SAINT ROCH, CONFESSEUR
xiv« siècle. — 1295-1327.
Invoqué contre la Peste, les Epidémies, les Contagions, le Choléra, la Râche, les Maladies des Bestiaux, les Maux de genoux et dans les Calamités publiques. — Patron des Médecins, Chirurgiens, Apothicaires, Paveurs, Tailleurs de pierre, Carriers, Uardeurs, Vergetiers, Brossiers, Raquetiers, Cultivateurs, Jardiniers, Grainetiers, Fripiers, Brocanteurs, Charretiers, Raccoutreurs de bas, Confréries d’Ensevelisseurs.
a famille de saint Roch était une des premières de la ville de Montpellier. Sa mère était stérile depuis longtemps, quand, par ses instantes prières, elle obtint un enfant qui, en naissant, se trouva marqué d’une croix rouge sur la poitrine. Roch touchait à sa vingtième année lorsqu’il perdit son père. Bien qu’il eût une grande fortune, s’étant voué au cul te de la pauvreté, il revêtit l’habit de pèlerin et se dirigea vers Rome, en mendiant son pain sur la route et en s’abritant sous le toit des hospices. Pendant qu’il traversait la Toscane, il apprit que la Peste désolait la ville d’Acquapendente ; à cette nouvelle, il lui sembla
SEIZE AOÛT, SAINT ROCH
avoir trouvé sa voie et il se dirigea vers la contrée infestée. Là, avec un admirable dévouement, il se fit le servant des morts et des vivants, embrassant les malades, ranimant leur foi en même temps que leurs forces et les guérissant par le signe de la croix. Quant aux morts, il les ensevelissait et les enterrait lui-même. Le mal ayant cessé, il se dirigea successivement vers Césène et vers Rimini qui étaient attaquées parle même fléau. Les guérisons se multiplièrent de nouveau au contact du Saint et il continua sa route vers Rome, qui était le but de son pèlerinage. La Peste y sévissait avec fureur. Saint Roch se trouva de nouveau dans son élément. Plus le fléau grandissait, plus son zèle et sa charité se multipliaient. Il lutta ainsi pendant trois ans, en prodiguant dans la Ville éternelle, les actes de dévouement les plus héroïques. Ce fut alors que, déjà exténué de fatigue, il résolut d’aller à Plaisance, où le fléau venait d’apparaître. Il atteignit cette ville avec beaucoup de peine et, suivant son usage, il se présenta pour servir les malades de l’hôpital. Quoiqu’il fût déjà très souffrant, il se montrait sur tous les points de l’asile hospitalier, apportant partout des consolations, rendant la vie aux uns, les derniers devoirs aux autres, encourageant les vivants et priant pour les morts ; mais bientôt Roch s’aperçut qu’il était lui-même atteint par le fléau et, pour ne pas grandir, par ses plaintes, les douleurs de ses voisins mourants, il s’enfuit de l’hôpital, s’appuyant très difficilement sur son bourdon. Arrivé à la lisière d’un bois, se sentant défaillir, il s’adossa contre un cornouiller sauvage, puis se traîna vers une cabane de bûcheron, où un chien qu’il n’avait jamais vu, vint lécher ses plaies et chaque jour lui apportait du pain. Le maître de cet animal demeurait dans le voisinage ; il était très riche ; ayant remarqué que son chien enlevait du pain de sa table et prenait la fuite, il le suivit jusque vers la forêt où, à travers le feuillage, il le vit déposer sa proie aux pieds de Roch. Vivement ému, il s’approcha du Saint et, après l’avoir interrogé, l’emmena dans son château pour le soigner. Ce châtelain, nommé Gothard, menait à Plaisance une vie déréglée. Il fut tellement touché de la vertu et de la résignation de Roch que, complètement ramené à Dieu, il se retira, après le départ du Saint, dans une solitude où il resta jusqu’à sa mort.
Pendant ce temps-là, Rocli s’acheminait vers sa ville natale de Montpellier, qui était alors sous la dépendance du roi de Majorque. Il y rentra exténué de fatigue. Gomme il l’avait quittée depuis douze ans, comme il revenait en costume de pèlerin et que sa figure, à la suite dee jeûnes, des macérations et des maux de toute espèce, avait complètement changé, il était tout à fait méconnaissable. Il s’assit tristement sur un banc de pierre, à l’angle des deux rues de l’Aiguillerie et de la Vieille- Aiguillerie. Pendant qu’il se reposait, il fut arrêté , comme
soupçonné d’espionnage, et jeté dans un affreux cachot où il resta cinq ans sans chercher à se faire reconnaître. Un jour, on le trouva mort étendu à terre. Le cachot tout entier était alors illuminé par une lumière céleste, le geôlier, épouvanté, prévint le gouverneur qui se transporta dans la prison. Ce gouverneur, qui n’était autre que l’oncle de Roch, trouva d’abord, à côté du Saint, une tablette sur laquelle était inscrite cette promesse divine : « Que ceux qui, frappés de la Peste , « invoqueraient le nom de saint Roch seraient délivrés de ce mal des- “ tracteur. » Puis il constata qu’il avait devant lui son neveu, en voyant
SEIZE AOUT, SAINT ROCH
l’empreinte de la croix, couleur de pourpre, avec laquelle il était venu au monde. On lit à saint Roch de magnifiques funérailles ; on déposa d’abord son corps dans la principale église ; ensuite le gouverneur fit élever un nouveau sanctuaire où il fut transporté en 1485 ; une nuit ses reliques qui étaient exposées publiquement furent dérobées par des Vénitiens déguisés en pèlerins. Venise, à cette époque, à cause de son commerce avec le Levant, ôtait souvent visitée par laPesle, et c’est dans le but de se procurer un préservatif qu’elle envoya quelques-uns de ses enfants à Montpellier pour commettre ce vol pieux. Elle fit d’ailleurs élever une magnifique église en l’honneur du Saint. Grâce aux généreuses et persévérantes démarches de M. l’abbé Reclus, qui était curé de Saint-Roch en 1856, Venise a consenti à partager, avec Montpellier, la dépouille mortelle du Saint, et c’est le 4 août de cette même année que le dépôt solennel de cette relique a été fait dans l’ancienne chapelle des Trinitaires qui , considérablement agrandie , a reçu le nom de Saint-Roch. Dans ce même sanctuaire, on conserve aussi le bâton avec lequel le Saint fit tous ses voyages. Montpellier possède encore la maison de saint Roch. D’après l’abbé Vinas, curé de Notre- Dame-des-Tables (1864, p. 2), elle est située à l’extrémité des rues Cardinal et des Trésoriers de France, dont elle fait l’angle, et est divisée entre plusieurs propriétaires. C’est là où est le puits dont l’eau est salutaire contre la Fièvre et contre la Peste. Nous avons parlé du banc de pierre où se reposa saint Roch à son arrivée. L’on attribue à cette circonstance l’usage longtemps observé à Notre-Dame d’aller en procession tous les ans jusqu’à la statue du Saint érigée en ce lieu. Tout fut détruit au moment de la Révolution. En 1879, un petit monument commémoratif a été élevé au même endroit ; pourquoi, hélas ! cette ville, toujours si catholique, n’a-t-elle pas pensé, au milieu de l’implacable fléau du phylloxéra, à son glorieux et saint enfant si puissant contre toutes les Contagions ?
Si saint Roch avait été, pendant sa vie, puissant contre les Atteintes de la Peste , il ne le fut pas moins après sa mort. Au commencement du XVe siècle, une Peste horrible décimait les populations. Le Concile de Constance, assemblé au milieu de la mort, dit M. Eugène Thomas dans son livre sur Montpellier, se rappela, par une inspiration du ciel, le pèlerin, le serviteur si dévoué des pestiférés d’Acquapendente, de Gésène, de Rimini, de Rome, de Plaisance. Une procession solennelle fut ordonnée. Une grande foule de peuple accourut pour accompagner l’image du Saint portée au milieu des pères du Concile. « La contagion disparut à l’instant, disent à leur tour les Petits Bollandistes, et par ce moyen saint Roch fut canonisé plus solennellement que si l’on avait observé pour lui toutes les règles de cette sainte cérémonie. » Les évêques présents au Concile, propagèrent ensuite, dans leurs diocèses, la dévotion et le culte de saint Roch qui se répandirent dans presque tout le monde.
Les prières adressées à saint Roch contre la Peste, sont très multipliées, nous allons en mentionner plusieurs :
propre du diocèse de malines.
Dent qui beatum Rociium confetsorem tuum, tam admiranda gratia curalionum decorare dignalus es ut Epidemi.e lue correptos solius crucis Christi signaculo in sanitate restituerai ;
Dieu, qui avez daigné honorer votre confesseur saint Roch de l’admirable don des guérisons, de telle sorte qu’il rendait à la santé par le seul signe de la croix ceux qui étaient
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concédé nobis famulis luis ad ejus merila et patrocinia confugientibus, ab hujus contagionis periculo et omni subitanea ac improvisa moite tua pietate misericorditer lideram. Per Dominant, etc.
Dans leMissel romain de 1511 :
COMMUNIO.
O quam magnificum nomen tuum, beat * Roche, qui tuis intercessionibus multitudinem languentium nosti sanare et nomen tuum gloriosum commemorantibus omnibus te propitium exhibere, veni et salva nos à morbo et Epidemiæ Peste et aè'ris temperiem concédé.
atteints du fléau des Epidémies, accordez à vos serviteurs qui ont confiance en ses mérites et en son patronage d’être miséricordieusement délivrés, par votre bonté, du péril de ce3 contagions et de toute mort subite et imprévue. Par, etc.