
1. Par ce changement de nom, Jésus faisait dès le début acle d'autorité sur ses Disciples, car le droit d'imposer un nom nouveau, ou de lui donner, par une légère inflexion, un sens difl'érent, était réservé aux grands et aux maîtres d'Israël. (Gen,, XVIÏ, 5, 15, Dan. I, 7, etc.). (L'abbé Fouard.)
SAINT JEAN, I, 47r51; u, 1. 421
— Viens voir, dit alors Philippe.
Regardant Nailianaël qui arrivait, Jésus prononça sur lui cette parole :
— Voici un véritable enfant d'Israël, entièrement exempt de toute duplicité.
— D'où me connaissez-vous? demanda celui-ci.
— Avant que Philippe t'appeldt, répondit Jésus, je le voyais, lorsque tu étais sous le figuier....
— Rabbi ! s'écria Nathanaël à ce mot, vous êtes le Fils de Dieu, vous êtes le Roi d'Israël.
Jésus reprit :
— Parce que je viens de te dire que je t'ai vu sous le figuier, voilà que tu crois.... Tu seras témoin de bien plus grandes choses!
Puis il ajouta :
— En vérité, en vérité, je vous le déclare, vous verrez le Ciel s'ouvrir, et les Anges de Dieu montant et descendant au-dessus du Fils de l'Homme.
C'était le troisième jour de la semaine. A Cana en Galilée, un repas de noces avait lieu*. La Mère de
1. Cana est un joli petit village, agréablement situé sur la pente d'une colline exposée au sud-ouest, et qui s'élève au milieu de vergers d'oliviers et autres ai'bres fruitiers. A l'entrée du village est la fontaine où on. alla puiser l'eau qui devait être miraculeusement changée en vin. (Dourdan.)
Jésus y assistait : et Jésus, également, avait été invité avec ses Disciples.
Il se trouva que le vin fit défaut. Et la Mère de Jésus adresse ce mot à son Fils :
— Ils n'ont plus de vin.
— 0 Femme, lui répondit-il, bien que le moment où je dois agir ne soit pas encore venu, que demandez-vous de moi?
La Mère de Jésus donne alors cet ordre à ceux qui servaient :
— Faites tout ce qu'il vous dira.
Or, il y avait là six urnes de pierre, disposées pour les ablutions qui sont en usage parmi les Juifs. Chacune d'elles contenait deux ou trois métrètes *.
— Remplissez d'eau ces urnes, dit Jésus aux serviteurs.
Ils les remplissent aussitôt, jusques au bord.
— Puisez-y maintenant, reprend Jésus; et, ce que vous aurez puisé, allez l'offrir à TArchitriclin, [principal personnage de la fête].
On présente donc cette boisson à celui qui présidait le repas.
A peine ce dernier a-t-il goûté de cette eau devenue vin que, — n'en sachant point la provenance,
1. Binaa vel ternas mensuras. Le grec dit [lexpyjTà;. Or la métrète, mesure attique, correspondait à Vépha hébrea, lequel était de quarante litres. De sorte que la quantité d'eau renfermée dans les six urnes instantanément changée en vin par Notre-Seigneur, fut à peu prés de cinq à sept hectolitres, «nviron la contenance de deux à trois de nos barriques ordinaires.
comme les domestiques qui avaient puisé dans les urnes, — il s'adresse à TÉpoux, et lui dit :
-*Tout le monde, après avoir offert d'abord du bon vin à ses convives, a coutume, lorsqu'ils sont déjà «a ébriété, de leur en donner de qualité inférieure. Quant à vous, vous avez réservé pour ce moment un vin exquis*!...
Ce fut là le premier miracle de Jésus, opéré à Cana en Galilée.
Ainsi il manifesta sa gloire, et ses Disciples crurent en Lui.
Après cet événement, il descendit à Capharnaûm, avec sa Mère, ses cousins et ses Disciples : mais il n'y demeura que peu de jours.
La Pâque des Juifs était proche en effet, et il se rendit à Jérusalem.
YI
Dans l'enceinte des bâtiments du Temple il trouva nombre de gens qui vendaient des bœufs, des bre-
1. Le Monde et Jésus agissent différemment. Au premier abord, le Monde offre joie et plaisir dans la coupe des passions; mais l'ivresse que Ton y goûte nous conduit aux douleurs, aux angoisses, aux amertumes, id quod delerius, Jésus, au contraire, nous propose d'abord le devoir pénible et le calice amer; mais ensuite, — quand on a eu l'héroïsme de porter ce calice à ses lèvres et de le boire, — des torrents de délices inondent Tâme. Il réserve pour la lin le vin délicieux.
bis, des colombes ; il y aperçut également des changeurs, assis à leur comptoir *.
Se faisant aussitôt, avec des cordes, une espèce de fouet, il commença par les expulser tous de Tenceinte sacrée, ainsi que les brebis et les bœufs. Il renversa par terre les comptoirs des changeurs, répandant sur le sol toute leur monnaie. Puis il dit à ceux qui vendaient des colombes : « — Emportez tout cela. Et ne transformez pas en une Maison de commerce la Maison de mon Père. »
1. L'expression : « Le Temple » désignait non seulement le Temple proprement dit, mais Tensemble de ses constructions et dépendances : cours, parvis, etc. De même, quand nous disons dans notre langue « les Tuileries, le Ministère, l'Abbaye, » nous entendons désigner, non seulement la construction, mais ses dépendances, cours, jardins, etc. Les marchands de bœufs et de brebis ne se tenaient évidemment pas dans l'intérieur même du Temple, mais sur le parvis et dans la cour sacrée. Quant aux vendeurs de colombes et aux changeurs, ils avaient probablement pénétré dans l'intérieur, à cause- du peu de place qu'il fallait aux uns comme aux autres.
A propos de ceux qui vendaient des boeufs : vendentes hoves, le R. P. Lamy fait les remarques suivantes :
a Sous prétexte de faciliter l'obéissance aux prescriptions de la Loi (en mettant sous la main de chacun tout ce qui pouvait servir au culte), les prôtres en avaient fait un objet de lucre.
a On voit partout, dans l'Évangile, que l'avarice en entrant dans leur âme l'avait corrompue; car il y avait à Jérusalem des boucheries et des marchés publics ; mais, avec l'autorisation des Prôtres, le commerce se faisait dans le Temple même, ainsi qu'il résulte du passage de l'Écriture que nous étudions, et de ce que dit Maimonide dans le traité De Apparalu Templi, Il y parle des divers employés du Temple, entre lesquels il compte ceux qui présidaient à ce commerce; et il entre à cet égard dans des détails qui montrent une insigne avarice, exercée sous le masque de la religion. » (R. P. Lamy.)
Ses Disciples, à ce spectacle, songeaient à ce texte de rÉcriture : « Le zèle de Votre Maison me dévore. » Les Juifs ne tardèrent pas à intervenir :
— Montrez-nous donc votre titre à agir de la sorte.
— Renversez ce Temple-ci, répliqua Jésus, et dans trois jours je le relèverai!
— Eh quoi, s'écrièrent les Juifs, on a mis quarante-six ans à le bâtir, et vous le relèveriez en trois jours?...
Mais le Temple dont parlait Jésus, c'était le Temple de son propre corps.
Plus tard, quand il fut ressuscité d'entre les morts, ses Disciples se souvinrent de cette affirmation qui était sortie de ses lèvres, — et ils crurent alors à TÉcriture, et à la parole dite par Jésus.
Pendant son séjour à Jérusalem, à l'occasion de la fête de Pâques, un grand nombre, à la vue des miracles qu'il opérait, eurent foi en sa personne.
Mais Jésus ne faisait point fond sur eux parce qu'il les connaissait tous. Il n'avait pas besoin en effet que tel ou tel témoignage vînt le renseigner sur qui que ce soit : il savait, par lui-même, tout ce qu'il y avait dans l'âme de chacun.
Parmi les Pharisiens se trouvait un personnage du nom de Nicodème. C'était Tun des chefs de la nation juive.
11 alla trouver Jésus, pendant la nuit :
— Maître, lui dit-il, nous savons que vous êtes un Docteur venu de Dieu même : car nul ne pourrait accomplir les miracles que vous faites, si Dieu n'était avec lui....
Jésus, ayant pris la parole, s'était servi de cette expression : — « En vérité, en vérité je te le dé- « clare, personne, sans passer par une naissance nou- « velle, ne pourra voir le Royaume de Dieu. »
— Mais comment donc un vieillard peut-il naître? demanda Nicodème. Est-ce qu'il lui est possible de retourner dans le sein de sa mère, et de naître une seconde fois?
— En vérité, en vérité, je te le répète, reprit Jésus, si l'on ne renaît de l'eau et de l'Esprit-Saint, on ne peut entrer dans le Royaume de Dieu.
Ce qui est Chair naît de la Chair; ce qui est Esprit naît de l'Esprit. Ne t'étonne donc point de m'entendre dire: « Il faut que vous naissiez de nouveau. » L'Esprit'et le vent soufflent où ils veulent. Tu entends le bruit du vent : mais tu ne sais ni
d'où il vient ni où il va. 11 en est ainsi toutes les fois qu'un homme naît de TEsprit.
Nicodème insista :
— Comment cela se peut-il faire?
— Eh quoi ! lui répondit Jésus, tu es un Docteur d'Israël, et tu ignores ces choses ?
En vérité, en vérité, je te Taffirme : ce que nous disons, nous le savons ; ce que nous attestons, nous l'avons vu. Mais vous, vous n'acceptez pas notre témoignage.... Et si, quand je vous parle le langage de la terre, vous ne me croyez point, comment me croirez-vous quand je vous parlerai le langage du Ciel?...
Nul cependant n'est monté au Ciel, sinon Celui qui en est descendu : « le Fils de l'homme », Celuilà qui réside aux Cieux....
De même pourtant que, dans le Désert, le Serpent d'airain fut élevé sur un poteau par Moïse, de même il faut aussi que le Fils de l'homme soit élevé de pareille sorte, afin que, au lieu de mourir, quiconque croit en Lui soit mis en possession d'une éternelle Vie.
Dieu, en effet, a aimé le monde jusqu'à donner son propre Fils, son Fils unique, pour que ceux qui auront foi en Lui ne périssent pas, et qu'ils soient, tout au contraire, appelés à jouir d'une Vie éternelle. Dieu n'a point envoyé son Fils pour con-
428 ' SAINT JEAN, m, 17-24.
damner Tunivers, mais pour que Tunivers soit sauvé par Lui.
Celui qui a foi en Lui n'a pas à subir de condamnation; et quant à celui qui ne croil pas en Lui, il est déjà condamné par cela même qu'il n'a pas foi en la personne du Fils unique de Dieu! Car le motif de la condamnation n'est autre que ceci : « La Lumière est venue dans le monde, et les « hommes ont mieux aimé les ténèbres que la Lu- « mière, parce que leurs œuvres étaient mauvaises ».
Quiconque accomplit le mal a, en effet, horreur de la Lumière; et il se garde bien d'affronter ses rayons, de crainte que ses actes ne soient découverts. Quant à celui qui pratique la Vérité, il n'a nulle peur d'aller à la Lumière, de façon qu'elle éclaire ses œuvres, parce que ces œuvres sont faites en Dieu.
YIll
Après cela Jésus et ses Disciples se rendirent en Judée. Il y demeurait avec eux et conférait le Baptême.
Jean, de son côté, qui n'avait pas encore été mis en prison, baptisait également à Ennon, près de Salim, lieu qu'il avait choisi parce qu'il y avait là
SAINT JEAN, m, 25-32. 429
beaucoup d'eau ^ On y venait alors recevoir le Baptême.
Or, à la suite d'une contestation qui s'était élevée entre eux et des Juifs, au sujet de la vertu purifiante du Baptême, Jean fut abordé par ses Disciples.
— Maître, lui dirent-ils, celui qui était avec vous au delà du Jourdain, celui dont vous vous êtes fait le témoin, voici maintenant qu'il baptise, — et que tout le monde court à Lui !
— Nul ne peut s'arroger une autre mission que celle qu'il a reçue du Ciel , répondit Jean. Vousmêmes, vous pouvez attester que j'ai toujours dit : « Je ne suis point le Christ : mais je suis envoyé « comme son Précurseur 5>....
L'Époux, c'est celui qui possède l'Épouse. Toutefois, l'Ami de l'Époux qui se tient là, debout et l'oreille attentive à ce que dit l'Époux, est réjoui par l'accent de sa voix. Je goûte dans sa plénitude une telle félicité : c'est à Lui de croître, à moi de diminuer.
Celui qui vient d'En-Haut est au-dessus de tous : celui qui vient de la terre est de la terre, et parle de la terre. Celui qui vient du Ciel est au-dessus de tous.
1. Ennon signifie sour^ce en hébreu. Jean ne pouvait baptiser que dans les lieux où il y avait beaucoup d'eau, parce qu'il baptisait par immersion; et Ton peut conclure des paroles de l'évangéliste que Jésus, non par lui-môme, mais par ses apôtres, baptisait d'une autre manière, c'est-à-dire comme nous baptisons encore aujourd'hui, et qu'il pouvait^ à cause de cela, baptiser partout Indistinctement. (SBpp.)
430 SAINT JEAN, 111, 32-36; iv, 1-5.
Ce que Celui-là atteste, il Ta vu lui-môme et entendu : mais personne n'accueille son témoignage.... Et, pourtant, qui accepte ce témoignage ne fait que donner son seing à la véracité de Dieu. Car ce sont les paroles mêmes de Dieu que prononce l'Envoyé de Dieu ; et c'est sans mesure que Dieu l'a investi de son Esprit.... Le Père aime le Fils et a tout remis entre ses mains.
Qui croit au Fils possède la Vie éternelle. Quant à l'homme qui refuse d'y croire, il ne verra jamais laYie :.sur lui s'arrête la colère du Seigneur.
Ayant eu connaissance que les Pharisiens avaient ouï dire qu'il faisait plus de Disciples et baptisait plus que Jean (quoiqu'il ne conférât point le Baptême de ses propres mains, mais bien par celles de ses Disciples), Jésus quitta la Judée et repartit pour la Galilée.
Il dut par conséquent traverser la Samarie*.
C'est ainsi qu'il arriva un jour à une ville de ce pays nommée Sichar, ville toute voisine de
1. La Samarie était en effet la route directe et de beaucoup la plus courte. Toutefois les Juifs rigoristes, dit le P. de Ligay, évitaient ce chemin iet aimaient mieux faire un long détour que de s'exposer au contact des Samaritains et d'avoir à leur demander à boire ou à manger.
Les Samaritains n acceptaient pas dans leur intégralité les Livres saints des Juifs. Mais ce qui contribua le plus- à les faire regarder
SAINT JKAN, IV, 5-12. 431
l'héritage que Jacob avait donné à son fils Josepli.
Là se trouvait le Puits de Jacob.
Accablé par la fatigue du voyage, et n'en pouvant plus, Jésus s'était assis sur la margelle du puits. Il était environ midi.
Survint, pour puiser de Teau, une femme de la Samarie.
Jésus lui adressa la parole :
— Donne-moi à boire, lui dit-il.
Ses Disciples, en ce moment, étaient allés dans rintérieur de la ville pour chercher des provisions.
— Comment se fait-il, répondit cette femme, que vous me demandiez à boire, vous qui êtes Juif, à moi, qui suis Samaritaine? Les Juifs n'ont point de commerce avec les Samaritains.
— Si tu savais le don de Dieu, reprit Jésus, si tu connaissais quel est Celui qui te dit : « Donne- <c moi à boire », peut-être est-ce plutôt toi-même qui lui eusses fait une telle demande, et alors il t'aurait donné de l'eau vive.
— Mais, Seigneur, répliqua-t-elle, vous n'avez pas même -un seau pour puiser, et le puits est profond. Où donc prenez-vous Teau vive?... Êtes-voùs quelqu'un de plus grand que notre père Jacob,
eomme schismatiques par ces derniers^ ce fut uq temple que Sannabalat, Tun de leurs Gouverneurs, lit bâtir sur la montagne de Galitzim, et qu'ils préférèrent constamment au Temple de Jéni« salem, le seul lieu de la terre où il fût permis aux Israélites d'offrir à Dieu des sacrifices.
lequel nous a légué ce puits, et qui y a bu luimême, ainsi que ses fils et ses troupeaux?
— Tout homme qui boit de Teau que voici aura soif de nouveau, reprit Jésus. Mais quiconque boira de l'eau que je lui donnerai n'aura plus soif de toute Téternité. Car cette eau, par moi donnée, deviendra en lui-même une source, — une source jaillissant en Vie éternelle.
— Seigneur, repartit la femme, donnez-moi donc de celte eau-là, de façon que je n'aie plus soif et que je ne vienne plus ici pour puiser....
— Ya appeler ton mari, lui dit Jésus, et reviens
— Je n'ai pas de mari, répondit-elle.
— Tu dis vrai : «Je n'ai pas de mari ». En effet, tu as vécu avec cinq hommes, et celui avec lequel tu vis actuellement n'est point ton mari. Ton langage est très exact.
— Seigneur ! s'écria la femme, je vois que vous êtes un Prophète!...
C'est sur cette Montagne, qu'ont adoré nos aïeux : et vous prétendez cependant, vous autres Juifs, que c'est à Jérusalem qu'il faut adorer?...
— Femme, crois-moi. Le temps . approche où ce n'est ni sur cette montagne ni à Jérusalem que vous adorerez le Père!... Vous adorez, sans savoir que c'est du peuple juif que doit sortir la Rédemption ; et nous adorons en le sachant. Mais une ère s'avance, — et même elle est déjà! — où les
vrais adorateurs adoreront le Père, en Esprit et en Vérité, Ce sont de tels adorateurs que cherche le Père. Dieu est Esprit : et il faut que ceux qui lui rendent un culte Tadorent en Esprit et en Vérité.
— Je sais bien, repartit la femme, que le Messie, c'est-à-dire le Christ, va paraître. Lorsqu'il sera venu, il nous apprendra tout.
— Le Messie, c'est Moi, Moi qui te parle !
Surcesentrefaitesarrivèrentses Disciples, lesquels furent fort étonnés de le retrouver, conversant avec une femmes Aucun d'eux pourtant ne le questionna pour savoir ce qu'il lui demandait et pourquoi il s'entretenait avec elle.
Quant à celle-ci, laissant là sa cruche, elle était accourue du côté de la ville et elle abordait les uns et les autres :
— Venez voir un homme, qui m'a, à moi-même, raconté tout ce que j'ai fait. Ne serait-ce point le Christ?
Ils sortirent de la cité et allèrent vers Jésus.
Pendant ce temps, ses Disciples lui disaient, non sans insistance :
— Maître, prenez donc de la nourriture.
— J'ai pour me nourrir, leur répondit-il, un aliment que vous ignorez.
1. Les Rabbins poussaient le scrupule sur ce point jtïs<ïii'à ne pas s'entretenir en public avec leur propre épouse. (Berachol cité par l'abbé Fouard.) ''
Les Disciples s'interrogeaient l'un Tautre :
— Quelqu'un lui aurait-il apporté à manger?
— Ma nourriture, reprit Jésus, c'est de faire la volonté de Celui qui m'a envoyé, c'est d'accomplir son œuvre....
Vous dites, n'est-ce pas, « qu'il y a encore quatre mois avant la moisson ? » Eh bien ! Moi, je vous dis : (c — Levez les yeux et voyez comme déjà les campagnes blanchissent pour la moisson. Le moissonneur recueille la récompense et ramasse le fruit pour l'éternelle Yie, où celui qui moissonne et celui qui a semé seront réunis dans une joie commune. »
Ici se vérifie ce proverbe : « Autre est celui qui sème, et autre celui qui moissonne. » Je vous envoie moissonner une récolte qui n'est point le fruit de votre labeur. D'autres* ont travaillé et vous entrez dans leurs travaux.
Beaucoup de Samaritains de cette ville avaient cru en Lui d'après le témoignage qu'en avait porté cette femme : « Il m'a raconté, à moi-même, tout ce que j'avais fait ». Aussi vinrent-ils le prier de s'arrêter chez eux. Jésus y passa deux jours; et un bien plus grand nombre encore eurent foi en Lui, après avoir écouté sa parole.
— Ce n'est plus seulement sur votre récit que nous croyons, disaient-ils à la Samaritaine. Nous Tavons entendu nous-mêmes, et nous avons re-
1 . D'autres : Moïse, les Prophètes, Jean-Baptiste et Jésus-Christ.
connu qu'il est vraiment le Sauveur du Monde.
Après ces deux jours, Jésus partit, se dirigeant vers les terres galiléennes.
Il Tavait lui-même déclaré : « Dans sa patrie un Prophète est sans gloire». Lors donc qu'il fut arrivé en Galilée, les habitants ne lui firent accueil qu'à cause de toutes les choses qu'ils lui avaient vu faire à Jérusalem pendant les fêtes pascales, auxquelles ils avaient assisté.
Jésus cependant retourna à Cana de Galilée, où il avait changé l'eau en vin.
Or, en ce moment, il y avait à Capharnaum un Orficier royal dont le fils était malade. Ce personnage ayant appris que Jésus, venant de Judée, était rentré dans le pays, alla le trouver et le supplia de vouloir bien descendre jusques à Capharnaum pour guérir son enfant, qui était déjà à ragonie.f
— A moins d'avoir sous vos yeux des miracles et des prodiges, vous demeurez incrédules, lui répondit Jésus.
— Venez, Seigneur, reprit cet Officier du roi.
436 SAINT JEAN, IV, 49-54; v, 1-2.
avant que mon pauvre enfant ait rendu le dernier soupir.
— Va I lui dit Jésus : ton fils est maintenant plein de vie.
Cet homme eut foi en la parole de Jésus et reprit le chemin de sa maison....
Comme il était encore en route, il rencontra plusieurs de ses serviteurs, qui accouraient audevant de lui pour lui annoncer la guérison de son fils. Il leur demande à quelle heure Tenfant s'est senti mieux.
— Hier, répondirent-ils, à une heure de Taprès midi, la fièvre Ta quitté.
Et le père constata que c'était précisément à cette heure même que Jésus lui avait dit : « Va I ton fils est plein de vie ». Dès lors il devint croyant, ainsi que tous ceux de sa maison.
Ce miracle, accompli par Jésus après son retour de Judée, fut le second qu'il fit en Galilée.
Une fête des Juifs ramena ensuite Jésus à Jérusalem.
Dans cette ville se trouve « la Piscine proba-
tique » : Le mot hébreu est Bethsaida^. Elle est entourée d'une galerie à cinq arcades, sous lesquelles étaient alors étendus une multitude de malades : aveugles, boiteux, paralytiques, attendant l'agitation de Teau.
A certains moments, en effet, un Ange du Seigneur descendait dans la Piscine et mettait Teau en mouvement. Et le premier qui entrait dans la Piscine après ce bouillonnement de Teau était guéri de son infirmité, quelle qu'elle fût.
Or, il y avait là un homme qui était perclus de tous ses membres, et dont Tinlirmité remontait à trente-huit ans. Le voyant étendu à terre, et apprenant qu'il était depuis si longtemps en cet état, Jésus lui posa cette question :
— Veux-tu être guéri ?
— Seigneur, lui dit l'infirme, lorsque l'eau vient à bouillonner, je n'ai personne pour me jeter dans la Piscine. Et tandis que je m'y traîne, un autre s'y précipite avant moi.
Jésus lui répond par cette parole :
— Lève-toi, prends ton grabat et marche.
Et soudain cet homme est guéri. Il part, emportant son grabat.
Mais comme ceci se passait un jour de Sabbat, il y eut des Juifs qui interpellèrent l'homme guéri :
1. Ces expressions signifient dans cette langue : Piscine des Brebis.
— C'est aujourd'hui le jour du Seigneur, et il ne t'est point permis de transporter ainsi ton lit.
A quoi il répliqua :
— Celui-là même qui m'a guéri m'a donné Tordre de me mettre à marcher en emportant mon grabat.
— « Te mettre à marcher en portant ton grabat! » Qui donc s'est avisé de te tenir un tel langage? demandèrent-ils.
Mais le paralytique guéri ne connaissait pas l'auteur de sa guérison. Jésus, d'ailleurs, s'était dérobé du milieu des foules, rassemblées sur le lieu de l'événement.
Quelque temps après, Jésus rencontre cet homme dans le Temple :
— Te voilà rendu à la santé, lui dit-il. Ne pèche plus désormais, de peur qu'il ne t'arrive quelque chose de pire encore.
Cet homme, en s'en allant, proclamait devant les Juifs que c'était Jésus qui l'avait guéri.
Ceux-ci traitèrent alors Jésus de criminel pour avoir agi de la sorte durant le Sabbat :
— Mon Père, leur répondit-il, mon Père travaille sans cesse : — et Moi aussi.
1. Par ce nom, « les Juifs», l'Évangélisle désigne ordinairement les ennemis de Jésus, et en particulier les Scribes, les Pharisiens éminents et les Sanhédrites, instigateurs de Topposition que le Sauveur trouva en Judée dès le commencement de son ministère. Voir Smith, Dictionanj of tht Bible» (L'abbé Foaard.)
Là-dessus, les Juifs cherchaient d'autant plus à le faire mourir : non seulement comme violateur du Sabbat, mais parce que, en outre, il affirmait que Dieu lui-même était son propre Père, se faisant de la sorte Tégal de Dieu.
C'est pourquoi Jésus ajouta :
« — En vérité, en vérité je vous le déclare : le Fils ne peut rien faire de lui-même, mais seulement ce qu'il voit que le Père fait.
Tout ce que le Père fait, le Fils aussi le fait également : car le Père aime le Fils et lui montre tout ce qui s'opère en lui. Et il lui montrera même à accomplir des œuvres autrement grandes que celles-ci, des œuvres telles que vous en serez frappés de stupeur.
Ainsi, par exemple, le Père ressuscite les morts et donne la Vie. Et le Fils, pareillement, donne la Vie à qui il veut.
En personne, le Père ne juge qui que ce soit. Mais il a confié au Fils le Jugement universel, afin que tous vénèrent le Fils, absolument comme ils vénèrent le Père. Qui ne rend pas hommage au Fils refuse, par là, de rendre hommage au Père qui l'a envoyé....
Oui, je vous le déclare, quiconque écoute ma
parole et croit en Celui qui m'a envoyé, est en possession d'une Vie éternelle. Il n'a point à comparaître pour être jugé : de la mort il est déjà passé à la Vie.
Oui, je vous le déclare, Theure arrive, et même elle est déjà, où les morts entendront la voix du Fils de Dieu : et ceux qui l'auront entendue deviendront vivants ^
Comme le Père a la Vie en soi, ainsi il a donné au Fils d'avoir la Vie en soi. Et en môme temps il l'a investi du pouvoir de juger, en qualité de Fils de l'Homme.
Ne vous étonnez donc pas que l'heure vienne, où tous ceux qui sont dans les sépulcres ouïront aussi la voix du Fils de Dieu. De la tombe sortiront alors, et ceux qui ont fait le bien pour ressusciter à la Vie, et ceux qui ont fait le mal pour ressusciter au châtiment.
« Je ne puis faire aucun acte qui soit de moi seul. Tel j'entends le jugement, tel je le prononce.... Et mon jugement est juste, précisément parce que, au lieu de chercher une volonté mienne, je réalise la volonté de Celui qui m'a envoyé....
1. Les morts. 11 s'agit ici de la mort spirituelle puisque Jésus n^a encore parlé que de ceux qui croient en lui et qui passent de la mort à la vie. Tout à l'heure, il sera question de . la mort proprement dite et de la résurrection du tombeau.
« Sans doute, si j'étais seul à témoigner de moimême, mon témoignage ne serait point recevable.
Mais tout d'abord, n'en est-il pas un autre qui est mon témoin, un autre qui me rend, je le sais, un témoignage véridique? C'est Jean, Jean à qui vous \ous êtes adressés et qui a proclamé la Vérité. Et je vous rappelle cela, non certes que j'aie besoin d'être cautionné par un homme, mais dans l'unique but de vous amener à votre salut. Jean a été la lampe qui brûle et qui brille : et, à sa clarté, votre volonté a un instant tressailli....
J'ai pour moi un témoignage bien autrement considérable que celui de Jean. Ce sont les œuvres mêmes que le Père m'a conféré le pouvoir d'accomplir. Ces œuvres que je fais, voilà ma caution : voilà ce qui atteste que le Père m'a envoyé. Et c'est ainsi qu'en m'investissant de ma mission, le Père s'est fait lui-même mon répondant. Mais vous n'avez jamais ni écouté sa voix, ni contemplé sa face, et sa pensée n'habite pas en vous. De sorte que vous ne croyez point en Celui qu'il a envoyé.
Scrutez enfin les Écritures, puisque, par leur moyen, vous pensez gagner la Vie éternelle : les Écritures aussi me rendent témoignage....
Et vous vous refusez à venir à moi pour posséder la Vie I...
442 SAINT JEAN, V, 41-47; vi, 1-2.
ce Je ne cherche point la gloire humaine : je constate seulement que vous n'avez pas en vous Tamour de Dieu, en ce que vous refusez de m'accueillir, alors que je viens au nom de mon Père.
Qu'un autre se présente en son propre nom, et vous lui ferez accueil.
Et comment en effet pourriez-vous croire, vous qui acceptez votre gloire les uns des autres, et qui ne recherchez pas la gloire qui procède de Dieu seul?
Ne pensez point que devant le Père, ce soit moi qui vous doive accuser. Celui qui se portera votre accusateur, ce sera précisément celui en qui vous mettez tout votre espoir : ce sera Moïse lui-môme. Car, si vous croyiez en lui, vous croiriez aussi en Moi, puisque cest de Moi que vous parlent ses livres.
Mais vous manquez déjà de foi en ses écrits : comment donc auriez-vous foi en mes paroles? »
Ensuite Jésus passa de l'autre côté de la mer de Galilée, que Ton nomme également le Lac de Tibériade. Il était suivi d'un peuple immense, attiré par les miracles qu'on lui voyait opérer sur les malades.
Il gravit la pente d'une montagne; puis il s'assit avec ses Disciples.
C'était aux approches des fêles juives de la Pâque.
Ayant levé les yeux, il considéra cette prodigieuse multitude qui s'assemblait autour de Lui. Et, se tournant vers Philippe :
— Où donc achèterons-nous du pain pour nourrir tout ce monde? lui demanda-t-il.
Question qu'il lui posa pour l'éprouver; car quant à Lui, il savait parfaitement ce qu'il allait faire.
— Pour que chacun en eût tant soit peu, répondit Philippe, deux cents deniers de pain seraient insuffisants.
L'un des Disciples (c'était André, frère de Simon- Pierre), donna ce renseignement :
— Il y a ici un petit garçon qui a cinq pains d'orge et deux poissons. Mais, pour une pareille foule, qu'est-ce que cela*?
— Faites asseoir tout ce peuple, dit alors Jésus. En ce lieu-là l'herbe était abondante. Tous s'assirent par terre. Ils étaient environ cinq mille.
Jésus reçut les pains, et, après qu'il eut rendu grâces, on les distribua à ceux qui avaient pris place sur le gazon. Il fit de même avec les poissons, et tous en eurent à discrétion.
1. Le pain d'orge, plus grossier que le pain de froment, servait de nourriture aux dernières classes du peuple. (Smith, Dictionary of the Bible.)
44(l SAINT JEAN, VI, 11-17.
Lorsque la faim de chacun fut apaisée, il donna cet ordre à ses Disciples :
— Recueillez, pour que rien ne se perde, les morceaux qui sont restés.
Ils les ramassèrent donc; et, avec ces débris, avec ce superflu des cinq pains d'orge après le repas de tous, ils remplirent douze corbeilles *.
— Oui, vraiment, c'est là le Prophète qui doit venir dans ce monde !...
Telle était la parole que faisaient entendre, en face d'un pareil prodige, les hommes qui composaient cette multitude.
Mais, comprenant qu'ils allaient l'enlever de force pour le faire Roi, Jésus se retira absolument seul dans les profondeurs de la Montagne.
Quand vint le soir, les Disciples redescendirent vers le Lac, montèrent à bord de la barque, et entreprirent la traversée, dans la direction de Capharnaùm*.
1. Les Juifs avaient coutume, paraît-il, de porter en voyage des corbeilles d'osier, non seulement pour y mettre les provisions qu'ils achetaient en route, mais aussi pour contenir des couvertures, afin de pouvoir coucher en plein air.
2. Jésus, d'après le récit de saint Matthieu et de saint Marc, leur avait donné l'ordre de partir sans lui : Mat. XIV, 22; Marc, VI, 45.
IJ était nuit et Jésus ne les avait pas rejoints.
Soulevées par un vent violent, les vagues étaient devenues hautes : les Disciples avaient fait, à force de rames, environ vingt-cinq ou trente stades....
En ce moment, ils aperçoivent Jésus, marchant sur les flots et s'approchant de la barque.
L'épouvante les saisit. Mais Jésus leur dit :
— C'est Moi! N'ayez point peur.
Ils s'empressent de le recevoir dans la barque. Et tout aussitôt la barque se trouve à terre, au lieu même où ils se rendaient.
Ayant remarqué que Jésus n'était pas entré dans l'unique barque qui l'avait précédemment amené, et que ses Disciples étaient seuls partis, les foules étaient restées jusques au lendemain de ce côté de l'eau.
D'autres bateaux cependant arrivèrent de Tibériade, et jetèrent l'ancre en ce même endroit du rivage, où, à la suite de l'action de grâces, tout ce peuple avait mangé le pain du Seigneur....
Les multitudes, qui avaient fini par se convaincre que, de même que ses Disciples, Jésus n'était plus là, se précipitèrent dans ces embarcations pour aller le chercher à Gapharnaûm.
4(l6 SAINT JEAN, VI, 25-34.
El, rayant en effet trouvé sur cette rive du Lac :
— Maître, lui demandait-on, quand donc ôtesvous venu ?
— Oui, oui, vous me cherchez, leur répondit-il, non point, certes, à cause des signes que vous avez vus en moi, mais bien à cause des pains dont vous avez été nourris et rassasiés.... Travaillez à acquérir, non Taliment qui périt, mais bien Taliment qui demeure pour Téternelle Vie, et que le Fils de THomme vous donnera, le Fils de THomme, que Dieu le Père a marqué de son sceau.
— Que devons-nous faire pour travailler aux œuvres de Dieu ?
Il fit cette réponse :
— L'œuvre de Dieu, c'est d'avoir foi en Celui qu'il a envoyé.
— Mais, lui dit-on, pour que nous ayons en vous une telle foi, quel est l'acte propre, le signe spécial que vous nous présentez?... Car enfin nos ancêtres, eux aussi, ont été également nourris dans le Désert avec de la manne, comme le rappelle ce texte de l'Écriture : « Il leur donna à manger un pain du Ciel.... »
— Le Pain du Ciel? Non, non ! je vous le déclare, Moïse ne vous l'a point donné!... Mais c'est mon Père, à moi, qui vous donne le vrai Pain du Ciel.
Il est, en effet, un Pain de Dieu, qui descend du Ciel et qui donne la Vie au monde.
— Seigneur, s'écrièrent les assistants, donneznous à jamais ce pain-là!
Jésus répondit :
« — Le Pain de la Vie, c'est Moi. Celui qui vient à Moi n'aura plus faim; celui qui croit en Moi n'aura jamais soif....
Toutefois, je vous Tai déjà dit : bien que vous m'ayez vu de vos yeux, vous ne croyez pas en Moi.
A Moi viendra cependant tout ce que le Père me donne. Et celui qui vient à Moi, je ne le repousserai point au dehors : car je suis descendu du Ciel, non pour agir au gré de ma volonté propre, mais uniquement pour accomplir la volonté de Celui qui m'a envoyé. Or, la volonté du Père qui m'a envoyé, c'est que je ne perde rien de ce qu'il m'a donné, mais que, au contraire, je ressuscite tout : — au jour suprême.
Oui, la volonté de mon Père qui m'a envoyé, c'est que quiconque voit le Fils et croit en Lui soit mis en possession de l'éternelle Vie, et que Moi-même, je le ressuscite au dernier jour. »
Des Juifs protestèrent par leurs murmures contre cette parole : « Je suis le Pain vivant qui descend « du Ciel ».
« — Est-ce que ce n'est pas là Jésus, le fils de Joseph? disaient-ils, Jésus, dont nous connaissons le père et la mère? Comment donc cet homme peut-il émettre cette assertion : « Je suis descendu du Ciel?»
— Ne murmurez pas ainsi entre vous, leur répondit Jésus. Nul ne peut venir à Moi, sans être attiré par le Père lui-même qui m'a envoyé. Et celui-là, je le ressusciterai au suprême jour.
« Tous recevront renseignement de Dieu », est une parole écrite dans les Prophètes. Quiconque a écouté la voix de mon Père et y est docile, vient à Moi. Non pourtant que je veuille dire par là que quelqu'un ait vu le Père, sauf Celui qui est engendré de Dieu, et qui seul a vu le Père.
Oui, encore une fois, oui, je vous le déclare : Quiconque croit en Moi est en possession de la Vie éternelle. Je suis le Pain de fa Vie.
Vos Pères ont mangé la manne dans le Désert : puis ils sont morts. Mais voici le Pain descendant du Ciel ; et celui-là est de telle sorte, que, si quelqu'un en mange, il ne mourra point. Descendu du Ciel, je suis le Pain Vivant. Et si de ce Pain quelqu'un mange, il vivra éternellement.
Or, le Pain que je donnerai, c'est ma propre Chair que je livrerai pour la Vie du monde. »
Ce fut alors un débat entre les Juifs, et on les entendait dire :
— De quelle façon cet homme peut-il nous donner à manger sa chair ?
Jésus reprit:
ce — . En vérité, en vérité je vous l'affirme : Si vous ne mangez la Chair du Fils de V Homme, et si vous ne buvez son Sang, vous n*aurez pas la Vie en vousmêmes, Qui'mange ma Chair et boit mon Sang est en possession de V éternelle Vie» Et je le ressusciterai au jour suprême.
Car ma Chair, en toute vérité, est une nourriture; mon Sang, en toute vérité, est un breuvage. Celui qui
inange ma Chair et boit mon Sang demeure en Moi, et Moi en lui.
De même que celui qui est vivant — le Père — m'a envoyé, et que Moi, je vis par le Père, de même aussi celui qui me mange vivra par Moi.
Le voilà, le Pain qui descend du Ciel ! Et il n'en est point de Lui comme de la manne dont se nourrirent vos ancêtres, lesquels sont morts ensuite. Celui qui mange ce Pain vivra à jamais. »
Telles furent les paroles de Jésus, enseignant dans la synagogue, à Capharnaûm.
Après les avoir entendues, bon nombre de ses Disciples se récrièrent, à part eux :
— C'est dur à croire, ce qu'il dit là!... Qui pourrait vraiment prêter l'oreille à de pareils discours?
Sachant en lui-même les murmures que soulevait parmi les siens ce qu'il venait de formuler, Jésus reprit :
« — Cela vous scandalise?... Et que sera-ce donc si je vous annonce que vous verrez, de vos yeux, le Fils de l'homme remonter en ce lieu même où il était auparavant?
C'est l'Esprit qui vivifie. La Chair, elle, ne sert de rien. Elles sont Esprit et Vie, les paroles que je vous ai dites. Mais il en est parmi vous qui n'ont pas la foi !... »
Dès le commencement, en effet, Jésus avait toujours su quels étaient ceux qui ne croyaient point et quel était l'homme qui le trahirait.
« — Aussi vous ai-je déclaré, continua-t-il, que
450 SAINT JEAN, VI, 66-72; vu, 1.
nul ne peut venir à Moi, si mon Père ne lui en fait la grâce.
Ce fut à cette occasion qu'un grand nombre de ses Disciples se retirèrent, et cessèrent dès lors de marcher en sa compagnie.
— Et vous, voulez-vous aussi vous en aller? dit Jésus, s'adressant aux Douze.
Ce fut Simon-Pierre qui répondit :
— Seigneur, à qui irions-nous? Vous avez les paroles de la Vie éternelle. Nous avons reconnu et nous croyons que vous êtes le Christ, le Fils de Dieu.
— Ne vous ai-je point choisis tous les Douze? reprit Jésus. L'un de vous pourtant est un Démon.
Par ce mot Jésus désignait Judas Iscariote, fils de Simon. Cet homme, bien qu'il fût l'un des Douze, devait en effet le trahir.
A la suite de ces événements, Jésus s'était borne à parcourir les districts galiléens, ne voulant pas voyager en Judée, où les Juifs cherchaient à le faire périr.
Les fêtes juives de laScénopégie ou Plantation des Tentes approchaient cependant*. Et, parmi les membres de sa famille, on lui tenait ce langage :
— Franchis donc les limites de ce pays-ci. Transporte-toi dans la Judée, afin que les partisans que tu as en cette contrée soient, eux aussi, témoins de toutes ces œuvres dont tu es Fauteur !... Ce n'est point dans Tombre qu'il faut agir quand on prétend se faire connaître!... Allons I puisque tu accomplis de pareilles choses, manifeste-toi à la face du monde.
Ses proches, en effet, ne croyaient pas en Lui.
— Ce n'est pas encore pour moi l'heure de partir, leur répondit-il. Gomme vous ne pouvez être en butte à la haine du monde, le moment que vous
1. C'était le temps de la plus joyeuse solennité d'Israël. Instituée en souvenir de la marche dans le Désert, elle durait sept jours, et pendant ce temps-là tout le peuple habitait des cabanes de feuillage, comme leurs pères avaient fait sous la tente.
D'où son nom de Scénopégie : « la Plantation des tentes » (<Txy;vr„ 7CY]Yvua)). Elle porte aussi le nom de a Fête de la moisson » (Exod., XXIII; 16), parce qu'elle se célébrait quand tous les fruits de la terre avaient été recueillis. Elle durait du 15 au 22 de Tishr (derniers jours de septembre), et marquait la lin de l'année civile, qui recommençait avec le mois d'octobre (Levit., XXIII, 39; Deut., XVI, 13-15). L'objet de cette fête était de remercier Dieu de la moisson, et de louer la grâce insigne par laquelle il avait établi les Juifs, nomades jusqu'alors, dans une terre où coulaient le lait et le miel. Le souvenir de ce mémorable événement donnait à la fêle un éclat qui égalait presque celui de la Pâque. Josèphe et Philon n'hésitent pas à l'appeler la plus grande et la plus sainte des Fêtes. Les holocaustes y étaient plus nombreux qu'en tout autre temps; aussi, pendant les sept jours de la solennité, les vingt-quatre classes sacerdotales étaient présentes et remplissaient leur office dans le Temple. (L'abbé Fouard.)
choisissez est toujours opportun.... Mais le monde me hait, Moi, parce que je témoigne contre lui de la perversité de ses œuvres.
Rendez-vous donc, dès à présent, à la solennité. Quant à moi, je n'y vais pas d'aujourd'hui : l'instant que j'ai fixé n'est point encore arrivé.
S'étant exprimé de la sorte, il demeura en Galilée.... Et ce ne fut que lorsque tous ceux de sa parenté eurent pris les devants qu'il se mit lui-même en route, non d'une façon ostensible et publique, mais comme s'il eût voulu tenir son voyage secret.
Durant les Fêtes, cependant, les Juifs* s'enquéraientdeLui.
— Où donc est-il? demandait-on.
Il se faisait autour de son nom, parmi le peuple, comme une immense rumeur.
— C'est un homme de bien, disaient ceux-ci.
— Nullement, c'est tout le contraire, répliquaient ceux-là. C'est un séducteur de populace.
1. Dans les chapitres consacrés aux divers incidents de la Fête, saint Jean, selon sa coutume, distingue la foule (o'/Xoç, Xaôç) des Juifs (louSaîoi); or nous avons déjà fait observer qu'il désigne par ce nom les princes des Juifs, et en particulier les Sanhédrites. (L'abbé Fouard.)
SAINT JEAN, VJI, 13-21. 453
Mais personne, par crainte des Juifs , ne parlait de lui à cœur ouvert.
Vers le quatrième jour de ces Fêtes, Jésus monta les degrés du Temple et fît entendre ses enseignements.
Les Juifs en étaient dans la stupéfaction.
— Comment, sans en avoir fait aucune étude, cet homme-là possède-t-il ainsi les Écritures?
— Ce n'est point ma doctrine à moi que je prêche, leur répondit Jésus; c'est la Doctrine même de Celui-là qui m'a envoyé.
Que' quelqu'un s'applique à accomplir la volonté de Celui qui m'envoie : et il reconnaîtra alors si ma doctrine est de Dieu, ou bien si ce que je dis ne procède que de moi-même.
L'homme qui parle de son chef a la préoccupation de sa gloire propre.... Mais quant à l'homme qui ne cherche que la gloire d'un autre, dont il est l'envoyé, il ne peut être que véridique et il n'a en lui aucun motif de manquer de droiture. . .
Cette Loi que Moïse vous a donnée, n'est-il pas vrai que, pratiquement, personne d'entre vous ne la traduit dans ses actes?... Pour quel motif cherchez-vous donc à me tuer?
— Quelque Démon vous trouble Tesprit, lui repartit le groupe qui était autour de lui. Qui prétend vous ôter la vie?
— L'un de mes actes [la guérison d'un paralytique le jour du Sabbat], vous a jetés hors de
vous.... Et pourtant vous-mêmes, le jour du Sabbat, vous opérez la Circoncision, dont Moïse vous a transmis le précepte, précepte qui ne vient point de lui, mais qui remonte aux Patriarches.
Eh bien, si, sans violer la loi de Moïse, on peut circoncire durant le Sabbat, comment s'explique votre indignation contre moi pour avoir, en ce même jour du Seigneur, guéri un homme, des pieds à la tête?
N'allez donc pas juger sur ce qui n'est que la forme; et jugez au contraire suivant la justice.
Parmi les habitants de Jérusalem quelques-uns s'étonnaient :
— N'est-ce point cet homme que l'on cherche à faire périr? Le voici maintenant qui parle librement en public, sans nulle contradiction. Les Grands- Prêtres auraient-ils reconnu qu'il est le Christ?... Nous savons pourtant d'où est celui-ci, tandis que le Christ, — quand il viendra, — nul ne saura d'où il est.
La voix de Jésus retentit alors dans le Temple :
— Sans douté vous me connaissez, sans doute vous savez d'où je suis : mais je ne suis pas venu de moi-même. C'est l'Être vrai qui m'a envoyé : — et Celui-là vous l'ignorez. Moi je le connais, parce que je suis engendré de Lui et qu'il m'a envoyé.
Là-dessus, il y en eut qui cherchèrent à se saisir
de lui. Nul toutefois ne parvint à s'emparer de sa personne : ce n'était pas encore Theure marquée.
Dans la foule un grand nombre croyaient en Lui et disaient :
— Lorsque le Christ arrivera, accomplira-t-il plus de miracles que n'en opère cet homme-là? .
Ces rumeurs de la multitude parvenaient aux oreilles des Pharisiens. Aussi, de concert avec les Grands-Prêtres, dépêchèrent-ils des Agents pour procéder à son arrestation.
Or, Jésus disait à tous :
— Je suis encore avec vous pour un peu de temps : après quoi je retourne à Celui qui m'a envoyé. Vous me chercherez alors et ne me trouverez point : car, au lieu où Je suis, vous ne pouvez venir.
Les Juifs se demandaient entre eux :
— Où donc doit-il aller, que nous ne le trouverons pas? Ira-t-il parmi les races dispersées se faire le Docteur des Gentils?... Qu'est-ce que ce mot qu'il a prononcé : « Vous me chercherez et ne me trouve verez point : car, au lieu où Je suis, vous ne pouce vez venir? »
Durant ce dernier jour de la Fête qui en est le plus solennel*, Jésus, se tenant debout, disait encore :
1. Après l'immolalion des victimes sur l'autel, un prôlre désigné pour cet offlce se rendait à la source de Siloé, où il puisait
456 SAINT JEAN, VH, 37-42.
— Si quelqu'un a soif, qu'il vienne à Moi et qu'il boive. Gomme dit FÉcriture, du sein de celui qui croit en Moi, jailliront des fleuves d'eau vive!...
En s'exprimant ainsi, il faisait allusion au Saint- Esprit que devaient recevoir ceux qui avaient foi en Lui. A celte époque, en effet, les dons de TEsprit n'avaient pas été départis, parce que Jésus n'était pas encore entré en sa gloire.
Dans la multitude qui l'écoutait, s'échangeaient divers propos :
— C'est vraiment le Prophète! disaient les uns.
— C'est le Christ! s'écriaient les autres. Il y en avait qui protestaient :
— Est-ce que le Christ doit sortir de la Galilée? Est-ce que le texte de l'Écriture n'est pas formel? ce Le Christ sortira de la race de David et sera once ginaire du bourg de Bethléem^ où David lui-^nême ce naquit^, » •
trois mesures d'eau vive dans une coupe d'or. Précédé des lévites, il revenait au Temple par la porte de TEau; il était reçu au son des trompettes sacrées et montait à Tautel. Aux deux angles étaient disposées deux coupes d'argent, Tune vide, l'autre remplie de vin. Cependant le peuple, portant à la main des palmes, des branches de myrte et de figuier, défilait processionnel lement autour de Tautel, en chantant les hymnes de délivrance.
Après le défilé, le prêtre ofl'rait une libation sur l'autel du Seigneur, avec l'eau de Siloé mêlée de vin, et le peuple assemblé chantait d une seule voix ces paroles du prophète Isaïe : < Vous <c puiserez avec allégresse aux sources du Sauveur ». — C'est à la vue de ces formes vides, à la vue de cette eau terrestre portée en si grande pompe, que Jésus s'écrie : < Si quelqu'un a soif qu'il vienne « à moi », etc. (L'abbé Darras.)
1. La fuite en Egypte, le massacre des Innocents, les trente ans de séjour de Jésus à Nazareth, avaient fait perdre totalement
On était donc, à son sujet, fort divisé parmi le peuple. Il s'en trouvait qui eussent bien voulu l'arrêter; mais aucun ne porta la main sur lui.
Les Agents retournèrent auprès des Grands-Prêtres et des Pharisiens :
— Pourquoi ne Tamenez-vous point? demandèrent ceux-ci.
A quoi les Agents répondirent :
— Jamais personne au monde n'a parlé comme cet homme.
— Vous êtes-vous laissé séduire comme les autres? s'écrièrent les Pharisiens.... Est-ce qu'il y a un seul personnage ayant autorité qui croie en cet individu? Est-ce qu'il y a un seul Pharisien? Il n'y a que cette maudite populace, qui ne connaît rien à la Loi.
L'un des membres du Conseil était Nicodème, le même qui était allé trouver Jésus pendant la nuit. 11 prit alors la parole :
— Cette Loi, dit-il, cette Loi qui est la nôtre, juget-elle donc un homme sans qu'il soit entendu, et sans qu'on se soit rendu compte de ses actes?
la trace du petit Enfant né jadis à Bethléem, et nul ne savait que rhonime extraordinaire qui parlait dans le Temple et accomplissait des miracles, fût le même que l'Enfant prédestiné dont les Anges avaient salué la venue, dont une Étoile avait annoncé la naissance et que les Mages étaient venus adorer. Son origine était aussi ignorée au milieu des Juifs que Tétait celle de Moïse, jadis sauvé des eau\', à la cour du roi Pharaon.
458 SAINT JEAN, VII, 52-53 ; viii, 1-5.
— Est-ce que, vous aussi, vous devenez Galiléiste? lui répliqua-t-on. Scrutez les Écritures, et vous verrez que, de la Galilée, jamais n'a surgi un seul Prophète.
Après quoi, chacun d'eux retourna en sa maison.
Pendant ce temps, Jésus s'était retiré au mont des Oliviers *.
Dès l'aurore, il revint au Temple. Le peuple en masse accourut à lui.
Jésus s'était assis et enseignait la multitude, lorsque des Scribes et des Pharisiens traînèrent devant lui une femme qu'on avait saisie en flagrant délit d'adultère, et la placèrent au milieu du cercle formé par la foule :
— Maître, dirent-ils à Jésus, voici une femme qu'on vient de surprendre en adultère. Or, dans la Loi, Moïse nous enjoint de lapider toute femme qui s'est ainsi rendue coupable. Vous-même cependant qu'en pensez-vous?
1. C'est là qu'il avait accoutumé de passer la nuit durant le temps qu'il séjournait à Jérusalem, soit qu'on lui offrit asile dans une maison, soit que, n'ayant où reposer sa tête, il s'endormit à l'abri des arbres. (L'abbé Fouard.]
Celte question qu'ils lui posaient n'était qu'un piège, une tentative pour trouver un prétexte à une accusation*.
A cette demande, il se baissa vers la terre, et écrivit sur le sol avec son doigt.
Ses interlocuteurs ayant insisté, il se releva :
— Que celui d'entre vous qui est sans péché lui jette la pierre le premier.
Il dit : et, se penchant de nouveau, il continua d'écrire sur le sable*.
Mais, en entendant cette réponse, ils se dérobèrent un à un, à commencer par les plus vieux. De sorte que Jésus demeura seul avec la femme, qui était toujours debout au centre de la multitude.
Alors Jésus se leva et se tournant vers elle :
— Femme, où sont donc vos accusateurs?... Est-ce qu'il n'en est aucun qui vous ait condamnée?
— Aucun, Seigneur, répondit-elle.
— Eh bien, ni moi non plus je ne vous condamnerai point, reprit Jésus. Allez! Et désormais ne péchez plus !
1. S'il répondait a Lapidez-la d, il passait pour impitoyable et s'aliénait toute une partie de la population. S'il répondait a Ne la lapidez pas », on le convainquait de provoquer au mépris et à la haine de la Loi.
2. Il y traçait leurs péchés, au témoignage d'une curieuse variante, "Eypa^^/ev si; tyiv yt;v Ivb; Ixadxou auxwv tûcç ot(AapTia;. Cette leçon du codex Nanianus (U), conservé dans la bibliothèque Saint- Marc, à Venise, n'a cependant d'autre valeur que celle d'un commentaire, précieux à recueillir, à cause de son antiquité. (L'abbé Fouard.)
460 SAINT JEAN, VHI, 12-14.
Jésus de nouveau avait pris la parole en public*. Il disait :
— Je suis la Lumière du Monde.... Celui qui me suit ne marche plus dans les ténèbres: tout au contraire, il aura en sa possession la Lumière de la Vie.
— C'est vous-même qui témoignez de vous-même ! lui repartirent les Pharisiens : votre témoignage ne peut compter pour un vrai témoignage.
— Bien que je sois à moi-même mon propre témoin, le témoignage qui émane de Moi n'en est pas moins vrai, — de Moi, qui sais d'où je viens et qui sais où je vais*.
D'où je viens et où je retourne, vous l'ignorez :
1. Ainsi qu'on va le voir tout à l'heure (v. 20), la partie du Temple où Jésus parlait en ce moment était le Parvis du Trésor où treize coffres recevaient les offrandes. Or dans cette cour se trouvaient deux candélabres, hauts de cinquante coudées et couverts de dorures. Chaque nuit, pendant la fête, des feux allumés au sommet éclairaient au loin tout le peuple qui dansait alentour. Jésus en prit occasion de dire : Je suis la Lumière du monde, eiv. (L'abbé Fouard.)
2. La Lumière, suivant une remarque de saint Augustin est, à elle-même son propre témoin.
Elle brille en effet, elle éclaire; et, par cela seul, elle s'impose à qui ne ferme pas les yeux. Naturellement et sans effort on la voit; et c'est au contraire pour ne pas la voir qu'il faul faire un travail,
car vous jugez selon la chair, ce que Moi je ne fais pour personne....
Quand je prononce un jugement, c'est un vrai jugement que le mien, parce que je ne suis pas seul et que mon Père, qui m'a envoyé, le prononce avec moi.
Un texte de votre Loi établit que Tattestation de deux témoins doit être considérée comme l'expression de la vérité.
Eh bien, il y a d'abord Moi qui me rends témoignage à moi-même; et il y a ensuite le Père qui m'a envoyé et qui, lui aussi, me rend témoignage.
— Votre Père? s'exclamèrent les Juifs. Où doné est-il?
— Vous ignorez à la fois et Moi-même et mon Père, continua le Sauveur. Si vous me connaissiez, vous connaîtriez également mon Père....
Ainsi parla Jésus, en enseignant dans le Temple. Ceci se passait dans le Parvis du Trésor.
Nul ne tenta de l'arrêter : son heure n'était pas venue.
un travail pervers qui est le choix volontaire des ténèbres. Les miracles de Jésus, la justice proclamée, la miséricorde et la charité enseignées, l'adoration du Père en Esprit et en vérité, tout cela était manifestement divin; et, puisqu'il est question de lumière, c'était clair comme le soleil. La haine, la jalousie des Prêtres, des Scribes, des Pharisiens fermait violemment leurs yeux à cette Lumière qui les offusquait. — Toutefois, pour répondre même à leur objection de mauvaise foi lorsqu'ils demandent un témoin étranger, le Sauveur en produit un, supérieur à tous : Dieu lui-même, qui lui donne pouvoir de faire les Miracles.
Une autre fois Jésus disait :
— Je pars... Puis vous me chercherez et vous mourrez dans votre péché. Au lieu où je vais, vous ne pouvez venir.
a — Au lieu où je vais, vous ne pouvez venir !... » Est-ce qu'il songerait à se donner la mort? se demandaient les Juifs?
Jésus reprit :
— Vous, vous êtes d'ici-bas; et Moi, je suis de là-haut. Vous êtes de ce monde; et Moi, je ne suis point de ce monde. Aussi vous ai-je déclaré que vous mourrez dans votre péché.... Oui, vous mourrez dans votre péché si vous ne croyez en ce que je suis....
— Qui donc êtes-vous? demandèrent-ils.
— Je suis Le Principe, Moi qui vous parle.
J'ai, sur votre compte, beaucoup à dire et à condamner, tandis que Celui qui m'envoie est TÊtre vrai; et, ce que je proclame dans le monde, c'est ce que Lui-même me fait entendre .
Gomme ils ne comprenaient pas qu'il affirmait par là que son Père, c'était Dieu, il ajouta :
— Quand vous aurez dressé en haut le Fils de
THomme, vous reconnaîtrez qui je suis : vous comprendrez alors que je ne fais rien de moi-même, ne parlant que d'après les instructions du Père; vous comprendrez que Celui qui m'a envoyé est avec Moi, qu'il ne me laisse point seul, et que c'est toujours sa volonté que j'accomplis.
Pendant tous ces discours, beaucoup avaient été gagnés par la foi en Lui.
Or, à ces Juifs qui avaient cru ainsi en sa personne, il venait d'adresser ces mots :
— Si vous demeurez fidèles à mon enseignement, vous serez vraiment mes Disciples: vous connaîtrez la Vérité, et la Vérité vous rendra libres.
Des auditeurs l'interrompirent :
— Nous sommes du sang d'Abraham, et nous n'avons jamais été les esclaves de qui que ce soit! Gomment dites-vous : « La Vérité vous rendra libres? »
— En toute certitude, je vous le déclare, répondit Jésus, quiconque commet le péché est l'esclave du péché. Mais ce n'est pas pour toujours que l'esclave est dans la Maison*: leFilsseulya sa demeure
1. La Maison, dit saint Augustin, c'est l'Église. En ce monde on y voit; mêlés ensemble, bons et méchanls, les esclaves du péché et les libres serviteurs du Christ. Mais, à la mort, les esclaves du péché seront à jamais chassés, à moins de s'être affranchis de leur chaîne par la grâce de Jésus, et d'être devenus ainsi ses frères adoptifs, participant au môme Royaume, au Royaume des Enfants de Dieu.
éternelle... Si cependant le Fils vous affranchit, en vérité vous serez libres.
Que vous soyez de la descendance matérielle d'Abraham, je ne Tignore pas; mais, pour cette seule raison que ma parole n'a pas prise sur vous, vous cherchez à me faire périr.
Ce que j'ai vu en mon Père, Moi je le dis : ce que vous avez vu en votre Père, vous, vous le faites-
— Notre Père à nous, c'est Abraham ! répétèrent-ils.
— Eh bien, si vous êtes les enfants d'Abraham, agissez donc comme faisait Abraham.
Mais loin de là, vous complotez de me mettre à mort, et d'immoler en moi l'homme qui vous fait entendre la Vérité, la Vérité qu'il a reçue de la bouche môme de Dieu. Abraham, lui, n'a jamais fait semblable chose !
Il est un Père qui est le vôtre, et dont vous exécutez les œuvres!...
A ces mois ils se récrièrent :
— Nous ne sommes point le produit de quelque fornication, et nous avons un unique Père : Dieu.
— Ah! si Dieu était votre Père, vous m'aimeriez certainement I reprit Jésus: car c'est de Dieu lui-môme que je viens et que je procède. Ce n'estpas en effet de moi-même que je suisvenu, c'est Lui qui m'a envoyé.
Pourquoi cependant ne reconnaissez-vous pas l'accent de mon langage? — Pourquoi? Parce que les paroles que je vous dis vous sont insupportables à entendre....
SAINT JEAN, viir, 44-52. 465
Vous avez en effet le Démon pour père, et d'un tel père qui est le vôtre, vous voulez suivre les convoitises. Dès Torigine, celui-là fut homicide et ne demeura pas dans la Vérité. En lui nulle vérité ne se trouve: de sorte que, quand il profère le mensonge, il parle de son propre fond, étant, de sa personne, « le Menteur » et « le Père du mensonge >:. Aussi est-ce précisément parce que je dis la Vérité que vous ne vous fiez pas à moi.
Est-il quelqu'un d'entre vous qui puisse me convaincre d'un seul péché?... Pourquoi donc ne pas me croire quand je vous dis la Vérité?...
Qui procède de Dieu prête l'oreille aux paroles de Dieu ! Par cela seul que vous refusez de les écouter, vous montrez que vous n'êtes en rien ses enfants.
— Combien nous avions raison d'affirmer, s'écrièrent les Juifs, que vous n'êtes qu'un Samaritain et un possédé du Démon !
— Je ne suis point un possédé du Démon ; mais e venge l'honneur de mon Père et vous m'accablez
d'injures.
Quant à ma gloire, à Moi, je n'en suis pas en quête. Il est Quelqu'un qui en prendra soin et qui fera justice!
Oui, oui, je vous le déclare, quiconque mettra ma parole en pratique ne verra point la mort dans l'Éternité.
— Nous voilà, cette fois-ci, bien convaincus que vous êtes possédé du Démon ! Abraham est mort, ainsi que les Prophètes; et vous, voici que vous lancez cette assertion : « Que quiconque mettra
466 SAINT JEAN, Vin, 52-59 •
votre parole en pratique sera éternellement sans connaître la mort? » Êtes-vous un plus haut personnage que notre Père Abraham, qui est mort? que les Prophètes, qui sont morts ? Qui donc prétendezvous être?
— Si je me glorifiais moi-même, ma gloire ne serait qu'un néant; mais c'est mon Père qui fait éclater ma gloire. Mon Père, que vous appelez votre Dieu et dont vous n'avez pas même la notion.
Pour moi, je le connais entièrement. Et si j'allais dire que je n'en ai point la pleine vue, je serais comme vous, un menteur. Oui, ma vue pénètre en Lui et je réalise sa pensée.
Le Patriarche de votre race, Abraham, a ardemment désire voir mon jour : il l'a vu, et cette contemplation a fait sa félicité.
— Comment ! repartirent les Juifs, vous n'avez pas encore cinquante ans, et vous prétendez avoir vu Abraham ?
— En vérité, en vérité, je vous le déclare, leur répondit-il, avant qu'Abraham fût créé*, Moi, Je suis.
A ces mots ils ramassèrent des pierres pour le lapider.
Mais, se dérobant à eux, Jésus sortit de l'enceinte du Temple.
1. La distinction entre yevéerôat et el[i.l, dit Érasme, met en vive lumière la Divinité de Jésus : « Antequam nascerelur Abrahami ego 8um ».
Et comme il s'en allait, il aperçut sur son chemin un aveugle de naissance.
— Maître, lui demandèrent ses Disciples à ce sujet, est-ce la faute de cet homme, ou celle de ses parents, qui Ta fait naître aveugle?
— Ce n'est ni par sa faute ni par celle de ses parents, qu'il est aveugle, répondit Jésus, mais uniquement afin que les œuvres de Dieu éclatent en sa personne....
Il faut, pendant qu'il est jour, continua-t-il, que j'accomplisse les œuvres de Celui qui m'a envoyé. La nuit arrive, où personne ne peut agir. Or, tant que je suis dans ce monde, je suis la Lumière du monde.
Ayant prononcé ces mots, il cracha à terre; et, formant de la boue avec sa salive, il étendit cette boue sur les yeux de l'Aveugle. Puis il lui dit :
— Va te laver maintenant à la piscine de Siloé. Ce mot de Siloé signifie : «Envoyé ».
L'Aveugle va se laver et revient aussitôt, voyant
clair.
Les voisins, les gens qui auparavant l'avaient remarqué, implorant l'aumône, s'interrogeaient sur son identité :
— N'est-ce point là, disaient- ils, l'homme qui était assis et mendiait ?
— C'est lui, répondaient les uns.
— Nullement! s'écriaient les autres: c'est quelqu'un qui lui ressemble.
Mais lui-même alors prend la parole :
— C'est bien moi.
— Comment tes yeux se sont- ils donc ouverts?
— Celui que l'on nomme Jésus a l'ait de la boue : il l'a étendue sur mes yeux; puis il m'a commandé d'aller me laver à la fontaine de Siloé. J'y suis allé, je me suis lavé, et j'y vois.
— Et Lui, où est-il ?
— Je n'en sais rien.
On conduisit aux Pharisiens cet aveugle guéri.
C'était en plein jour de Sabbat que Jésus avait fait ainsi de la boue et ouvert les yeux de cet homme.
Les Pharisiens l'interrogent à leur tour sur la façon dont il a recouvré la vue.
— Il m'a mis de la boue sur les yeux, je me suis lavé et j'y vois.
Là-dessus quelques-uns de ces Pharisiens interviennent et prononcent cette sentence :
Cet individu ne procède pas de Dieu ; et la
preuve, c'est qu'il n'observe point le Sabbat.
— Gomment cependant un pécheur peut-il faire de tels miracles? objectent quelques-uns.
Us étaient fort divisés. De nouveau, ils interpellent l'aveugle :
— Et toi? que dis-tu de celui qui t'a ouvert les yeux?
— C'est un Prophète, répond-il.
Se refusant alors à croire que cet homme eût été aveugle et qu'il eût recouvré la vue, les Juifs mandent son père et sa mère et leur font subir un interrogatoire :
— C'est bien votre fils, que vous prétendez être aveugle de naissance?... Gomment se fait-il qu'il y voie maintenant?
— Nous savons parfaitement que c'est là notre fils ; et nous savons également qu'il est né aveugle, répondirent les parents. Mais comment il se fait qu'il y voie présentement, c'est ce que nous ignorons. Quel est celui qui lui a ouvert les yeux? nous l'ignorons aussi. Interrogez-le : il est d'âge à s'expliquer lui-même.
Ils employaient ce tour de langage par crainte des Juifs. Ceux-ci en effet avaient déjà décrété entre eux que quiconque proclamerait que Jésus était le Christ serait chassé de la Synagogue. Et tel fut le motif qui porta les parents à répondre de cette manière : « 11 est d'âge à s'expliquer luimême : interrogez-le ».
En conséquence, les Pharisiens font venir une seconde fois le ci-devant aveugle.
— Rends gloire|à Dieu! lui disent-ils. Nous avons acquis l'assurance que le personnage en question est un homme sans conduite.
— Que ce soit un homme sans conduite, je n'en Sais rien. Je ne sais qu'une chose : j'étais aveugle, et maintenant, je vois.
— Que t'a-t-il donc fait? Par quel moyen t'a-t-il ouvert les yeux ?
— Je vous l'ai déjà raconté, répondii-il, et vous l'avez parfaitement entendu. Pourquoi voulez- vous l'entendre encore? Avez-vous, vous aussi, l'intention de devenir ses Disciples?
A ces mots, ce fut sur lui un torrent d'imprécations de la part des Pharisiens :
— Sois son disciple, toi, pour ton propre compte, s'écrièrcnt-ils. Nous sommes, nous, les Disciples de Moïse : car nous savons que Dieu a parlé par Moïse. Quant à cet individu-là, nous ne savons d'où il procède.
— Alors qu'il m'a ouvert les yeux, il est fort étonnant que vous ne compreniez point d'où procède cet homme, reprit l'aveugle guéri. Pour nous, en effet, il est de science certaine que Dieu n'écoute pas les gens sans conduite, mais que tout au contraire, s'il est quelqu'un qui soit son adorateur et qui accomplisse sa volonté, c'est celui-là que le Seigneur exauce. Or, il est entièrement inouï que qui que ce soit ait jamais ouvert les yeux d'un aveugle de naissance. Si cet homme ne procédait pas de Dieu même, il ne pourrait rien faire de tout cela.
— Comment! s'écrièrent les Pharisiens, tu es né dans le péché, des pieds à la tête, et tu te mêles de nous enseigner?
Et, en disant ces mots, ils le jetèrent à la porte.
Le bruit qu'on l'avait ainsi expulsé parvint aux oreilles de Jésus, lequel, l'ayant rencontré, lui adressa cette parole :
— Est-ce que tu as foi au Fils de Dieu?
— Qui donc est-il, Seigneur, pour que je cVoie en Lui?
— Tu l'as déjà vu, reprit Jésus. C'est Lui-même qui te parle.
— Je crois. Seigneur, s'écria alors cet homme en se prosternant à genoux et tombant en adoration devant Lui...
Et Jésus fit cette réflexion :
— C'est unjugemenlquema venue en ce monde. Et il est tel que les aveugles voient clair et que ceux (jui voient tombent dans l'aveuglement.
A côté de lui se tenaient quelques Pharisiens. Ils entendirent ce mot :
— Et nous, sommes-nous des aveugles aussi? demandèrent-ils.
— Si vous étiez aveugles, leur repartit Jésus, vous ne seriez pas coupables ; — mais vous dites vous-mêmes, à l'heure présente : « Nous voyons ». Votre culpabilité reste entièi^e.
— En vérité, en vérité, celui qui ne fait point son entrée par la Porte dans le Parc à Brebis, mais qui y pénètre par escalade de quelque autre côté, celuilà, vous dis-je, est un voleur et un brigand.
L'homme qui entre par .la Porte, c'est le Pasteur
des brebis. C'est à lui en effet que le gardien ouvre : et aussitôt les brebis entendent sa voix. Il appelle par leur nom les brebis qui lui appartiennent, et il les emmène au dehors. Et lorsqu'il les a fait sortir, ces brebis qui sont siennes, il marche devant elles et elles le suivent, parce que sa voix leur est connue. Quant à l'étranger, bien loin de le suivre, elles le fuient, car elles ne connaissent point la voix des étrangers.
Telle fut l'image que leur présenta Jésus. Mais ils n'en comprirent point le sens.
Il reprit donc :
— En vérité, en vérité, je vous le dis, je suis la Porte des brebis. Tous ceux qui se sont présentés autrement que par Moi sont des voleurs et des brigands, et les brebis ne les ont pas écoutés.
Je suis la Porte. Si quelqu'un entre par Moi, il sera sauvé. Dedans, dehors, partout où il ira, il trouvera des pâturages. Le voleur, lui, n'apparaît que pour dérober, égorger et détruire. Je viens. Moi, pour que les brebis aient la vie, et qu'elles l'aient plus abondamment.
Je suis aussi le Bon Pasteur. Pour ses brebis le Bon Pasteur donne sa vie.
Quant au mercenaire, quant à celui qui n'est point le Pasteur et dont les brebis ne sont pas la chose propre, à peine voit-il le loup arriver qu'il
lâche pied, abandonnant les brebis, de sorte que le loup les ravit et les disperse.
Le mercenaire s'enfuit ainsi parce qu'il est mercenaire, et qu'il n'a nul souci des nrebis. Moi, je suis le Bon Pasteur. Je connais mes brebis et elles me connaissent, de la même façon que le Père me connaît et que, moi, je connais le Père. Pour mes brebis, je donne ma vie....
J'ai d'autres brebis qui ne sont point de cette bergerie, et il faut que je les amène. Elles entendront ma voix; et alors il n'y aura plus qu'un seul bercail et un seul Pasteur.
Le Père aime à voir que je quitte ma vie pour la reprendre de nouveau. Nul ne me l'ôte en effet. Je la donne de moi-même, ayant également pouvoir, et de la quitter et de la reprendre, suivant la mission que j'ai reçue de mon Père.
Au sujet de ces paroles, il s'éleva entre les Juifs tle nouvelles discussions :
— Quelque Démon est en lui, et il délire, disaient beaucoup d'entre eux.... Comment pouvez-vous lui prêter attention?
— Ce ne sont en aucune sorlc les paroles d'un possédé, répliquait-on d'autre part. Est-ce d'ailleurs qu'un Démon peut rendre la vue aux aveugles?
^Ik SAINT JEAN, X, 22-28.
C'était l'hiver, et Ton célébrait à Jérusaîem la fête de la Dédicace*. Dans Tenceinte du Temple, sous les arcades de SalomonS Jésus se promenait.
Les Juifs firent cercle autour de Lui et Tintcrpellèrent :
— Jusques à quand nous tiendrez-vous l'esprit en suspens? Si vous êtes le Christ, proclamez -le ouvertement.
— Je vous le dis, et vous ne croyez point, leur repartit Jésus.
Ces œuvres que je fais au nom de mon Père, rendent aussi témoignage de Moi, et vous ne croyez pas davantage
Pourquoi? Parce que vous n'êtes pas de mes brebis. Mes brebis, à moi, entendent ma voix : je les connais et elles me suivent. Et Moi, je leur donne
1. Cet anniversaire était célébré le 25 de kisleu, qui, d'après Wieseler, tomba cette année le 20 décembre. (L'abbé Fouard.)
Les Juifs ont continué jusqu'à nos jours d'appeler cette fête la Chanouca (la Dédicace). L'illumination qui avait lieu tous les soirs lui a fait donner aussi le nom de fêle de Lumières : xà 4>à)Ta. Josèphe, Antiquitates, XII, 7, 7. {Id.)
2. Ces arcades formaient une galerie qui longeait le ravin du (^édron. Elle offrait pendant la rigueur de l'hiver une promenade exposée aux rayons du soleil. (Id.)
l^éternelle Vie : elles ne périront jamais et nul ne me les arrachera. Mon Père, qui me les a données, est plus que tous les hommes, et personne ne peut ravir ce qui est en la main de mon Père. Or, Moi et le Père, nous sommes un.
Là-dessus, voilà que les Juifs se mettent à ramasser des pierres afin de le lapider.
— J'ai fait devant vous, leur dit Jésus, j'ai fait de par mon Père, beaucoup d'œuvres excellentes.... Pour laquelle de ces œuvres me lapidez-vous?
— Ce n'est pour aucune œuvre excellente que nous te lapidons, s'écrièrent-ils, mais parce que tu blasphèmes et que, n'étant qu'un homme, tu te fais Dieu.
— N'y a-t-il pas, reprit Jésus, ce texte dans votre Loi : «Oui, je l'ai dit : vous êtes des Dieux »? Eh bien, si la Loi a ainsi traité de Dieux ceux auxquels s'adressait la parole du Seigneur, et si, d'autre part, l'Écriture ne peut être démentie, comment pouvezvous m'accuser. Moi que le Père a consacré. Moi qu'il a envoyé dans le Monde, comment pouvez-vous m'accuser de blasphème, lorsque je dis : « Je suis Fils de Dieu »?
Si je ne fais pas les œuvres de mon Père, ne me croyez point. Mais si je les fais, croyez du moins (quand même vous n'auriez aucune foi en mes paroles) à ces œuvres que j'accomplis. Reconnaissez alors et croyez que le Père est en Moi, et que Moi, je suis dans le Père.
A ces mots, ils s'efforcèrent de mettre la main
sur lui, mais il leur échappa. Après quoi, il se relira de nouveau sur Tautre rive du Jourdain, à l'endroit où Jean avait baptisé tout d'abord, et il y séjourna.
Des multitudes accouraient à Lui et Ton disait : — Jean, il est vrai, n'a fait aucun miracle : mais tout ce qu'il a dit de Celui-ci était vrai. Un grand nombre eurent foi en Lui.
11 y avait un malade nommé Lazare, qui était du bourg de Béthanie, où demeuraient Marie et sa sœur Marthe. C'était cette Marie qui avait répandu des parfums sur le Seigneur, et qui lui avait essuyé les pieds avec ses cheveux. Lazare était son frère.
Les deux sœurs envoyèrent vers Jésus :
— Seigneur, lui mandèrent-elles, celui que vous aimez est malade.
— Cette maladie ne va point à la mort, répondit Jésus aux messagers; mais elle advient pour la gloire du Seigneur, et afin qu'elle soit pour le Fils de Dieu une occasion d'être glorifié.
Or, Jésus était fort attaché à Marthe, à sa sœur Marie, à Lazare. Et pourtant, malgré la nouvelle que ce dernier était malade, il demeura deux jours
encore dans le lieu où il se trouvait. Après quoi, il dit à ses Disciples :
— Retournons en Judée.
— Maître, lui objectèrent-ils, les Juifs vous cherchaient tout dernièrement pour vous lapider, et voilà que vous voulez, de nouveau, aller vous mettre entre leurs mains?
— N'y a-t-il pas douze heures à la journée? leur répondit Jésus. Si quelqu'un marche durant le jour, il ne trébuche pas, parce qu'il voit la Lumière de ce monde; mais s'il marche pendant la nuit, il trébuche, parce que la Lumière n'est pas en lui.
— Notre ami Lazare s'est endormi, ajouta-t-il.. Mais je pars pour le réveiller de son sommeil.
— S'il dort, dirent les Disciples, s'il dort. Seigneur, il guérira.
Tandis que Jésus avait parlé de la mort, ils avaient cru, eux, qu'il parlait du sommeil ordi* naire.
Il leur dit alors nettement :
— Lazare est mort. Et je me félicite, à cause de vous et dans l'intérêt de votre foi, de ne point m'être trouvé là-bas. Mais maintenant, allons auprès de Lazare.
Sur ce mot, Thomas, surnommé Didyme, s'adressantaux autres Disciples du Seigneur :
— Et nous aussi, suivons-le ! s'ccria-t-il, afin de périr avec Lui M