DIX FÉVRIER, SAINTE SCHOLASTIQUE
Son monastère était à la distance d’une lieue et demie de celui du Mont-Gassin, une seule fois, chaque année, elle venait accompagnée de quelques-unes de ses religieuses et rencontrait dans une métairie, à moitié chemin des deux couvents, son frère assisté de plusieurs de ses frères. La elle recevait de sa bouche les instructions nécessaires pour la conduite de son couvent, et ces conférences, dont elle faisait part à ses filles, leur étaient toujours profitables.
Saint Benoit et sa sœur reçurent tous deux la révélation qu’ils seraient bientôt enlevés de cette terre, et leur dernière conférence eut lieu le six ou sept février. Elle fut entièrement consacrée à parler des joies du ciel et de la gloire éternelle promise aux Justes. Après avoir ainsi passé la journée en s’entretenant d’un sujet inépuisable comme l’Eternité, l'heure de se séparer arriva ; mais sainte Scholastique, tout entièi'e à la joie d’entendre parler de l’époux qu’elle avait choisi, supplia son frère de lui donner au moins une nuit pour traiter plus à loisir de cette vie bienheureuse. Saint Benoit, rigide observateur de la règle, refusa sévèrement d’accueillir la requête présentée par sa sœur. Alors la sainte s’adressa au Seigneur, elle poussa quelques soupirs et versa des larmes qui furent si puissantes qu’à l’instant, sans qu’il parût aucune nuée dans le ciel, un orage épouvantable accompagné de pluie et de tonnerre éclata avec tant de furie qu’il fut de toute impossibilité à saint Benoit et à ses frères de sortir de ce lieu. La nuit se passa dans des entretiens délicieux sur l’excellence de la béatitude, jusqu’au matin du jour suivant : « Ne « vous étonnez pas, dit saint Grégoire, si elle a surmonté son frère, c’est « un effet de son amour ; le plus ardent est demeuré victorieux. »
Quatre jours après, saint Benoît, priant à la fenêtre de sa cellule, aperçut dans la direction du couvent de Scholastique une colombe qui s’élevait vers le ciel. Il reconnut que c’était l’âme de sa sœur emportée vers les demeures éternelles, et à l’instant ravi de cette vision, il se mit à chanter des hymnes et des cantiques à la louange de Jésus- Christ. Il en donna avis à ses religieux et les envoya pour lever le corps puis le transporter dans le tombeau qu’il avait fait préparer pour lui.
Ces saintes reliques furent apportées en France plus de deux cents ans après. L’an 583 les Lombards ravagèrent l’Italie, et l’Abbaye du Mont-Gassin ayant été détruite, les reliques de saint Benoît et de sa sœur furent ensevelies sous ses ruines. Vers l’an 660, des habitants du Mans rapportèrent dans leur ville celles de sainte Scholastique , qu’elle adopta pour patronne. En 1562 ces reliques préservèrent le Mans des hérétiques qui avaient surpris la ville, brûlant et saccageant toutes les choses sacrées ; pendant la nuit du onze juillet, jour où l’on célèbre la fête de la translation, ils furent saisis d’une terreur panique et s’enfuirent dans toutes les directions. Sainte Scholastique n’avait pas permis qu’on violât ses ossements.
Quant à l’invocation contre la Foudre il est évident que celle qui avait eu le pouvoir d’appeler la Foudre à son aide, devait aussi avoir celui d’en préserver ses fidèles fervents.
[Bollandistes. — La Mère de Blémur. — Les Petits Bollandistes).