TRENTE-ET-UN OCTOHRE. SAINT QUENTIN
fer qui devaient transpercer le bienheureux Quentin de la tête aux jambes,et dix alênes destinées à percer les doigts du martyr entre les ongles et la chair. Le bienheureux Quentin, ayant triomphé de si affreux supplices, fut enfin décapité ; son corps fut jeté dans la Somme où il resta plongé sous les eaux pendant cinquante-cinq ans. Ce laps de temps écoulé, le lieu où était son corps fut révélé à une noble dame romaine du nom d’Eusalie. On le chercha et on le trouva à l’endroit où il avait été précipité. Il était dans toute son intégrité, sans tâche, ni corruption, ni enflure. Il fut pieusement enterré par elle sur l’emplacement qu’occupe aujourd’hui l’église paroissiale. EnGiO, saint Eloy, évêque de Noyon, le retrouva de nouveau et au moment où le cercueil fut ouvert, une odeur très suave embauma l’air de ses parfums et une lumière beaucoup plus vive que celle qui venait des cierges et des lampes, éclata en même temps et éblouit les yeux de tous les assistants. Depuis lors jusqu’à nos jours, le 3 janvier on n’a jamais cessé (excepté pendant les mauvais jours de la Terreur) de rappeler, par une éblouissante illumination (luminerie) le souvenir de cette glorieuse invention du corps de saint Quentin (1).
D’après la tradition populaire, saint Quentin en allant d’Amiens à Auguste, s’arrêta à Marteville et fut mis dans la prison du château où il fit jaillir une fontaine qui, tant qu’elle exista, avait la vertu spéciale de guérir les Hydro-piques. Une autre tradition mentionne que le Forgeron qui avait fabriqué les broches et les alênes dont il a été question plus haut, mourut bientôt d’une horrible maladie et que, depuis ce temps-là, aucun Maréchal-Ferrand ne peut s établir à Marteville sans être aussitôt atteint d’une hydropisie mortelle. En vain un seigneur du lieu, Gaucher de Caulaincourt, qui vivait au XVIe siècle, fit-il venir un Forgeron du fond de laNormandie, le sort commun l’atteignit aussitôt (2).
Beaucoup d’autres sources, désignées sous le nom du saint martyr, étaient ou sont encore aujourd’hui un rendez-vous de pèlerinage poui les Hydropiques. Elles se trouvaient là particulièrement où saint Quentin avait été incarcéré. Des reliques du Saint ayant été apportées à Paris, un pèlerinage y fut établi. On y mettait en pratique une coutume singulière qui a disparu déjà depuis un certain temps. Les pèlerins enflés durant leur neuvaine, se faisaient peser chaque jour afin de connaître decombien leur enflure était diminuée et souvent pour remercier le saint martyr de son intercession en leur faveur,, ils offraient à son eghse de la cire, du blé et d’autres choses, dont le poids était égal à celui de ieui corps et qui, pour ce sujet s’appelait contre-poids ( contra pondéra) . .
L’abbé Corblet cite un certain nombre de ces pèlerins guéris de l’ Hydropisie à une époque déjà éloignée, par l’intercession de saint Quentin. Dans le Bréviaire de l’église insigne et royale de Saint-Quentin en Vermandois (1642), on trouve ce passage d'une hymne qui a rapport a l’invocation contre l 'Hydropisie et à la tradition des contre-poids ,
HYMNE A SAINT QUENTIN CONTRE L’HYDROPISIE QoIntine, gemma martyrum, I Quentin, perle des Martyrs, combien de
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(1) Semaine du Vermandois, 1859.
(2) L’abbé Corblet (vol. in, p. 363).