RÉPONS
Si vous cherchez des miracles : la mort, l’erreur, les calamités, le démon, la lèpre fuient et disparaissent ; les malades se lèvent guéris.
La mer, les chaînes lui sont soumises ; les jeunes gens et les vieillards lui réclament et recouvrent l’usage de leurs membres et les choses perdues.
Les périls disparaissent, les nécessités cessent; que ceux qui ont senti l’effet de ses bienfaits les racontent ; que les habitants de Padoue les redisent.
Notre Très Saint Père le Pape Pie IX a accordé, en date du 25 juin 1866, cent jours d'indulgence à ceux qui récitent ce répons avec un cœur contrit, et une indulgence plénière, au jour que l’on voudra choisir, à ceux qui l’auront récité pendant tout un mois, sous la condition qu’ils s approchent des saints sacrements de Pénitence et d’Eucharistie et qu ils prient aux fins ordinaires dans une église quelconque.
L’invocation la plus célèbre et la plus universelle adressée à saint Antoine de Padoue est celle pour retrouver les objets perdus. Guy Coquille en explique ainsi l’origine dans son institution au droit
« Espaces dit-il est un mot français signifiant les choses mobilières gc rees, c esquelles on ne sçoit le maistre et le propriétaire. Ce mot a « donne a aucuns chrétiens de facile créance, de s’adresser par prières à
TREIZE JUIN, SAINT ANTOINE DE PADOUE
« saint Antoine de Padoue, de l’ordre de saint François pour recouvrer « les choses égarées, parce que en ancien langage italien, que les Contact dins retiennent encore, on appelait Pava ce qu’aujourd’hui on appelle U Padoua, en laquelle ville repose et est grandement vénéré le corps de « saint Antoine de Padoue ou de Pade, que d’ancienneté on appelait saint « Antoine de Pave. »
Ménage (1), l’auteur des Origines de la langue française, fait observer que 1 on invoque saint Antoine de Padoue pour les objets perdus parce que, dit-il avec Coquille, les objets perdus s’appelaient autrefois épaves et parce que la ville de Padoue était appelée jadis Pava, Pave par les Français.
Nous avouons ne pas goûter essentiellement cette explication, basée sur un affreux calembourg : quoi qu’en dise le père At, nous aimons mieux aller chercher l’origine de cette invocation dans le miracle de Montpellier. Un novice de l’ordre lui avait volé un manuscrit précieux et s’était enfui du couvent. Saint Antoine, auquel le livre était très utile pour les instructions qu’il faisait à ses frères, s’aperçut de sa disparition et se mit aussitôt en prières pour que le Seigneur le lui fît retrouver. Au moment où le voleur traversait un pont, il se trouva face à face avec une affreuse figure, qui n'était autre que le diable, et qui. le menaça de lui donner la mort s’il ne restituait de suite l’objet volé. Le novice, saisi d’épouvante, se hâta de rentrer au couvent et de remettre le manuscrit à Antoine en implorant son pardon à genoux. Une foule de faits de ce genre se sont renouvelés depuis, et le nombre en est tellement considérable qu’on chercherait vainement à en établir le compte. En 1380, dans le bourg d’Avila en Galice, un marchand et sa femme honoraient d’un culte particulier saint Antoine de Padoue et ils avaient la pieuse habitude de servir un repas somptueux aux frères du couvent. Après leur mort, un neveu, leur héritier, pendant qu’il naviguait sur mer, avait laissé tomber dans l’eau un anneau précieux ; comme il tenait essentiellement à continuer les traditions qui lui avaient été transmises par son oncle et sa tante, il avait donné ses ordres pour qu’on préparât le dîner annuel des frères, et il avait recommandé d’y faire figurer un beau poisson. Quelle ne fut pas la surprise du frère cuisinier en l’éventrant pour le faire cuire, quand il découvrit, dans les entrailles, l’anneau que certainement saint Antoine avait voulu faire retrouver au bienfaiteur de ses frères. En 1536, allant de Toulouse à Lyon, le célèbre Ambroise Gatharinas, religieux dominicain, s'aperçut qu’il n’avait plus le carton renfermant ses principaux manuscrits. Revenant à Toulouse il fit faire des recherches dans lesquelles il fut secondé par le gouverneur de la province ; mais ce fut vainement. Plein de tristesse, il se remit en route pour Lyon. Dans son chagrin, son souvenir se reporta sur saint Antoine et il le pria ardemment. Il lit vœu, s’il obtenait ce bienfait, d’en insérer le récit dans son Traité de la Gloire des Saints. Peu de temps après, un voyageur inconnu lui remettait le précieux carton (2) .
M. l’abbé Berthoumieu (3) cite un trait de saint François de Sales qui trouve naturellement sa place ici.
(1) Cité par Théophile Raynaud. Nag. Lugd. page 315.
(2) Bolland., 2» volume de juin, page 752.
(3) Fêtes et dévotions populaires, etc., page 153.
TREIZE JUIN. SAINT ANTOINE DE PADOUE
Saint François de Sales avait une grande confiance dans l’invocation adressée à saint Antoine pour retrouver les choses perdues : « Dieu, « disait-il, a fait voir que tel est son bon plaisir, puisqu’il a cent fois « opéré des miracles par la médiation de saint Antoine ; pourquoi ne « pas croire à l’évidence des faits ? Vraiment, monsieur, disait-il un « jour à l’un de ces critiques indiscrets, j’ai envie que nous fassions « ensemble un vœu à ce saint pour recouvrer ce que nous perdons tous « les jours, vous la simplicité chrétienne, et moi l’humilité dont je « néglige la pratique. »
Chaque jour et à toute heure cette invocation est adressée à saint Antoine dans tout le monde catholique. On a l’habitude de la formuler à l’aide du Responsorium cité plus haut ou seulement d’un Pater et d’un Ave.
Sur le deuxième feuillet de garde d’un diurnale du XIVe siècle, petit in-folio, n° 461 du catalogue Delandine (bibliothèque de Lyon), j’ai trouvé cette prière écrite vers la fin du XVe siècle :
DE S. ANTONIO PADDANO
Pro Rebus perdilis.
ORATIO
, Deus qui, beatum Antonium Padüanum gloriosum confessorem tuum prœclaris decorasti Miraculis et fréquenter per ejus mérita Rbs PEnDiTAS recuperare facis et recuperatas custodis, te supplices exoramus, ut, per ipsum, bona quœ nuper amisimus nobis cita reperire facias et tandem ad œterna bona pervenire concédas.
En Allemagne voici une prière intention :
IN S. ANTONIO, UM VERLOHRME SACHEN
WIDER ZUFINDEN.
Heiliger Antoni von Padua, der du vil lausend verlorhne seclem dem bosen feind abge jagt, und durcit deine grosse Bufsiverk und eyffrige predigen dem lieben gott zu geführt hast : Ich fliclte in diser meine noth zu dir. und befehle dir treulich das jenige, so iclt verlohren liab (so mtr gestohlen wordem). Du weist, dass ich ein f estes. Vertrauen auff deine hilff hab, und mich ganzlicli versichere, der licb gott tverdemirs um d einetwillem suider zustallen. Ich hab dirs einmahl anbefohlen, und lasse dirs anbefohlen seyn : und sverdc mit vertraulichkeit das jenige, so ich dir anbefohlen hab, von dir wider forderen. Du wirst mirs auch ungezweifflel wider zustallen, und ich werde dir zur dankbarkeit deine H. litaney betten. Heil. Antoni, lasse mich in meiner hoffnung nicht zu schanden werden, damit deine feind meiner nich spotten, sprechend : wo ist nun Antonius mit seiner hilff ? Ich bitte dicli durch die gnad, so dir gott vergonnel, dass du vil tausend verlohrene seclen und sachen wider gefunden, hilff e mir, dafs ich meine verlohrene sacli zu gottes, und deiner ehre wider finde. Amen.