Environ trois cents francs de notre monnaie
484 SAINT JEAN, xii, 12-19.
Le lendemain, un peuple immense, que la Fêle pascale avait attiré à Jérusalem, ayant appris que Jésus s'avançait vers la Ville, prit en main des branches de palmier et se porta au-devant de Lui.
— Hosannali! Hosannah! criait-on. Béni soit le Roi d'Israël, qui vient au nom du Seigneur!
Jésus avait trouvé à sa disposition un ànon, et s'était assis dessus.
Il réalisait ainsi ce texte de TÉcriture : « Sois « sans crainte. Fille de Sion! Assis sur le poulain « d'une ànesse, voici ton Roi qui t'arrive I »
Ses Disciples, dans le moment, ne s'en rendirent point compte. Mais plus tard, lorsqu'il fut entré en sa gloire,* ils se ressouvinrent que ces choses avaient été écrites à son sujet, et qu'eux-mêmes avaient contribué à ce qu'elles fussent accomplies en sa personne.
Ils étaient là, tous ceux qui s'étaient pressés en foule autour de lui, quand il avait appelé Lazare du tombeau et l'avait ressuscité d'entre les morts, et ils proclamaient la réalité du fait. Et c'était justement la rumeur d'un tel miracle, opéré par Lui, qui faisait courir ces peuples à sa rencontre.
Les Pharisiens se disaient entre eux :
— Vous le voyez! nous n'aboutissons à rien. Voici que tout le monde se précipite vers Lui.
SAINT JEAN, Xli, 20-25. ^85
Parmi ceux qui s'étaient rendus à Jérusalem pour adorer Dieu pendant la solennité, se trouvaient quelques Hellènes ^
Ces étrangers abordèrent Philippe, qui était de Bethsaïde en Galilée, et lui adressèrent cette prière :
— Seigneur, nous désirerions voir Jésus.
Philippe alla en parler à André; et tous deux ensemble en entretinrent le Seigneur, qui prit alors la parole et s'exprima ainsi :
— L'heure arrive où le Fils de l'Homme sera glorifié'....
En vérité, en vérité, je vous le déclare : si le grain de froment, tombant en terre, ne passe par la mort, il n'a qu'une vie individuelle. Mais qu'il vienne à mourir, et il se multiplie par ses fruits.
Quiconque, dans ce monde, est épris de la vie, la perdra. Quiconque au contraire la méprise en ce
1. D'où venaient ces étrangers et que voulaient-ils? La tradition en fait les envoyés d'Abgar V, roi d'Édesse, qui, instruit des dangers de Jésus, lui offrait un asile dans ses États.... La môme lumière qui éclaira les Mages avait révélé à ces nouveaux venus l'excellence de la Loi juive. Arrivés à Jérusalem; ils n'y virent rien de plus grand que Jésus, et, dans la simplicité de leur cœur, se tournèrent vers Lui. L'Orient avait adoré son berceau; TOccident, en la personne des Grecs, venait à son tour se prosterner devant la Croix. (L'abbé Fouard.)
2. Par cette parole il entendait la prochaine extension de son Royaume à toute la terre: et, témoignant sa joie de voir les prémices de la gentililé entrer dans l'Église, il prédit aussitôt ce que devait coûter cette conquête.
monde, la conservera pour une existence éternelle.
Qu'il me suive, celui qui veut me servir! Et là oii je suis, mon serviteur sera aussi. Et mon Père couvrira de gloire celui qui aura été mon serviteur^
— Maintenant mon àme est troublée.... Dirai-je donc: ce Mon Père, préservez-moi de cette heure?... » Mais c'est précisément pour cette heure que je suis venu.... 0 mon Père, glorifiez votre Nom!
Une Voix, — un éclat de tonnerre, comme disait la foule qui était présente et qui entendait, — retentit alors dans le Ciel :
— Je Tai déjà glorifié et je le glorifierai encore. Et plusieurs s'écrièrent :
— C'est un Ange qui lui a parlé.
— Ce n'est pas pour Moi, mais pour vous que cette Voix a retenti, dit Jésus. Maintenant a lieu la condamnation du Monde; maintenant, le Prince de ce Monde va être chassé. Après que j'aurai été élevé au-dessus de terre ^ j'attirerai tout à Moi.
Il employait cette expression, par allusion au genre de mort qu'il devait subir.
— L'Écriture nous enseigne que le Christ demeure éternellement, lui répondit-on dans la foule. Comment donc dites-vous: « Il faut que le Fils de l'Homme soit dressé au-dessus de terre.... » Quel est ce « Fils de l'Homme? »
1. Au spectacle de sa Passion qu'il vient d'évoquerj il sent se réveiller en lui l'horreur de la mort; et de là ce qui suit. (L'abbé Fouard.)
— C'est pour peu de temps que la Lumière est encore au milieu de vous, reprit-il. Marchez donc pendant que vous avez la Lumière, afin de ne pas vous laisser envahir par les ténèbres.
Celui qui marche dans les ténèbres ne sait où il va.... Pendant que vous possédez la Lumière, ayez donc foi en la Lumière, de façon à être des enfants de Lumière.
Jésus, ayant prononcé ces mots, s'éloigna cl se mit à l'abri de leurs recherches.
Vainement avait-il fait tant de miracles: ils ne croyaient pas en Lui. Et de la sorte s'accomplissait la parole du prophète Isaïe : « Qui aura foi à ce a que nous faisons entendre? Et pour qui sera dc- « voilé Celui qui est Le Bras de Dieu*?.... »
Croire leur était impossible. Isaïe avait dit également : « Leurs yeux seront aveuglés, leur cœur « s'endurcira : — de telle sorte qu'avec leurs yeux « ils ne verront point, que leur cœur demeurera « sans comprendre, qu'ils ne se convertiront nulce lement et que je ne les guérirai pas. »
1. a Le Bras de Dieu », c'est le Christ. « Le liras de Dieu », dit saint Augustin (Trac/., 53, m Joannc), c'est un nom donné nu Fils de Dieu, non point que Dieu le Père ait une forme de corps humain, mais parce que toules choses ont clé faites par son Fils. En elTot, si un liomme avait une telle puissance qu'il pût réaliser et créer par sa parole, sa parole serait appelée son bras.
Ainsi s'était exprimé Isaïe au sujet de Jésus, quand il avait eu la Vision de sa gloire et qu'il avait parlé de Lui.
Et pourtant, parmi ceux qui exerçaient l'autorité, beaucoup au fond avaient foi en Lui. Mais, — à cause des Pharisiens et préférant en cela la gloire humaine à la gloire de Dieu, — ils n'osaient en convenir, de peur d'être rejetés hors de la Synagogue.
La voix de Jésus s'était élevée :
— Qui croit en moi, s'écriait-il, ne croit pas en moi, mais en Celui-là même qui m,' a envoyé. Et qui me voit, voit également Celui qui m'a envoyé.
Moi, LA Lumière, je suis venu dans le monde, afin que quiconque aura foi en Moi ne demeure point dans les ténèbres.
Quant à celui qui entend mes paroles, sans les mettre en pratique, ce n'est pas moi qui le condamne, car je viens pour sauver le monde et non pour le condamner : celui-là qui me dédaigne et refuse d'accueillir mon enseignement porle déjà en lui son propre juge, — et son juge, c'est cette parole même que j'ai dite et qui le condamnera au dernier jour.
Ce n'est pas en effet de moi-même que je parle; mais c'est le Père, dont je suis l'Envoyé, qui me com-
mande toutes les paroles que je prononce et tous les discours que je tiens. Et je sais que son commandement, c'est Téternelie Vie. Les choses donc que je dis, je les dis comme le Père lui-même me les a fait entendre.
C'était la veille du jour solennel de la Pàque. Sachant que pour lui Theure était arri\née de passer de ce monde à son Père, Jésus, après avoir toujours aimé ceux qui étaient siens ici-bas, mit le comble à son amour pour eux.
La cène pascale était commencée ; et déjà le Démon avait jeté dans le cœur de Judas, fils de Simon Iscariote, la volonté de le trahir. Jésus alors, Jésus qui savait que son Père avait tout remis entre ses mains, Jésus qui savait qu'il était issu de Dieu et qu'il allait à Dieu, Jésus se leva de table, se dépouilla de son vêtement, prit un tablier de toile, et se Tatlacha à la ceinture. Après quoi, versant de l'eau dans un bassin, il se disposa à laver les pieds des Disciples et à les essuyer avec le linge dont il était ceint*.
1. Remarquez que Jésus fait tout lui-même; lui-même il pose ses habits; il se met lui-môme ce linge; il verse Teau lui-même dans ce bassin ; de ces mains qui sont les mains d'un Dieu qui a tout fait par sa puissance^ de ces mains dont la seule imposition^
490 SAINT JEAN, Xllî, 6-14.
11 s'approcha donc de Simon-Pierre. Mais celui-ci protesta :
— Me laver les pieds, Seigneur!... Vous?... à moi?
— Ce que je fais, tu ne le comprends pas maintenant, répondit Jésus, mais tu le comprendras par la suite.
—Jamais, non jamais, vous ne me laverez les pieds! s'écria Pierre.
— Si je ne te lave, tu ne m'appartiens plus! Et Simon-Pierre de dire alors :
— Seigneur, non seulement les pieds, mais les mains et la tête!...
— Celui que le bain a déjà rendu net, répondit Jésus, n'a besoin que de se laver les pieds : il est pur dans tout son corps. Vous êtes purs, vous aussi,... mais non point tous cependant!
Ces derniers mots : «Vous n'êtes point tous purs ^>, il les avait ajoutés parce qu'il savait quel était celui d'entre eux qui devait le trahir.
Après leur avoir lavé ainsi les pieds, il reprit ses vêtements, se remit à table et leur tint ce langage :
— Ce que je viens de faire, en pénétrez-vous le sens?...
Vous m'appelez Maître, vous m'appelez Seigneur : et vous dites bien, car je le suis.
Eh bien, puisque moi, le Seigneur et le Maître,
le seul altonchement guérissait les malades et ressuscitait les morts, de ces mômes mains il verse de l'eau dans un bassin, il lave et essuie les pieds de ses Disciples. (Bossuct.)
je VOUS ai lavé les pieds, vous devez également, de Tun à Taulre, agir désormais entre vous comme je viens d'agir à votre égard : car je vous donne cet exemple pour que, vous aussi, vous fassiez de môme.... En vérité, en vérité, vous dis-je, le serviteur n'est pas plus que son Maître, ni Tapôtre plus grand que Celui qui Ta envoyé. Si vous avez la compréhension de ces choses, vous serez heureux quand vous les mettrez en pratique.
Je ne parle pas de vous tous. Ceux que j'ai choisis, je les connais.... Toutefois, ce qui est écrit s'accomplira, et ce l'homme qui est mon commensal, Thommc ce qui rompt avec moi le pain, celui-là lèvera son « pied pour marcher contre ma personne.... » Je vous l'annonce dès aujourd'hui et avant l'événement, afin que, quand tout sera accompli, vous ayez foi en ce que je suis
Recevoir quelqu'un que j'envoie, ce sera, je vous le déclare, me recevoir Moi-même. Et me recevoir, c'est recevoir Celui qui m'a envoyé.
Après qu'il eut dit ces paroles, Jésus fui troublé en son âme. Et il fit entendre ces mots :
— En vérité, en vérité, je vous l'affirme : // en est un parmi vous qui me livrera par trahison.
492 SAINT JEAN, XHI, 22-30.
Les Disciples se regardèrent, ne sachant duquel il parlait.
L'un d*eux — celui qu'aimait Jésus — avait en ce moment la tête appuyée sur le sein du Seigneur. Pierre lui fit un signe d'interrogation pour savoir de qui parlait le Maître.
Ce Disciple, se penchant alors sur la poitrine de Jésus, lui demanda qui c'était.
— C'est celui auquel je vais moi-même présenter le pain trempé.
Et Jésus, trempant un morceau de pain, le donna à Judas, fils de Simon Iscariote.
A la suite de cette bouchée de pain, Satan entra en cet homme.
Jésus dit alors à Judas :
— Ce que tu fais, fais-le au plus tôt!
Aucun des assistants ne comprit pour quel objet il lui adressait ces mots. Comme Judas avait la bourse, quelques-uns pensèrent que Jésus lui donnait quelque commission, soit d'acheter ce qu'il fallait pour la solennité, soit encore de porter telle ou telle cliose à des pauvres.
Donc, à peine Judas eut-il pris ce morceau de pain, qu'il sortit brusquement, il était nuit.
Dès qu'il fut parti, Jésus reprit :
ce — C'est maintenant, que le Fils de THomme est glorifié, c'est maintenant que Dieu est glorifié en lui.... Et parce que Dieu est glorifié en lui, Dieu à son tour le glorifiera lui-même : et cette glorification est proche
Mes bien chers enfants, je n'ai plus que peu tle temps à être encore avec vous. Vous me chercherez, mais, ce que j'ai dit aux Juifs, je vous le dis aussi à vous-mêmes à l'heure présente : « Où je vais, vous ne pouvez venir ».
Je vous donne le précepte nouveau, de vous aimer les uns les autres^. Oui, aimez-vous les uns les autres comme moi-même je vous ai aimés. C'est à votre mutuelle affection que tous reconnaîtront que vous êtes mes Disciples.
— Mais, Seigneur, demanda alors Simon-Pierre, où donc allez-vous?
— Au lieu où je vais tu ne peux me suivre présentement, lui répondit Jésus. Plus tard seulement tu m'y suivras.
— Et pourquoi donc ne puis-je pas vous suivre dès ce moment? répliqua Simon-Pierre. Je suis tout prêt à donner ma vie pour vous.
1. Ce prcceple de s'entr'aimer tous élaiteneflet nouveau dans le monde et l'on n'en trouve pas trace dans l'antiquité.
494 SAINT JEAN, xm ; 38, xiv, 31-10.
— Prôt à donner ta vie pour moi? En vérité, en vérité, je te le déclare, le coq ne chantera pas avant que trois t'ois tu ne m'aies renié!...
Que votre cœur ne se trouble point! Vous croyez en Dieu : croyez de môme en Moi.... Il y a une multitude de demeures dans la Maison de mon Père, et s'il n'en était pas ainsi, je vous Teusse dit. Je vais vous y préparer une place. Et lorsque, après que je serai parti d'ici, je vous aurai préparé celte place, je reviendrai de nouveau et vous prendrai avec Moi, afin que, là où je suis, vous soyez également. Or, le lieu où je vais, vous le connaissez; et le chemin, vous le savez aussi.
— Seigneur, répondit Thomas, nous ignorons où vous allez; et, quant au chemin, comment pouvons-nous le découvrir?
— Je suis la Voie, la Vérité et la Vie, reprit Jésus. Nul ne va ai^ Père que par Moi. Si vous m'eussiez connu, Moi, vous auriez par cela môme connu mon Père, mon Père que vous connaîtrez bientôt et que déjà vous avez vu.
— Seigneur ! s'écria Philippe, montrez-nous le Père; nous n'en demandons pas davantage.
— Eh quoi ! dit Jésus, après tout le temps que j'ai passé avec vous, vous ne me connaissez pas encore ! Qui me voit, Philippe, voit aussi le Père.
Gomment peux-tu me dire : « Montrez-nous le Père ! » Ne croyez-vous donc point que Je suis dans le Père et que le Père est en Moi?... Les paroles que je vous fais entendre, ce n'est pas de moi-même
que je les profère. Quant aux œuvres, c'est le Père, immanent en Moi, qui les accomplit. Et, si la foi vous manque que je sois dans le Père et que le Père soit en Moi, croyez du moins à cause des œuvres elles-mêmes.
Les œuvres! Celui qui a foi en Moi en fera vraiment, je vous le répète, de toutes pareilles à celles que j'accomplis. Il en fera même de plus grandes : car je vais vers le Père ; et, quoi que ce soit que vous demandiez au Père en mon Nom, je le réaliserai, afin que la gloire du Père éclate dans le Fils *.
Tout ce que vous implorerez en mon Nom, je le forai. Et vous, de votre côté, pour preuve que vous m'aimez, pratiquez mes commandements.
A ma prière, le Père vous donnera, pour demeurer à jamais avec vous, un autre soutien : l'Esprit même de Vérité, — que le Monde ne peut accepter et dont il n'a ni la claire vue, ni môme la notion. Mais vous, vous le connaîtrez, car c'est au milieu de vous qu'il l'era son séjour : c'est en vous-mêmes qu'il sera.
Non, non ! je ne vous laisserai point orphelins; je
1. Ce qui doit rcndrfs ces œuvres si p;randcs qu'elles surpasseront celles de Jésus, c'est moins le nombre des prodiges que les eflcts merveilleux qui suivront. Après les trois ans de son ministère cvangélique, Jésus ne voyait autour de lui que quelques Disciples; le Cénacle, après sa mort, n'en réunissait que cent vingt. Pierre, au contraire, en deux prédications, conquerra deux mille âmes au Royaume des Cieux. Paul renouvellera la face du monde; et les triomphes des Apôtres se mulliplicronl jusqu'à ce que toutes les nations aient courbe le front devant le Christ. (L'abbé Fouard.)
viendrai vers vous. Dans très peu de temps, ce monde ne me verra plus; mais vous, vous me verrez : parce que je suis vivant et que vous vivrez aussi. Et c'est en ce jour-là que vous reconnaîtrez : — que Je suis en mon Père; — que vous êtes en Moi; — et que Je suis en vous....
Celui-là m'aime, qui a retenu mes commandements et qui s'applique à les observer. Or quiconque m'aime sera aimé de mon Père. Et moi également, je l'aimerai et je me manifesterai à lui.
— D'où vient, Seigneur, lui demanda Jude (qu'il ne faut pas confondre avec l'Iscariote), d'où vient que vous vous manifesterez à nous, et non pas au Monde ?
— Si quelqu'un m'aime, lui répondit Jésus, il pratiquera mes enseignements. Alors mon Père l'aimera: et nous viendrons à lui; nous habiterons en lui.
Quant à celui qui est pour moi sans amour, il ne met point mes paroles en pratique.... Et cependant cette parole que vous entendez n'est pas personnellement la mienne, c'est la parole même du Père, du Père dont je suis l'Envoyé.
Ainsi je vous parle, étant encore au milieu de vous. Mais c'est le Paraclet, l'Esprit-Saint, que mon Père enverra en mon nom, qui sera sur toutes choses votre Docteur, et qui vous fera pénétrer dans le sens de tout ce que je vous ai enseigné..,.
La Paix ! voilà ce que je vous laisse. Je vous donne
la Paix — ma paix à moi, — toute diflférente de celle que donne le Monde....
Qu'en m'entendant vous dire : « Je m'en vais, et puis je retourne vers vous », votre cœur ne se trouble ni ne défaille. Si vous m'aimiez, vous vous réjouiriez, au contraire, puisque je m'en vais auprès de mon Père, de mon Père qui est plus grand que Moi....
Je vous ai parlé de la sorte, — avant l'événement, — afin que vous ayez confiance, quand tout se sera accompli.
D'ailleurs, je n'ai plus désormais à vous beaucoup entretenir. Déjà le Prince de ce Monde est en marche.... Non certes qu'il ait sur Moi aucun pouvoir; mais, il faut que le monde sache comment j'aime mon Père, et comment je remplis le mandat que j'ai reçu de Lui!... »
« — Levez-vous et sortons, ajouta-t-il*....
Je suis la Vigne véritable et mon Père est le
1. Jésus se rendait au jardin de Gethsémani, où il avait accoutumé de prier. Partant du Cénacle et de la partie méridionale de Sion, il dut prendre le chemin le plus court vers le mont des Oliviers, et sortir par une des portes ouvertes au sud de la ville pour
vigneron. Tout sarment qui ne me produit pas de raisin, mon Père le relranchera; et quant au pampre qui porte du fruit, il l'émondera, afin que ce fruit soit plus abondant encore. C'est ainsi que vous autres, vous êtes déjà émondés par la doctrine môme que mes paroles vous ont enseignée.
Demeurez en Moi, et Moi je demeurerai en vous. S'il ne fait corps avec le cep de vigne, le sarment est impuissant de lui-même à produire du fruit : tout pareillement êtes-vous stériles, si vous ne restez attachés et fixés en Moi.
Je suis le Cep de Vigne et vous êtes les pampres. Celui qui réside en Moi et en qui je réside produit une abondante récolte. Mais, sans Moi, vous ne pouvez rien; et quiconque ne me restera point uni sera retranché comme on fait des sarments : après quoi il se desséchera, après quoi on le ramassera, après quoi on le jettera au feu, après quoi il brûlera.
Si vous demeurez en Moi et que mes enseignements demeurent en vous, vous pourrez demander tout ce que vous voudrez, et cela vous sera accordé.... La gloire de mon Père, c'est que vous rapportiez une fructueuse, une multiple récolte, et que vous deveniez enfin mes Disciples.
Je vous ai aimés comme mon Père lui-même m'a aimé. Demeurez dans mon amour. Or, vous y demeurerez, si vous observez mes préceptes : comme
(remonter ensuite la vallée du Cédron. Sur cette route, près des fontaines de la Vierge et de Siloé, le penchant de la colline d'Ophel <est couvert de jardins ; c'est là qu'il faut chercher les vignobles dont Ha vue inspira au Sauveur son dernier discours. {V^héFoudJd,)
moi-même je suis demeuré dans Tamour de mon Père, en accomplissant ses commandements. Tout cela, je vous le dis pour que ma propre allégresse passe en vous, et que cette allégresse, devenue vôtre, soit dans toute sa plénitude.
Mon précepte fondamental, c'est que vous vous aimiez les uns les autres, comme moi-même je vous ai aimés..,. Et quel plus grand amour peut-on avoir que de donner sa vie pour ceux que Ton aime?
Vous êtes mes amis. Dès que vous faites ce que je vous recommande, je n'ai pas à employer pour vous le mot de serviteurs.
Oui, j'ai dit « mes amis » ; car, tandis que le serviteur n'est en rien dans le secret des actes de son Maître, je vous ai révélé, à vous, tout ce que j'ai appris de mon Père lui-môme. Ce n'est pas vous qui m'avez choisi : c'est Moi qui ai fait élection de vous, et qui vous ai établis pour que vous vous mettiez en marche, pour que vous produisiez du fruit, pour que votre fruit soit permanent, pour que tout ce que vous demanderez à mon Père, en mon nom, il vous l'accorde.
Je vous fais un devoir de vous entraimer. Et si le Monde vous hait, sachez bien qu'il m'a eu, avant vous, pour objet de sa haine. Si vous étiez des gens du Monde, le Monde serait plein de tendresse pour ce qui serait de son domaine. Mais vous n'appartenez pas au Monde; — et, tout au contraire, je vous ai, par mon choix, retirés du Monde. Et de là, cette haine qu'il a contre vous.
Souvenez-vous de ce mot que je vous ai dit : « Le serviteur ne peut être supérieur à son Maître ». Puisqu'on m'a persécuté, on vous persécutera; puisqu'on a épié mes paroles, on épiera les vôtres. Et tout cela, les persécuteurs vous le feront subir à cause de mon nom, car ils méconnaissent Celui qui m'a envoyé....
Si je n'étais venu, si je ne m'étais fait entendre à eux, ils ne seraient point coupables; mais, au moment présent, leur forfait est sans excuse : Qui me hait, hait aussi mon Père. — Si, au milieu d'eux, je n'eusse accompli des prodiges, tels que personne n'en fit jamais, ils ne seraient aucunement criminels ; mais maintenant leurs yeux ont vu : et ils haïssent à la fois, et Moi-môme, et mon Père. Et de la sorte s'accomplit la Prophétie écrite dans leur livre légal : « Us me prendront en haine sans sujet».
Lorsqu'il sera venu, cependant, ce Paraclet que du sein de mon Père je vous enverrai; lorsqu'il sera venu, l'Esprit de Vérité qui procède du Père, il rendra témoignage de Moi; et vous autres, qui avez été dès le commencement avec Moi, vous serez aussi mes martyrs....
De cela je vous préviens, pour vous préserver de toute chute devant les obstacles qui se dresseront. On vous expulsera des Synagogues, et l'heure n est pa? loin où tous ceux qui vous mettront à mort s'imagineront faire à Dieu un sacrifice agréable. Ainsi agiront-ils envers vous, parce qu'ils n'ont nulle notion, ni de mon Père, ni de Moi.
SAIXT JEAN, XVI, 4-11. 501
D'ores et déjà, je vous annonce ces choses, afin que, à l'époque où elles se produiront, vous vous ressouveniez que je vous les ai prédites. Au commencement, je ne vous en ai pas entretenus, parce que je demeurais avec vous.... Présentement, je m'en retourne auprès de Celui qui m'a envoyé....
Vous voilà tous sans parole pour me demander : « Oii allez-vous? » Et à ces mots que je vous ai adressés, la tristesse a rempli votre cœur. — Eh bien, je vous dis la vérité : il est bon pour vous que je m'en aille. Car, si je ne partais, le Paraclet ne viendrait point à vous; tandis que, si je vous quitte, je vous l'enverrai.
Or, quand il arrivera, il confondra le Monde, et sur son péché, et sur sa justice, et sur sa façon de juger :
Sur son péché d'abord, — car « le Monde » n'a pas cru en Moi;
Sur sa Justice ensuite, — car voilà que je m'en vais à mon Père, et que vous ne me verrez plus;
Sur sa façon de juger, — car le Prince de ce monde-là est un être déjà condamné*.
1. l/Esprit de vérité établira dans la plénitude de Tévidence :
P Que le Monde n'a pas la notion du Mal : de peccato ; — car il
a considéré comme TindifTérent exercice de sa liberté de ne pas
croire en Moi, qui suis le Dieu vivant descendu au milieu des
hommes; 2" Que le Monde n'a pas la notion du Bien : de justilia ; — car
il a foulé aux pieds toute équité pour me faire mourir, et c'est par
502 SAINT JEAN, XVf, 12-18.
Que d'enseignements j'aurais encore à vous faire entendre, mais vous n'êtes pas actuellement de force à les porter. C'est l'Esprit de vérité, lorsqu'il sera venu, qui vous fera entrer dans la vérité totale, Esprit de vérité qui ne parlera pas d'ailleurs de son propre fonds, répétant seulement ce que lui-môme entend, et ne vous prophétisant que ce qui doit arriver. C'est ma gloire qu'il proclamera, puisant en ce qui m'appartient les choses qu'il vous fera connaître. Tout ce qui est à mon Père est à Moi ; — et voilà pourquoi je dis : « Ce qu'il vous annoncera, il le prendra dans ce qui m'appartient. »
Encore un peu, et vous allez ne plus me voir; et puis, encore un peu, et vous me verrez : — parce que je retourne à mon Père.
— Quel est, se demandaient les uns aux autres les Disciples, quel est le sens de cette parole : « Ente core un peu, et vous allez ne plus me voir; et « puis, encore un peu, et vous me verrez : — parce «que je retourne à mon Père»? Que signifie « encore un peu ? » Nous ne comprenons point ce qu'il veut dire par là- »
un verdict de ses Tribunaux et au nom de ce qu'il appelle : a La Justice », que je vais périr ici-bas et rentrer au sein de mon Père;
3" Que le Monde n'a pas la moindre notion de bon sens et de jugement : de judicio; — car, pour Prince, le Monde a choisi Salan, déjà condamné à l'Enfer avant même la création de l'homme.
Tel est le Monde : ses acles, qu'il considère comme tout simples, sont des crimes; — sa soi-disant justice, une iniquité; — son prétendu bon sens, une immense folie.
SAINT JEANj XVI, 19-26. 503
Voyant qu'ils le voulaient interroger, Jésus reprit :
« — Vous cherchez entre vous comment interpréter ces mots de moi : « Encore un peu, et vous allez ne « plus me vo'r ; et puis, encore un peu, et vous me « verrez : — parce que je retourne à mon Père ».
En vérité, en vérité, je vous le déclare, vous pleurerez et vous sangloterez, tandis que le Monde se réjouira. Oui, vous serez dans la tristesse; mais cette tristesse se changera en joie.
La femme, elle aussi, gémit pendant qu'elle entante, et que, pour elle, Theure est venue. Mais, dès qu'elle a enfanté, elle oublie son angoisse, tant est grande son allégresse d'avoir mis un homme au monde.
Et vous , pareillement , vous voilà maintenant dans l'accablement : mais^ je vous verrai de nouveau, et votre cœur entrera dans la joie, dans une joie que nul ne pourra vous ravir. Et, dès lors, vous n'aurez plus à m'interroger sur rien.
En vérité, en vérité, je vous le déclare, tout ce que vous demanderez au Père en mon nom, le Père vous l'accordera. Jusqu'ici vous n'avez rien demandé, en mon Nom!.,. Pour que votre félicité soit au comble, demandez, et vous recevrez.
Tout cela, je vous l'avais déjà présenté sous forme de paraboles. Or, voici le moment où je laisserai de côté le langage des figures, mais où, en toute clarté, je vous ferai connaître le Père.
Et dès lors, vous demanderez en mon Nom; et
môme je n'ai point à vous dire que pour vous je prierai le Père, car le Père lui-même vous aime, vous, personnellement, parce que vous m'avez aimé, et parce que vous avez eu la foi que je sortais de Dieu. Je suis sorti du Père et venu dans le Monde. Et à présent, je quitte le Monde et je retourne au Père.
— C'est maintenant, s'écrièrent les Disciples, que vous parlez ouvertement et que vous vous exprimez sans figures; c'est maintenant que nous voyons que vous savez toutes choses, et qu'il n'est nul besoin pour vous que qui que ce soit vous fasse entendre ses questions. Nous avons foi en ce fait que vous êtes sorti de Dieu.
— Oui, vous avez ïoi pour le moment, dit alors Jésus. Mais l'heure arrive, et déjà elle commence, où vous vous disperserez, chacun de votre côté, et où vous me laisserez seul.... Seul! il est vrai que je ne le suis jamais, puisque toujours le Père est avec moi.
Ainsi je vous ai parlé, afin que vous mettiez en moi votre Paix. Dans le Monde, vous aurez des tourments à soufl'rir. Mais ayez confiance!... J'ai vaincu le Monde. »