SAINT BENOIT, ABBÉ DU MONT-CASSIN
PATRIARCHE DES MOINES D’OCCIDENT vi° siècle. — 480-S43,
Invoqué contre le Poison, les Maléfices, l’Erysipèle, les Inflammations, la Fièvre, la Gravelle et la Pierre, pour les Agonisants, dans les Combats.
enoit était né, àNorcia, d’une famille noble. Après avoir commencé ses études à Rome, il se dirigea vers un lieu appelé Sublac, à quarante milles de cette dernière ville. Là, il se retira dans un enfoncement de rocher qui n’était connu que d’un seul moine appelé Romain ; ce moine l’y nourrit pendant trois ans , en lui faisant descendre dans une corbeille le morceau de pain qui était sa seule nourriture. Le diable, prévoyant quel redoutable adversaire serait pour lui ce jeune saint, aurait voulu l’étouffer dans son berceau. Il prit donc la figure d’un merle, voltigea autour de lui et s’avança si près que Benoît aurait pu le prendre avec la main ; mais notre saint, s’apercevant tout à coup à qui il avait affaire, forma sur lui un signe de croix et il disparut aussitôt. Un autre jour, comme il avait excité en lui une violente tentation de la chair, Benoît se roula sur des épines jusqu’à ce que son corps en fut tout déchiré et que l’ardeur de la concupiscence eût été vaincue parla douleur. Saint François d’Assise ayant voulu visiter la retraite de Benoît, que l’on appelle aujourd’hui la sainte grotte, embrassa ses épines et les changea en roses.
La renommée de saint Benoît s’étant étendue dans les lieux circonvoisins, quelques moines vinrent se mettre sous sa conduite et l’élurent abbé ; comme notre saint voulait réprimer la vie licencieuse qu’ils menaient ouvertement, ils résolurent de l’empoisonner; mais Benoit fit un signe de croix sur le vase qui lui avait été présenté, et qui se brisa en morceaux. Quittant le monastère il s’en retourna dans sa solitude. Cette première partie de la vie de Benoît est ainsi décrite dans la prose du Missel d’Hagueneau (1) :
Hic fuie subnixus integra reintegravit confracta (2), incendia carnis edomal, cruce Venewjm effugat.
Appuyé sur la foi il rendit intact ce qui avait été brisé, il dompta les ardeurs de la chair, il fit évaporer le poison par le signe de la croix.
C’est à cause de ce dernier miracle qu’il est invoqué contre le Poison.
D’autres disciples, parmi lesquels Placide et Maur, vinrent en grand nombie se ranger sous sa discipline. Il leur bâtit douze monastères qu’il gouverna par une règle admirable. Dans l’un de ces monastères, on le prévint qu’il y avait un religieux qui ne pouvait demeurer en oraison. R voulut examiner le fait par lui-même et il amena saint Maur avec lui. b étant mis en prière, il vit un enfant noir qui tirait le religieux par a robe: saint Maur ne le vit qu’après avoir beaucoup prié pendant deux
ü\ In'folio’ 1S12> cité Par le Pèrc Cahier, page 174
avait nor? T™’0 de BenoU; sa nourrico <V»nt cassé un vase de terre qu’on lui
avait porte, il rejoignit les morceaux et par sa prière il rétablit le vase dans son premier état.
jours ; le saint Père Benoît suivit ce vagabond, disent les petits Bollandistes, prit une baguette et en frappa le coupable : ce qui délivra entièrement le moine de la tentation du démon.
C’est à cause de ce fait et de plusieurs autres qui démontrent invinciblement le pouvoir de Benoit sur les puissances infernales qu’il est invoqué contre les Maléfices.
Benoit se rendit ensuite au Mont-Gassin où il brisa une idole d’Apollon, renversa l’autel et détruisit le bois sacré. Il éleva , en ce lieu , une chapelle à saint Martin et une autre à saint Jean, et il enseigna aux habitants de la contrée les préceptes de la religion chrétienne. Ce fut sur ce Mont-Cassin, qu’il fonda la célèbre Abbaye, mère d’une infinité de monastères de l’ordre des Bénédictins. Le démon mit tous ses efforts à entraver la construction du nouveau monastère. Un jour il avait rendu une pierre si pesante que personne ne pouvait la remuer. Benoît averti vint sur les lieux et, après avoir fait le signe de la croix sur la pierre, elle devint si légère qu’elle put être levée immédiatement Une autre fois, le démon, ne se tenant pas pour battu, fit écrouler un pan de mur qui écrasa un petit novice que Benoît ressuscita à l’instant, et qui se mit immédiatement à travailler au relèvement de la muraille. Enfin Benoit ayant trouvé le diable qui était entré dans le corps d’un ancien religieux qu’il avait déjà jeté à terre, au moment où il allait puiser de Peau, souffleta vigoureusement le malin esprit qui s’enfuit au plus vite.
Totila, le cruel roi des Goths, voulant éprouver le pouvoir de Benoit , lui envoya son écuyer revêtu des ornements royaux ; mais dès que Benoit l’eut aperçu, il lui dit de quitter ce qui ne lui appartenait pas. Il prédit à Totila lui-même qu’il entrerait dans Rome, qu’il passerait la mer et qu’il mourrait au bout de neuf ans.
Saint Grégoire, qui a écrit fort amplement la vie de saint Benoit et auquel nous avons emprunté la plus grande partie de notre récit, assure avoir appris d’un homme illustre, appelé Antoine, la guérison d’un enfant atteint de la lèpre. Les poils commençant à tomber, la peau était tuméfiée et il ôtait impossible d’arrêter la suppuration qui augmentait chaque jour. Le père le mit entre les mains du saint homme de Dieu et l’enfant retrouva immédiatement la santé.
C’est à cette guérison insigne qu’est due l’invocation qui lui est adressée contre les Inflammations et les Erysipèles.
Quelques mois avant de mourir, Benoît annonça à ses disciples le jour de sa mort. Six jours avant ce terme, ayant fait ouvrir le sépulcre où dormait sa sœur, sainte Scholastique, il fut saisi d’une fièvre violente (ce qui a donné l’idée de l’invoquer contre cette affection). Le sixième jour, il se lit porter à l’église et rendit son âme entre les bras de ses disciples.
L’invocation des Agonisants repose sur le fait suivant rapporté par Pierre, diacre du Mont-Cassin, dans sa relation de l’invention du corps de saint Benoit, citée par les Bollandistes.
Un frère, appelé Jean, accablé sous le poids de l’âge et de la maladie, était près de mourir. Quelques frères étaient venus auprès de lui pour chanter les Matines suivant la coutume ; mais le vieillard les arrêta en leur disant « que le Père Abbé avec une multitude de frères, tous vêtus de blanc, étaient déjà venus auprès de lui et avaient chanté le même office, en lui promettant de revenir bientôt pour l’emmener dans le séjour qu’ils habitaient ». Au bout d’une heure, le vieillard expira avec
un visage empreint d’une joie inexprimable ; aussi ceux qui l’assistaient ne doutèrent pas un seul instant que le très saint Benoît ne fût revenu pour exécuter la promesse faite au moribond. Ce grand Saint en outre, dit l’iibbé Berthoumieu , apparut un jour à sainte Gertrude et lui déclara que : « Quiconque rendait gloire à Dieu pour les faveurs dont « ce divin maître avait comblé ses derniers moments, il s’engageait à « l’assister lui-même à l’heure de sa mort. Je serai pour lui, ajouta- t-il, « un rempart contre les embûches du démon. Fortifié par ma présence, « il échappera aux pièges de ses ennemis et le ciel s’ouvrira pour lui. » L’invocation contre la gravelle et la pierre est pleinement justifiée par la guérison opérée sur saint Henri empereur d’Allemagne: ce souverain était tourmenté par des douleurs très vives ; bien qu’il eut une grande affection pour le monastère du Mont-Gassin, où il se trouvait en ce moment, il hésitait à croire que les religieux fussent réellement en possession du corps de saint Benoit. Comme il ne pouvait dormir à cause de ses souffrances, saint Benoit lui apparut et lui dit : « Voici le signe auquel tu reconnaîtras que mon corps esc bien réellement ici. Aussitôt que tu seras levé, tu rendras trois grosses pierres ; puis désormais tu n’en souffriras plus. » En reconnaissance de cette guérison racontée par Léon, évêque d’Ostie, saint Henri fit de magnifiques présents à l’église de saint Benoit et il offrit entr’autres un livre d’évangile ’tout couvert de pierres précieuses, un calice d’or enrichi de la même manière et plusieurs ornements de grand prix. Dans une prose en l’honneur de saint Henri empereur (Missel de Saltzbourg 1515J, on lit ce verset qui confirme ce que nous venons de rapporter. (Le Père Cahier, 204.)
Cette guérison miraculeuse de l’empereur est également constatée par le célèbre rétable de Bâle
Après que les Lombards eurent dévasté le monastère du Mont-Cassin, les reliques de saint Benoît y restèrent longtemps inconnues. Saint Aigulphe, religieux de l’abbaye de Fleury (appelée depuis St-Benoît-sur- Loire) , fut assez heureux pour les découvrir et il les apporta en France avec celles de sainte Scholastique. Aussi, c’est dans notre pays surtout que saint Benoit est invoqué dans les combats. D’après un moine de Fleury, du nom d’Aimoin, les habitants d’Argenlon, ville du Berry sur la Creuse, avaient vu leurs champs dévastés et leurs troupeaux emportés par des soldats qui mettaient tout au pillage sur leur passage. Ils se renfermèrent dans leurs murs et envoyèrent chercher l’étendard de saint Benoît. Quoiqu en petit nombre relativement à leurs ennemis, ils les forcèient a rendre tout ce qu ils leur avaient pris. Hildébert, comte dePérigoul, éprouva quel puissant secours saint Benoît pouvait lui apporter dans une guerre qu il eut avec Guillaume, comte de Poitiers. Le général ' Hildebert, qui déjà avait été battu une fois, ayant eu l’idée de faire manger à ses soldats du pain dont se nourrissaient les moines de saint Benoit, vainquit à son tour les Poitevins et les força de fuir dans toutes les cirections. D’après Baronius, Hugues Capet, à son lit de mort, rocom-
In Cassino Monte curant Benedicti, post pressurant Longam sentit calculi ;
Qaem quum nusquam sit conlaclum Corpus, lamen inde traclum Admiranlur siiujuli.
Sur le Mont-Cassin , il (Henri) après de longues souffrances de la Pierre, fut guéri par saint Benoît, et, Bien que son corps n’eût subi aucun contact, on admire comment elle en a été cependant tirée.
manda à son fils Robert d’avoir une dévotion spéciale pour saint Benoit, et les chefs de la troisième dynastie l’avaient choisi pour spécial protecteur de la France avec quelques autres saints.
Sur les anciennes fresques de Saint-Benoît-sur-Loire, saint Benoît est représenté enseignant aux enfants la lecture et l’arithmétique. Aussi est-il considéré comme le fondateur de l’éducation chrétienne et protecteur de la jeunesse des écoles (1). Après avoir énoncé toutes les faveurs, tous les secours que nous recevons de Dieu par l’intercession de saint Benoît, nous ne saurions passer sous silence la célèbre médaille qui porte son nom et nous en parlerons d’après l’Essai publié par le R. P. Dom Prosper Guèranrjer, abbé de Solesmes (2).
D’un côté, saint Benoit est représenté avec la coule bénédictine, élevant une croix de la main droite et tenant de la main gauche un livre qui contient sa règle. A sa droite, à terre, se trouve sa mitre d’abbé, et à gauche un corbeau auquel il avait l’habitude de donner du pain, et auquel un jour il remit un morceau de pain qu’il avait reçu et qu’il savait être empoisonné, pour le jeter dans un endroit où il ne nuirait à personne. Autour, ces mots : CRUX S. P. BENEDICTI, la croix du saint père Benoît.
Sur l’autre revers, une croix dont les bras sont limités par un ovale ou une auréole. Les lettres placées entre les branches de cette croix ainsi disposées :
signifient : CRUX SANCTI PATRIS BENEDICTI : (La croix du saint père Benoît.)
Sur la ligue perpendiculaire de la croix elle même, on lit :
Ce qui veut dire : CRUX SACRA SIT MIHI LUX. ( Que la sainte croix soit ma lumière.
Sur le bras horizontal de la même croix :
NON DRACO SIT MIIII DUX. (Que le dragon ne soit pas mon chef.)
Autour de ce même revers se trouve dans le haut le monogramme du Christ : I.H.S. et à droite commencent les caractères suivants : Y. R. S. N. S. M. Y. — S. M. Q. L. I. V. B. qui représentent deux vers :