SAINTE ANNE, MÈRE DE LA TRÈS SAINTE VIERGE
Ier SIÈCLE.
Patronne de» Mères de famille, Ménagères, Couturières, Lingères, Dentellières, Ohaussetiers, Filassiers et Filassières, Tisserands, Meuniers, Faiseurs de balais. Institutrices, Fripiers, Menuisiers, Tourneurs, Ebénistes, Fabricants de bâtons, Tonneliers, des Femmes enceintes ou en couches, Nourrices, Palefrenier», des Caudataires de Cardinaux, Orfèvres , Marins , Sapeurs-Pompiers. — Invoquée pour avoir des Enfants, pour retrouver les Objets perdus, pour la Pluie, contre la Pauvreté et dans les Calamités publiques.
a tx-t Joachim descendait de la royale et prophétique famille K^gS||2p| de David et de Salomon ; quand il eut revêtu la robe virile, épousa Anne qui était comme lui issue de la famille de David. Après leur mariage, ils avaient fait trois parts de llSBpy leurs biens : la première pour les offrandes au temple, la deuxième pour les pauvres, et la troisième pour 1 entretien de la famille. Saint Joachim et sainte Anne étaient mariés depuis vingt ans et n’avaient point eu d’enfants. A cette époque, on considérait la stérilité comme un véritable déshonneur. Un jour, Joachim étant allé présenter son offrande au temple, le prêtre refusa de la recevoir en alléguant la stérilité d’Anne. Joachim, profondément humilié, se retira dans le désert où il demeura quarante jours et quarante nuits dans le jeûne et dans la prière.
Pendant ce temps-là, Anne, au comble de la désolation, soit à cause de l’absence de son mari, soit à cause de sa stérilité qu’une servante lui avait encore reprochée grossièrement, entra dans son jardin vers la neuvième heure et commença à prier. Gomme elle était sous un laurier, elle vit un nid d’oiseaux où il y avait des petits. Cette vue augmenta sa douleur, elle cria au Seigneur et se plaignit amèrement de ce qu’elle demeurait dans la stérilité, pendant que les animaux produisaient leurs petits devant le Seigneur. A ce moment, un ange lui apparut et lui annonça que ses vœux seraient exaucés, il lui ordonna de se mettre en route pour le temple où elle rencontrerait son mari souslaPorteDorée.Un autre ange fit la même communication à Joachim qui quitta le désert où il gémissait pour revenir chez lui. Ainsi avertis, les époux ne tardèrent pas à se rencontrer sous la Porte Dorée et, en s’embrassant avec une douce émotion, ils se firent mutuellement part de leur bonheur. Neuf mois après, Anne accoucha d’une fille qui reçut le nom de Marie et qu’elle nourrit ellemême de son lait- Lorsque sa très sainte fille fut en âge d’être présentée au Temple, sainte Anne l’y mena elle-même pour satisfaire au vœu qu’elle avait fait pour l’obtenir du ciel, de la lui consacrer. Le reste de sa vie et l’époque de sa mort sont restés très obscurs. Son corps, enterré d’abord dans l’église du Saint-Sépulcre de Notre-Dame de Josaphat, fut apporté dans la cathédrale d’Apt par saint Auspice (1), son premier évêque. Il le
(1) On pense que ce corps fut transporté par le bâtiment qui débarqua à Marseille saint Lazare, sainte Madeleine et saint Maximin, et qu’ils le transmirent à saint Auspice.
cacha dans une sorte d’armoire pratiquée dans le mur de la crypte la plus basse qui existe encore aujourd’hui. Cette crypte resta inconnue aux hommes pendant sept siècles. Charlemagne, après avoir vaincu les Sarrasins, la découvrit à l’aide d’un jeune homme de quatorze ans, aveugle, sourd et muet de naissance, qui fut guéri à l’instant de toutes ses infirmités, quand après avoir opéré quelques fouilles sur l’indication de ce pauvre infirme, on aperçut une lampe ardente brûlant devant les reliques de sainte Anne, à l’endroit meme où saint Auspice les avait placées. Le sanctuaire de la Sainte devint dès lors célèbre dans le monde chrétien ; toutes les parcelles de ses reliques qui ont été déposées dans quelques sanctuaires, ont été données par l’église d’Apt.
Le chef de sainte Anne fut un des trophées dont les croisés s’emparèrent après la prise de Constantinople. Le comte de Chartres qui l’obtint en partage, s’empressa de l’envoyer à l’église de Notre-Dame de Chartres (Lépinois, Histoire de Chartres, I). Les chanoines de la cathédrale, avant l’investiture des prébendes, étaient tenus à prêter serment sur ses reliques (Recueil de formules, p. 684, E. de Rozière). Le pape Léon XIII, le 1er août 1879, a élevé la fête de saint Joachim et sainte Anne , du rite double majeur, au rite double de 2° classe.
« Les mères de famille et les ménagères, dit l’abbé Berthoumieu, l’ont choisie pour leur patronne et leur modèle. Les hommes euxmêmes qui d’ordinaire ne prennent pas de noms de saintes au baptême, ont adopté le nom d’Aunet. Sainte Anne fut une bonne ménagère partageant uniquement son temps entre la prière et le soin de sa maison. A cause de l’ordre parfait qu’elle y faisait régner sans cesse, on s’est plu à l’invoquer pour retrouver les objets perdus. Les tripiers qui recueillent avec soin les vieilles garderobes et les divers ustensiles de ménage, l’ont également pris pour patronne ainsi que les faiseurs de balais, dont les produits sont des meubles essentiels pour la propreté de la maison, et les meuniers qui préparent la farine dont on lait un si grand usage dans les ménages.
Sainte Anne était la femme forte par excellence. Aussi peut-on lui faire une juste application du texte :
13. Quœsivit lanam et linum et operalaeü cuntilio manuum suarum.
13. Elle a cherché la laine et le lin, et elle a travaillé par le conseil de ses mains.
19. Manum suam misit ad fortia et digiti ejus apprthenderunt fusum.
19. Elle a mis sa main à des choses fortes, et ses doigts ont pris le fuseau.
22. Stragulatam vcslem fecit sibi : bis sus et purpura indumentum cjus.
22. Elle s’est fait une couverture : le fin lin et la pourpre forment son vêtement.
24. « Sindonem fecit, et vendidil, et cingulum tradidil cliananœo.
24. Elle a fait un fin tissu et elle l’a vendu, et elle a livré une ceinture au Chananéen.
C’est pour cela que les ouvriers en linge et en vêtement ainsi que les ouvriers qui fabriquent les matières premières pour servir à la confection du linge et des vêtements, l'ont prise pour patronne. C’est pourquoi aussi les lingères , les couturières , les dentelières, les chausse ttiers, les filassiers, les filassières, les tisserands se sont mis sous sa protection. A Ldlle, elle est la patronne des ouvrières des différentes branches de l industrie du vêtement.
Quelques auteurs attribuent l’origine du patronage des menuisiers et
autres ouvriers en bois à la parenté de sainte Anne avec saint Joseph qui exerçait la profession de menuisier. Le père Cahier en donne une raison bien plus élevée qui doit être la véritable. « Elle est la patronne des menuisiers , dit-il (p. 353), pour avoir fait le premier tabernacle (selon ce que disait Durand de Mende. Rationale, lib. I, ch. n), à propos de l’autel, en comparant le tabernacle de Moïse à la mère de Dieu ». Daprès l’abbé Berthoumieu (p. 210), la corporation des menuisiers et des ébénistes de Paris, qui construisent pour les églises des tabernacles que Dieu daigne habiter par amour pour les hommes, avait sur ses jetons l’image de sainte Anne instruisant la sainte Vierge avec cette devise : Sic Fingit Tabernaculum Deo, elle prépare ainsi' un tabernacle à Dieu. » Une autre médaille, citée par Arthur Forgeais dans ses plombs historiés trouvés dans la Seine, représente d’un côté sainte Anne apprenant à lire à la sainte Vierge et de l’autre des instruments de menuisiers.
Dans les ateliers de menuiserie, on appelle encore cervelle de sainte Anne un mélange de colle forte et de sciure de bois destiné à déguiser les cavités accidentelles d’une planche. Aux ébénistes et aux menuisiers se sont joints par extension d’autres ouvriers travaillant le bois : les tourneurs, les fabricants de bâtons, les tonneliers.
Sainte Anne qui avait tant prié pour avoir un enfant, devait naturellement être invoquée par celles qui désiraient obtenir la même faveur. Pour le même motif, les femmes enceintes ou en couches se sont mises sous sa protection et, par extension, les nourrices se sont jointes à elles. D’ap-rès l’Année liturgique de l’abbé Barbier de Montault, à Rome, à Saint-Paul alla Regola, l’on bénit pour les femmes enceintes les cierges de sainte Anne, qu’elles allument pendant le temps de leurs couches. L’Univers du 5 décembre 1878 mentionne qu’une grande audience a été accordée par le Pape au pieux Institut de secours fondé en 1871, sous la protection de la bienheureuse Vierge Marie et de sainte Anne pour les pauvres femmes en couches.
En Catalogne, ces invocations sont exprimées ainsi dans un cantique
iG-oigs) :
Las Douas que vos reclaman Ab moto grau devocio,
Que fills, ô fillas demanam Alcanzaulos aqueix do :
Y la part ab alegria Sens pena dany, ni temor.
Les Femmes qui vous implorent avec une grande dévotion , soit qu’elles demandent des garçons ou des filles, obtenez leur cette faveur et que leurs couches s’accomplissent avec joie, sans peine, sans détriment et sans inquiétude.
L’allemand Henri Alt prétend que sainte Anne est la patronne des palefreniers, parce qu’elle naquit comme Notre Seigneur, dans une pauvre étable ; ce qui est très contestable. Quoi qu’il en soit, dès 1372, les Palefreniers pontificaux s’étaient érigés en confrérie dans une chapelle de l’ancienne Basilique du Vatican. La corporation des autres domestiques des cardinaux et de la cour (parmi lesquels les Caudataires ) s’étant réunie à eux, ils bâtirent en 1573 l’église de Sainte- Anne in Borgo. La confrérie y célèbre sa fête patronale ie 26 juillet et, la veille, elle va chercher l'image de sainte Anne à sainLe Marie in campitelli. Quand elle passe sur le pont Saint-Ange, elle est saluée par l’artillerie du château ( Dictionnaire des Pèlerinages, Migne, VIL p. 798).
Le même allemand attribue, comme origine de l’invocation adressée à sainte Anne contre la pauvreté, la grande pauvreté dans laquelle
elle vécut. Dans l’histoire de la vie , Mort et Passion des saints (Paris, 1577, p. 867; traduite du latin par Paschal Robin, seigneur du Faux, Augevin, on trouve ces quatre vers tirés d’une hymne :
Et les biens qui sont nécessaires Contre la faim qui faict mourir Sont augmentés par les prières Et conservés pour nous nourrir.
Les Bollandisles citent (VI, Y de juillet, page 261) un exemple très curieux du secours puissant que sainte Anne peut apporter à ceux qui l’implorent dans les rudes extrémités de l'indigence.
En 1062, un jeune Hongrois qui était très riche, après avoir perdu tous ses parents, vit tout à coup les maisons qu'il possédait, renversées par le vent ou détruites par le feu, ses récoltes, ses arbres, ses vignes , incendiés par la foudre, et comme il avait dilapidé par le jeu et par la débauche l'héritage paternel, il se trouva tout à coup dans une telle pénurie, qu’il ne lui restait plus rien pour subvenir à sa subsistance. Ayant contracté beaucoup de dettes, il fut obligé de fuir sa patrie ; à peine en était-il éloigné de quelques milles que, comprenant toute l’horreur de sa position, il se précipita à genoux, les mains élevées vers le ciel, il demanda à Dieu du plus profond de son cœur, de susciter pour lui un des saints qui ont l’habitude de consoler les malheureux et les affligés. Saint Jacques le Majeur lui apparut et, après s’être enquis du sujet de son affliction, il lui recommanda de s’adresser à sainte Anne le jour de la troisième férié de la semaine, de dire en son honneur trois Pater et trois Ave Maria, en ajoutant à la fin de cette dernière prière :
Et benedicta viscera Annæ matrit, \ Et bénies soient les entrailles maternelles Quœ portaverunt æterni Patris d'Anne qui ont porté la très sainte mère du
Filii sanclissimam genitricem. 1 fils du Père éternel.
Il lui recommanda également de faire brûler un cierge devant elle là où elle était honorée habituellement.
Notre jeune homme, dans la ville la plus voisine, alla trouver un pieux et savant prêtre auquel il raconta tout ce qui lui était arrivé et qui lui donna un peu d’argent pour le faire vivre. Bientôt il se mit à étudier la peinture et comme il obtenait des succès dans cet art, il ne voulait représenter que des images de sainte Anne ou des membres de la famille de celte Sainte. Sur ces entrefaites, le roi de Hongrie, ayant voulu visiter Jérusalem, emmena comme chapelain le saint prêtre dont nous avons déjà parlé, qui lui-même désira avoir avec lui le jeune hongrois attaché à son service. Pendant la traversée, une tempête affreuse s’éleva subitement; elle était si violente, qu’après avoir invoqué inutilement tous leurs patrons, les personnes qui montaient le navire ne songeaient plus qu’à mourir ; quand tout à coup, après que le jeune hongrois eut invoqué à genoux et à haute et intelligible voix, le secours de sainte Anne , les vents et les flots se calmèrent à 1 instant. Le roi, touché et reconnaissant, voulut s’attacher pour toujours celui qui était venu si opportunément en aide à tout l’équipage et qui, désormais, se trouva à l’abri de toutes les vicissitudes de la fortune.
Les Bollandistes citent plusieurs autres circonstances où sainte Anne fit éclater le pouvoir qu’elle exerce sur la mer. C’est là qu’il faut chercher l’origine du patronage des marins.
Comme nous l'avons fait remarquer plus haut, sainte Anne est souvent représentée apprenant à lire à ta Sainte Vierge, c est ce qui 1 a fait choisir pour patronne par les institutrices. Dans les plus anciens manuscrits ou imprimés, elle est représentée assise portant sur un de ses genoux la Sainte Vierge et sur l’autre Notre Seigneur Jésus-Christ. On la montre également portant sur son bras la Sainte Vierge, qui ellemême porte Notre Seigneur Jésus-Christ sur le sien. Enfin elle est encore représentée rencontrant Joachim sous la Porte Dorée.
En terminant, nous ne pouvons passer sous silence le pèlerinage de sainte Anne-d’Auray où la Sainte est honorée d’une manière toute particulière depuis le commencement du XVIIe siècle. Ce pèlerinage, célèbre entre tous, fut fondé à l’époque de l’invention d’une statue de la Sainte dont elle avait signalé l’existence par une révélation renouvelée plusieurs fois au paysan Nicolazic.
(Légende Dorée. — Petits Bollandistes.)