SAINTE CÉCILE, VIERGE ET MARTYRE
111e SIÈCLE. — 230.
Patronne de la Musique, des Musiciens, Facteurs d’instruments
et Luthiers.
. noble vierge et martyre, sainte Cécile, naquit à Rome de parents illustres et riches. Dès ses plus tendres années, elle ouvrit sou cœur à la vérité de la religion chrétienne et bientôt s’entretenant jour et nuit avec le divin Maître, elle fit vœu de lui consacrer sa virginité ; mais elle n’avait pas osé le déclarer à ses parents qui l’avaient fiancée, malgré ine et noble païen, du nom de Valérien. En attendant le jour tant redouté de son mariage, Cécile portait, sous ses robes d’or et de soie, un rude cilice, et trois jours avant elle avait jeûné, suppliant le Seigneur de la garder pure, comme devait être son épouse.
Les cérémonies des noces étant accomplies, les époux passèrent dans le Triclinium, où le souper était servi. Durant le festin, on chanta l’Epithalame qui célébrait l’union de Valérien et de Cécile et les voix des
elle, à un
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musiciens étaient accompagnées par le son harmonieux des instruments d’après les actes de sainte Cécile inscrits aux Matines du Bréviaire
romain
Cantanlibus organis, Cœcilia virgo in corde suo soli Domino decantabat dicens : « Fiat, Domine, cor rneum et corpus meum irnmaculalum ut non confundar. »
Tandis que les instruments faisaient entendre leurs chants, la vierge Cécile chantait dans son cœur à Dieu seul disant : « Seigneur, que mon cœur et mon corps soient immaculés, afin que je ne sois pas confondue. »
Interprétant ce passage à sa manière, une école du siècle dernier, funeste à tous les points de vue, empruntant ses conclusions à l’abbé Lebeuf, n’a pas craint de dire, par l’organe du Mercure de 1732 : « Les meilleurs théologiens et les historiens ecclésiastiques les plus savants, n’ont pas hésité à rejeter la légende de sainte Cécile... En admettant comme réellement authentiques les actes du martyre de sainte Cécile , cette jeune vierge n’appartiendrait aucunement à la profession musicale. »
Notre grand évêque de Tulle, Mgr Berthaud, devait mettre à néant toutes ces assertions dans un discours de la plus haute éloquence, prononcé à la messe solennelle de sainte Cécile, dans l’église de Saint- Eustache de Paris, le 22 novembre 1864, devant Mgr le Nonce apostolique, Mgr l’évêque d’Ajaccio, Mgr le coadjuteur d’Ajaccio, Mgr l’évêque de Quimper, Mgr l’évêque de La Rochelle (1) et devant un grand nombre des artistes les plus distingués de la capitale.
Dans son exorde, Mgr Berthaud s’exprimait ainsi :
« ....Cécile a été cherchée, elle a été prise par les maîtres et les élèves « de l’harmonie comme une douce et gracieuse patronne. C’est un choix « bien fait ; et une preuve certaine, c’est qu’il a scandalisé les demi- « savants et les petits esprits du dernier siècle et du nôtre. Ils se sont « levés disant que Cécile , la patronne des musiciens, n’était pas musi- « cienne. Ils nous ont récité, ce matin même, d’un ton triomphant, les « actes de la Sainte où elle apparaît vêtue du cilice sous la splendeur de « sa tunique et de ses joyaux, vierge ayant épousé Dieu dans son cœur « et quand ses parents la conduisent par la main de la violence aux « noces humâmes et à leurs concerts, n’ayant sur ses lèvres enflées de « larmes que l’hymne des gémissements...
« ...D où ces délicates et fortes intelligences concluent que Cécile « ne connaissait pas et qui plus est, n’aimait pas la musique. Ainsi « Raphaël n a su ce qu’il faisait, quand il l’a représentée laissant tom- « ber de ses mains sa syrinx, ou orgue antiqua, au bruit de la musique « des anges (2) ; ainsi Le Dominiquin et notre Mignard n’auraient pas « du approcher d elle le violoncelle ou la harpe... ^
« ...Ces critiques qui se prétendent justes, parce qu’ils sont secs, sou-
* ,, . Jjf ces msPiratl0ns et des traditions publiques des siècles et de » 1 art. Mais vous, eminents artistes et non moins éminents esprits, qui
(i) Voir les numéros du journal le Mouds 22 et 23 mors r»r« io a' a
thaud a été recueilli par l’abbé Davin 0U I<3 d,SC0Urs de Ber-
par» T;::z:bz*ïrzr as* hte~ “f ■ * “ St s,:
p»r un groupe d'.nge, chaman!. C’en évidemmem la“o3SmTla‘‘mîî,?™'' V* “‘e' delà musique du ciel. gormcanon de la musique religieuse.
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« animez de votre génie les voix infinies de l’orgue, qui tirez des en- « trailles du violoncelle ses pathétiques et magistrales émotions, qui u lancez sur la harpe des vibrations aériennes, qui donnez au bois et au « métal l’âme humaine avec toutes ses éloquences...
« ...Vous, les heureux émules de la nature qui chante, elle aussi, « tout entière, depuis la plus petite lleur des champs jusqu’au grand « soleil, je dis que vous avez été bien inspirés de placer sur votre ban- « nière, pour faire flotter dans la gloire, entre le ciel et vous, la femme « noble qui n’ouvrait point sa lèvre, qui ne jetait pas des soins humains a en l’air, qui ne touchait d’aucun instrument de musique, mais qui, « mettant intérieurement tous les instruments et toutes les voix sous ses « pieds, chantait à Dieu seul : Cautantibus organis, ilia in corde suo soli « Üeo decantabat. »
Après avoir fait remarquer que Beethoven ne jouait pas d’un instrument quand il composa la messe sublime qui fait les honneurs sacrés de la fête de ce jour, qu’étant devenu sourd, la perte du plus noble de ses sens avait agrandi d’autant son génie et que, banni des concerts de la terre, il n’entendait que mieux les concerts du ciel ; après avoir fait observer que son maître Mozart ne permit jamais à ses oreilles autre chose que le silence et une plume à ses mains, quand il avait à faire parler même une légion de voix et ce monde nouveau d’harmonie et cet orchestre moderne qui sont sa création, Mgr de Tulle conclut que Dieu, en ces deux hommes, voulait faire comprendre à un siècle matérialiste que la musique n’est pas dans la vibration des corps,
mais dans celle des âmes.
Quant à Raphaël, le digne peintre de Cécile, après l’avoir représentée trouvant dans son coeur d’artiste le monde de la bea-uté qu’il doit reproduire, poursuivant ce que les hommes appellent l’idéal, mais dont le nom véritable est Dieu, le grand évêque proclame que l’art, c’est le resplendissement ou le retentissement de Dieu dans le coeur de l’homme ;
puis il s'écrie : , . . ,
« ...Musiciens, applaudissez aux peintres ! Ce n est pas une fois, c est « mille qu’ils ont eu raison de mettre dans les mains de Cécile une harpe a qu’elle n’a jamais pincée, un violoncelle qu’elle n’a point fait frémir,
« une svrinx où elle n’a pas soufflé, un orgue qu’elle n’a point vu. Tous « ces instruments, Cécile les entendait loucher par le Christ dans son « coeur et elle en jouait dans son cœur au Christ : Cujus mihi organa « modulatis vocibus cantant.Qui ne comprend pas ces choses est ni théo- « Ionien ni musicien. Mais pour les musiciens, dont vous êtes les « représentants, pour les théologiens, dont je suis l’organe, il est certain « que la musicienne de l’idéal, la musicienne du cœur, la musicienne « de Dieu, Cécile, sera toujours la patronne des Musiciens. »
Il n’y a rien à ajouter à une démonstration aussi éloquente et aussi
^^Ouand Cécile, après être sortie du Triclinium, entra dans la chambre nuptiale, elle dit à Valérien : « O très cher et très doux jeune homme, « il est un mystère que je vais te révéler, si tu me jures de garder un « secret inviolable. » Valérien le lui promit. « Sache maintenant, lui « dit-elle, qu’il y a un ange de Dieu qui m’aime et qui veille sur mon « corps ; s’il venait à voir que tu l’offenses par un amour sensuel, il te « frapperait et la fleur de ta jeunesse te serait ravie ; mais s il voit que
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« tu as pour moi un amour chaste, il te chérira autant que moi et te « fera d aussi grandes faveurs. » Alors Valérienlui répondit : « Si tu « veux que je te croies, montre-moi cet ange. » Cécile lui répliqua : « Si « tu crois au vrai Dieu et si tu te fais baptiser, tu pourras voir l’ange. » Puis elle l’envoya au pape saint Urbain, qui était caché à une lieue de Rome. L’homme de Dieu, après avoir appris ce qui s’était passé entre les deux epoux et après avoir évangélisé Valérien, le baptisa. De retour a,upres de son épouse, celui-ci la trouva en oraison et vit, à côté d’elle, 1 ange de Dieu qui tenait en ses mains deux belles couronnes de lis et de roses qu’il avait apportées du ciel. L’ange lui en offrit une et l’autre a Cecile en lui disant : « Ces couronnes que Notre-Seigneur vous envoie, « afin que vous l’aimiez désormais d’un amour chaste, ne se flétriront j amais « et ne perdront jamais leur odeur ; mais personne ne les pourra voir, sinon « ceux qui aimeront la chasteté comme vous ; quant à vous, Valérien,
« qui avez toujours cru aux paroles de votre épouse, Dieu m’a envoyé « auprès de vous pour vous dire qu’il vous accordera tout ce que vous « fui demanderez. » Valérien se prosternant devant lui, lui dit qu’il ne désirait rien tant que la conversion de son frère Tiburce ; l’ange l’assura que Dieu lui accorderait certainement cette grâce.
estants après, Tiburce entrant dans la chambre, fut frappé de 1 odeur des fleurs apportées du ciel par l’ange et qu’il ne voyait pofnt
d’où ^venafentTpr1 ^ ^ ^ SaiS°n d6S fl.eUrS était passée demanda alors la m-V'p rr7ip?arQUmS Ce eiSteS' LeS sainls éPoux lui découvrirent Tenir 1,1 mfrnl - Seigneur leur avait faite, le conjurant de se con- . . lui'™eme , ils plaidèrent la cause de Dieu avec tant de grâce et
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LTI r° eireDtlèrement'Effectivemeilt. Peu de temps aprèL il fut baptise lui aussi par le saint pape Urbain. P
mô^es'eUlonJlPnM6’ leU1’ conversion> faisaient beaucoup d’au-
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de^empareld^feurs juif!! condamné Valérien et Tiburce dans l'espoir de Valérien pensant u f'ell an com?arai!re dCTanl lui Cécile, la femme question qui lulfuladressée jU’îV fe,frS lIésms • à la Première lieu de sûreté et à l’ihr l f sujet) CcclZe,yepondit qu’ils étaient en aux pauvres Sollicitée de KnJ°'cUrS’ pai’ce ^u ils avaient été distribués lument. Alors ïlmaùuem “IV?1' fïf faU5 tlieux’ olle SV refusa absode l’exposer au feTle pli ZÎTi ,n 'f‘ 4 Sa maison et donna l'ordre Le préfet voyant qu’après y être re<u ' 1^po<?auste dans la salle du bain, pas soufTert L plus pS atte nte f vmSE-quatre heures elle n’avait cher la tôle dans celle étuve cl lui r ,°Jà »?u™au Poul‘ lui tranpouvoir le lui trancher et comme il auVe V'a r°!s sur *e cou' sans trième coup, il la laissa’ san^hmo Pt defendu de POi'ter un quatrois jours,' 'distribuât EUe Técul e“ore mandant à Urbain tous ceux mi’piïp t0U-ï. qu®U? Possédait, recomhcnir sa maison pou? el SI M “ le de
T n 1 anc une église ; ce qui fut exécuté après sa mort.
En 821, le pape Pascal fit reconstruire l’ancienne basilique qui menaçait ruine ; on croyait que les Lombards, qui assiégèrent Rome en 753, avaient enlevé le corps de Cécile avec celui des autres martyrs, mais Pascal, un dimanche, à Matines, s’endormit dans l’église de Saint- Pierre ; sainte Cécile lui étant alors apparue, lui apprit qu’on le trouverait dans le cimetière qui porte son nom ; on le trouva effectivement avec ceux de Valérien et de Tiburce et ils furent transportés dans la nouvelle église Sainte-Cécile in transtevere. En 1599, on fit une nouvelle reconnaissance des reliques, en présence du cardinal Sfondrate, qui avait résolu de réparer la basilique. On ouvrit le tombeau de sainte Cécile et l’on constata la complète intégrité de son corps qui repose toujours au même endroit. Charles de Moderne fut appelé pour faire en marbre la reproduction particulière des mains qui confessent le mystère d’un seul Dieu en trois personnes. D’après l’attitude dans laquelle sainte Cécile mourut et fut ensevelie, une des mains, en ell'et, ouvre trois doigts, l’autre un seul.
En 1571 une confrérie de Sainte-Cécile (Revue britan., 6° série, 5e vol., p. 102) fut établie à Evreux par les Chantres , Clercs de l'église cathédrale et autres dévots pour apprendre l’art de la musique. En 1575, une autre confrérie fut fondée à Paris sous la même dénomination dans l’église des Grands-Augustins.
Nous avons déjà cité Raphaël. Les peintres les plus célèbres ont voulu représenter quelques-uns des actes de la Sainte : Lucas de Leyde, à Munich ; Le Dominiquin, au Louvre et à Rome ; Carlo Dolci, galerie de Dresde ; Mignard, au Louvre ; Jules Romain, Le Poussin, Giulio Procacino, etc. Vu la démonstration victorieuse de Mgr de Tulle, nous sommes fondés à croire qu’ils ont eu tous raison de lui mettre à la main ou à scs pieds un instrument de musique, lors même qu’il n’était pas inventé à l’époque de sainte Cécile.
(Légende Dorée. — Ribadaneiiia. — Dom Guérangeii.