DEUX JUIN, SAINT ÉRASME
un corbeau lui apportait sa nourriture ; souvent les Anges venaient s’en tretenir avec lui et les bêtes féroces venaient se coucher à ses pieds. De temps en temps, il rentrait dans sa ville épiscopale, et là il exerçait son apostolat en chassant les démons, en guérissant les malades et en baptisant ceux qu’il avait convertis. Dioclétien, qui était alors en Orient, le fit venir devant lui. Il fut accablé de coups et plongé dans une chaudière de poix, de résine et de cire bouillante ; comme il en était sorti sain et sauf, il fut mis dans une prison et condamné à mourir de faim ; mais pendant la nuit, un ange le délivra et le transporta miraculeusement en Campanie, où il convertit un grand nombre d’habitants et ressuscita le fils d’Anastase, seigneur du pays.
L’empereur Maximien, en ayant eu avis, le fit arrêter. On lui brisa la mâchoire à coups de bâton. Ayant été conduit dans le temple de Jupiter, par son seul regard il fit tomber sa statue en poussière. L’empereur, exaspéré, lui fit revêtir une cuirasse incandescente ; comme Erasme n’en ressentait aucune brûlure, l’empereur ordonna qu’on le jetât dans une chaudière d’huile bouillante ; mais ce bain enflammé ne produisit pas plus d'effet sur sa chair que ne l’avait fait la cuirasse chauffée à blanc. Il fut alors enfermé dans un horrible cachot d’où un ange le tira de nouveau et l’emmena au bord de la mer où il lui présenta un vaisseau sur lequel il aborda au port de Formies, près de Gaëte. Il y resta quelque temps à évangéliser les populations environnantes ; il fut ensuite prévenu miraculeusement que son heure était proche, et il expira doucement en faisant cette demande à Dieu : « Seigneur , fils unique du Père, « faites que tous ceux qui imploreront mon assistance en votre nom, « soient par vous récompensés de leurs prières. »
Le voyage miraculeux qu’il fit sur mer, dans un vaisseau fourni par un ange, est l’origine du patronage réclamé par les Marins et les Navigateurs et des invocations spéciales qui lui sont adressées contre les Orages et contre les Périls de la Mer. On appelle vulgairement saint Erasme saint Elme ou saint Eramo, surtout en Italie, en Sicile, en Espagne et en Portugal. D’après le Dictionnaire de Trévoux (2° vol.), c’est un nom corrompu de saint Ermo ou saint Eramo par les matelots de la Méditerranée (1). On a même communiqué son nom à quelques autres bienheureux dont on réclame aussi l'assistance pour la navigation et notoirement à saint Pierre Gonzalès, comme on l’a vu au 15 avril.
Quant aux autres invocations adressées à saint Erasme contre les Douleurs d’entrailles, contre les Spasmes . contre les Coliques, contre les Douleurs de l’enfantement , elles reposent sur la tradition d’un supplice qu’on lui aurait fait subir, mais qui ne s’appuie sur aucun texte connu. En revanche, à partir de la fin du XVe siècle, la peinture et la gravure se sont emparées de cette tradition et l’ont reproduite à l’envi. Le saint est représenté étendu dans une nudité presque complète, avec une mitre sur la tète. L’extrémité de ses intestins , tirée par l’ouverture du nombril, est enroulée sur un treuil que deux hommes font mouvoir. D’après M. Jules de Kerval (2), une foule de tableaux, notamment en Belgique, en Alle-
Les Bollandistes (i,r vol. de juin, p.213) expliquent ainsi les modifications opérées dans la langue grecque sur le nom d’Erasme :
EjOafff/wj, Epjfxcoç, Eppatç, EÛfiwç.
(2) Fie et culte de saint Gilles, etc., 1875.