XXX
Telles furent les paroles de Jésus. Puis, levant les yeux vers le Ciel, il ajouta :
« — Mon Pèie,rheure est venue!...
Afin que votre Fils à son tour répande votre gloire, faites maintenant éclater vous-même la gloire de votre Fils. Après Tavoir constitué chef de toute race humaine, faites rayonner sa gloire, pour qu'il puisse faire don de Téterneile Vie à tous ceux que vous lui avez confiés. Or, Téternelle Vie, c'est de vous connaître, ô seul Dieu véritable! et de connaître Celui que vous avez envoyé : Jésus-Christ.
Sur la terre, je vous ai glorifié : l'œuvre que vous m'aviez chargé d'accomplir, je l'ai achevée. C'est à vous maintenant, ô mon Père, de faire resplendir au dehors la gloire que j'ai en vous-même, — cette gloire que je possédais en Vous, avant l'existence de l'univers.
Aux hommes que vous avez tirés du monde pour me les donner, j'ai manifesté votre Nom*. Ils étaient vôtres; vous me les avez donnés, et ils ont été attentifs à votre Verbe.
Ils comprennent maintenant que tous ces dons que vous m'avez faits procèdent de Vous ; et que toutes ces paroles que je leur ai fait entendre ne sont autres que celles que vous m'avez fait entendre à moi-même. A ces paroles ils ont fait accueil, et ils reconnaissent comme vrai que je suis sorti de Tous : ils ont foi que Vous-même m'avez envoyé.
1. Lo nom de Dieu a Jéhovah » était pour les Juifs l'objet d'une telle épouvante qu'ils n'osaient le prononcer, et le remplaçaient, quand il se trouvait dans le texte sacré, par celui d'Âdonaï. Jésus, dissipant ces vaincs terreurs, avait révélé que le propre de l'Être divin, son vrai nom, est d'être Père et d'aimer. (L'abbé Fouard.)
î)06 SMNT JEAN, XVII, 9-18.
Cest pour eux que je vous prie. Ce n'est pas pour le Monde, c'est pour eux : — pour eux, que vous m'avez donnés parce qu'ils sont à Vous. A Vous appartient tout ce qui est à Moi; à Moi appartient tout ce qui est à Vous. C'est parmi eux qu'a rayonné ma gloire.
Déjà cependant je ne suis plus de ce monde; mais pour eux, ils y vont demeurer; tandis que je retourne à Vous. 0 Père saint ! conservez, fidèles à votre nom, ceux que Vous m'avez donnés, afin qu'ils soient un, comme Nous-mêmes nous sommes un. Pendant que j'étais avec eux, je les ai gardés dans la fidélité à votre Nom; et, de tous ceux que vous m'avez confiés, aucun n'a péri, — hormis l'enfant de perdition en qui s'est réalisée la prophétie de l'Écriture. Mais maintenant je retourne vers Vous....
Toutes ces choses, je les dis — étant encore dans ce monde — afin qu'ils possèdent en eux-mêmes la plénitude de ma propre joie.... Je leur ai enseigné votre parole; et le Monde les a pris en haine parce que, de même que Moi, ils ne sont pas du Monde, je n'en suis point. Je ne vous demande pas cependant de les en retirer : je vous prie seulement de les préserver du mal.... Non! ils ne sont point du Monde, comme moi-même je n'en suis point. Sanctifiez-les dans votre Vérité : la Vérité, c'est votre Parole.
Ainsi que vous m'avez envoyé au milieu du Monde, ainsi au milieu du Monde je les envoie moi-même, —
SAINT JEAN, XVli, 19-26. 507
m'offrant pour eux en sacrifice afin que, eux aussi, ils se sacrifient vraiment. Et je prie non seulement pour eux, mais encore pour tous ceux qui, par leur parole, croiront un jour en Moi.
Que tous ne fassent qu'un! Voilà la prière que je vous adresse. Comme vous êtes en Moi, ô mon Père, et comme Moi-môme je suis en Vous, que ceux-ci également ne fassent qu'un en Nous, afin que le monde ait la foi que c'est Vous qui m'avez envoyé !... La lumière que vous m'avez donnée à Moi-môme, je la leur ai donnée à eux, afin qu'ils soient un, — comme Nous-mômes nous sommes Un....
Moi en eux, et Vous en Moi! Qu'ils se fondent ensemble dans une telle union que le monde reconnaisse, à ce signe, que c'est Vous, ô mon Père, qui m'avez envoyé, et que vous les avez aimés, eux aussi, de ce môme amour que vous avez pour Moi.
Je veux, ô mon Père, que, là où je suis, ceux que vous m'^avez donnés y soient aussi avec Moi. Je le v<îux, pour qu'ils y voient cette gloire dont vous m'avez fait don, à Moi, — à Moi que vous aimiez avant que fussent jetés les fondements de l'univers.
Père juste! le monde ne vous connaît point; mais Moi je vous connais, et ceux-ci ont compris que vous m'avez envoyé. Je leur ai révélé votre Nom; je le leur apprendrai encore, afin que l'amour
dont vous m'avez aimé soit en eux, afin que Moimême je sois en eux. »
Après avoir ainsi parlé, Jésus sortit; et, suivi de ses Disciples, il se dirigea de l'autre côté du Cédron.
Là se trouvait un jardin, dans lequel il entra, et eux avec lui. Il avait coutume d'y venir souvent en compagnie des Disciples : de sorte que Judas, celui qui le trahissait, avait une pleine connaissance des lieux.
Ayant pris avec lui une escouade de soldats, escorté également par des Agents que lui avaient donnés les Grands-Prêtres et les Pharisiens, entouré de tout un appareil de flambeaux, de torchés et d'armes. Judas arriva donc en cet endroit.
Jésus sachant parfaitement tout ce qui allait fondre sur lui, s'avança alors :
— Qui cherchez-vous? demanda-t-il.
— Jésus de Nazareth.
Il leur répondit :
— C'est Moi.
Au milieu de ces gens se tenait debout l'homme qui l'avait trahi : Judas.
Mais à peine Jésus eut-il prononcé le mot : « C'est
Moi », qu'ils firent un mouvement en arrière et qu'ils tombèrent sur le sol....
Jésus avait réitéré sa question :
— Qui cherchez-vous ?
— Jésus de Nazareth, répétèrent-ils.
— Jevous ai déjà déclaré que c'estMoi, reprit Jésus. Puisque c'est moi que vous venez chercher, laissez ceux qui sont ici s'en aller librement.
Il voulait que cette parole de lui : « Je n'ai laissé périr aucun de ceux que vous m'avez confiés* », fût totalement accomplie.
Simon-Pierre, cependant, qui était armé,. a tiré le glaive. Il en atteint le serviteur du Grand-Pontife, et lui coupe l'oreille droite.
Ce serviteur se nommait Malchus.
— Remets ton glaive dans le fourreau, dit alors Jésus à Simon-Pierre. Ne le boirai-je donc pas, le Calice que me présente mon Père?
La Cohorte, le Commandant de la troupe, les Agents des Juifs se précipitèrent sur Jésus, et l'attachèrent avec des cordes.
Ils le conduisirent d'abord chez Anne, beau-père
1. Il est fort remarquable que dans le terrible drame qui commençait, aucun Disciple n'ait été arrêté comme complice et n'ait eu à souffrir avec son Maître. Jusqu'à la fin, il voulut les préserver et être le seul à subir les mauvais traitements et la mort. Ce n'est qu'après le Calvaire que les Disciples ont eu à suivre la voie douloureuse el h être martvrs.
5i0 SAINT JEAN, XVIII, 13-21.
de Caïphe. Caifphc était le Grand-Pontife de Tannée, et c'était lui qui avait ouvert au milieu des Juifs Favis qu'il était expédient qu'un seul pérît pour le salut de tous.
Simon-Pierre pourtant, ainsi qu'un autre Disciple, avait suivi Jésus.
Cet autre Disciple, étant de la connaissance du Grand-Pontife, entra, avec Jésus, dans le vestibule iiitérieur.
Quant à Pierre, il était resté dehors, contre la porte ; mais le Disciple qui était connu du Pontife sortit alors, intervint auprès de la portière, et le fit entrer.
Or, cette servante, préposée à la porte, adressa la parole à Pierre :
— Êtes-vous aussi des Disciples de cet homme? demanda-t-elle.
— Moi? Je n'en suis point, répondit-il.
11 faisait froid. Les gens de service et les Agents se chauffaient, groupés autour d'un brasier. Debout et mêlé à eux, Pierre se chauffait également.
Le Pontife cependant interrogea Jésus, et sur ses Disciples, et sur sa Doctrine.
— J'ai publiquement parlé au monde, répondit Jésus. J'ai constamment enseigné, soit dans la Synagogue, soit dans le Temple où s'assemblent tous les Juifs, et mes discours n'ont eu rien de clandestin. Pourquoi donc m'interrogez-vous? Interrogez ceux qui m'ont entendu et demandez-
SAINT JKAN, xvin, 21-27. 511.
leur quel a été mon langage. Les paroles que j'ai prononcées, ceux qui sont ici les connaissent...
A ces mots, un des Agents qui étaient de service donna un soufflet à Jésus :
— Est-ce de la sorte, lui cria-t-il, que tu réponds au Pontife !
Et Jésus alors, s'adressant à cet homme :
— Si ce que j'ai dit est mal, montrez-moi où est ma faute. Mais si c'est bien, pourquoi me frappez- vous ?
Anne donna ordre qu'il fût conduit, tout enchaîné, au Grand- Prêtre Caïphe.
Pendant ce temps, Simon-Pierre se tenait immobile et se chaufi'ait.
— N'es-tu pas, toi aussi, de ses Disciples? lui dit-on. 11 s'en défendit encore :
— Je n'en suis nullement! s'écria-t-il.
Mais l'un des gens du Grand-Pontife, parent de celui à qui Pierre avait coupé l'oreille, l'interpella en ces termes :
— Est-ce que moi-même je ne t'ai pas vu, avec Lui, dans le jardin?
Pierre fit entendre une nouvelle dénégation.... Et tout aussitôt le coq chanta.
512 SAINT JEAN, XVIIT, 28-33.
De la maison de Caïphe on conduisit Jésus au Prétoire, qui était le palais du Gouverneur romain.
Le jour commençait; et les personnages qui traînaient ainsi Jésus se gardèrent d'entrer dans le Prétoire, voulant ne contracter aucune souillure légale, afin de pouvoir prendre part au banquet pascal.
Pilate vint donc vers eux, au dehors :
— Quelle accusation portez-vous contre cet homme ? leur demanda-t-il.
Us répondirent :
— Si ce n'était pas un malfaiteur, nous ne vous l'aurions pas amené.
— Retenez sa cause, reprit Pilate, et jugez-le vous-mêmes, suivant votre Loi.
— Nous n'avons plus le pouvoir de mettre personne à mort, repartirent les Juifs.
Il fallaii pourtant que la parole de Jésus qui avait annoncé de quelle mort il devait mourir, reçût son accomplissement.
Donc Pilate rentra dans le Prétoire , et fit comparaître Jésus :
— Tu es « le Roi des Juifs »? lui dit-il.
— Parlez-vous ainsi de vous-même, ou bien d*a-
près les rapports que d'autres vous ont faits de moi ? demanda le Sauveur.
— Est-ce que je suis Juif, moi? répliqua Pilate. C'est ta Nation, ce sont les Prêtres qui te traduisent à mon tribunal. Qu'as-tu fait?
— Ma Royauté, répondit Jésus, n'est pas de ce monde. Si ma Royauté était de ce monde, mes sujets n'auraient point manqué de combattre pour que je ne tombasse pas entre les mains des Juifs ; mais, pour l'heure présente, mon Royaume n'est pas d'ici.
— Tu es donc roi? s'écria Pilate.
— Comme vous le dites, je suis Roi.... Je suis né, je suis venu en ce monde pour accomplir la mission de rendre témoignage à la Vérité. Quiconque procède de la Vérité entend ma voix.
— Qu'est-ce que la Vérité? répliqua Pilate.
Et, sur ce mot, il revint dehors, vers les Juifs, et leur dit :
— Je ne trouve en cet homme aucune matière à condamnation. Et, puisqu'il est d'usage parmi vous que le Gouverneur vous accorde la grâce d'un criminel à l'occasion de la fête de Pâques, voulez-vous que je vous délivre « le Roi des Juifs » ?
Ce fut de nouveau un cri universel :
— Non !... Pas celui-là !... Plutôt Barabbas !... Or, ce Barabbas était un voleur.
Pilate commanda alors de saisir Jésus et le fit flageller.
Les Soldats, ayant tressé une couronne avec des épines, la lui posèrent sur la tête et le revêtirent d'une casaque couleur pourpre. Après quoi, s'avançant au-devant de Lui, ils disaient :
— Salut, « le Roi des Juifs » !
Et ils lui donnaient des soufflets.
Derechef, Pilate se rendit à Textérieur.
— Voyons! dit-il aux Juifs, je vais vous Famener ici, en personne, afin que, par vous-mêmes, vous vous rendiez compte que je ne découvre en lui aucun motif à condamnation.
Et Jésus parut en efiet, portant la Couronne d'épines et revêtu de cette casaque de pourpre.
— Voilà l'Homme ! dit Pilate.
A sa vue les Grands-Prêtres et leurs satellites poussèrent une clameur:
— Crucifiez-le! Crucifiez-le!
— Prenez-le donc vous-mêmes et clouez-le à la
croix! s'écria Pilate Quant à moi, je ne vois en
lui rien de condamnable.
— Nous avons une Loi, répliquèrent les Juifs. Et, d'après la Loi, il doit mourir, parce qu'il s'est donné pour « Fils de Dieu ».
A ces mots, Pilate fut de plus en plus effrayé.
Rentrant encore une fois dans l'enceinte du Prétoire, il posa à Jésus cette question :
— Quelle est ton origine?
Mais Jésus garda le silence.
— Tu ne me réponds rien ? reprit Pilate. Ignores-
tu donc que j'ai le pouvoir de te crucifier et le pouvoir de te rendre la liberté ?
— Vous n'auriez nul pouvoir sur Moi, répondit alors Jésus, s'il ne vous avait été commis d'en- Haut, pour cela. Le plus grand crime est à celui qui me livre à vous*.
Là-dessus, Pilate voulut faire de nouveaux efforts pour le renvoyer absous.
Mais les Juifs poussèrent de grands cris :
— Si vous acquittez cet homme, vous n'êtes point Vami de César. Car quiconque se proclame Roi, se pose en adversaire de César,
Pilate, entendant de telles paroles, fit venir Jésus au dehors et prit siège sur son tribunal, lequel était placé en l'endroit que les Grecs appellent Lithostvotos [le Pavé], et les Hébreux Gahhatha [la Terrasse].
C'était la veille de la Pàque, et dans la seconde moitié de la matinée.
Pilate dit aux Juifs :
— Voilà votre Roi.
Ceux-ci se mirent à vociférer :
— A mort ! A mort ! Crucifiez-le !
— Eh quoi! reprit Pilate, crucifierai-je votre Roi?
— Nous n'avons d'autre Roi que César! répondirent les Grands-Prêtres.
Ce fut alors que Pilate le leur abandonna pour être crucifié».
1. Celui qui me livre à vous, le Sanhédrin, le Grand-Pontife,
2. Ce crime devait être sévèrement puni ; trois ans ne s'étaient pas écoulés que, sur les dépositions des Samaritains, Vitellius, pro-
Ils s'emparèrent de Jésus et remmenèrent.
Ainsi, portant sa Croix, il se rendit au lieu qu'on nomme Le Calvaire, « au Golgotha», pour employer le terme hébreu *.
C'est là qu'on le crucifia, et deux autres avec Lui : — un de chaque côté, et Jésus au milieu.
Pilate avait rédigé lui-même l'inscription quMl avait fait placer au haut de la Croix. Elle contenait ces mots :