SAINT GOAR OU GOUVER, PRÊTRE ET SOLITAIRE
Patron des Potiers.
aint Goaii sortait d’une famille illustre d’Aquitaine. Elevé dans une grande fidélité à tous les devoirs du christianisme, il embrassa l’état ecclésiastique et, pour s’isoler entièrement du monde, il vint s’établir, avec l’autorisation de l’évêque, dans une solitude à quelques lieues de Trêves. Il y bâtit une chapelle près d’un petit ruisseau. Là, servant Dieu dans les exercices de la prière et de l’abstinence, il exerçait néanmoins l’hospitalité la plus cordiale à l’égard des pèlerins, opérait des guérisons miraculeuses et convertissait les païens qui étaient en grand nombre dans cette région. Le Diable lui suscita bientôt d’indignes calomniateurs qui représentèrent à Rustique, alors évêque de Trêves, que, sous les apparences de l’hospitalité exercée par saint Goar, se cachaient des habitudes de gourmandise et d'ivrognerie. L’évêque se laissa persuader ; il envoya quérir le Saint par ses propres accusateurs, Albiwin et Adalwin, qui appartenaient à sa maison. Le Saint les reçut le mieux qui lui fut possible ; mais ils s’opiniâtrèrent à ne vouloir rien prendre avant de se mettre en route pour le retour. Goar , toutefois, mit des provisions dans leurs besaces. Comme ils avaient marché longtemps, ils résolurent de faire honneur à leurs provisions près d’une fontaine qu’ils apercevaient de loin ; seulement, au moment où ils s’en étaient approchés, la fontaine disparut, et, en cherchant dans leurs besaces, ils s'aperçurent qu'elles ne contenaient plus aucun des vivres de Goar. Mourant de faim et de lassitude, ils accoururent vers le Saint qui marchait derrière eux en lui demandant pardon et en le priant de les secourir. Goar, avisant trois biches qui fuyaient rapidement devant eux, leur commanda de s’arrêter et de se laisser traire dans une petite cruche qu’il portait avec lui ; il fit alors boire du lait à ces misérables, il leur pardonna, puis leur ayant donné sa bénédiction, ils retrouvèrent leurs provisions dans leurs besaces et de l’eau dans le ruisseau que le bon Dieu avait rendu invisible quand ils croyaient s’y désaltérer avant d’obtenir leur pardon. Saint Goar est souvent représenté tenant la petite cruche où il avait trait les biches.
L’évêque de Trêves, malgré le témoignage de ses serviteurs, si changés, et qui prenaient parti pour Goar, attribua à la magie les miracles qu’ils s’empressèrent de lui raconter à leur arrivée. Il attribua également au pouvoir diabolique la suspension du manteau de notre Saint entrant à l’évêché et prenant un rayon de soleil pour une patère ; mais, sur ces entrefaites, un clerc de l’Eglise survint tenant dans ses bras un enfant à la mamelle dont on ne connaissait ni le père ni la mère. « Nous « allons éprouver, s*’écria le prélat, si les miracles de Goar ont Dieu ou « le Diable pour auteur ; qu’il fasse dire par cet enfant lui-même les « noms de son père et de sa mère. » Goar, obéissant à cette injonction, ordonna à l’enfant, au nom de la Très Sainte Trinité, de prononcer les