VINGT-NEUF AVRIL, SAINT HUGUES
mais encore il le nomma prieur de la communauté. Maigre sa jeunesse, il fut envoyé en Suisse pour réformer l’abbaye de Patermac et reconcilia l’abbé et les moines avec le souverain dJ Allemagne, dont ils avaient encouru la disgrâce. Ayant appris la mort de saint Odilon, au commencement de l’année 1049, il fut obligé de revenir a Cluny, ou il fut nommé abbé et général de tout 1 ordre. .
Jamais on ne vit cet ordre de Cluny dans un état plus florissant que sous son gouvernement. Les monastères se multiplièrent dans toute l’Italie, l’Espagne, l’Angleterre et en divers endroits de l’Allemagne. Il forma plusieurs disciples de grande distinction dans 1 Église, soit pai leur sainteté, comme saint Morand, saint Uldoric et saint Giégoiie VII. soit par leur mérite et leur dignité, parmi lesquels deux papes, Urbain II et Paschal II, et aussi le duc de Bourgogne, Hugues, qui remit son duché entre les mains de son frère Eudes et prit l’habit à Cluny. Saint Grégoire VII, qui avait été prieur de Cluny sous le saint abbé, entretint avec lui une correspondance perpétuelle, et notamment à 1 occasion de ses grands démêlés avec l’empereur Henri I\, quil parvint à calmer pendant quelque temps. Les relations d'Hugues avec les autres souverains de l’Europe, Philippe Ier, roi de France, et Alphonse VI, roi d’Espagne, furent toujours pour lui des plus amicales et des plus honorables. Au milieu de toutes les grandeurs, Hugues , qui fut mêlé à toutes les
affaires politiques de son temps et en fut souvent l’arbitre le plus honoré, menait la vie la plus austère et la plus modeste ; il ne se prévalait jamais de toutes les grâces surnaturelles qui lui venaient directement du ciel. Il eut d'abord le don de prophétie. Etant un jour avec saint Anselme, archevêque de Cantorberry, il lui dit que la nuit le juste juge avait prononcé la condamnation du roi d’Anglelerre, Guillaume le Roux, et trois jours après, le misérable prince fut tué à la chasse.
Hugues avait parmi ses religieux un frère du nom de Durand, d’une grâce et d'une simplicité admirable, qui, tout en suivant la règle du monastère, aimait de temps en temps, avec la finesse de son esprit et le charme de sa parole, à provoquer un sourire moqueur sur les lèvres de ses auditeurs. Le Saint lui avait prédit qu’après sa mort, il porterait sur ses lèvres la marque de son péché. Comme Durand était d’ailleurs un homme de mérite, il fut élu évêque de Toulouse ; mais sa dignité n’empêcha pas la prophétie d 'Hugues de s’accomplir ; car, après sa mort, il apparut à un prêtre avec une bouche toute difforme, laissanL échapper des flots d’écume et lui demanda instamment d’en prévenir le. saint Abbé. Hugues, ému de pitié, ordonna un silence de sept jours à sept de ses religieux ; mais l’un d’eux faillit à l’obéissance, et l’évêque se présenta une seconde fois au même prêtre, les lèvres toujours malades , se plaignant du frère qui avait rompu le silence. Hugues ordonna un autre silence de sept jours, qui, cette fois fut exactement gardé. Alors, Durand apparut, pour la troisième fois, avec des lèvres entièrement purifiées et remerciant saint Hugues de son heureuse délivrance. « Les personnes religieuses, dit la Mère de Blémur, peuvent tirer une grande instruction de cet exemple. » Le saint abbé joignait encore au don de prophétie celui des miracles. Nous n’en citerons que deux qui ont trait à l’origine de l’invocation contre la fièvre adressée à saint Hugues. Il guérit trois frères de cette terrible affection, les deux premiers par la propre vertu des Eulogies ou Pains sanctifiés.
VINGT-NEUF AVRIL, SAINT PIERRE DE VÉRONE
Quant au troisième qui, à Bourbon-Lancy, avait été dévoré, pendant six mois, par les ardeurs de la fièvre quarte, il lui rendit la santé en lui donnant à boire, après la messe, du vin dans lequel il avait fait tremper des reliques. Un soldat s’étant adressé à lui pour être guéri du même mal, il lui conseilla de s’abstenir désormais des rapines et des désordres inhérents à sa profession. Celui-ci en fit vœu en sa présence et il fut guéri immédiatement.
Sa mort fut annoncée par plusieurs visions miraculeuses et eut lieu le 29 avril 1108. Il fit plusieurs ordonnances sur le service divin, et l’une d’elles entre autres prescrit le chant de l’hymne Veni Creator à Tierce et aux fêtes de la Pentecôte, ce qui fut adopté dans toute la chrétienté.
Ce fut lui qui éleva à Cluny cette magnifique église dans le style roman, qui était la plus grande de l'univers avant l’érection de Saint- Pierre de Rome. Elle fut vendue en détail en 1793 et démolie dans toutes ses parties.
Saint Hugues est représenté souvent avec deux papes qui semblent lui rendre hommage (1). Ce sont Urbain II et Paschal II, dont, il a été question plus haut et qui avaient été ses élèves.
[Bollandistes. — Baillet. — La Mère de Blémur. — Les petits Bollandistes .)