DIVERS FAITS DE LA VIE DE JÉSUS-CHRIST
monde, ces croyants concentraient toutes leurs pensées sur les promesses des Evangiles. Des enfants vendangeurs (allusion à la parabole du Pressoir), le poisson eucharistique ou la colombe, le mythe, moitié païen moitié chrétien, de Psyché, symbole de l'immortalité de l'âme, parfois aussi le Bon Pasteur, voilà leurs thèmes de prédilection. Les peintures dont ils ornaient leurs cimetières formaient un encouragement permanent à la résignation, à la constance; elles respiraient le calme, la confiance, la sérénité. De là vient l'aspect riant qui distingue les productions de cette époque. Bien souvent, on se
croirait dans quelque villa élégante de l'ancienne Rome ou
de Pompéi, plutôt que dans un lieu de sépulture, témoin
de souffrances sans nombre. De méme que les anciens s'étaient plu à représenter la Mort sous la forme d'un génie éteignant une torche, de même les premiers chrétiens, dignes héritiers en cela des Grecs, dissimulaient la fin de l'existence terrestre et la dissolution du corps sous les emblèmes les plus riants ; partout chez eux l'espérance dans la vie future l’emportait sur le spectaclede la séparation. Aucune ère, à cet égard, nese montra moins réaliste. Pendant de longues générations, les artistes poussèrent le scrupulejusqu'aéviter de représenterles scènes dela Passion.
Plus tard, après les victoires de Constantin, lorsque l'Eglise put enfin élever, à la face des cieux et non dans les entrailles de la terre, les basiliques, baptistères ou mausolées qui, de nos jours encore, proclament à Rome, à Naples, à Milan, à Ravenne, à Constantinople, à Salonique, l’ardeur de la foi et la magnificence du culte, une révolution se produisit dans l’iconographie sacrée : les peintres s'attachèrent désormais à retracer la vie du Christ dans toute sa réalité, et non plus sous forme d’allusions timides; ils redoublaient la ferveur en faisant éclater aux yeux des fidèles soit les vertus, soit les miracles, soit la splendeur de la troupe céleste.
De prime abord, le Nouveau Testament semble moins
varié que l'Ancien. Et cependant que de ressources n'offr
t-il pas à l'émulation des artistes! Les grandes fêtes qui rappellent les principaux événements de la vie du Christ, NoëlReta
Semaine sainte et Paques, la Pentecôte et l'Ascension, for-
£piphanie, le dimanche des Rameaux, la
ment chacune un drame aux actes nombreux, subdivisés chacun à son tour en scènes non moins multiples. Voici ensuite les Actes des Apôtres, dont les miracles ou les ensei-
gnements ont si heureusementinspiré les peintres de l'église
des Carmes à Florence, Masolino, Masaccio, Filippino
Lippi, ou encore Raphaël dans ses immortels cartons de
tapisseries. L'Apocalypse, à son tour,a mis en action à elle seule toute la fécondité de ressources d'un Orcagna, d'un Signorelli, d'un Michel-Ange, d'un Albert Dürer. Finalement, aux acteurs des Evangiles, se mélèrent ceux du Mar-
qui pourrait se flatter
tyrologe et ceux de la Légende doré > programme de la
présente publication les a exclus
de tout embrasser ? Et cependant le moyen de ne pas
accorder un regard à tous ces contemporains du Christ
associés à sa destinée, à ses souffrances, depuis la famille
de Saint Jean Baptiste jusqu'aux Apôtres :
| Jusq F
Dans ce que j'appellerai le domaine contemplatif, — je
r de ces « Saintes Conversations », où l'on voit
veux parl le Christ trônant au milieu de ses disciples ou de ses confesseurs, — la pagela plus auguste est la mosaïque de l'église
Ile
l'antiquité : l'inspiration comme l'ordonnance, la gravité
Sainte Pudentienne à Rome {1ve siècle. Tout y rap
des personnages, la noblesse répandue sur l'ensemble de la scène. L'on dirait une assemblée de sénateurs et de philosophes discutant les plus hautes questions de politique ou
de morale. Et cependant, une émotion toute chrétienne
NOTES
D'ART
perce dans les deux saintes qui tendent vers le Christ la
couronne du triomphe.
Dans le domaine de la narration, le chef-d'œuvre de la peinture chrétienne primitive est l'histoire du Clist, incrustée en mosaïque, au vie siècle, sur les parois de la
basilique de Saint Apollinaire Nouveau, à Ravenne. Rien
n'égale la netteté et la sobriété de ces petits tableaux : deux ou trois figures suffisent à l'artiste pour caractériser chaque scène. Examinez plutôt la Péche Miraculeuse : sur le rivage, Jésus-Christ, que son costume et son nimbe suffisent à désigner à la vénération des fidèles; sa main levée bénit ; à côté de lui un apôtre — à la rigueur, ce per-
sonnage muet aurait pu être supprimé ! — sur les eaux,
Giov. da Milano, pinx