‹ Les Saints patrons des corporations et protecteurs spécialement invoques dans les maladies et dans les circonstances critique de la vie (volume 2)Chapitre 656 sur 734 · SAINT ANTOINE DE PADOUE · texte numérisé non relu

SAINT ANTOINE DE PADOUE

DE L’ORDRE MINEUR DE SAINT FRANÇOIS xia» siècle. — 1195-1231.

Invoqué pour retrouver les Objets perdus, les Accouchements heureux, les Epizooties, les Anes et les Chevaux, contre les Influences diaboliques, les Naufrages, la Stérilité conjugale et la Fièvre. — Patron des Faïenciers, des Voyageurs et des Marchands de Fraises.

Lisbonne, qui n’était pas encore la capitale du Portugal, le jour de l’Assomption 1195, naquit un enfant qui eut pour père, Martin de Bouillon et, pour mère, Marie Thérèse Tavera. Martin était issu de l’illustre famille de Godefroi de Bouillon qui avait fait son premier établissement en Portugal, en 1147, à la suite de la prise de Lisbonne par les Croisés. Cet enfant, qui devait être un Thaumaturge et un apôtre infatigable, fut baptisé sous le nom de Fernando. A l’âge de dix ans, ses pieux parents le placèrent au Collège des Clercs de la cathédrale de Lisbonne, où il resta cinq années. C’est là qu’il fit un miracle devenu célèbre. Le diable lui apparut sous une forme effrayante ; mais lui, sans trop se troubler, traça, avec son doigt, le signe sacré de la Rédemption sur le marbre noir du gradin du chœur de la cathédrale. « La pierre s’amollit au toucher de cette main si faible mais si pure, dit le révérend Père Ephrem Blondelet (1), et le signe de croix resta gravé sur le marbre, comme le trophée de sa victoire sur le diable. » A 15 ans, se sentant pressé d’embrasser la vie religieuse chez les chanoines réguliers de Saint- Augustin, il y conquit, par son savoir et sa piété éminente, tous les grades nécessaires pour être élevé à la prêtrise. Son ordination eut lieu en 1218, dans la huitième année de sa résidence au monastère de Sainte-Croix, dans la ville de Coïmbre. L’année suivante, ayant été miraculeusement visité par saint François, qui se trouvait alors en Italie, il entra dans l’ordre des frères mineurs, après avoir entendu le saint patriarche lui déclarer que telle était la volonté de Dieu. Ce fut en 1220

(I) Vie de saint Antoine de Padoue. 3» édition. Bruxelles, Goemacre, imprimeur pontifical.

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qu’il fut reçu dans le couvent d’Olivarès, non loin de Coïmbre. Il y prit le nom d 'Antoine en l’honneur du saint Abbé auquel le monastère était dédié. Dès qu’il fut admis à la profession, ne pensant qu’au martyre, il demanda à ses supérieurs l’exécution de la promesse qui lui avait été faite, d’être envoyé en Afrique. A peine débarqué, il fut saisi, par la permission de Dieu, d’une fièvre violente qui le retint quatre mois sur un grabat, et ses supérieurs lui donnèrent l'ordre de revenir en Europe. Antoine faisait voile pour l’Espagne où il devait rejoindre son couvent d’Olivarès ; mais Dieu en avait ordonné autrement : une tempête jeta le navire qu’il montait sur les côtes de la Sicile et il débarqua au port de Messine un peu avant Pâques de l’année 1221. Il se dirigea alors vers Assise, où un chapitre général devait avoir lieu pendant les fêtes de la Pentecôte. Il pensait y voir saint François et en même temps recevoir de lui une destination ; mais son humilité était si profonde et il cachait si bien les mérites que les autres se plaisent tant à montrer, que ni les religieux, ni les supérieurs, ni saint François lui-même ne firent pas la moindre attention au pauvre Antoine , qui, lui, était tout entier absorbé par le bonheur de contempler l’illustre fondateur de son ordre. Le chapitre était terminé, les frères mineurs s’étaient séparés pour se rendre dans les divers couvents qui leur avaient été assignés ; Antoine restait seul, quand enfin le provincial de la Romagne lui proposa de l’emmener pour dire la messe à de simples frères, dans l’ermitage de Saint-Paul. C’est là que notre Saint s’exerça aux pratiques de la plus sublime perfection, se livrant aux emplois les plus vils et les plus méprisables, comme de laver 1a. vaisselle et balayer la maison. Neuf mois après être arrivé à l’ermitage Saint-Paul, Antoine fut emmené à Forli par le provincial, qui devait présenter quelques-uns de ses frères à l’évêque du lieu pour leur conférer les saints ordres. Des religieux dominicains s’y trouvaient également dans le même but. Le père gardien du couvent, s’adressant aux dominicains, les pria de faire une pieuse exhortation pour l’édification de tous ; mais sur leur refus, par une inspiration de Dieu, il s’adressa à Antoine qui, surpris et confus, voulut s’excuser ; mais, par esprit d’obéissance, il se recueillit un instant et se mit à parler. « D’abord, dit son biographe, le révérend père Ephrem, ses « paroles furent simples et telles qu’elles convenaient à un pauvre reli- « gieux... Mais bientôt des flots d’éloquence divine s’échappèrent subi- « tement de ses lèvres... et quand on le vit s’élever de plus en plus, et « quand on entendit sortir de ses lèvres, jusqu’alors regardées comme « ignorantes, les plus admirables passages des Pères, les pensées les « plus touchantes et les plus sublimes, chacun comprit instinctivement « le prodige d’humilité qui leur avait caché une si grande merveille. La « plupart des religieux pleuraient. Jamais ils n’avaient entendu de « pareil sermon, ni de si véhément orateur. » Le pcre Provincial le nomma immédiatement prédicateur de la Romagne. Saint François, en apprenant le succès prodigieux de son frère, voulut étendre à toute Italie la mission d 'Antoine-, et il ne l’appelait plus, par respect, que son évêque.

Il évangélisa successivement Forli, Ravenne, Césène et toutes les parties de la Romagne, semant en tous lieux la divine parole et le germe de la vie éternelle. Seule, la ville de Rimini se montra rebelle a l'entraînement de son éloquence toute apostolique. C’est alors que, se transportant au bord de la mer, il s’écria d’un accent inspiié .

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« Poissons de la mer et du fleuve, écoutez : c’est à vous que je viens « annoncer la parole de Dieu, puisque ces hérétiques obstinés refusent « de l’entendre. » Alors on vit une multitude de poissons, gros et petits, se ranger, les petits près du bord et les plus gros derrière eux ; puis, comme le Saint en les haranguant, énonçait tous les bienfaits dont ils avaient été comblés par Dieu, les poissons s’agitaient, ouvraient la bouche, inclinaient la tête et s'efforçaient de rendre au Très-Haut le tribut de leurs louanges. A la vue d'un miracle si éclatant, un grand nombre d’hérétiques se convertit, et Rimini se trouva tout à fait transformé.

Après avoir évangélisé successivement Bologne et Verceil, où il ressuscita un mort dans l’église de Saint-Eusèbe, il fut envoyé en France pour combattre l’hérésie des Albigeois.

Il commença d’abord par enseigner la théologie à Montpellier, et, chose extraordinaire, à peine arrivé, il parlait à son auditoire le français le plus pur. Il fit dans celte ville deux miracles très remarquables ; le premier a trait à son livre de psaumes qui lui avait été volé et dont il sera question plus loin, et le second est ce qu’on appelle le Miracle de Bilocation. Pendant qu’il prêchait à la cathédrale, il se souvint qu’il avait omis de se faire remplacer au chœur par un de ses frères, il s’arrêta sur-le-champ, se couvrit la tête de son capuchon et se pencha sur le bord de la chaire. Il resta assez longtemps dans cette attitude, au grand étonnement de tout l’auditoire. Antoine se trouvait alors en personne dans son couvent, chantant l'office. Quand ce chant fut terminé, il reprit ses sens, se découvrit la tête et continua son sermon.

Ayant évangélisé Montpellier, il se dirigea vers Toulouse après les fêtes de Pâques, 1225. Dans cette ville, il justifia de la façon la plus énergique, contre les Albigeois, le surnom qui lui avait été donné de Marteau des hérétiques. C’est là qu’eut lieu le fameux miracle de la mule , que d’autres biographes placent à Bourges ou à Rimini ^1) et qui a, suivant toutes probabilités, donné lieu au patronage qui est réclamé de saint Antoine pour les Anes et pour les Chevaux et contre les Epizooties. Un célèbre Albigeois, du nom de Guiaud demandait à notre saint des miracles et dit qu’il se convertirait si Antoine faisait adorer l’Hostie à sa mule qu'il tiendrait enfermée trois jours, sans lui donner ni à manger ni à boire. Le saint prit la sainte Hostie avec grande révérence et, tandis que l’hérétique criblait de l’avoine pour la donner à manger à sa mule, celle-ci, sans faire la moindre attention à l’action de son maître, se prosterna devant le très saint Sacrement de l’autel et l’adora comme son créateur et son seigneur, dit Ribadaneïra. A cette vue, Guiaud se convertit avec plusieurs de ses coreligionnaires.

Au mois de septembre 1225, Antoine fut envoyé, comme gardien, au monastère du Puy-en-Velay, où il ramena à Dieu de très grands pécheurs. Il y avait dans cette ville un notaire libre-penseur et libertin devant lequel le Saint ne passait jamais sans s’agenouiller. Celui-ci, croyant qu il le faisait par dérision, ne put retenir sa colère; mais Antoine lux répondit qu’il ne lui rendait que ce qui lui était dû, puisqu’il ( evait etie martyr. Le notaii’e se mit à rire ; dans la suite il se convertit

(I) Ce qui militait en faveur de Rimini, c’est que chaque année on y célèbre en grande pompe Je souvenir de ce miracle, les 17, 18, i9 et 28 août.

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et selon la prédiction de saint Antoine, il fut martyrisé pendant un pèlerinage qu’il faisait en Terre-Sainte.

Une dame d’illustre naissance, devant accoucher prochainement, vint se recommander aux prières d’Antoine, qui, après avoir prié pour elle, lui annonça qu’elle accoucherait heureusement d’un fils qui entrerait dans l’ordre des frères mineurs et conquerrait la palme du martyre. Ce qui s’accomplit à la lettre. C’est là sans doute l’origine des invocations pour les accouchements heureux.

En 1226, Antoine vint à Bourges. Comme l’évêque et le chapitre avaient organisé, un jour, une procession et s’étaient rendus hors de la ville dans un vaste enclos, où le saint devait prêcher la nombreuse assistance des fidèles, des éclairs sinistres, avant-coureurs de l’orage, éclatèrent tout à coup dans le ciel ; l’auditoire effrayé se préparait à fuir, quand Antoine, à la vue de cette panique générale, leur cria : « Arrêtez et soyez assurés que pas une goutte d’eau ne tombera sur vos têtes ». Il continua son discours. Aucun des assistants ne fut mouillé et chacun put constater, après qu’il eut cessé de parler, que les champs et les chemins voisins étaient littéralement inondés.

En 1226, les supérieurs d ’ Antoine lui donnèrent Tordre de se rendre à Arles, où se tenait le chapitre de la province, qui le nomma custode de la province de Limoges. Il évangélisait cette province quand il fut appelé tout à coup à Rome par le chapitre général qui devait élire le successeur de saint François d’Assise, mort le 4 octobre 1226. Bans ce chapitre il fut nommé provincial de Bologne et de toute l’Émilie. Il se mit alors à visiter Rimini, Ravennc, Aquiléc, Trieste, Goritz, Udine, Crémone, Gémona et Conegliano, multipliant partout les conversions et les miracles ; mais ce fut surtout à Padoue où il accomplit les merveilles les plus extraordinaires. Il y prêcha le carême de 1228. Cette ville était ravagée par la guerre civile et infectée du venin de l’hérésie. Sa parole émouvante fit entrer dans les esprits l’apaisement avec la lumière. Les guérisons surnaturelles qu’il opéra aux yeux de tous ajoutèrent encore une force nouvelle à l'éloquence de ses instructions.

A cette époque, un prince de la Marche Trévisane, Ezzelino de Romano, IIIe du nom, digne lieutenant de Frédéric II, ravageait la province de la Lombardie, et, après avoir exercé les plus horribles cruautés dans la ville de Vérone, se dirigeait sur Padoue. Ce tyran sanguinaire répandait la terreur autour de lui, et personne n’osait l’aborder. Antoine vint le trouver à Vérone, où il trônait environné de soldats, prêts a exécuter ses ordres : « O ennemi de Dieu, lui dit-il, tyran sanguinane, « chien enragé ! jusques à quand continueras-tu de verser le sang « innocent des chrétiens? voici que la sentence divine, horrible et très « sévère, plane sur ta tête. » (1) La hardiesse de ces paroles faisai trembler l’assistance pour celui qui les avait prononcées. Mais Ezzelino terrifié s’agenouilla devant lui en implorant le pardon de tous ses crimes. Puis, se tournant vers les siens, il leur dit que pendant qu' Antoine lui parlait une lumière divine sortait de son visage avec tant d’éclat qu il se croyait sur le point d’être englouti jusqu’au fond des enfers.

C’est ainsi qu’il parvint à délivrer Padoue, au moins pour un temps, de l’abominable tyran Ezzelino.

(1) Liber miraculum, Boll.

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Pendant qu 'Antoine était à Padoue, son père, fpui était resté à Lisbonne, fut faussement accusé d’avoir tué un homme. On était sur le point d’exécuter la sentence de mort qui avait été rendue contre lui ; quand saint Antoine fut averti, par révélation divine, du danger que courait son père. Il demanda l'après-dînèe, dit Ribadaneïra, congé au gardien d'aller un peu hors de la ville et le soir il fut porté , par un ange, de Padoue à Lisbonne. Il se présenta devant le juge et, sur le refus de celui-ci de rétracter la sentence, il ressuscita le mort qui vint déclarer que le père d'Antoine n’était pas coupable. D’après un témoignage aussi extraordinaire, le juge fut obligé de le renvoyer absous et, dit Ribadaneïra en terminant, « le ressuscité s'en retourna dans son tombeau et le saint à « Padoue , par le même chemin qu'il était venu ».

Antoine évangélisa encore Milan, Yarèse, Vérone, Brescia et Florence. Puis il revint mourir, à l’âge de 36 ans, le 13 juin 1231, près de sa chère ville de Padoue, qui était l’objet de ses prédilections et où, dans certaines circonstances, il avait réuni plus de trente mille personnes autour de sa chaire. Après sa mort ce nom fut ajouté au sien, et depuis il n’en a jamais été séparé, tant furent puissantes et nombreuses les grâces qui éclatèrent à son tombeau, dans la magnifique église élevée à Padoue, sous le vocable de saint Antoine, d’après le dessin du célèbre architecte Nicolas de Pise.

Avant de discuter les diverses invocations qui sont adressées à saint Antoine de Padoue , nous mettrons sous les yeux de nos lecteurs le célèbre Iiesponsorium composé par saint Bonaventure, qui résume en trois strophes une grande partie des merveilles opérées par le grand thaumaturge :

R ESPONSORIUM

Si quceris miracula, Mors, error, calamitas, üiemon , lepra, fugiunt ; Ægri surgant sani.

Cedant mare, vincula ; Membra, resque perditas Pelunl et accipiunt Juvenes et cam.

Perçant pericula,

Cessât et nécessitas ; Narrent hi qui senliunl, Dicanl Paduani.

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