ÉGLISE DE SAINTE-GROIX (FLORENCE
ebout dans une barque, Saint Pierre, reconnaissable à sa chevelure et à sa barbe blanches, jette le filet, tandis qu'un e ses compagnons, assis, rame avec vigueur; dans les ots, un poisson une sorte de dauphin qui s’ébat. Est-il possible de faire tableau avec des éléments plus rudimentaires et un plus petit nombre de traits ?
Des milliers de fresques, de mosaïques, de peintures
de chevalet, de miniatures, d'émaux, développèrent des
thèmes analogues à partir de la chute de l'Empire romain. Ce cycle, qui s'étend jusqu'au xue siècle, s'impose à
notre estime par la gravité, parfois par l'ampleur ou la
majesté. Mais nous y chercherions en vain du naturel, de la vivacité, de la tendresse, du pathétique. A regarder le peuple de saints et de saintes immobile et comme figé dans une atmosphère surnaturelle, on le croirait d'une
race que nous.
En Italie, on peut citer les fresques des Quatre Saints
couronnés à Rome, celles de Saint Laurent et de Saint Urbain, près de la mème ville, celles de Subiaco, les mosaïques du baptistère de Florence, celles de la basilique de Saint Mare de Venise ou de l’abbaye de Monréal, en
Sicile. Dans toutes, nous rencontrons, ou bien des figures
PESSSAINIRS
isolées, au repos, calmes, impassibles, ou bien des récits légendair d'une sécheresse et d'une platitude désespérantes. L’ignorance absolue des proportions du canon humain, la grossièreté des traits, le manque d'expression, ne sont pas rachetés par la somptuosité de l'ensemble, par la subordination des personnages à l'effet décoratif général.
Non seulement, on ne constate aucun talent d'observation,
aucun effort de pensée, mais encore aucune trace de vraisemblance. Ce sont des figures abstraites, à peine posées sur le sol, sur lequel elles n'ont même pas la force de se tenir debout.
En France, les célèbres peintures de l'église Saint- Savin, dans le département de la Vienne, offrent un carac-
tère simplement narratif, sans l'ombre de mise en scène et
Attribué à Simone di Martino (Memmi).
TE
de sentiment dramatique. Elles aussi sont presque toutes d'une extrème grossièreté.
Telles sont encore les dernières manifestations de l’art, je devrais dire de la civilisation, qui va disparaitre : Madones du Florentin Cimabue, celles du Siennois Duccio. Elles n'ont rien à envier comme impassibilité aux modèles byzantins. Nul élan chez Marie pour l'enfant divin qu'elle porte nonchalamment sur sèés bras : une étiquette sévère semble présider aux moindres gestes. Ce n'est pas à dire que toute émotion soit bannie, mais comme ces héritières
de l'antique Byzance savent se dominer ! Regardez plutôt