SAINT CHARLES BORROMÉE
xvt* siècle. — 1538-4534
Invoqué contre la Peste. — Patron des Amidonniers, des Séminaires et
du Clergé de Home.
É à Milan, Charles appartenait à la noble famille des Borromée. Une lumière miraculeuse qui parut au-dessus du lit de sa mère au moment où elle le mettait au monde, annonça l’éclat futur de sa sainteté. Comme il s’était enrôlé, dès son enfance, dans la cléricature, son oncle, le pape Pie IY, le fit cardinal, quand il n’avait encore que 23 ans et l’éleva ensuite sur le siège archiépiscopal de Milan ; puis voulant l’attacher à la cour de Rome d’une manière spéciale, il le nomma Grand pénitencier de l’église romaine et protecteur de la Germanie, du Portugal et de la Flandre. Le jeune prélat, retenu à Rome par les affaires importantes dont il était chargé, ne put rejoindre que plus tard son diocèse où il convoqua un concile provincial et on vit cet archevêque de 26 ans, déployer toute la science, toute la sagesse et toute la maturité des vieillards. Il commençait la visite de son diocèse, lorsqu’il apprit que Pie IV était dangereusement malade. A cette nouvelle, il partit pour Rome et il eut la consolation de fermer les yeux à son oncle avec l’assistance de Philippe de Néri. De retour dans son diocèse, il opéra des réformes sans nombre dans les communautés religieuses et dans le chapitre de sa cathédrale ; il rétablit l’office divin, se faisant un devoir d’assister aux heures canoniales, malgré le nombre et l’importance des affaires qu’il avait à traiter chaque jour, il rétablit la discipline ecclésiastique dans toute sa vigueur ; il se distingua surtout par son austérité et par le mépris des richesses qu’il distribuait aux pauvres chaque fois qu’elles tombaient entre ses mains. Son premier acte, en prenant possession de son siège épiscopal, avait été de promulguer dans tout son diocèse les décrets du concile de Trente et ceux de son synode provincial.
Tant d’améliorations survenues, tant de bien opéré devaient naturellement exciter la fureur des méchants. Un soir que Charles priait dans une chapelle particulière avec ses domestiques, un misérable, revêtu d un habit religieux, déchargea une arquebuse sur le prélat; la balle pénétra jusqu’à la chair, puis, comme arrêtée par une force surnaturelle, elle tomba aux pieds du saint évêque, qui employa toute son influence pour empêcher de poursuivre les coupables ; mais la justice séculière les condamna à la peine des parricides.
Le Saint, soutenant avec vigueur les droits de sa juridiction archiépiscopale et les immunités ecclésiastiques , avait fait emprisonner
QUATRE NOVEMURE, SAINT CHARLES HORROM1ÎE.
des pécheurs scandaleux, et avait interdit les danses publiques ainsi que les orgies auxquelles le peuple avait coutume de se livrer sur la place de la cathédrale, sous prétexte de célébrer le Carnaval. Tous les i ébauchés se liguèrent alors contre lui et en appelèrent à la justice séculière. Le gouverneur de Milan épousa leur querelle, et fit arrêter les juges du tribunal ecclésiastique qu’on enferma commedes malfaiteurs. Le palais archiépiscopal, cerné par des troupes, fut transformé en une véritable prison ; le Cardinal, loin de se laisser intimider, lança une bulle d excommunication contre les agents du pouvoir civil. Un instant, on lit courir le bruit qu’il avait contre lui le Pape et le roi d’Espagne ; mais, bientôt au contraire, ces deux hautes autorités lui donnèrent pleine et entière approbation, bien plus, comme si la justice divine n était pas encore satisfaite, les principaux instigateurs de cette persécution, périrent tous de mort subite.
Malgré ce terrible avertissement, le peuple de Milan persista à reprendre ses réjouissances licencieuses. Le Saint lui annonça l’apparition d’un cruel fléau, il ne voulut pas en tenir compte, mais les jeux n’étaient pas encore terminés, que la peste se déclara dans la ville à deux endroits à la fois.
« Aux premiers indices de la contagion, continue l’écrivain du Pèlerin , toutes les autorités, même les magistrats municipaux s’enfuirent précipitamment, l’évêque demeura seul avec son clergé dans la ville désertée par tous les représentants du pouvoir civil. En vain, des conseillers timides le pressèrent-ils de partir, sous prétexte de se conserver à son peuple et de ne pas priver de ses soins tout le reste du troupeau ; le Saint n’était pas un pasteur mercenaire ; et, au milieu de la tourmente, il voulut partager toutes les tribulations des brebis. Six mois durant, il fut la providence des pauvres, des mourants et des affamés. Après avoir vendu son argenterie pour subvenir aux besoins des malheureux dont le nombre augmentait tous les jours ; il donna aux pestiférés les meubles de sa maison, ses habits et jusqu’à son propre lit. On le voyait passer à travers des monceaux de cadavres, pour porter aux mourants les derniers sacrements. Il voulut visiter lui-même toutes les maisons et tous les hôpitaux ; aucune misère n’échappa à son inépuisable charité; on estime jusqu’à 70.000 le nombre de ceux que ses libéralités arrachèrent à la mort ! »
Charles Borromèe ordonna en outre des prières publiques. Lui-même les pieds nus, le crucifix dans ses mains, la corde au cou, parcourant les rues et les places publiques, ne cessait de crier : « Miséricorde, Seigneur, miséricorde ! » la prière du Saint fut enfin exaucée et le fléau disparut.
Dans la dernière année de sa vie, après avoir entrepris la visite du pays des Grisons, dont la population avait été complètement démoralisée par les hérétiques, les apostats, les usuriers et les libertins, il obtint ce résultat inespéré de raffermir les catholiques dans la foi et de faire rentrer dans le giron de l'église un grand nombre de protestants.
Quelque temps après son retour à Milan, il fut saisi d’un violent accès de fièvre et, le 4 novembre 1584, il rendit son âme à Dieu. Sa mort eut le retentissement d’une calamité publique. En 1610, il fut solennellement canonisé par Paul Y, plusieurs églises et chapelles furent élevées en son honneur. Plusieurs confréries se sont formées