‹ Les Saints patrons des corporations et protecteurs spécialement invoques dans les maladies et dans les circonstances critique de la vie (volume 2)Chapitre 457 sur 734 · SIX MAI, SAINT JEAN · texte numérisé non relu

SIX MAI, SAINT JEAN

Saint Jean était sorti de la chaudière sans aucune trace de brûlures. Il était tout simple qu’il fût invoqué contre ce genre de souffrances. Quant au patronage des typographes ou des imprimeurs, les uns l’expliquent quia portant Latinum, parce qu’ils portent le Latin, qui, à l’origine de la typographie, avait été la première production de leurs presses; les autres pensent que ce patronage est plutôt dû à l’encre grasse employée dans l’imprimerie. Ce serait surtout eu souvenir de l'huile de la cuve. Les fondeurs de lettres sont intimement liés aux imprimeurs. Quant aux œuvres des graveurs et des lithographes, elles sont également tirées à l’aide d’une encre grasse. Les peintres emploient des couleurs à l’huile ; les lampistes, dans leur profession, font une grande consommation d’huile, et les produits des fabricants de chandelles (1) et des huiliers sont également des corps gras. Tous ces divers métiers se trouvent ainsi classés dans la même catégorie.

Les libraires qui vendent les produits des imprimeurs se sont mis à leur suite et ont entraîné avec eux les régleurs et les imagiers, dont ils débitent également les produits.

Tous les patronages ci-dessus semblent donc dériver du contenu de la cuve dans laquelle saint Jean fut plongé. Les suivants, au contraire, paraissent procéder de la cuve elle-même. Ainsi, les matières premières^ employées par les papetiers et les cartonniers sont mises en tas dans de grandes cuves. Les parcheminiers emploient des peaux préalablement lavées dans des cuves. Les relieurs et les selliers se servent de peaux qui ont subi l’opération du tannage dans des cuves de bois enfoncées en terre. Les coffretiers et les bahutiers recouvrent leurs caisses et leurs bahuts avec ce môme cuir.

Les matériaux dont se servent les verriers, les bouteillers, les miroitiers, après avoir été mélangés, sont soumis à l’action du feu dans des creusets ou cuues en terre réfractaire, et, à l’instar de saint Jean, qui était sorti de la cuve d’huile bouillante plus sain et plus vigoureux qu’il n’y était entré, leurs produits se solidifient à l’air et empruntent une consistance et un éclat que les matières premières de la fabrication : sable, sel et autres étaient loin de posséder.

Nous pensons également que le patronage des tonneliers et des vignerons doit être attribué aux cuves dans lesquelles on dépose les raisins. Dans quelques pays, les raisins, avant d'être jetés dans la grande cuve, sont déposés dans une beaucoup plus petite que l’on appelle 7 me, et dans laquelle les vendangeurs versent au milieu des vignes le contenu de leurs paniers. Quelquefois, un vigneron, jambes nues, entre dans ces Unes et foule le raisin, avant qu’il ne soit précipité dans la grande cuve. Dans ce cas, sa position a quelque analogie avec celle de saint Jean dans la cuve d’huile bouillante, en faisant toutefois la part de la différence des liquides immergeants. Cette tine est portée ensuite par deux hommes, à l’aide d’un gros bâton appuyé sur leurs épaules et hissée sur la voiture qui la transporte dans le pressoir. C’est ici que se place naturellement un affreux calembourg fort en vogue parmi les vignerons, qui prétendent ainsi justifier leur patronage : il suffit tout simplement d inscrire ainsi la fête du 6 mai : « Saint Jean Porte la Tine. »

(i) D’après Arthur Forgeais (Plombs historiés, 1862, p. 45), la communauté des maîtres chandeliers était des plus anciennes. Ses premiers statuts dataient de l'année 1061 ; ils furent confirmés, corrigés et augmentés par presque tous les rois qui ont régné depuis cette epoque.

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