SAINT GRÉGOIRE-LE-GRAND, PAPE & DOCTEUR DE L’ÉGLISE
vie siècle. — 540-604.
Patron des Chantres, des Ecoliers, des Etudiants, des Instituteurs, des Savants, des Maçons. — Invoqué contre la Goutte et la Peste.
uand Grégoire « fut donné à la chrétienté, dit Dom Guéranger , l’Eglise latine comptait trois grands docteurs : Ambroise, Augustin et Jérôme ; la science divine de Grégoire l’appelait à l’honneur de compléter cet auguste quaternaire. » Il était fils du sénateur Gordien, il étudia la philosophie dans sa jeunesse et exerça la charge de prêteur. Ensuite il fonda six monastères en Sicile et un autre à Rome dans sa maison, sous le nom de Saint-André. Là il professa la vie monastique et devint abbé. Nommé cardinal-diacre, il fut envoyé à Constantinople par le pape Pélage, en qualité de légat, et convainquit d’erreur le patriarche Eutychius.
De retour à Rome , Grégoire fut élu pape à la place de Pélage que la peste avait enlevé ; mais il refusa cet honneur et s’enfuit pour ne pas être obligé de l’accepter ; ce fut vainement : une colonne de feu qui 1 aecompagnait partout, le fit découvrir dans la caverne où il s’était caché et il fut couronné dans l’église Saint-Pierre , le 3 septembre 590. D’après une antique tradition mentionnée par Dom Guéranger , la peste
qui affligeait Rome ayant encore augmenté pendant le temps pascal, Grégoire ordonna une grande procession , où parurent pour la première fois tous les abbés des monastères de Rome avec leurs moines, et toutes les abbesses avec leurs religieuses. On portait avec respect le portrait de la Sainte Vierge peint par saint Luc. Le cortège se dirigeait vers la basilique de Saint-Pierre et l’air se purifiait sur le passage de la sainte Imagé suivie du Pontife en prière. Tout à coup, au moment où l’on traversait le pont qui unit la ville au quartier du Vatican, un concert d’anges se fit entendre. Ils chantaient : Regina cœli lætare , alléluia , (Reine du ciel, réjouissez-vous, alléluia) ; Quia quem meruisti portare, alléluia, (Car celui que vous avez mérité de porter, alléluia) ; Resurrexit sicutdixit, alléluia, (Est ressuscité comme il l’avait dit, alléluia). Alors le saint Pontife s'écria : Ora pro nobis Deum, alléluia. (Daignez prier Dieu en notre faveur, alléluia), et il aperçut sur le Môle d’Adrien l’ange exterminateur qui remettait son épée dans le fourreau, et la contagion cessa à l’instant. C’est depuis ce temps-là que le Môle d’Adrien , surmonté d’une statue colossale de cet ange, a pris le nom de Fort-Saint-Ange. Telle est l’origine de V invocation adressée à saint Grégoire pour la cessation de la Peste.
Grégoire rétablit la foi catholique dans beaucoup de pays ; il réprima les Donatistes, en Afrique, et les Ariens, en Espagne ; il envoya dans la Grande-Bretagne Augustin et plusieurs autres moines qui convertirent cette île à la foi de Jésus-Christ. Pendant son pontificat, il tint en grand honneur les sciences humaines et divines, et aussi il n’est pas étonnant que les Savants l’aient choisi pour Patron. Il réforma le chant ecclésiastique qui porte encore le nom de Chant Grégorien, et aussi il entretenait un grand nombre de musiciens pour la célébration des offices. Quoique malade et tourmenté incessamment par la goutte, il se faisait porter près de l’église de Saint-Jean-de-Latran, dans une maison où étaient ses élèves, et là, couché sur un petit lit, il leur faisait la classe, tenant une baguette à la main pour les reprendre et les diriger. Ce lit et cette verge furent conservés bien longtemps après sa mort. C’est là le motif qui l’a fait choisir pour Patron par les Chantres, les Ecoliers, les Etudiants et les Instituteurs.
Grégoire aimait beaucoup la France et nous devons être justement fiers de ce qu'il écrivait au roi Childebert : « Comme la dignité royale « s’élève au-dessus des autres hommes, ainsi domine sur tous les « royaumes des peuples la prééminence de votre royaume. Etre roi « comme tant d’autres n’est pas chose rare ; mais être roi catholique, « alors que les autres sont indignes de l’être, c’est assez de grandeur. »
D’une grande sévérité pour la réforme et la discipline ecclésiastique, il brillait en même temps par sa bonté, par sa charité à l’égard des pauvres et aussi par le don des miracles que Notre Seigneur lui prodigua en diverses circonstances. Il admettait tous les jours à sa table des nécessiteux et il lui arriva de recevoir parmi eux un ange et même le seigneur des anges ( Dominum angelorum, bréviaire romain). Jusqu’à la fin de sa vie , il fut miné par plusieurs maladies , particulièrement par la Goutte. Comme on le voit dans une de ses épîtres : « Il y a près de deux « ans, écrit-il , que je suis au lit , tourmenté de si grandes douleurs de « Goutte, qu’à peine me puis-je lever les jours de fêtes pour célébrer la
« messe. » Les goutteux 11e pouvaient choisir un intercesseur plus disposé à compatir à leurs souffrances.
Après avoir gouverné le siège apostolique pendant treize ans et six mois, il mourut l’an 604 et fut enterré dans l’église de Saint-Pierre. L’an 826, son corps fut apporté en France, au monastère de Saint- Médard de Soissons, qu’il appelait pendant sa vie le père des monastères. L'abbaye de Saint-Pierre-le-Vif, à Sens, possédait son chef. Urbain VIII, l’an 1628, en obtint un ossement pour Rome . Saint Grégoire, duquel saint Isidore a écrit que pas un des docteurs de son temps ni des anciens ne pouvait entrer en comparaison avec lui, a laissé de nombreux et magnifiques ouvrages, parmi lesquels on distingue le Pastoral, le Sacramentaire, les Morales sur Job , les Dialogues et un grand nombre de lettres. Après sa mort, des esprits malveillants étaient parvenus à obscurcir sa mémoire auprès de son successeur, et il était question de brûler ses ouvrages quand un diacre, Pierre, qui avait toujours été fort apprécié par le saint Pontife, s’efforçant de s’y opposer, s’écria que ce serait un horrible sacrilège de brûler des livres directement inspirés par l'Esprit-Saint. Puis il affirma hautement qu’il l’avait vu très souvent assistant, sous la forme d’une colombe, le saint Pape, quand il écrivait et il ajouta qu’il était prêt à confirmer ce qu’il avançait par un serment solennel, que s’il disait vrai, il mourrait après avoir juré, mais s’il ne mourait pas, il aiderait lui-même à brûler les livres. Après avoir juré , il tomba mort, à la grande stupéfaction des assistants qui, désormais, tinrent en grande vénération toutes les œuvres de saint Grégoire. C’est pour ce motif que les peintres représentent toujours le saint pape avec une colombe auprès de son oreille . A Rome , dans l’église de Saint-Grègoire-sur-le-Cœlius , est une fête patronale le 12 mars. Ce jour-là, on montre la table de marbre sur laquelle il servait à manger aux pauvres, et dans sa cellule, son siège de marbre et l’endroit où il dormait.
Quant au Patronage des Maçons, il est facilement justifié par le grand nombre d’abbayes et d’hôpitaux que Grégoire ne cessa d’ériger pendant toute sa vie.
D’après le Codices sacramentorum (1), une autre invocation était encore adressée à saint Grégoire contre la stérilité des femmes, comme le prouve l’oraison suivante :
Orulio ad missam pro sterilitate mülierum :
Deus qui anxietatem sterilium pie respiciens, in eis fœconditatem, etiam in sua desperatione, mirabiliter operaris ; concédé propitius : ut famula tua {ilia) de percipienda sobole, quoi per se non valet, servi lui gregorii merealur precibus obtinere. Per, etc.
Prière dite à la 7nesse en faveur des femmes stériles :
Dieu qui regardant avec bonté l’affliction des épôuses stériles, daignez leur accorder miraculeusement la fécondité môme, contre tout espoir, faites, dans votre miséricorde que votre servante .ici présente mérite d’obtenir par les prières do votre serviteur Grégoire, l’enfant que la nature lui refuse. Par, etc.