SAINT MAURILLE, ÉVÊQUE D’ANGERS
Invoqué contre les Inondations et les Désastres causés par l’eau.
|]aurille, né à Milan, de parents illustres, eut le bonheur ja d’avoir pour premier maître saint Martin de Tours, qui ” était alors dans cette ville et qui en fut chassé quelque temps après par l’influence des Ariens. Ayant été fait par saint Ambroise, évêque de Milan, lecteur de cette église,
— r Maurille abandonna sa famille et ses biens, pour venir
retrouver saint Martin qui, étant déjà évêque de Tours, lui conféra les ordres sacrés ; il se rendit ensuite à Angers, et trouva, sur le bord de la Loire, un temple dédié aux idoles, il se mit en prière et la foudre pulvérisa le temple et les idoles. 11 éleva, sur le même emplacement, une église et plus tard un monastère qu’il habitait. Un jour il entendit des cris de détresse poussés par des bateliers qui, surpris par un orage, craignaient d’être engloutis dans les eaux du fleuve avec leur cargaison. Maurille, ému de pitié, sortit immédiatement dans l’espoir de sauver les naufragés ; en effet, à sa prière, le calme suvint tout à coup, et les bateliers purent continuer leur route, sans avoir subi aucune avarie.
L’évêque d’Angers étant mort quelque temps après, saint Martin fit nommer à sa place Maurille qui bientôt fut soumis à une épreuve des plus extraordinaires. Avant de s’asseoir sur le trône épiscopal, il avait obtenu de Dieu un enfant pour une femme vieille et stérile. Gomme il
(i) Chez Jean de Nully, rue Saint-Jacques à l'image de saint Pierre. Paris, in-8*. 1703.
commençait à dire la messe, cette femme lui apporta cet enfant qui se mourrait, pour lui faire recevoir le sacrement de Confirmation. Le prélat fut long à dire sa messe ; quand il vint voir l’enfant, il le trouva mort. Désespéré et craignant que cet enfant ne fût mort par sa faute, il résolut d’abandonner son évêché. Il s’embarqua secrètement, après avoir écrit sur une pierre le jour de son embarquement. Pendant la traversée, il s’aperçut qu’il avait emporté avec lui les clefs des reliques de son église, et, pendant qu’il les tenait entre ses mains, le diable, pour augmenter encore ses angoisses, les fit tomber à la mer. Alors, le Saint s’écria : « Je ne retournerai pas dans mon évêché avant que les clefs ne soient revenues entre mes mains. » Arrivé en Angleterre, Maurille se plaça comme jardinier.
Pendant ce temps-là, le clergé et les habitants d’Angers, désolés de la perte de leur évêque, chargèrent quatre personnes de se mettre à sa recherche. Celles-ci, après avoir voyagé pendant sept ans, revenaient, ayant perdu tout espoir de le retrouver, quand, en visitant un port de Bretagne, elles aperçurent, sur une pierre, cette inscription : « Par ici passa Maurille , évêque d’Angers. »
Par une inspiration divine, elles s’embarquèrent pour aller chercher leur évêque de l’autre côté de la mer. Pendant qu’elles naviguaient, un gros poisson sauta dans leur vaisseau et, dans ses entrailles, on trouva les clefs que les quatre habitants reconnurent. Au premier moment, ils crurent que Maurille avait péri dans les Ilots ; mais, par une nouvelle inspiration du ciel, ils continuèrent leur route, prirent terre et vinrent tout droit chez le gentilhomme où saint Maurille était jardinier. Ils le trouvèrent cueillant une salade pour son maître, le reconnurent, se jetèrent à ses pieds en le conjurant de revenir à Angers avec eux. Maurille, à cette demande, opposa le serment qu’il avait fait de ne retourner dans son évêché qu’ après avoir retrouvé les clefs des reliques de son église ; mais, quand les envoyés les eurent exhibées, en lui racontant comment elles étaient venues en leur possession, il ne fit plus aucune opposition et revint avec eux à Angers ; grande fut la joie des habitants qui se portèrent en foule au-devant de lui. A peine arrivé, Maurille se rendit au tombeau de l’enfant qui était mort et le ressuscita.
A l’âge de quatre-vingt-dix ans, Maurille remit son âme à Dieu, dans la trentième année de son épiscopat. Les invocations qui lui sont adressées contre les Inondations et les Désastres causés par l’eau , tirent leur origine de la tempête qu’il avait apaisée sur la Loire, au moment où de malheureux bateliers allaient être submergés et aussi de la façon miraculeuse dont il avait retrouvé les clefs précipitées dans l’eau par le diable. Il est représenté ressuscitant l’enfant dont il a été question plus haut ou bien tenant un poisson de la bouche duquel sortent des clefs.
(Ribadaneira. — Les Bollandistes).