ROIS
entendre des paroles de colère, non des paroles de paix ct de pardon. Personne moins que lui n'avait l'esprit évangélique.
Heureusement, toute une pléïade de ses contemporains a pris à tâche de nous dédommager. Cette tendresse, ces cffusions, que la Renaissance à rendus inséparables des Evangiles, nous les retrouvons chez le peintre de la grâce, chez l’exquis et fantaisiste Corrège.
ie de ses tableaux, principalement ceux des
Musées de Dresde et de Parme, a pour thème la glorification de Marie et de son fils. Assurément, en certaines de ses compositions, telles que la Nativité, plus connue sous le nom de « la Nuit », la solution d'un problème de clairobscur l’a peut-être emporté sur le développementintime et organique du sujet. Mais ne fallait-il pas renouveler une donnée en apparence épuisée? Et le plus sûr moyen d'intéresser un public blasé, tel que l'était celui de la Renaissance, ne consistait-il pas à faire d'une page d'édification un miracle de l’art? Après avoir si souvent forcé leurs contemporains à remonter le courant, les artistes n'étaient-ils pas excusables de se laisser aller quelquefois à la dérive!
tarement — et c'est là l'essentiel — ils prirent l'initiative: d'un bout à l’autre de l'histoire ils se montrèrent en retard, et non en avance, sur leur siècle. Or, je le répète, au point de vue de l'édification, cela ne valait-il pas mieux ?
Envisageons-nous l'interprétation des Evangiles chez es Vénitiens :
ici encore quelle variété ! Si le Fitien y met
toute son émotion, qu'il peigne la Présentation de la Vierge au Temple, le Couronnement d'épines, la Mise au
tombeau où l'Assomption, si le Tintoret s'entend éga-
ement, dans l’histoire du Christ et de sa mère, à faire vibrer la corde dramatique, en revanche, la plupart de leurs compatriotes s'attachent aux scènes plus calmes, plus
riantes et, aoutons-le, plus brillantes : l'Adoration des Mages ou les Noces de Cana. Que voilà bien les thèmes appropriés aux instincts de ces épicuriens, qui s'appellent Paul Véronèse,les Palma, les Bonifazio, les Paris Bordone! L’Adoration des Mages leur permet de prodiguer les types et les costumes exotiques si fréquents dans la cité des lagunes. Toute la magie de l'Orient éclate dans ces cortèges éblouissants, avec leurs pages, leurs chevaux, leurs chiens, dans ces joyaux qui scintillent, ces vases d'or où brülent la myrrhe et l’encens. Non moins profane est la représentation des Noces de Cana ou du banquet de Jésus chez Lévi. N'y cherchez pas une idée religieuse : la pompe mondaine y déborde. Mais ce même Véronèse sait aussi faire entendre de plus graves accents. Son Calvaire, du Louvre, respire une douleur profonde et abonde en saisissants rapprochements où oppositions.
L'Allemagne de la Renaissance intervient dans cet illustre concours avec deux maitres de tout premier ordre, Albrecht Dürer et Hans Holbein. Tous deux mettent une égale conviction dans leurs récits ou leurs évocations : scènes de l'Enfance du Christ, Vierges en gloire, scènes de la Passion ; mais avec quelle différence de fortune ! Tandis que le premier, comme écrasé par l'excès de sa foi, ne
réussit que rarement à éliminer les détails prosaïques, à
donner à ses tvpes la poésie et à ses ordonnances la netteté,
le second, assoupli par l’incomparable gymnastique des
études classiques, excelle aux formules pittoresques, aux contrastes dramatiques. Le triomphe de Dürer, ce sont
les scènes peu nombreuses : la Vierge au singe, la
petite Nativité avec Saint Joseph tirant de l'eau du
L'ADIES C'ENVENDIEN CROIX