‹ Les Saints patrons des corporations et protecteurs spécialement invoques dans les maladies et dans les circonstances critique de la vie (volume 2)Chapitre 63 sur 734 · ABBÉ DE GLANFEUIL VI0 SIÈCLE · texte numérisé non relu

ABBÉ DE GLANFEUIL VI0 SIÈCLE

Patron des Chaudronniers, Lanterniers, Chandeliers, Portefaix, Tailleurs et Cordonniers en Belgique.

Invoqué contre le Rhume, les Rhumatismes, la Sciatique, les Maux de tête, la Paralysie, la Goutte et les Scrofules.

aint Maur était originaire de l’illustre famille romaine des j Aniciens , d’où sortit saint Grégoire-le-Grand. Sou père, équice de l’ordre des Sénateurs, et sa mère Julie, également d’une excellente maison, le confièrent, quand il eut ‘ atteint l’âge de douze ans, à saint Benoit , qui s’était établi dans les montagnes de l’Apennin, près de Subiaco. Le disciple ne tarda pas à être apprécié par le Maître, et le grand et prodigieux miracle de son obéissance vint encore augmenter l’estime que saint Benoît avait conçue pour lui. Le saint père, étant en oraison, apprit par une révélation divine que le petit Placide, en allant puiser de l’eau, était ' tombé dans un lac très profond. Comme il était sur le point d’être noyé, saint Benoît commanda à Maur de voler à son secours. Celui-ci, après I avoir reçu la bénédiction de son maître, s’élance vers le lac ; puis, sans songer au péril qu’il va affronter, mû seulement par le sentiment de la discipline et de la foi la plus vive, il marche sur l’eau comme sur la terre ferme, saisit le jeune novice par les cheveux et le ramène sain et sauf sur la berge en marchant sur les mêmes eaux. Saint Benoît établit Maur i prieur du monastère et lui accorda toute sa confiance. Aussi Notre Seigneur lui communiqua-t-il une grande partie des lumières de son abbé, et un jour il leur fit voir à l’un et à l’autre, sous la figure d’un More, le diable qui détournait un religieux de l’Oraison.

Saint Maur fut emmené au Mont-Cassin par saint Benoît, quand il quitta Subiaco. Ce fut là qu’il guérit un enfant muet et estropié en mettant sur la tête du malade l’étole de saint Benoît qui était absent.

L’évêque du Mans, Bertingran, envoya à saint Benoît, vers la fin de 541, l’archidiacre Flodegoire et son intendant Harderard, pour lui demander des religieux de son ordre qu’il voulait établir dans son diocèse pour y attirer les bénédictions du ciel. Saint Maur fut désigné par saint Benoît, qui lui donna quatre religieux et lui remit sa règle écrite de sa propre main. Le voyage de saint Maur fut marqué par les miracles les plus éclatants ; mais, étant arrivé à Orléans, il apprit la mort de l’évêque Bertingran. Ce triste événement renversait tous leurs projets. Herderard, intendant de Bertingran , après s’être assuré que le nouvel évêque n’entreprendrait pas la fondation préméditée par son prédécesseur, manda à Maur de venir le trouver à Angers avec sa petite troupe et là, il leur annonça qu’un de ses neveux, du nom de Flore, qui était à la cour du roi Théodebert, avait l’intention de faire bâtir le premier monastère de l’Ordre en France. En effet, ayant reçu Maure et ses compagnons dans une maison du nom de Glandfeuil, il leur fit choisir autour tous les terrains qui étaient les plus convenables pour leur éta-

blissement. Flore offrit également à Maur son fils unique, âgé de dixhuit ans, pour être élevé par lui.

Le monastère et les quatre églises érigées par Maur étant terminés, la dédicace en fut faite par l’évêque de la province, la huitième année du séjour en France de nos Bénédictins. La première et la principale fut consacrée aux saints apôtres, la seconde à saint Martin, la troisième à saint Séverin et la quatrième à saint Michel. Flore voulut lui-même se faire religieux et le roi Théodebert, ayant manifesté le désir d’assister à sa prise d’habit, gratifia de plusieurs terres le monastère qui renfermait déjà cent quarante religieux.

La vie admirable de saint Maur inspira le désir de la solitude à un si grand nombre de Français que le royaume se couvrit de monastères de l’ordre de Saint-Benoît, et il eut la consolation d’en voir avant sa mort cent vingt remplis de fervents religieux (1).

Maur s’était retiré pendant quelques jours avec deux religieux dans une maison à la campagne pour faire oraison, suivant sa coutume, l’archidiacre d’Angers vint le trouver pour conférer avec lui de quelques affaires. Après qu’il eut terminé sa conférence, notre saint donna l’ordre de lui servir à manger. On lui répondit qu’il n’y avait qu’une petite bouteille de vin qui ne suffirait pas à la suite de l’archidiacre : « Apportezla », dit-il, et l’ayant bénie, il ordonna de distribuer du vin à soixante personnes qui étaient venues pour voir le serviteur de Dieu et qui en burent autant qu’ils voulurent sans qu’il diminuât. En sortant de cette maison pour retourner au monastère, il rencontra un pauvre malheureux qui avait le visage tout rongé d’un chancre. Saint Maur, touché de compassion, fit un signe de croix sur lui et il fut immédiatement guéri. C’est le souvenir de ce miracle qui fait sans doute qu’on l’invoque contre les scrofules.

Saint Benoît, dans la lettre qu’il écrivit à saint Maur après son départ du Mont-Cassin, lui avait prédit qu’il porterait l’habit bénédictin pendant soixante ans et qu’il lui en restait encore quarante à employer au service de Dieu.

Comme il ne lui restait plus que deux années sur ces quarante, il assembla ses religieux et leur déclara que pour se préparer à la mort, il voulait se démettre de la charge d’Abbé et qu’il désignait pour le remplacer Bertulse , le fils de Flore.

Saint Maur rendit son âme à Dieu le 1 5 janvier 584, à l’âge de soixantedouze ans et quatorze jours. Il fut enterré dans l’oratoire de saint Martin, où il était mort. Ses reliques y reposèrent paisiblement après la ruine de l’abbaye pendant l’espace de deux cent soixante-deux ans, puis elles furent transportées dans la nouvelle église de Saint-Martin. Depuis, la crainte des Normands obligea les religieux du monastère de Glanfeuil d’émigrer avec leur précieux trésor à l’abbaye des Fossés, située à deux lieues de Paris, et qui prit le nom de Saint-Maur-des-Fossés. L’abbaye de Saint-Maur fut sécularisée en 1553. La réforme de la congrégation de Saint- Vanne et de Saint-Hydulphe, établie en Lorraine, donna heu à celle qu’embrassèrent les Bénédictins français en 1621, sous le titre célèbre de la Congrégation de Saint-Maur. Maintenant, pourquoi les Chaudronniers et les Lanterniers ont-ils choisi saint Maur pour leur

(I) Année bénédictine, par la Mère de Blemur.

patron ? Les ouvriers de ces deux professions qui travaillent le fer, le cuivre et surtout la tôle de fer, sont loin d’avoir des visages immaculés. Les chaudrons également sont noirs au dehors. C’est par ce dernier motif que le P. Cahier pencherait à soupçonner un assez mauvais calembourg entre le nom de notre saint et celui de More (1). J’inclinerais plutôt à penser que les Charbonniers et les Lanterniers ont été influencés dans le choix de leur patron par la légende citée plus haut sur le diable que Notre Seigneur montra à saint Benoit et à saint Maur sous la figure d’un More (2).

Quant à l’invocation contre le Rhume , l’Allemand Henri Alt en donne ce motif assez singulier : c’est que lorsque saint Maur eut retiré de l’eau saint Placide , ce dernier n’eut pas même le plus petit rhume. On pourrait également ajouter qu’il n’eut pas le moindre rhumatisme. A propos de cette dernière affection, on lisait dans V Univers du 21 avril 1873 : « Lettres de Rome, 17 avril. L’indisposition rhumatismale du pape va « cessant, grâce aux soins que Sa Sainteté a consenti à recevoir et peut- « être aussi grâce à un Triduo en l’honneur de saint Maur, protecteur « célèbre contre les rhumatismes. Laissons les libres penseurs rire de « saint Maur , si bon leur semble. Que leur vienne un rhumatisme aigu, « ils prendront saint Maur au sérieux. Je me permets de le leur recom- « mander. »

Le Dictionnaire de Trévoux appelle la goutte : Mal de saint Maur pour dire que c’était un mal qui ne pouvait être guéri que par lui ; mais il ne donne pas le motif de cette invocation spèciale.

Dans un manuscrit de la fin du XVe siècle (3), on trouve cette prière contre la Goutte adressée à saint Maur :

Deus qui ceternœ gloriœ participent bealum Maurum abbalem fieri voluisti, concédé nobit propitius, ipso intervenante, aditum regni coelestis ac in présente vita de morbis Guttarum sanitatem, cujus ad bene vivendum nos informamur exempta.

Dieu qui avez voulu rendre participant de votre gloire éternelle le bienheureux abbé Maur, accordez-nous dans votre miséricorde , par l’intercession de celui dont les exemples nous apprennent à bien vivre, l’entrée du royaume des cieüx et la guérison, pendant cette vie, des maux de la Goutte.

« Depuis un temps immémorial (4), il existe à Auneau (diocèse de Chartres) un pèlerinage du nom de Saint- Maur, qui attire une affluence considérable de fidèles. On ne lui connaît d’autre interruption que celle qui eut lieu pendant les deux années de la terreur révolutionnaire. On y remarque une source, aux eaux de laquelle est attribuée la vertu de guérir la Goutte. Ce pèlerinage commence le 23 juin de chaque année et se continue tous les vendredis et les dimanches jusqu’à l’ouverture de la moisson. »

(Année bénédictine. — Petits Bollandistes).

(1) Maupo,-, en grec Noirâtre.

(2) D'après le Dictionnaire de Trévoux, on qualifiait les Charbonniers de Chanoines de Saint- Maur.

(3) Bibliothèque nationale, n° 442. Prières latines, précédées d’un calendrier, p. 46.

(4) Dictionnaire des Pèlerinages, publié par A.Migne, i”r volume, p. 249.

SAINT BONT ou BONET (BONITUS), CHANCELIER DE FRANCE

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