DE L’ORDRE ROMANO-SÉRAPIIIQUE
XVIe SIÈCLE. — 1567.
Invoqué contre la Fièvre.
Né en Catalogne, il reçut la première moitié de son nom par une sorte de pressentiment de ce qu’il devait être un jour, et la seconde, de son entrée au couvent des Récollets, à Horta. 11 avait à peine fini son noviciat que les malades accouraient déjà en foule à Horta. Un jour, il s’en trouva deux mille ensemble et il les guérit tous en les bénissant au nom de la Sainte Trinité, après qu’ils se furent confessés et approchés de la Sainte Table. Il continua ainsi de guérir les malades pendant plusieurs années et le nombre en monta une fois, à la fête de l’Annonciation, jusqu’à six mille. Bien plus, un autre jour à Valence, sur la place du Couvent, devant le couvent de Sainte-Marie-de-Jésus, il se trouva plus de dix mille hommes, depuis le vice-roi jusqu’aux artisans, qui venaient recevoir sa bénédiction ou chercher la guérison de quelque maladie.
Les frères de son ordre, ne voyant pas avec plaisir ce grand concours de peuple, portèrent leurs plaintes au Provincial, qui fit venir le saint au chapitre et lui adressa cette réprimande : « J’espérais trouver la paix « dans cette maison et je la vois, au contraire, dans le trouble par votre « faute. Dites-moi donc, frère Sauveur, qui vous a autorisé à vivre de cette « manière ? N’avez-vous pas honte d’entendre dire partout : allons « trouver le saint à Horta..., et vous, mes frères, ne remarquez-vous « pas comme il vous fait tort et vous humilie en s’attribuant exclusive- « ment le privilège de faire des miracles, comme si vous n’étiez pas « aussi saints que lui ? Mais je ferai en sorte, mon frère, que votre nom « ne soit plus cité désormais et je saurai bien mettre fin à vos miracles « et à tout ce concours de peuple ; et d’abord, par pénitence, vous « recevrez la discipline ; puis, vous changerez votre nom en celui d’Al- « phonse, et à minuit vous partirez sans rien dire, avec cette lettre, pour « le couvent de Reuss. »
Arrivé à Reuss, il fut reçu par le gardien, devant le chapitre assemblé, avec ce discours : « Pour empêcher ce brouillon de troubler le repos « des frères par ses miracles, je le i ettrai en un lieu où il ne pourra a déranger personne. » Il le conduisit alors à la cuisine et l’y enferma en lui disant : « Faites la cuisine ici pour les frères, et opérez vos « miracles, si vous voulez, parmi les assiettes et les plats. » Mais le matin, dès qu’il fit jour, le peuple de l’endroit accourut en foule au couvent au nombre de plus de deux mille, sans qu’on sût ni pourquoi ni comment. Tous les malades surtout demandaient le frère Sauveur. Les frères, ne comprenant rien à la chose, allèrent trouver le gardien. Celui-ci courut à la cuisine, et, pendant qu’il faisait une verte réprimande au pauvre frère à genoux devant lui, la foule brisa les portes et le gardien fut obligé de lui amener Sauveur , à la condition que tous s’en iraient tranquillement à l’église. Le Saint leur adressa quelques paroles bien simples, les bénit au nom de la sainte Trinité et retourna à sa cuisine. Le grand nombre de béquilles, de ceintures, de bâtons qui furent laissés dans l’église témoigna de l’efficacité de sa bénédiction.