TRENTE AVRIL, SAINT EUTROPE
l’aurait renvoyé en Gaule une seconde fois, avec la dignité d’évêque. Dans ce second voyage, il aurait accompagné saint Denis l’Arêopagite jusqu’à la ville d’Arles, et, de là, serait passé en Guyenne. Le culte particulier, dont saint Eutrope est l’objet, même de nos jours, dans les montagnes de l’Ariège, disent les Petits Bollandistes, porte à croire que cet apôtre aura évangélisé certaines contrées du Midi avant de regagner Saintes, dont il se mit de nouveau à évangéliser les habitants, et cette fois avec un véritable succès. Il convertit même Eustelle, la fille du Légat du prêteur des Gaules. Ceui-ci, à cette nouvelle, entra dans une grande fureur ; il convoqua tous les bouchers de la ville et leur ordonna d'aller mettre à mort Eutrope, dans la cabane qu’il s’était construite sur le flanc d’un rocher. Ils exécutèrent cet ordre la veille des calendes de mai, et lui fendirent la tête à coups de haches.
Saint Eutrope était invoqué contre Y enflure ai Yhydropisie , et Louis XI ne manquait jamais de faire la prière suivante, soit qu’il fût réellement hydropique, soit pour se prémunir contre cette affection :
PRIÈRE DE LOUIS XI A SAINT EUTROPE CONTRE L'HYDROPISÏE (Bibliothèque nationale, collection Béthune, communiquée par M. Louis Audiat.)
Martir Christi Eutropi, tuo I)eo placita prece, sana me semper et ubique ab vdropica infrmilate. Ora pro me, beule martir Eutropi, ut ab Eiitropisi valeam per te sanari.
O martyr du Christ, Eutrope, par votre prière agréable à Dieu, guérissez-moi toujours et partout de la maladie de l’Iiydropisie, priez pour moi, bienheureux martyr Eutrope, afin que, par votre intercession, je mérite d'être guéri de l’hydropisie.
C’est par un calembour (1) ( Eutrope , U trope, Itrope, Ydrope et Ilydropisie) qu’on est parvenu à attribuer spécialement au Martyr de Saintes, la guérison de l’Enflure et de l’Iiydropisie. Dans une vie de saint Eutrope, publiée à Saintes en 1619 (2), on cite un cas à’Iiydropisie et un autre d 'Enflure guéris par l’intercession de saint Eutrope.
Le nom de saint Eutrope , dans la langue romane, s’était transformé en saint Estropi. De là encore l’invocation qui lui était adressée en faveur des Estropiés.
Celle contre les Maux de tête s’explique naturellement par le genre de mort qu'il eut à subir.
Quant à l’invocation pour les Enfants faibles, rien ne semble la justifier dans les actes du Saint ; toutefois la conversion de la jeune payenne Eustelle qui, transformée et fortifiée par la grâce, voulut partager avec Eutrope les rudes fatigues de l’apostolat, aurait pu en donner l’idée.
D’après Grégoire de Tours, saint Pallade, évêque de Saintes au VIe siècle, fit transporter les ossements du Saint dans une chapelle de l’église Saint-Etienne qu’il venait de faire bâtir dans un faubourg de la ville (3). Plus tard, un riche couvent de Bénédictins s’éleva autour de la
(1) Saint Eutrope et son prieuré, Louis Audiat, 1877, p. 43.
(2) Reproduite par M. Louis Audiat, dans ce même ouvrage, p. VIL
(3) Les jeunes filles qui veulent se marier vont à Saint-Junien-les-Combes invoquer saint Eutrope. Après une longue procession, elles font plusieurs fois le tour d’une croix et y attachent une jarretière de laine qu’elles ont à la jambe gauche.
(Statistique générale de la France : département de la Haute-Vienne, M. L. Tixier-Omvier,
préfet, 1808, p. 104.